‹ États-Unis d'Amérique [microforme]Chapitre 8 sur 56 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

FonparTion px LA GÉORGIE , ET COMPLÉMENT DE L'OCCUPATION COLONIALE DES RIVAGES DE L'ATLANTIQUE. CONSIDÉRATIONS SUR LES RAPPORTS DES COLONIES ANGLAISES AVEC LEUR METROPOLE : COMPARAISON DE CE SYSTÈME ET DE CEUX DES PEUPLES AN- CIRNS, ÂACCROISSEMENTS DE LA NAVIGA= TION, DES PÊCHERIES, DU COMMERCE, DE L'AGRICULTURE, DS L'INDUSTRIE, DE LA POPULATION,

Nous avons suivi les premiers proqu des colonies européennes fon-

ées sur la côte orientale et dans les régions intérieures de l’Amérique du nord. Il restait encore à occuper, sur les rivages de l’Atlantique, un vaste territoire, également revendiqué par les possesseurs de la Floride et par ceux de la Caroline. Les Espagnols n’y avaient aucun établissement, et les Anglais y avaient déja exercé des actes de juridiction et d'occupation temporaire , qui les conduisirent par degrés à une prise de possession. Lorsés attaquèrent, en 1701, les Indiens

palaches, qui avaient commis des incursions dans la Caroline, ils les poursuivirent, et portèrent le théâtre de la guerre entre le, cours du Savannah et celui de l’Alatamaha; ils érigerent ensuite un fort sur la rive de ce dernier fleuve, soit pour contenir les Indiens, soit pour empêcher l'évasion des esclaves noirs qui se réfugiaient en Floride : le gouvernement espagnol se

laignit de la création de ce poste miitaire; et quoique l'incendie accidentel du fort eût bientôt mis un terme à cette contestation, les Anglais se pré-

valurent ensuite d’un premier établissement, pour étendre leurs prétentions sur tous les territoires situés au nord de la rivière Sainte-Marie. On y avait projeté la fondation d’une nouvelle colonie, dans la vue d'ouvrir un asile aux indigents de la Grande-Bretagne et de l’Irlande, et afin de mieux assurer la défense de la Caroline; on offrait aussi une retraite aux pauvres piste des autres pays, et les

ienfaiteurs qui s’occupèrent de cette colonie la mirent sous la protection de Georges I‘. Le sceau qu'ils ado tèrent représentait les deux grands fleuves de cette contrée, sous la forme de deux nymphes penchées sur leurs urnes ; un génie s'élevait entre elles :

il portait une lance et une corne d’abondance; sa tête était ornée d’un bonnet phrygien.

Au mois de novembre 1732, cent quinze colons s’embarquèrent à Gravesend pour la Géorgie : James Oglethorpe, principal promoteur de l’entreprise, était avec eux, et il se signala par son zèle pour cet établissement, qui fut d’abord fixé à Savannah,

rès de la rivière de ce nom. Tout le erritoire situé au midi du fleuve appartenait aux Creeks : Oglethorpe désira en acquérir d’eux une partie; il leur fit des pren et conclut la paix avec eux. Une députation de Creeks l’accompagna ensuite à Londres, et le bon accueil qu’elle y obtint du roi contribua à l’affermissement de la paix.

Une colonie de cent soixante-dix Suisses partit de Neuchâtel et vint s’établir à Purisbourg, au nord de Savannah; une autre colonie de cent trente montagnards écossais vint fonder Inverness sur l’Alatamaha, et cent soixante Irlandais s’établirent dans un autre canton.

Dans le premier plan d’organisation de la Géorgie, on considérait chaque

lanteur comme un soldat; il devait tre pourvu d'armes et de munitions.

Chaque terre était regardée comme fief militaire, et se transmettait par héritage en ligne masculine. Aucun homme ne pouvait sortir de la province sans congé. Tout domaine qui n’était pas

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Quelques forts furent érigés vers les territoires des Creeks et des Cherokees , et Oglethorpe fit aussi construire les forteresses d’Augusta et de Frederica. Le gouverneur de la Floride en prit ombrage ; il demanda que les Anglais évacuassent tout le territoire situé au midi de la baie de Sainte-Hélène; mais il n’insista pas sur cette plainte; sa protestation n’amena aucune hostilité, et les forts que l’on avait construits furent maintenus.

