‹ États-Unis d'Amérique [microforme]Chapitre 6 sur 56 · TRE : RE · texte numérisé non relu

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comme ses prédécesseurs , le droit exclusif de la traite des pelleteries. Ce commerce paraissait être alors le but le plus important des expéditions dirigées vers l’Acadie et le Canada.

Pontgravé, négociant de Saint-Malo, avait fait dans cette vue différents voyages à Tadoussac , lieu situé vers l'embouchure du Saguenay. Les Indiens venaient y faire leurs échanges ; et ce commerce, dont une seule compagnie avait le privilége, lui procurait de grands bénéfices.

outes les côtes de l’Acadie furent reconnues en 1594, depuis le cap Canceau jusqu’à l'extrémité sud-ouest, et de là gere dans la baie de Fundy, où le Port-Royal est situé. De Monts commandait cette expédition, et Champlain et Poutrincourt en faisaient partie. Poutrincourt obtint méme la concession du Port-Royal, où l'on pouvait former un bel établissement ; mais on ne prit soin ni de le fortifier, ni de cultiver les terres voisines, et ce pays resta ouvert à toutes les agressions.

Le Canada fut organisé avec plus de prévoyance. Champlain y poursuivit sans relâche ses utiles travaux; et cet homme, dont l’ame était élevée, consacra le reste de sa vie aux intéréts d'une colonie si importante. Il jeta, en 1608, les fondements de Qué-

fit commencer le défrichement des terres voisines, envoya de nombreuses reconnaissances dans l’intérieur, et prolongea, sur la rive septentrionale du fleuve et des grands lacs, ses établissements. Deux grandes nations indiennes entrèrent alors en relations habituelles avec les Francais; elles étaient sur la même rive, et l’on était à portée de cultiver leur amitié. Les mn rs occupaient, sous différents noms de tribus, les parties inférieures du Canada ; les Hurons s’étendaient vers l’ouest jusqu’au lac qui porte leur nom. L’une et l’autre nation étaient séparées par le fleuve Saint-Laurent de la confédération des Iroquois, devenus leurs irréconciliables ennemis ; et cette grande limite n’empéchait pas qu'il né se commit de fréquentes agres-

sions entre les Indiens des rives op-

sées. Ils traversaient le fleuve dans

eurs longues pirogues, dont les flancs

étaient revêtus d’écorce de bouleau :

souvent même un tronc d'arbre, creusé par l’action du feu, et dont une hache de pierre achevait péniblement la forme, devenait leur seule embarcation (voy. pl. 19).

Ils abordaient inopinément et àl’ombre de la nuit sur le point du rivage qu'ils désiraient surprendre, portaient la dévastation dans les hameaux, et couraient à leurs pirogues pour regagner l’autre rive du fleuve. On disait des Algonquins qu’ils venaient en renards, attaquaient en lions et fuyaient en oiseaux.

Champlain ne chercha point à se porter médiateur entre ces nations ennemies : il regardait comme d’utiles auxiliaires pour lui-même les peuplades indiennes voisines des établissements français, et il se joignit à une expédition des Algonquins, pour pénétrer, au midi du Saint-Laurent, dans la contrée qu’occupaient les Iroquois. Ce fut dans cevoyage que Champlain découvrit le lac qui a retenu son nom; et cette découverte se fit dans la même année que celle de la rivière d'Hudson , dont nous nous sommes occupés précédemment.

Le combat meurtrier que les Indiens allaient se livrer fut engagé d’une manière remarquable. La nuit survenait lorsque les Algonquins rencontrèrent l'ennemi : ils lui demandèrent s’il voulait combattre au moment même, et les Iroquois proposèrent que l’attaque fût remise au lendemain : « La nuit « serait obscure; on ne se reconnat- « trait point : il fallait queles actions « des braves fussent éclairées du so- « leil. » On fut aux prises au point du jour : la mêlée fut sanglante, et les Iroquois se défendirent avec vaillance ; mais ils n’avaient point encore éprouvé l'effet des armes à feu, et ils ne purent résister à Champlain et à quelques arquebusiers français qui occupaient le centre des troupes ennemies. Les Algonquins rapportèrent dans leur pays un grand nombre de chevelures , dont leurs femmes se couvrirent le sein,

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La défaite des Iroquois leur fit reconnaître qu'ils avaient au-delà du fleuve un ennemi de plus, et ce combat devint le principe de l’animosité w'ils conçurent contre les Français.

eur confédération , réduite à des armes trop inégales , était forcée d’attendre l’occasion de se venger; mais les rivalités des puissances européennes ui avaient formé en Amérique des établissements, devaient bientôt procurer à cette nation sauvage des auxiliaires et de zélés protecteurs.

Nous avons déja vu que les Euroéens cherchaient à se supplanter mutuellement dans leurs nouvelles acquisitions. Le capitaine anglais Samuel Argall avait donné, en 1613, cet exemple d’hostilité, en envahissant l’Acadie, d'où il prétendait exclure toute autre nation. La flottille qu'il commandait avait été expédiée de Virginie pour faire, vers le nord, un voyage de découvertes. Argall apprit que les Français avaient formé dans la baie de Fundy l'établissement de Saint-Sauveur, placé sur sa rive occidentale; il s’y porta rapidement, et s’empara sans coup férir d’une station où il ne se trouvait encore que vingtcinq habitants. Le Port-Royal, situé sur la rive orientale de la même baie, était le chef-lieu de la colonie; un ‘ort y avait été commencé : il s’y trouvait un gouverneur dont l'autorité devait s'étendre sur tous les établissements de l’Acadie; mais il était sans garnison, sans munitions de guerre : il n'avait autour de lui qu’un petit nombre d'hommes ; et les différents points de la côte soumis à sa juridiction n’étaient occupés que par des cabanes, élevées pour la commodité des pêcheurs ou pour la traite des fourrures. Argall ne put éprouver aucune résistance lorsqu'il se présenta devant le port : son invasion était d’autant plus inattendue, que la France et l'Angleterre étaient alors en paix. On s’était borné en Acadie à se mettre à l’abri des incursions des sauvages , et l’on n'avait pris aucune mesure contre celles des Européens.

Cette agression n'eut qu'un effet passager s et les Français rentrèrent ientôt dans leurs établissements; mais les dangers de l’Acadie devinrent lus graves et plus habituels, lorsque es colonies de la Nouvelle-Angleterre eurent été commencées en 1620, et surtout quand elles se furent étendues vers le nord, jusqu’au voisinage de la baie de Fundy. Alors les établissements de deux puissances rivales se trouvèrent rapprochés, les discussions devinrent plus vives, les invasions plus faciles, et, dans cette lutte d’arnbition et d'intérêts, l’avantage devait enlin rester aux colonies qui avaient le plus de forces et de ressources à leur disposition.

Le gouvernement français ne :'occupait point assez de l’Acadie , e: on éprouva souvent les tristes efivcs de cette insouciance pour une possession qui aurait pu protér:r l°s établissements formés à Terre-Neuve, les pécheries du golfe Saiit-Laurent et les libres relations du Canada avec la métropole. L’Acadie était livrée aux invasions de l'Angleterre ou de ses colonies , dès qu’unc rupture éclatait entre la Grande-Bretagne et la France.

L'occasion de ces hostilités ne se renouvelait alors que trop fréquemment.