La fondation de la Géorgie étant venue compléter l'occupation des côtes de l’Atlantique par les Européens, nous pouvons maintenant embrasser l'ensemble des possessions anglaises dans l’Amérique du nord, et nous nous trouvons naturellement conduits à quelques considérations sur les causes et les effets des changements qu’éprouva la forme de leur administration, et sur la tendance de chaque colonie vers un mode de prospérité et d'industrie, analogue à sa situation particulière.

Le principal but des fondateurs avait été de faire, fleurir les colonies par de bonnes lois : on avait aussi reconnu la nécessité de leur assurer constamment la protection de la métropole, et l’on eut enfin à déterminer les rapports qui devaient les unir à elle, de manière à concilier leurs intérêts gr xs , et à développer sans collision leurs communes ressources.

Un tel problème était difficile à résoudre, et, pour se guider dans l’examen de cette question, on voulut s’instruire des leçons du passé. Les anciens avaient eu des colonies : quel système observaient-ils dans leur établissement et pour leur conservation?

Une si imposante autorité devait être d’un grand poids, et les peuples par lesquels la civilisation de l'Europe avait commencé conservaient sans

doute le droit de l'éclairer par leur exemple.

On eut autrefois deux espèces de colonies : celles que de simples citoyens, réduits à leurs seules ressources, allaient fonder volontairement et sans mission sur un sol étranger, et celles qu'un gouvernement faisait établir par ses généraux ou par d’autres délégués. Les colonies de la première classe étaient indépendantes ; elles existaient par elles-mêmes, et jouissaient de leurs propres droits : elles créaient leurs maputas et leurs juges; elies décrétaient

eurs lois, n'étaient soumises à aucun

tribut étranger , et faisaient à leur gré la paix ou la guerre. Les autres colonies, dont un gouvernement était le fondateur et le soutien , ne jouissaient pas d’une semblable immunité : eiles avaient les mêmes amis et les mêmes ennemis que la métropole; elles devaient prendre les armes pour sa défense; elles reconnaissaient son droit de suprématie, et souvent elles ne pouvaient pas changer leurs lois sans son autorisation.

On peut citer à la tête des colonies indépendantes Carthage qui fut fondée par les Phéniciens, et qui ne fut jamais considérée comme tributaire de Tyr, soit dans la paix, soit dans la guerre; et l’on doit ranger dans la classe des autres colonies restées soumises à la métropole, celles que fonda Carthage dans plusieurs Îles de la Méditerranée, sur les côtes d'Afrique, sur celles d’Espagne et au-delà des colonnes d’Hercule. Les Carthaginois songeaient à l'agrandissement de leur commerce; ils cherchaient à attirer dans les colonies qu'ils établissaient les productions des contrées voisines ; ils y propageaient leur industrie, leur navigation, et en favorisant les échanges entre les différents peuples ils multipliaient les richesses de tous.

Les nombreux comptoirs qu’ils formèrent tendirent à répandre de toutes parts la connaissance des arts utiles qui contribuent au bien-être des nations: ils rapprochèrent des peuples qui s’évitaient, et firent servir les re-

lations du commerce aux progrès de l'industrie. ;

L'établissement des colonies grec-

ues eut un but moins commercial.

n regardait leur fondation comme un moyen nécessaire pour subvenir aux besoins d’une population toujours croissante, Des états si limités dans leur territoire auraient été surchargés par un surcroît d'habitants : on envoyait successivement au dehors différents essaims de cultivateurs; et ceux-ci portaient avec eux sur d’autres rivages leurs institutions, leur langue et leurs dieux. Si les colonies étaient attaquées, elles recouraient aux secours de la métropole : elles prenaient part à sa défense lorsqu’elles en étaient requises; elles déféraient à ses conseils, et lui reconnaissaient l’autorité que la mère-patrie a sur ses enfants.

vent elles envoyaient leurs théories aux jeux olympiques de la Grèce et à ses fêtes les plus solennelles ; elles. avaient un culte semblable; elles observaient les mêmes rites dans leurs funérailles , et gardaient une religieuse affection pour les lieux de leur origine.

Les colons ne voulaient pas que la métropole fût menacée et qu’on insultât les monuments de leurs ancêtres.

Toutes les colonies grecques n'étaient pas restées dans la dépendance politique de la mère-patrie, mais elles se croyaient encore liées à ses intérêts, à sa destinée, par des devoirs de reconnaissance, de piété filiale et d’humanité; et ce genre d'obligation morale et naturelle entraînait sans peine une nation douée d’une si vive sensibilité.

Rome avait formé d’autres liens entre elle et ses colonies : elle les fondait pour affermir ses conquêtes et

ur étendre sa puissance , soit qu’elle es envoyât dans les terres vacantes qui avaient été dévolues au domaine public, soit qu’elle les plaçät comme un boulevard sur les limites de son territoire. Les soldats, les vétérans de ses légions étaient souvent les premiers possesseurs de ses colonies, et c'était au milieu d’un camp que l’on jetait Les fondations d’une nouvelle

cité. Aussi les règles du devoir et de la

discipline militaire devenaient la base

des rapports d’une colonie romaine avec sa métropole. La frontière où on l'avait établie était particulièrement confiée à sa garde; et quelles que fussent les régions et les distances, elle se trouvait toujours placée sous la domination commune. Rome établissait ses lois et ses a ppp» dans les colonies qu’elle avait fondées : elle y envoyait des préteurs, des décurions, des édiles ; elle y percevait des tributs ; elle y faisait des levées militaires; et si les colons prenaient les armes contre elle, ils n’étaient pas seulement traités en ennemis , on Îles poursuivait comme rebelles.

Tels étaient les différents systèmes que pouvaient avoir à consulter les hommes qui cherchaient l’autorité de l'exemple, pour fonder les rapports des colonies anglaises avec leur métropole ; mais la différence des temps et des situations ne permettait pas d’imiter d’anciennes formes sans les modifier; et celles qu’on adopta participèrent de l’esprit du siècle dans lequel elles furent établies.

La variété des institutions politi-

es et religieuses entre lesquelles chaque colonie fit un choix, fut le premier résultat de cette liberté d’opinions que l’on s’attacha dès l’origine à ménager et à favoriser. Les vues de tous les hommes qui se rendaient en Amérique purent être satisfaites, et ils réglèrent eux-mêmes leur destinée et les formes de gouvernement sous lesquelles ils désiraient vivre. Cet accord de principes avec des concitoyens dont on s’était volontairement rapproché devint pour tous une première cause de bien-être et d’union. Ils restaient d’ailleurs attachés à la métropole par plusieurs institutions fondamentales, dont ils eurent habituellement à reconnaître les avantages.

Ces institutions étaient celle du jury, qui dans les procédures criminelles

onnait une garantie de plus à l’innocence; celle de l’habeas corpus, qui allégeait la condition des accusés en leur laissant la liberté sous caution;

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celle du ur représentatif, appli” qué à la discussion des lois et à l'administration des revenus et des dépenses publiques. Il ne pouvait être adopté aucun réglement contraire aux institutions de la métropole : chaque Anglais, en se rendant dans les colonies, conservait des droits naturels, imprescriptibles, inhérents à sa qualité de sujet de la Grande-Bretagne, et il continuait de jouir, comme citoyen, des sûretés que lui donnaient les lois de la mère-patrie. Ces priviléges judiciaires, ces formes représentatives, cette habitude de discuter les intérêts de son pays, de comparer les ressources aux besoins, et de s’identifier au bien-être d’un état qui devient ainsi la chose publique, donnaient aux hommes plus de patriotisme et les faisaient concourir à la prospérité commune.