Les deux gouvernements n’avaient que des trèves passagères : les guerres qu’ils se firent pendant deux siècles n'étaient interrompues que par lépuisement et par le besoin de repos. L’habitude + se combattre rendait les inimitiés »ius profondes; et il suffisait d’une cürcelle pour rallumer un incendie mal éteint. Au milieu de ces vicissitudes, l’Acadie voyait encore dépérir ses faibles moe de défense ; prise et reprise tour à tour, elle recevait successivement de chaque nation quelques nouveaux habitants, pendant Ja durée de ces occupations passagères.

Ce mélange de population fit naître des prétentions opposées entre les proet rtue anglais et français : chacun

es deux gouvernements trouvait dans le pays même un parti prêt à le favoriser; et ce conflit d'intérêts, cette diversité d’inclinations rendait la situa-

gleterre, le 24 avril 1629, plus detrois

tion de l’Acadie plus incertaine, et l'exposait à de nouveaux changements de souverains.

Cette contrée fut envahie, pendant la guerre de 1627, par le capitaine David Kercht, né à Dieppe, et réfugié en Angleterre, où les calvinistes de France trouvaient alors des secours.

L’escadre qu’il commandait se porta ensuite vers le Canada, remonta le fleuve Saint-Laurent et vint faire le siége de Québec, où Champlain commandait. Il échoua dans sonentreprise; mais, le 29 juillet 1629 , il reparut devant la place, avec une flotte plus nombreuse qui venait d’intercepter, vers l'embouchure du fleuve, un convoi de subsistances et de munitions de guerre. Ces secours étaient impatiemment attendus dans la place, où l’on était réduit aux dernièresnécessités, et Champlain, ne pouvant pores ter, dutaccepterunehonorablecapitulation.

Québec n’avait encore que cent habitants : c'était cependant le poste le plus important de la colonie; et l’on peut juger par sa faiblesse de l’abandon où le gouvernement français l’avait habituellement laissée. Quelques efforts isolés et i:‘stantanés étaient infructueux; il eût fallu de l’ensemble et de la constance dans les moyens de défense et de colonisation : le zèle des gouverneurs que l’on A ide ne suffisait pas, quand de véritables ressources leur manquaient.

Mais les guerres de religion qui s’étaient ranimées en France sous le règne de Louis XIII, avaient affaibli les forces du royaume; la France se déchirait de ses propres mains ; tout le midi était en proie aux discordes civiles.

La R le, principal boulevard des protestants, avait long-temps résisté aux armées royales. Quand cette place forte eut enfin succombé, et eut entraîné dans sa ruine le parti qu’elle avait défendu, la guerre conduisit les Français vers les Alpes, et ils se rendirenf. maîtres de l’entrée du Piémont, en forçant le Pas-de-Suze. La conclusion de la paix devint le fruit de leurs premières victoires en Italie : elle fut signée à Suze entre la France et l’An-

mois avant la seconde entreprise contre Québec. Ce temps aurait pu sufire pour faire arriver en Amérique la nouvelle d’une réconciliation, et pour y prévenir une prolongation d’hostilités que la paix ne permettait plus. Le Canada et l’Acadie furent rendus à la France, en 1632, par le traité de Saint- Germain-en-Laye.

Après le rétablissement de la paix, les colonies européennes formées dans le Nouveau-Monde purent s’occuper avec plus de sécurité de leur culture et deleur commerce; mais il éclata des dissensions entre la Nouvelle-Angleterre et la Nouvelle-Belgique, et l’on s’observait de part et d’autre avec jalousie.

La Grande-Bretagne n’avait jamais reconnu positivement les droits des Hollandais sur les contréesque baignent la rivière d'Hudson et la Delaware; elle ne voyait dans leurs établissements qu'uneusurpation desterritoires qu’elle avait elle-même cédés à la compagnie de Plymouth ; et après avoir impatiemment souffert une prise de possession qu’elle regardait comme contraire à ses ge droits, elle n’attendait pour les

aire revivre qu’une circonstance favorable. La guerre qui survint, en 1652, entre la Grande-Bretagne et la Hollande offrit cette occasion ; et l’incendie allumé en Europe se propagea bientôt dans les colonies d’Amérique.

Les Anglais accusaient le gouverneur de la Nouvelle-Belgique d’avoir excité les nations indiennes à leur faire la ques: Le Connecticut se plaignait ’un empiétement sur ses domaines :

il réclama les secours de la métropole; et Cromwell, devenu protecteur de la Grande-Bretagne, autorisa la Nouvelle-Angleterre à faire une levée de cinq cents hommes, et à tenter une expédition contre la Nouvelle-Belgique ; cependant les ponte se firent avec lenteur, et le rétablissement de la paix, qui fut signée le 4 avril 1654, entre l'Angleterre et la Hollande, prévint l'invasion projetée.

Les colonies anglaises pouvaient compter sur l'intérêt du protecteur.

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well avait voulu s’associer à leur destinée. Ardent sectateur des puritains, il allait suivre ses amis dans le Nouveau-Monde; mais l’émigration des dissidents fut tout à coup interdite , et le roi, invisiblement poussé vers sa perte, retint en Angleterre l’homme i le fit ensuite monter à l’échafaud.

Cromwell regardait les progrès des colonies comme essentiels à la puissance maritime de l’ Angleterre , à cette puissance dont la base reposa si long-temps sur l'acte de eh te publié en 1652 par le long-parlement. Trois ans après, il fit #tcaquer les colonies espanoles ; ec la flotte qu’il avait chargée ’une expédition contre l’île de Saint- Domingue, ayant échoué dans cette entreprise, envahit subitement la Jamaïque , où l’Angleterre se hâta d’envoyer des forces plus nombreuses, afin d’en faire le centre et le point d’appui de ses opérations. à Cromwell attachait tant d’importance à la possession de la Jamaïque, qu'il désira y faire passer une colonie-de puritains du Massachusett, afin que in domination de l’Angleterre fût mieux affermie par une popula- {ion et une religion nouvelle. Il voulut aussi attirer une colonie semblable dans les déserts de lIrlande, où il n'avait éteint la guerre civile que dans des flots de sang; mais les puritains d'Amérique préférèrent aux chances incertaines de deux nouveaux établissements les avantages positifs dont ils jouissaient ; et l’on peut juger, par leur attachement au sol de la Nouvelle- Angleterre, que cette contrée se trouvait alors dans une situation re.

Cependant les discussions de limites, ’on avait assoupies entre les colonies anglaises et celles de Hollande, commençaient à se ranimer, et prenaient chaque jour un caractère plus aa Il n'y eut pas de rupture penant le protectorat, ni dans les je mières années du règne de Charles II; mais, en 1664, ce inonarque, embrassant les vues d’agrandisseinent formées avant lui et favorisées par l’opinion pubiique, vouiut faire valoir les anciennes prétentior.3 de l'Angleterre sur

la Nouvelle-Bel que et en céda le territoire au duc d’York et d’'Albany, son frère. Une escadre, commandée par sir Robert Carr, fut chargée d’attaquer les possessions hollandaises ; elle parut le 19 août à l’entrée de la rivière d’Hudson , et la place d: New- Amsterdam fut attaquée et sommée de se rendre. Stuyvesand était gouverneur de la colonie hollandaise ; 1] l'avait fait prospérer pendant dix-huit ans d'administration ; il l'avait agrandie par la RE des possessions suédoises situées sur la Delaware, et il désirait défendre la place; mais, n’étant pas secondé par les dispositions des habitants, qui craignaient qu’une résistance inutile n’empirât leur situation , il fut réduit à capituler.

Un détachement, commandé par Carteret, remonta le fleuve et s’empara du fort Orange, où les Anglais eurent bientôt une entrevue amicale avec les députés des nations indiennes les plus voisines de leurs nouvelles possessions. Robert Carr conduisait en même temps un autre corps de troupes sur les rives de la Delaware, et les forts occupés par les Hollandais et pe quelques familles de cultivateurs suédois se rendirent par capitulation.

New-Amsterdam et toute la contrée -s l'Hudson reçurent le nom

e New-York, en l'honneur du prince Es la concession du pays avait été faite; le fort Orange recut le nom d’Albany ; et la région située à l’orient de la Delaware, celui de New-Jersey.

La Grande-Bretagne, qui faisait de si importantes acquisitions dans cétte partie de l'Amérique, était ellemême dépossédée de la colonie de Surinam par les Hollandais; et lorsque le traité de Breda vint terminer, en 1667, la guans des deux puissances, chacune d’elles garda les conquêtes qu’elle avait faites. La Kollande conserva Surinam, et l’Angleterre retint les précieuses possessions dont elle s'était emparée.

Une nouvelle ruptureéclata quelques années après. New-York fut renris par la flotte hollandaise, le 30 juillet 1678, et les autres places des rives

de l’Hudson, de Long-Island et de New-Jersey se rendirent également.

Ces colonies se détachaient alors sans peine d’une souveraineté nouvelle qui n'avait pu encore changer ni leurs affections, ni leurs habitudes; mais cette réintégration de la Hollande dans les établissements qu’elle avait

rdus ne fut pas de longue durée :

a paix signée en 1674, entre elle et l'Angleterre, confirma les clauses du traité de Breda, et remit la Grande- Bretagne en possession des territoires qui venaient de lui étre enlevés momentanément.

Par làse trouvait anéantie la concurrence commerciale de la Hollandedans cette partie de l'Amérique ; l’Angleterre acquéraït une belle contrée dont la richesse est inépuisable, et un port vaste et sûr, destiné à devenir l’entrepôt du commerce du monde. La population , les édifices n’avaient encore rien de remarquable, et nous ne voyons en ce moment que le berceau d’une cité nouvelle; mais le choix de sa situation nous avertit du sort qui l’attend. La navigation d’un grand fleuve fait descendre et circuler vers ses murs toutes les productions de l’intérieur; l'Océan lui apporte le tributdes autres

ays; et ces échanges entre la terre et a mer se font dans un bassin spacieux, toujours ouvert, et dont les approches sont faciles à défendre. Si les habitants qu’attire l’heureuse situation de cette ville naissante, y sont retenus par des lois sages, par les bienfaits de la tolérance , par les progrès d’un commerce sans entraves, on s'intéresse au cours de ses prospérités, et l’on en prévoit l'influence sur celles d’une n’‘tion entière.

L’Angleterre, au moment où elle donnait à ses colonies du nord un tel accroissement, prolongeait aussi ses acquisitions au midi de la Virginie ; elle commençait ses établissements dans les vastes régions de la Caroline, et se rapprochait des lieux que les Français y avaient occupés. On conservait encore parmi les nations indiennes le souvenir de leurs expéditions; nous avons même vu qu'il était

resté dans le pays quelques familles échappées à leur désastre. Plusieurs Anglais vinrent s’y réfugier à leur tour, en 1622, quand leurs plantations de Virginie furent attaquées avec fureur par les sauvages, et ils s’avancèrent jusqu’oux bords de la rivière de Mai. S'ils rencontrèrent dans les lieux où les Français les avaient devancés quelques -uns de ces Bretons ‘dont l'idiome était le même que celui du pays de Galles, on s’explique aisément comment ils crurent retrouver en eux les restes d’une ancienne colonie galloise.

Sous le règne de Charles I”, sir Robert Heat obtint dans cette contrée une concession de territoire qui ne fut suivie d’aucun établissement ; et le projet d'y fbnder une colonie ne fut repris qu’en 1662, par le comte de Clarendon, grand-chancelier d’Angleterre. Charles IT, désirant récompenser ses services et ceux de plusieurs familles puissantes qui avaient favorisé son avénement au trône, leur accorda toutes les terres qui s’étendaient entre la rivière de Mai et la Virginie ; et huit seigneurs anglais furent déclarés propriétaires de la Caroline, par une charte qui ne réservait à la couronne que le droit de souverain domaine. Le premier soin des lords-nropriétaires fut de poser les bases du gouvernement qui s allaient donner à la colonie , et ils eurent recours aux lumières de Locke pour en combiner tous les éléments. Nous allons offrir l’analyse de ces plans de constitution, qu’il fallut bientôt modifier, quand l’abstraction des théories eut été soumise à Art rience. Le législateur avait craint les écarts de la démocratie ; il se rejeta dans d’autres périls, en faisant émaner de quelques familles seulement le principe de tous les pouvoirs.

. Le chef du gouvernement avait le titre de palatin : ce rang appartenait au plus âgé des huit seigneurs propriétaires de la Caroline, et après sa mort il devait passer au plus âgé de ceux qui lui survivraient. On eréa pour les autres propriétaires sept grandes dignités : celles d’amiral, de chambel-

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lan. de chancelier, de connétable, de chef de justice, de contrôleur général et de trésorier. Toute la province devait être divisée en comtés, et chaque comté comprenait huit seigneuries, huit baronnies et quatre arrondissements, dont chacun se partageait en six colonies. Chaque seigneurie, baronie et colonnie, comprenait douze mille acres de terre. Les huit seigneuries de chaque comté appartenaient aux lerds-propriétaires, les huit baronnies à la noblesse, et les vingt-quatre colonies aux simples habitants. La noblesse était héréditaire, et se comosait de landgraves et de caciques :

il y avait un landgrave et deux caciques par comté ; chaque landgrave y possédait quatre baronnies, et chaque cacique en avait deux. Les uns et les autres étaient nommés par les lordsropriétaires ; leur titre passait à l’aîné fe four enfants; et si la lignée venait à s’éteindre, or. nommait un nouveau titulaire , afin que le nombre fixé par la loi fût toujours maintenu. Le gouvernement pouvait constituer en manoir une propriété territoriale de trois mille acres au moins, et de douze mille acres au plus. C'était une espèce de fief, et l’on formait ainsi une troisième classe privilégiée. Dans chaque seigneurie, baronnieet manoir, le titulaire avait le droit de tenir un lit de justice, où l’on jugeait toutes les causes civiles et criminelles qui concernaient ses habitants, vassaux ou hommes liges.