Lorsque les colonies anglaises commencèrent à se former, ce futen vertu des concessions faites par le roi, qui regardait comme son domaine propre les terres nouvellement découvertes, et qui établissait entre les colonies et la couronne des rapports fondés sur les institutions féodales. On en trouvait un exemple dans les droits de suzeraineté que le roi exerçait sur le comté palatin de Durham, situé au nord du duché d’York; et le Même genre de lien fut appliqué aux premières concessions de territoire. Les compagnies ou les propriétaires qui les obtinrent furent autorisés à distribuer les terres, à les faire occuper à leur gré, même à les ériger en fiefs; ils en perçuürent les redevances, et ils jouirent des droits seigneuriaux.

Ainsi les domaines avaient leurs charges, et l’on pouvait les retirer sil ne s’y faisait pas d'établissement dans un délai déterminé. Cette obligation de les occuper, de les défricher, et d’en payer Île cens annuel, avait pour résultat d’en accélérer la culture et de borner chaque concession particulière à l'étendue de terres ge pouvait effectivement être exploitée et nise en valeur par le concessionnaire. Quant à la forme du souvernement intérieur, on assimila plusieurs colonies à d’autres

AM an que la couronne possédait ors du royaume, et on leur appliqua les institutions de l'île de Jersey, où l'on suivait encore .les coutumes du duché de Normandie, parce que cette île en avait autrefois dépendu. Ces coutumes consacraient, comme celles d'Angleterre, l'obligation d’assembler périodiquement les états, et de ne leie aucun impôt sans leur participaion.

Le système représentatif fut ainsi attaché à l'institution des colonies, et le droit de souveraineté du roi s’y trouvait en même temps introduit. Les modifications que subirent ces deux principes, dans leur application et dans leur degré d’étendue, tinrent aux variations que le gouvernement de la métropole eut à éprouver lui-même.

L'autorité du | Ru britannique fut agrandie à la fin du règne orageux

de Charles I°° et pendant la durée du

PRoAoERE les mêmes prérogatives ui furent conservées après le rétablissement de Charles II. Les droits personnels du roi se trouvaient alors limités, et les colonies ne furent plus considérées comme son domaine propre; elles étaient devenues parties inégrantes de la monarchie : les habitants conservaient le caractère et les priviléges de sujets britanniques , et ils étaient régis et protégés par les institutions mêmes de la métropole, dans la june de leurs principaux droits politiques et civils.

Nous avons remarqué qu’à différentes époques les colonies fondées sur des chartres, ou cédées à des propriétaires, passèrent sous le gouvernement royal, et se trouvèrent ainsi assimilées les unes aux autres dans leurs rapports avec la couronne, Ces transactions successivement faites eurent des résultats analogues; et comme le Massachusett avait reconnu le premier cette forme de gouvernement, on put se régler sur Son exem-

le, pour déterminer les liens qui alaient unir au royaume les autres colonies.

Dans le Massachusett, le gouverneur était créé par le roi. Il était as-

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sisté duns ses principaux actes par un conseil dont il devait avoir l’assentiment. Les intérêts des habitants étaient roprésentés dans une assemblée générale, qui se composait du gouverneur, du conseil , et d’un certain nombre de députés élus par les citoyens. L’assemblée générale nommait aux places vacantes dans le conseil; elle établissait des tribunaux, elle faisait des lois, en se conformant, autant qu'il était ssible, à celles d'Angleterre; elle imposait des taxes personnelles et réelles : l'emploi en était fait par les ordres du gouverneur, avec lavis et le consentement du conseil, pour le service du roi et la défense du pays. Le gouverneur exerçait un droit de vefo sur les actes de l’assemblée rat qui devaient aussi être envoyés au roi, pour étre confirmés ou rejetés. Il pouvait assembler les milices, les armer, les discipliner, les conduire contre l'ennemi. Tous les pouvoirs constitutionnels du roi, son autorité civile et militaire et la portion d'autorité lé-gumnte qui lui appartenait avaient té délégués au gouverneur; mais le monarque s'était réservé l'exercice des prérogatives souveraines les plus importantes, le droit de faire la guerre, d’ériger des places fortes , d'y envoyer des troupes, d'autoriser les armements en course, de conclure la paix, de régler les rapports de neutralité, d’alliance, de commerce avec d’autres états. Tous les actes d’administration où se trouvaient mélés les intérêts de la mère-patrie n'avaient de caractère légal qu'après avoir été approuvés par le roi.-

En faisant passer sous le gouvernement royal toutes ces possessions éloignées, on déterminait aussi d’une manière uniforme leurs rapports commerciaux avec la métropole et avec les autres pays; et les modifications ultérieures qu'éprouva ce genre de relations devinrent également applicables à toutes les colonies. Elles avaient eu d’abord la faculté d'exporter leurs productions dans les pays amis ou alliés de la Grande-Bretagne, et cette autorisation fut spécialement accordée au

Maryland, sous le règne de Charles 1"; mais sous celui de Charles II elle fut

refusée aux fondateurs de la Pensyl. ,

vanie. L'acte de navigation qui changea tous les rapports du commerce maritime avait paru dans l'intervalle, et cet acte, publié en 1651, sous le gouvernement de Cromwell, restrei.

gnit toutes les relations des colonies avec l'étranger. Cet acte portait en substance que les produits agricoles ou manufacturés des colonies britanniques ne pourraient étre importés en Angleterre que sur des navires anglais; qu’il en serait de même des produits de toutes les autres contrées d’Asie, d'Afrique et d'Amérique ; que les vaisseaux des puissances européennes se borneraient à importer en Angleterre les provenances de leur pays; que les étrangers qui introduiraient dans le royaume les produits de leurs pêches, y paieraient le double des droits de douane imposés aux nationaux ; qu’aucun vaisseau ou Ve ne pourrait charger des marchandises en Angleterre pour les transporter dans d’autres ports, à moins que les trois quarts de son équipage ne fussent composés d’Anglais. | Les principes de l’acte de navigation furent souvent confirmés et renforcés par d’autres lois, qui concouraient toutes à rendre exclusif le commerce des colons avec la métropole. Les étrangers pouvaient être aisément admis dans les colonies, lorsqu'ils venaïent s’v établir et s’y incorporer:

alors ils devenaient membres de l’association et ils y acquéruient les droits civils; mais ils ne pouvaient pas s’y introduire comme négociants étrangers pour exercer leur trafic, ou pour y servir de facteurs. Toutes ces opérations de commerce ne devaient être suivies que par les Anglais qui venaient y résider, ou par les colons eux-mé-

.mes. Les uns et les autres jouissaient

également du droit de naviguer et de commercer entre les deux pays. Aucune compagnie n'avait le privilége exclusif de ce commerce; tout sujet anglais pouvait librement s’y livrer; et cette franchise individuelle donna ra-

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Les échanges habituels de ce commerce étaient ceux des produits du sol contre les articles manufacturés.

L'industrie de l'Angleterre fournissait àses colonies les étoffes, les meubles, es ustensiles, tous les objets fabriués, nécessaires aux usages de la vie.

’accroissement du bien-être des habitants augmentait ce genre de consommation ; les nécessités du luxe venaient se joindre aux véritables besoins, et pour acquérir les moyens de se procurer ces jouissances, on mettait en valeur toutes les ressources territoriales que pouvaient offrir les colonies.

Leur FRET première dépendit de leur fécondité. On commençait par demander au sol toutes ses richesses.

On avait des bois pour la construction et la navigation, de la résine, des

‘cuirs, de nombreuses pelleteries, des

charbons fossiles, des métaux, une abondante variété de plantes indigènes; et si l’on joignait aux produits de la chasse , et à ceux que la terre offrait spontanément, tous les trésors de la culture, on y trouvait la base d’une prospérité commerciale, propre à développer encore l'activité du travail.

Le génie colonial est essentiellement à st il s'attache avant tout à exploiter la terre : ce sort là ses premières conquêtes ; il les prolonge, il les multiplie ; et quand les Européens qui ont franchi immensité de l'Océan ur chercher une nouvelle patrie ont éfriché le rivage qui les avait reçus, cet esprit aventureux qui les avait dirigés vers des contrées inconnues les rte à poursuivre leurs entreprises.