Le seigneur d'un manoir pouvait l’aliéner avec tous ses droits, mais il ne pouvait pas le diviser. Tous les hommes liges d’une seigneurie, baronnie ou manoir, étaient sous la juridiction exclusive de leur seigneur, et ils ne pouvaient pas quitter sa terre sans en avoir reçu de lui l'autorisation. On pouvait se rendre homme lige d’un seigneur, en se faisant inscrire volontairement comme tel dans les registres du comté. Chaque homme lige recevait du seigneur en se mariant, dix acres de terre en viager, et il lui pavait, pour redevance annuelle, un huitième du produit. La constitution établissait huit cours suprêmes : l’une était pré-

sidée par le palatin, et chacune des autres l'était par un des sept grands dignitaires. La cour pie composée des lords-propriétaires, avait le droit de convoquer les parlements, de faire grace, de nommer à une partie des emplois, d’opposer son velo aux actes du grand conseil et du parlement; et le pers lorsqu'il était présent à l’armée, y exerçait l’autorité de général. La cour du chancelier se composait du dignitaire de ce nom et de six conseillers. La cour du chef de justice, celles du connétable, de l'amiral, du trésorier, du contrôleur général, du chambellan, étaient formées d’une manière semblable. Le grand conseil se composait du palatin, des sept grands dignitaires, des quarante-deux conseillers attachés aux cours suprêmes : il préparait toutes les propositions à présenter au parlement. Il y avait dans chaque comté une cour de justice, composée d’un shérif et de quatre juges; et dans chaque circuit, une cour composée d’un contrôleur et de quatre jues. On pouvait, dans les causes maeures, en appeler de la cour du circuit celle du comté. Un ou plusieurs membres du grand conseil se rendaient deux fois par an dans les divers comtés, pour y tenir des cours d'assises avec le shérif et les quatre juges. Un

jury de douze membres était établi pe

des cours de circuit, de comté, d’assises et des lords-propriétaires. Il était défendu de plaider pour de l’argent ou pour d’autres récompenses.

Le parlement se composait des lords- D es ou de leurs députés, des.

andgraves, des caciques et d’un franctenancier pour chaque arrondissement. Ils siégeaient tous ensemble dans une même chambre, et chaque membre était nommé pour deux ans.

Les actes de cette assemblée n’avaient le caractère de lois qu’après la ratification du palatin, assisté des membres de sa cour. Pour éviter la multiplicité des lois, on convenait qu’au bout d’un siècle toutes celles d’un parlement seraient abolies, à l'exception de celles qu'on aurait remises formellement en vigueur ; et pour ne pas obscurcir ies

5 Livraison. CÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. ) 5

lois et les constitutions, on en prohibait les commentaires.

Il devait y avoir dans chaque seigneurie , baronnie et colonie, des registres pour les actes de naissance, les mariages et les décès. Chaque ville devait être gouvernée par un maire, douze aldermans et vingt-quatre membres du conseii.. L'emplacement des ports était fixé par une loi; et les chargements, les déchargements des navires ne pouvaient pas s'effectuer sur d’autres points du rivage.

Il n’était permis à aucun homme de jouir du droit de cité dans la Caroline, et d’y avoir des biens et une habitation, s’il ne reconnaissait qu’il y a un Dieu, et que ce Dieu doit être publiquement et solennellement honoré. Le

arlement veillait à la construction

es églises et à l'entretien des ministres de la religion anglicane ; mais toute autre religion pouvait être égament pratiquée. Chaque habitant devait inscrire dans un registre à quelle K dre ou profession de foi ilappartenait.

Il n’était admissible aux charges, et il ne jouissait du bienfait et de la protection des lois qu’en devenant membre d’une communion. Aucun homme, à quelque que qu’il appartint, ne pouvait troubler une assemblée religes ni se servir d'expressions ofensantes contre une autre croyance.

Les esclaves étaient admis, comme les hommes libres, dans les églises qu'ils voulaient choisir, sans que leur condition fût changée ; et tout homme libre avait une autorité absolue sur ses esclaves noirs.

Aucun homme libre n’était jugé, soit au civil, soit au criminel, sans un jury composé de ses pairs. Aucun ne pouvait réclamer la possession d’une terre qu’il aurait acquise des indigènes

ar achat, donation ou autrement : il allait qu'il tint ses droits des lordspineEtaTes ou des contrats faits sous eur autorité; et celui qui violait cette règle était exposé à la saisie de tous ses biens et au bannissement perpétuel. Chaque franc-tenancier devait payer annuellement arx lords-proprié-

faires une redevance d'un penning par

acre de terre. Le droit de naufrage, l'exploitation des mines, celle des principales pêcheries, appartenaient aux lords-propriétaires. Tous les habitants et homines libres, au-dessus de dix-sept ans, étaient tenus de prendre les armes, quand le grand conseil le jugeait nécessaire à la sûreté de la co- Tonie,

Tels étaient les principes que Locke avait consacrés dans son plan de constitutions mais la plupart de ces règles se rapprochaient trop de celles du gouvernement féodal pour qu’elles pussent convenir aux hommes qui se rendaient en Amérique dans l’espérance d’y trouver plus de liberté, et d'échapper à l’empire des priviléges.

Les formes du gouvernement n'étaient pas assez représentatives ; elles n’admettaient à participer à la formation des lois qu’un trop petit nombre de possesseurs coloniaux ; et la prééminence des lords-propriétaires, des landgraves et des caciques, était trop absolue dans ces assemblées. Ce titre de caciques, emprunté des nations américaines, ne supposait cependant pas qu’elles fussent admises au partage des mêmes droits. L’usurpation du nom de leurs chefs était une dernière dépouille qui leur était arrachée. On s’arrogeait jusqu’à la dignité qui rap-

elait leur ancienne indépendance ; et es chefs indiens, les derniers, les véritables caciques, étaient réduits à se réfugier, avec les débris de leurs tribus, dans les profondes forêts et dans les vallées des montagnes, obscures retraites où ils seraient un jour poursuivis.

On a pu remarquer, en parcourant l'analyse de la constitution donnée à cette colonie, que le commerce des noirs et la plaie de l’esclavage y furent introduits dès le moment de sa formstion. L'emploi des esclavés était déja admis dans la Virginie ; et ia Caroline, qui était un démembrement de cette contrée, reçut d’elle le funeste héritage d’un système qui devait peser pendant plusieurs siècles sur une partie de la race humaine.

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consacra plusieurs principes qui devaient étre ruinés par le temps, il admit d’autres institutions moins périssables et dignes du suffrage de tous les hommes. Les tribunaux étaient rapprochés des justiciables ; létablissement du jury protégeait les accusés ; l'administration municipale était établie. On remarquait surtout les principes de tolérance professés envers les différents cultes ; il suffisait de croire àla Divinité et de lui rendre hommage.

Chaque homme pouvait l’honorer de la manière qui lui paraissait la plus conforme aux lumières de sa raison et aux inspirations de sa conscience.

Locke avait pris l'Écriture sainte pour règie de sa vie : il disait qu’au jour du jugement on ue lui demanderait point. s’il avait suivi Luther ou Calvin, aus s’il avait aimé et cherché la véri

Cette tolérance fit passer dans la Caroline un grand nombre d'hommes de toutes les opinions religieuses. Ceux qui avaient perdu leur fortune pendant les guerres civiles d'Angleterre vinrent chercher les moyens de la rétablir.

D'anciens serviteurs du roi, s'étant montrés fidèles à sa disgrace, obtinrent des concessions dt terre dans la nouvelle colonie, et l’on y facilita l’établissement des hommes inquiets et mécontents de leur sort, qui pouvaient être à charge à la métropole.