Un vaste territoire leur est ouvert; une autre perspective attire leurs regards; et ce qu'il y a de vague et d’incertain dans la destinée qui les attend aiguillonne leur espérance. Cet élan vers l'avenir animait les fondateurs des colonies ; et le même esprit se propa-

DAMÉRIQUE. 107 gea de race en race chez leurs descen-

À mesure se développèrent les ressources de l’agriculture, et que les colonies anglaises acquirent pue de richesses, de population et détendue, il parut nécessaire de leur assurer d’autres avantages; et l’Angletsrre, modifiant envers elles la première rigueur de ses réglements, leur permit un commerce limité avec d’autres pays situés hors d'Europe, soit qu’ils lui appartinssent, soit qu’ils dépendissent d'une autre puissance. Cette autorisation étendit la navigation des colonies anglaises, et leur ouvrit les parages d'Amérique, d'Afrique et d'Asie. On voulut pénétrer dans tous les ports que les autorités locales ne rendaient pas inaccessibles par leurs prohibitions. Le génie du commerce s'empara d’un si vaste champ : on construisit de nombreux navires; on multiplia les défrichements ; de nouveaux produits furent demandés à la terre; des fabriques furent successivement établies ; escoloniesreconnurent qu’ellesavaient un principe d’existence et de bien-être

ui leur était propre et que le cours u temps devait fortifer.

Boston offrait l'exemple de ce mouvement progressif : aucune ville n'était plus remarquable par l’activité de son commerce et par l'impulsion donnée à l’industrie; c'était alors sur ce point que se dirigeaient les principaux arrivages : Boston était devenu le premier entrepôt du continent américain, Philadelphie au centre des colonies anglaises, et Charleston vers le midi, étaient alors les autres places les plus importantes. Baltimore s’agrandissait plus lentement , et New-York ne s'élevait point encore au rang que devaient lui assigner un jour l’étendue et l'éclat de son commerce.

Nous devons attribuer en grande partie les premiers développements de cette navigation à une branche d’économie maritime qui , depuis la pacification générale de 1713, fit dans les colonies nn de rapides progrès.

Leurs pécheries occupaient de plus grands parages : celles des côtes et des

108 JUNIVERS.

bancs de l’Acadie leur appartenaient exclusivement. L’Angleterre, devenue maîtresse de l'île entière de Terre- Neuve, pouvait avec plus de facilité multiplier ses bâtiments pêcheurs dans les mers voisines et sur les bancs avancés; elle étendait ses heries le long des côtes orientales du Labrador, et les colonies prenaient une grande part à ces exploitations maritimes.

Lorsqu'une nombreuse et intéressante population cherche sur les mers une partie des éléments de son bienêtre et de sa puissance, quand la péche et la navigation l'enrichissent, développent son énergie, et l’accoutument aux plus grands périls, le devoir d’un historien est de la montrer aussi sur le nouveau théâtre où elle va se déployer : il doit, pour la faire mieux connaître, tracer ses habitudes maritimes , indiquer les ressources que lui fournit l'Océan, suivre même quelques-unes de ces aventureuses expéditions qui attestent son industrie, son courage, et qui étendent au loin son influence politique et commerciale. La part que cette nation est appelée à prendre aux affaires du monde la signale d’une manière trop remarquable, pour que nous ne cherchions pas à développer une des principales causes de sa grandeur.

n tel motif peut suffisamment expliquer les développements où nous devons entrer sur quelques pêcheries dont les colonies anglaises eurent à s'occuper vers les côtes du continent américain et dans d’autres parages de l'Atlantique. Le droit de les exploiter était commun à tous les sujets anglais :

Ja métropole et les colonies jouissaient, sous ce rapport, des mêmes avantages; et les opérations de la pêche. se trouvant ainsi soutenues par un plus grand nompre d’armateurs , pouvaient devenir plus variées, plus importantes.

et embrasser de plus grands espaces sur l'Océan.

Depuis le commencement du seizième siècle. la pêche de la morue était exploitée par les Européens, et leur fournissait une pépinière de ma-

telots accoutumés à toutes les fatigues d’une pénible navigation. Elle ne s'était d’abord exercée que sur quelques bancs de l'Atlantique, voisins de l'Irlande, des Orcades, des îles Shettland, de l'Islande, des côtes de Norwége, et sur le Doggers-Bank dans la mer du Nord; mais la pêche sur le grand banc de Terre-Neuve fut bientôt préférée à toutes les autres : elle s’étendit ensuite aux autres pra es de cette île, aux côtes du golfe Saint-Laurent, à celles de Labrador; et l’on reconnut que ce n’était point aux mêmes épode que la morue arrivait dans les

ifférentes régions de l’Atlantique.

Elle se montre, dans les mois de fé.

vrier et de mars, sur les côtes de Loffoden, au mois d'avril sur le banc qui se prolonge entre les îles Shettland et Farôer, et ce poisson paraît

ensuite vers les côtes d'Islande. L’ex-

ploitation des parages de Terre-Neuve commence dans les premiers jours de mai; la morue abonde alors sur la côte occidentale de cette île, depuis le Cap-Riche ou Cod-Roi jusqu’à la baie des Trois-Iles, et c’est À ue l'on peut faire la première pêche.

Cette famille innombrable remonteensuite lentement vers le nord jusqu’à la fin du mois de juillet, et le côté nordest de l’île devient alors le plus poissonneux. Les bâtiments qui fréquentent les côtes de Labrador se rendent à leur destination vers les premiers jours de juin. Ils commencent par la pêche du capelan, qui sert d’amorce pour la morue et qui abonde dans ces pres , ét ils choisissent et se réparissent entre eux les stations qu'ils ont à occuper, depuis le golfe Saint- Laurent jus u’à l’île de Cumberland, située à l'entrée de la baïe d'Hudson.

La morue des côtes de Labrador est lus petite que celle du grand banc de

erre-Neuve, où la pêche est plus productive , et où il arrive, chaque année, un plus grand nombre de bâti.

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Le grand banc occupe, du nord au sud, un espace de huit degrés; il se compose d’une suite de montagnes et de plateaux sous-marins, dont on

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Après la péehe de la morue, celle du hareng est la plus abondante : elle occupe sur les côtes d'Europe et sur celles de l’Amérique du nord différentes stations, qui correspondent toutes à des bancs et à des battures maritimes dont les hauts-fonds sont généralement favorables à la population des mers. Les harengs sortent, tous les ans, en troupes innombrables, de la région des gros polaires, et ils se

artagent en deux bancs principaux :

Fin se dirige vers les parages orientaux de l’Atlantique, l'autre vers les côtes de Labrador , de Terre-Neuve et du continent américain.

Cette classe, la plus nombreuse de toutes les espèces nomades qui parcourent cet espace de l'Océan, est aussi celle que l’on a le plus habituellement poursuivie. La première pêche du aareng qui soit connue en Europe a été faite par les Écossais, et cette exploitation remonte au neuvième siècle. Les pêcheurs prenaient le hareng sur leurs côtes , et les Hollandais venaient l’acheter d’eux. Une guerre survenue entre les deux nations fit suspendre ce trafic. Les Hollandais allèrent eux-mêmes à la pêche du hareng, apprirent à le préparer, et en firent un objet de commerce et d’exploitation dès le commencement du quatorzième siècle. Les procédés de la salaison et de la conservation furent perfectionnés en 1416, par Guillaume Boëkels, et cette branche d’industrie devint si avantageuse à ses compatriotes qu'après sa mort ils lui érigèrent un monument à Birvliet. où il avait recu le jour.