L’acquisition des îles de Bahama suivit de près i’occupation de la Caroline, et fut, comme l'avait été celle des Bermudes, le résultat d’un naufrage. Le capitaine Sayle y fut jeté par une tempête, en 1667; il visita cet archipel et reconnut l'utilité d’une possession qui protégeait les communications de l’Arnérique du nord avec les Antilles. Charles II consertit à comprendre ces Îles dans les concessions qu’il avait déja faites aux propriétaires de la Caroline.

L’Angleterre n’avait eu jusqu’à cette époque aucun traité avec l'Espagne sur les limites de ses colonies d’Amérique; mais alors il fut convenu que le roi de la Grande-Bretagne possé-

derait en toute propriété et souve-

raineté les pays, îles et colonies, actuellement occupés par lui et par ses sujets dans les Indes occidentales et dans toutes les parties de l’Améri-

ue. Ce traits, qui devait mettre Ja

aroline à l'abri des agressions de l'Espagne, donnait plus de sé”urité aux possesseurs, et encourageait à faire de nouveaux établissements.

Jusqu'ici nous n’avons vu régler qu'entre les nations européennes les intérêts de leurs colonies, et nous avons d’abord remarqué que l’ancienne population américaine se repliait devant les nouveaux habitants. Mais à mesure que les Indiens perdaient les rivages de la mer et les faciles moyens de subsistance qu’une pêche abondante pouvait leur offrir, ieur condition devenait moins favorable et leur vie était plus pénible. Ce changement de situation donna lieu à différentes

uerres, soit entre les peuplades iniennes , soit entre elles et les Européens.

Les principales nations américaines dont les hostilités pouvaient alors inspirer de vives inquiétudes aux colonies étrangères, étaient les Abénaquis et les Iroquois. Les Abénaquis, situés à l’orient de la rivière d'Hudson et du lac Champiain, étendaient leur territoire jusqu’à la baie de Fundy : ils touchaient aux possessions de la Nouvelle- Angleterre; et lorsque ses colonies commencaient à se former, les divisions qui se mani‘festèrent entre les différentes tribus comprises sous ce nom générique, f:cilitèrent les progrès des Européens. ïes Massasoits et les Naraghansets étaient alors en guerre:

les premiers se hâtèrent d'accueillir les étrangers qui abordaient sur leurs rivages, et ils favorisèrent les fondateurs de New-Plymouth, de Boston, et des autres colonies voisines, dans l’espérance de !’ouver en eux des auxilisi:2s contre leurs ennemis.

Quelque soin que missent les Européens à observer une neutralité favorable à leur établissement, la guerre que se faisaient les tribus exposa bientôt la sécurité des colonies. Les Indiens. en se cherchant, en se pour-

v8 L'UNIVERS.

suivant, commettaient de fréquentes violations de territoire, et des sauvages armés ne resjectaient aucune limite dans leurs dévastations. Les Péquods se faisaient rer1arquer dans ces expéditions désastreuses ; ils étaient redoutables par l’audace, la fureur et le nombre; accoutumés à vai'.cre des tribus sauvages, et mortels enneinis des Naraghansets, qui s’étaient enfin rapprochés des colonies anglaisr:, et avaient eu recours à leur protection, ils attaquèrent, en 1632, ces colonies elles-mêmes, et se souillèrent de rneurtres et de rapines dans tous les lieux qu'ils purent envahir. La vengeance fut prompte et terrible : deux détachements anglais furent envoyés contre eur! .!: tatllèreut en pièces les Indiens ot déixuisirent leurs habitations ; les Yar.ses furent dispersées dans plusien-à villes ; les enfants furent transportés aux Bermudes et vendus comme esclaves : ceux que la fuite sauva abandonnèrent la contréeet se dispersèrent; la nation des Péquods n’exista plus.

L'intérêt de la Nouvelle-Angleterre, lorsqu'elle était exposée aux agressions des tribus voisines, était de se concilier l'amitié des nations sauvages plus éloignées : elle rechercha celle des

roquois, qui pouvaient, en cas de erre, opérer une diversion contre es Abénaquis, dont ils touchaient le territoire, et contre les possessions françaises du Canada.

Les Iroquois, voisins de l’Hudson et du lac Ontario, se partageaient en cinq nations, celles des Mohawks, des Onéidas , des Onondagas, des Cayugas et des Sénécas. Leur union, leur force, la pes centrale qu’ils occupaient, et les progrès qu’ils avaient faits vers la cuiture, les rendaient supérieurs aux autres tribus : leur ligue était fortifiée

ar la communauté du langage; et eur ascendant sur leurs ennemis avait déja pu être remarqué par les Eurosens , à AL où l’on découvrit la ie de la Chésapeake. Nous avons vu que !<° Tndiens des rives de la Susqnehan: «aient alors menacés par it:

re: ©: , et quand ces Indiens fure: :

réduits, par les invasions maritim:

des étrangers, à se réfugier dans les contrées intérieures, les Iroquois les leur disyutesent; ces fugitifs furent sans üsiie; là guerre en moissonna le plus grand rémbre; ceux que le vainqueur épergna furent incorpr'es dans la corfalécatien, Les Iroquois, souvent fr guerre avec les Abénaquis, saisirent avec emressement l’occasion d’avoir des aliés contre eux: ils acceptèrent les propositions d’amitié qui levr étaient faïtes par les colonies ar laise: , et ouvrixent avec elles un commerce d’échange qui pouvait ies rendre plus forts et plus rec. ‘ables : ils zecherchaient surtout les instruments de fer, les haches, tous les moyens d'attaque et de défense, et ils parvinrent à se procurer des armes à feu. Les lois des colonies avaient cependant interdit l'importation de ces armes chez les Indiens : c’était un genre de supériorité dont les Européens avaient voulu se réserver l’avantage; mais l’appât du gain faisait enfreindre ces réglements, et suggérait tous les moyens d'éluder la surveillance. Les Iroquois, se trouvant à portée de plusieurs comptoirs européens , étaient à la fois recherchés par tous les spéculateurs, et ils profitèrent de tous les moyens de destruction qu'ils avaient acquis, pour faire éclater leur vengeance contre les Hurons, dont ils avaient juré la ruine.

Prévenus par de confuses rumeurs des préparatifs que l’on faisait contre eux. les Hurons demandèrent des secours à la colonie française du Canada; et d’Aillebout, qui en était alors gouverneur, conçut, en 1648, le projet de pion l'attaque des Iroquois, et de les affaiblir en portant la guerre sur leur propre territoire. Il regardait l’accroissement de cette nation comme également périlleux pour toutes les ossrssions européennes ; et croyant aire <ntrer dans ses vues les colonies de ‘: “Vouvelle-Angleterre, il accepta d’ ‘: proposition d'établir de libres ri‘ 8 de commerce entre elles et - nada, et d'observer mutuellement "| eutralité, même en cas de rupture eutre les deux métropoles; m215 il de

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mandait que les colonies anglaises se joignissent à lui pour faire la guerre aux Iroquois. Cette Re ne réussit point, et les Anglais se refusèrent à la demande du gouverneur du Canada; ils cherchèrent même à détourner ses plans d'invasion. D’Aillebout temporisa; l'expédition qu’il projetait contre les Iroquois fut différée ; et ceux-ci, rassemblant tous leurs guerriers pendant ces moments d’hésitation, traversèrent le fleuve Saint- Laurent, vers l'embouchure du lac Ontario, pénétrèrent chez les Hurons, dévastèrent leur territoire, et détruisirent une grande partie de leur nation, dont les débris se réfugièrent vers les rives orientales du lac auquel ils ont donné leur nom. Les Iroquois profitèrent de leurs aventages contre d’autres tribus voisines pour les soumettre et pour acquérir de nouvelles forces : ils étendirent leurs incursions vers l’ouest, attaquèrent, en 1655, la nation des Ériés, établie au midi du lac de ce nom, la détruisirent, héritèrent.de ses forêts, et portèrent sur les rives de tous les grands lacs la terreur et la désolation. Cette barrière n'arrêta même pas leurs hostilités vers le nord, et les Iroquois firent plusieurs invasions dans les contrées du Haut-Canada, qui étaient occupées par les Ottoways.

Le résultat des guerres qui se renouvelaient fréquemment entre les Indiens devait influer sur la situation et la destinée des colonies européennes :

les unes voyaient périr leurs alliés naturels, et les autres acquéraient de nouvelles ressources, en multipliant leurs relations de commerce avec les naturels du pays, et en recourant à leurs services et à leur coopération en cas d’hostilités.

La colonie fr nçaise du Canada, x vans plus à opposer aux Iroquois vne nation indienne qui pût les contenir, voulut par à antres moyens mettre à l'abri de leurs inc:rsicns les postes avancés qu’elle avait Gus leur voisinage. La ville de Moat-Rcal, fondée en 1640, dans l’île de Hochelago, pouvait être menacée, et les familles

indiennes, rassemblées dans la même île par les missionnaires français qui les avaient recueillies après la ruine de leurs tribus, étaient encore poursuivies par les Iroquois. Le gouverneur du Canada, cherchant à les amener à des dispositions moins hostiles, essaya de se rapprocher d’une des cinq nations : celle des Onondagas , établie près des rives du lac et du fleuve de ce nom, paraissait répondre aux vues amicales du gouverneur ; elle reçut les missionnaires chargés de lui porter des pois de paix, et permit qu’une petite colonie française vint, en 1656, se fixer à l’extrémité du lac. Mais les autres nations iroquoises parvinrent à détruire ces premières impressions :

elles firent craindre aux Onondagas le danger d’avoir au milieu d’eux un établissement étranger; elles l’excitèrent à le détruire ; et les Français, menacés d’un soulèvement général, abandonnèrent, pour rentrer dans le Canada, le poste qu’ils avaient occupé.

es incursions des Iroquois au.

nord du fleuve Saint-Laurent devinrent alors plus fréquentes. Les environs de Mont-Réal et des Trois-Rivières, ceux même de Québec étaient exposés à leurs ravages; ils pillaient les habitations isolées, dévastaient les champs, ôtaient aux cultivateurs toute espérance de récolte; il fallait être toujours sur ses pue et lorsqu’on parvenait à les éloigner par la force des armes ou par des propositions de paix, on n’obtenait que des trèves incertaines et de courte durée.

Il était difficile de fixer les penchants et les dispositions des sauvages, et cette instabilité était commune à toutes leurs nations. Mobiles dans leurs amitiés, dans leurs alliances, elles changeaient souvent de narti, au gré des chefs de guerre qui, par leur éloquence et par leurs exploits, acquéraient de l’influence sur l'esprit et les délibérations de leurs tribus. Les colonies anglaises éprouvèrent ellesmêmes l'effet de cette inconstance, et le traité qu'elles avaient conclu en 1620 avec le chef des Massachusets,

fut rcinpu après sa mort. Ses deux tils,

Wamsutta et Métacomet, s'étaient d’abord montrés fidèles aux sentiments de leur père : ils paraissaient désirer l'amitié des Anglais; ils cherchèrent même à se FDEFOUeS d’eux plus étroitement, en les priant de leur donner des noms européens, et en recevant d'eux les noms d'Alexandre et de Philip, sous lesquels ils furent ensuite habituellement désignés; mais lorsqu'ils affectaient ces dehors d’amitié, ils se préparaient à soulever toutes les nations indiennes voisines de la Nouvelle-Angleterre. Alexandre fut arrêté au milieu de ses projets; les Anglais s'emparèrent de sa personne, et il mourut prisonnier.

Philip, devenu l’héritier du pouvoir et des desseins de son frère, pensa qu’il fallait prolonger encore la dissimulation, et on le crut d’abord disposé au maintien de la paix; il s’engagea même à se reconnaître sujet du roi d'Angleterre, et à ne faire sans son aveu aucune guer'e aux tribus indiennes, ni aucune concession de terre aux Européens. Mais sa fierté s’indi-

nait de toute espèce de sujétion; ses issaires parcoururent les différentes peuplades, et les plans qu’il avait préparés dans un profond secret, pendant plusieurs années , ayant été divulgués par un transfuge, il fut forcé de se déclarer avant d’avoir rallié toutes les tribus sur lesquelles il avait compté.

Les Naranghansets avaient promis des secours; on prévint leur rassemblement : un corps de troupes anglaises marcha contre eux, les détacha de cette ligue, les obligea même à prendre les armes contre Philip, et se porta ensuite vers le Mont-Hope et les marais de Taunton., au milieu desquels ce chef indien s’était retranché : on ne pui le forcer dans cette position; et hilip réduit à la quitter par le manque de vivres, gagna un autre poste situé près de Brookfield. Des îles situées au milieu des marais étaient ses principales retraites; les Indiens en sortaient subitement pour étendre au loin leurs dévastations, et ils se retiraient tout aussi précipitamment avec lès dépouilles qu’ils avaient enlevées à

l'ennemi. Quarante guerriers, leurs

femmes, leurs enfants étaient alors autour de Philip; d’autres réunions se formaient sur d’autres points, dans les vallées, au bord des torrents, et sous le profond abri des forêts. Toutes les tribus indiennes s’étaient soulevées depuis les rives du Mérimac jusqu'à celles du Connecticut; elles avaient entre elles des intelligences; elles devaient agir au même signal, et hp était l’ame de cette puissante ligue qui menaçait à la fois toutes les colonies.

« Guerre à nos ennemis! disait-il; « vengeance aux hommes rouges qu’ils « ont immolés! C'est ici la terre de nos « pères; elle fut indépendante : puisse- « t-elle s'ouvrir et dévorer nos ravis- « seurs! » Ce vœu était répété par les f. milles indiennes réunies autour du commun foyer (voy. pl. 24); il l'était ar la jeunesse, qui s’accoutumait de nne heure aux travaux et aux exercices de la guerre, en développant au milieu de ses jeux sa force et son agilité (voy. pl. 11); il l'était par les guerriers qui allaient attendre en embuscade leurs ennemis, enlever de nouvelles chevelures, et mettre le feu aux habitations avec leurs flèches incendiaires (voy. pl. 23). Il y evt durant cette campagne de nombreuses escarmouches, dans lesquelles les Indiens eurent quelquefois l’avantage. Les Européens n’étaient plus alors soutenus par les mêmes prestiges qu’au moment de la découverte; on ne croyait plus à leur céleste origine; ils avaient cessé de paraître invincibles, et leurs armes à feu n'étaient plus regardées comme les flèches de la foudre : mais la su riorité des arts et de la civilisation leu: assurait encore l’empire; et quoiqu’, l'usage de leurs armes eût commencé à s’introduire chez les Indiens, ceux-ci ne pouvaient tenter contre eux que des efforts impuissants. Les colonies anglaises concertèrent leurs mouvements : on fit partir de Boston, le 8 décembre 1675, les troupes du Massachusett; celles de New-Plymouth et du Connecticut se joignirent à elles et marchèrent à l’ennemi, qui s'était fortifié au miieu d’un marais où il

avait rasse Les retranch forcés : on composé de grand nomb périrent dan guerriers qu se réfugière et les Anglais à Boston, ap niblement en gueurs de l’h D’autres dd mirent des d à Meadfieid, à tres points, bitations et s isolés ; mais il tant de pertes nuaient de jo dace ne les :

commençait à et comme sa t il cachait son prit enfin qu’ ancien quarti fut poursuivi, core, erra d’u abandonné de cle, sa sœur, rent faits pris:

toute espéran son heure étai tant d’un mar fut tué par un lustré un Sn vrit d’opprobr le défenseur de La perte d’u sources , si rec si puissant pa courage, accélé Ceux des Indie mis furent pou l'autre : ilen} d’autres s'enfo des forêts. Cet signal d’un so tribus indienr Hampshire et « avaient pris le

vasté l:s : ant à leu: :0"tée; de Ma:sachus:

avait rassemblé r mille hommes.

Les retranchements des Indiens furent forcés : on mit le feu à leur village, composé de six cents cabanes; un

rand nombre de femmes et d’enfants périrent dans les flammes. Ceux des guerriers qui survécurent au combat se réfugièrent dans un autre marais, et les Anglais se retirèrent eux-mêmes à Boston, après cette expédition péniblement entreprise au milieu des rigueurs de l’hiver.

D'autres détachements indiens commirent des dévastations à Lancastre, à Meadfieid, à Weymouth, et sur à 4utres points, où ils brûlèrent des habitations et surprirent quelques postes isolés ; mais ils éprouvèrent eux-mêmes tant de pertes que leurs forces diminuaient de jour en jour. La même audace ne les animait plus : leur chef commençait à se défier de sa fortune, et comme sa tête avait été mise à prix, il cachait son asile avec soin. On apprit enfin qu’il s’était retiré dans son ancien quartier du Mont-Hope; il y fut poursuivi, parvint à s’échapper encore, erra d’un marais à l’autre, et fut abandonné de tous ses amis. Son oncle, sa sœur, sa femme, son fils furent faits prisonniers ; il resta seul, et toute espérance de salut s’évanouit.:

son heure était venue; et Philip, sortant d’un marais où il s’était réfugié, fut tué par un Indien. Sa mort cût illustré un légitime adversaire, elle couvrit d’opprobre celui qui assassinait le défenseur de son pays.

La perte d’un chef si fécond en ressources, si redoutable à ses ennemis, si puissant par son caractère et son courage, accéléra la fin de cette guerre.

Ceux des Indiens qui n'étaient pas soumis furent poursuivis d’une retraite à l’autre : il en périt un grand nombre; d’autres s'enfoncèrent dans l’épaisseur des forêts. Cette guerre avait donné le signal d’un soulèvement général aux tribus indiennes voisines du New- Hampshire et du Maine; ces peuplades avaient pris les armes, et avaient dévasté !:S : jantations qui se trouvaient à leu: :0"tée; mais le gouvernement de Ma:sachusett envoya des troupes

a surprirent un corps de quatre cents ndiens ; quelques-uns furent tués, et la plupart de ceux que l’on fit prisonniers furent ensuite vendus comme esclaves.

La paix fut conclue avec les Pénobscots, et ensuite avec les autres peuplades. La guerre avait duré dix-nuit mois, et de part et d’autre elle s'était faite avec tant d’animosité, qu’elle laissa subsister entre les colonies anglaises et les Abénaquis de profonds ressentiments.

D’autres relations plus intimes et moins chèrement achetées se formaient à la même époque entre les tribus indiennes et les colonies dont Guillaume Penn commençait l’établissement. Guillaume Penn, né à Londres en 1644, avait été élevé au collége ecclésiastique d'Oxford, et avait embrassé de bonne heure les opinions des quakers. S’étant lié avec George Fox, qui était leur principai apôtre, il l’accompagna en Hollande Rue ù précher leur doctrine, et fit, dans la même vue, plusieurs voyages en Allemagne; à son retour en Angleterre, il ft un grand nombre de prosélytes; et ce fut pour offrir un asile aux quakers persée't#s qe acquit, en 1676, la prori ©

’une partie du New-Jersey, où l'on vit bientôt s’élever la ville de Burlington et d’autres établissements situ sur la rive orientale de la Delaware.

Guillaume Penn forma ensuite un plan de colonisation plus vaste, dans une contrée voisine qui n’était pas encore occupée par les Européens. Son

ère, l'amiral Penn, avait rendu à la

rande-Brctagne d’éminents services : il commandrit, en 1655, l’escadre qui s'empara de la ? "ue; il remporta dix ans après ue victoire signalée sur la flotte hollandaise, com mandée par Van Opdam; et Charles II désirant reconnaître ses mérites et honorer sa mémoire, accorda à Guillaume Penn, par des lettres patentes du 4 mars 1681, la pleine et absolue propriété de tous les territoires qui s'étendaient entre les colonies du Maryland, de New-York et de New-Jersey. Cette contrée reçut alors le nom

de Pensylvanie. II se présenta un grand nombre d'hommes qui acceptèrent les offres de Penn; trois navires furent promptement exnédiés avec des passa-

gers et to! le: rrovisions nécessaires à üuu ,: mi: elablissement; ils entrerent dans la Delaware, et l’on

jeta les fondements de la ville de Ches-

ter, sur la rive où ils déharquèrent.

Les commissaires que Guillaume

Penn envoya dans cette contrée étaient

chargés de remettre aux chefs indiens

la lettre suivante, qui leur {1

quée par des interprètes :

« MES Amis,

« Il est un Dieu grand et puis- « sant qui a fait le monde et tout ce « qu’il renferme. Nous lui devons la « vie, et nous lui rendrons compte de « tout ce que nous ferons sur la terre.

« Ce Dieu a écrit sa loi dans nos « cœurs; elle nous apprend, elle nous «invite à nous aimer les uns les au- «tres, à nous assister, à nous faire « mutuellement du bien. Maintenant « il plaît à ce Dieu de m’attacher à la « partie du monde où vous êtes, et le « roi du pays que j'habite m’y a donné « une grande province; mais je désire «en jouir avec votre affection et vo- «tre consentement, afin que nous « puissions toujours vivre ensemble «comme voisins et amis. Dieu ne « nous a pas faits pour nous dévorer «et nous détruire, mais pour nous «montrer des égards et de la bien- « Veillance, Je suis touché des duretés « et des injustices trop souvent com- « mises envers vous par des hommes « qui sont venus vous chercher plutôt « pour vou: sacrifier à leurs avantages « que pour vous donner des exemples « de patience et de bonté. J'apprends « qu’il en est résulté des troubles, des « murmures, des animo’'tés, : quel- « quefois une effusior le sang; le « grand Dieus’enest ji" mas je ne « suis pas un homme scmblabte , on le « sait bien dans mon pays. J'ai pour « vous de l'affection et de l’estime, et « je désire gagner et obtenir la vôtre «par une conduite amicale, juste et

« paisible. Les hommes que j'envoie « sont animés du même esprit ; ils agi- « ront en conséquence ; et si quelqu'un « d’entre eux vous offensait vous ou « votre peuple, il vous en sera donné « prompte et entière satisfaction, par « des hommes justes, pris en nombre «égal des deux côtés, afin que vous «n'ayez aucun motif pour en être « blessés,

« Bientôt je viendrai moi-même au- « près de vous, et nous pourrons alors « conférer et discourir à ce sujet plus « amplement et plus librement. En at- «tendant, j'ai envoyé mes commis- « saires pour traiter avec vous du ter- « ritoire et d’une solide convention de « paix. Je désire que vous soyez bien- « veillants envers eux et envers notre « nation, et que vous receviez les pré- « sents et les dons que je vous adresse « comme un témoignage de mon bon « vouloir envers vous, et de la réso- « lution où je suis de vivre avec vous « suivant les règles de la justice, de la « paix et de l'amitié.

« Je su: : votre affectionné « William PENN. »

L'année suivante Penn s’embarqu.

pour ses nouveaux établissements. I1 visita les deux rives de la baie de la Delaware, fut reçu avec joie par les Anglais, les Hollandais et les Suédois, assura aux habitants leurs droits spirituels et temporels, la liberté de conscience et la liberté civile, leur recommanda le bon accord, la modération, et renouvela les commissions des magistrats. Penn avait obtenu du duc d'York, par un acte du 21 août 1682, ls cession de ses droits et de tous ses intérêts, non-seuiement sur les terres du New-!°rsey, mais sur les arrondissements de New-Castle, de Kent et de Sussex, connus sous le nom des trois comtés de la Delaware. Après avoir réglé à New-Castle l’organisation de ces comtés, qui reçurent une législation commune, il se rendit à Chester, où les franchises et les institutions des habitants de la rive orientale furent également proélamées. Remon-

tant ens our che \ prem ‘orter € confluen relations turels d d'eux les se fixer ; dans touf eux il se Une paix diens lui « serait 8 « éclatant «toute & « que la «ne sera « astres 54 pl 22.) I ls avaien mière ent dans la co de son o renouvela avait fait principes ( que les In et qui leu \emoire.

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\ premier établissement qu'il allait ovmer en Pensylvanie, il s'arrêta au confluent du Schuilkill. De paisibles relations furent ouvertes avec les naturels du pays. Penn voulut acheter d'eux les terres où il se proposait de se fixer ; il leur en remit le prix, et dans toutes ses communications avec eux il se montra juste et bienveillant.

Une paix solide fut conclue, et les Indiens lui promirent « que cette amitié « serait sans nuages, aussi purs aussi «éclatante que le soleil brillant de «toute sa splendeur; ils déclarèrent « que la chaîne qui venait de les unir «ne serait jamais brisée tant que les « astres seraient dans le ciel. » (Voy. Fn 22.) Le vieux chêne sous lequel ls avaient eu avec Penn leur première entrevue, resta en vénération dans la contrée ; il couvrit long-temps de son ombrage les réunions où l’on renouvela les mêmes promesses. Penn avait fait prévaloir dans sa colonie des principes de modération et de justice que les Indiens imitèrent envers lui, et qui leur ont toujours fait chérir sa hemoire.

Avant de fonder une colonie, Penn avait tracé, en 1681, le plan de sa constitution. Le gouvernement, di-

t-il dans le préambule de cet acte, me paraît faire partie de la religion

ne : c’est une chose sacrée dans son institution et dans son but; il ne doit pas se borner à corriger le mal, mais il doit le prévenir par de sages réglements. Il est difficile de tracer un bon gouvernement, mais l’expérience peut le rendre tel; il a besoin d’un principe d’action; les hommes le Jui impriment, et s’ils sont bons, ils lui donnent ce caractère. Faire respecter le pouvoir par le peuple, et rassurer le peuple contre les abus du pouvoir, voilà le but qu'il faut se proposer. La liberté sans obéissance serait confusion; l’obéissance sans liberté serait esclavage.

Ces remarques nous font connaître dans quel esprit fut tracée la première constitution donnée à la Pensvlvanie.

Un gouverneur, un grand conseil et une assemblée générale concouraient à la formation des lois. Le conseil, présidé par le gouverneur, était composé de soixante-dix membres choisis par les citoyens , et il se renouvelait par tiers tous les ans : l’assemblée générale devait d’abord comprendre tous les citoyens; mais on ne pourrait dans la suite y envoyer que leurs députés, et l’assemblée ne serait jamais portée au-delà de cinq cents membres. Ce système représentatif, devenu la base es institutions de Guillaume Penn, donnait la garantie des libertés qu'il désirait assurer aux habitants, et offrait le plus sûr moyen d'améliorer le gouvernement et la législation, lorsqu’on serait mieux éclairé par le temps sur les véritables intérêts de la colonie.

Il arriva en Pensylvanie, dès les premières années, un grand nombre d'amis et de frères venus d'Angleterre,

’Allemagne et de Hollande, et l’on jeta les fondements de Philadelphie dans la presqu'île que forment, avant de se réunir, le Schuilkill et la Delaware. Onze rues, distinguées par leur ordre numérique, étaient tracées en lie droite d’une rivière à l’autre; elles étaient coupées à angles droits par des rues transversales, auxquelles on avait donné les noms de quelques plantes indigènes, de la vigne, du sassafras, du mûrier, du châtaignier, du noyer, du chêne, du pin et du cèdre. Quatre-vingts maisons furent bâties la première année, et ce nombre fut rapidement accru. Philadelphie était un lieu d’asile pour tous les hommes paisibles que Penn cherchait à réunir. Il n’avait reconnu dans tous ses voyages aucun einplacement si favorable ; il se félicitait de la fondation de sa colonie, ii en prévoyait la prospérité future, et lorsqu'il fit un voyage en Angleterre en 1684, il adressait à cette ville les adieux suivants: « Et « toi, Philadelphie, établissement sans « tache, dont le nom fut choisi avant « ta naissance, quel amour, quels soins, « quels travaux il a fallu pour t’élever « et te préserver de ceux qui voulaient «abuser de toi! Puisses-tu échapper

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« aux maux qui entraîneraient ta ruine!

« puisses-tu , fidèle au Dieu qui te pro- « tége, persévérer dans la voie de la « justice! Mon ame prie pour toi, afin « que tu restes debout dans les jours « d'ésreue, que tes enfants soient bé- « nis par le Seigneur, et que ton peu- « ple soit sauvé par su puissance. Mon « amour pour toi a été grand, et ton « pm attendrit mon cœur et « mouille mes veux de larmes. Que le « Dieu éternellement fort te main- « tienne et te conserve dans la paix et « pour sa gloire! »

Le voyage de Penn en Angleterre n'avait pour but que d'assurer l’acroissement et la prospérité de la conie: ce projet fut celui de toute sa

ie, Tantot envié, tantôt favorisé, Penn fut exposé à de fausses accusations qui firent mieux éclater sa vertu; il perdit et recouvra tour à tour son gouvernement, et lorsque après

lusieurs années d'absence il revint en

ensylvanie, il y fut reçu comme un pére.

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