Le hareng était alors le moyen de subsistance le plus habituellement employé pour lapprovisionnement des navires, des places fortes, des troupes en campagne. Les communautés religieuses en faisaient une grande consommation : l’usage en avait été répandu dans toutes les classes par la loi du jeûne; et comme la pêche en est simple, productive et sans dépense, elle occupait un grand nombre de navigateurs européens, depuis les îles Helgeland, en Norwége, jusque dans le centre de la Baltique , depuis le Jutland jusqu'aux côtes de la Manche, et enfin sur le littoral britannique, sur celui des Orcades, des Hébrides, et des îles du canal d’Irlande. On allait successivement attendre sur différents ints l’arrivée de cette multitude innie, en se réglant sur ses habitudes connues et sur ses émigrations périodiques ; mais elle trompait quelquefois, par un changement de direction, l'attente des navigateurs, et semblait méme renoncer à plusieurs de ses anciens parages : elle abondait alors sur les côtes d’Acadie , et cette pêche ein- Pas un grand nombre de navires.

pêche de la baleine se fait annuellement dans la baie de Baffin, et dans les autres régions de la mer Glaciale, où les bâtiments se rendent vers la fin de mai, et où ils restent mouillés près de quelque abri, jusqu’à ce que la débâcle des glaces leur permette de s’ouvrir un passage, et de s’avancer. plus au nord. On exerce aussi cette pêche dans les parages de Terre-Neuve. Les cétacés y arrivent des mers du Groënland, vers le milieu d'octobre, et ils y trouvent une nourriture abondante. Lorsque l'hiver est devenu rigoureux, ils cherchent des contrées méridionales et s’avancent vers le tropique du Cancer : ils voya gent jusqu’au printemps sous les mémes latitudes, et regagnent ensuite les purge de la Nouvelle-Angleterre, de Acadie, de Terre-Neuve, de Labrador et des régions polaires. Mais toutes les. espèces de cétacés ne participent point aux mêmes migrations ; plusieurs sont moins errantes et occu-

pent habituellement les mêmes espaces : les unes fréquentent les parages du Groënland, de l'Islande et de Terre- Neuve; d’autres, comme les soufileurs, urent la mer des Antilles, celle es Açores, ou le golfe de Guinée, ou les parages de Sainte-Hélène et de l’Ascension. Les cachalots abondent vers les côtes Magellaniques. et vers les îles méridionales de Shettland ; et les plages de ces contrées sont couvertes quelquefois d’éléphants de mer et de différents phoques , dont les huiles, les fanons et les autres produits peuvent étre appliqués à nos usages domestiques.

Les cétacés et les phoques s’éloignent insensiblement des contrées où on leur donne habituellement la chasse; et l’on peut citer pour, exemple de ce changement de stations , celui des baleines qui ont successivement occupé

lusieurs régions de l'Atlantique. Les

asques en faisaient autrefois la péche dans le golfe de Gascogne, depuis la baie de Sant-Ander jusqu'à la Charente, et une tour de l’île de Ré porte encore le nom de tour des Baleines :

mais elles avaient disparu de cette côte dès le commencement du quinzième siècle. Alors on les poursuivit vers le nord, et l’on parcourut successivemrent les parages d'Amérique et du Groënland où cette pêche devint lus abondante; elle occupa long-temps es marins de Bayonne, ceux de Guyenne, d'Aunis, de Normandie, et fut ensuite parta ée avec les Anglais, les Hollandais et d’autres navigateurs.

Ces émigrations que l’on a remarquées dans plusieurs familles de poissons et de phoques, lorsqu’elles cherchent à fuir les régions où elles sont troublées, ont également lieu quand les espèces dont elles se nourrissent ont elles-mêmes changé de stations.

Ainsi se tiennent et sont liées l’une à l’autre les différentes classes de la population des mers; l'Océan a des régions où ces familles étaient nombreuses au moment de la découverte :

on ne les y trouve plus aujourd’hui; mais quelquefois d’autres espèces en ont pris la place ; et plusieurs parages

ont successivement reçu différentes colonies maritimes.

L'obligation de faire de longues excursions , pour obtenir une pêche abondante, mettait constamment à l'é.

preuve les navigateurs des colonies anglaises; et nous devons citer, au nombre de leurs marins les plus intrérs vd , ceux de l’île de Nantucket, si.

uée au sud-est du Massachusett. Éle.

vés au milieu du tumulte des vagues, et accoutumés à se jeter en aventuriers sur l'Océan, ils étendirent au loin leurs eries, et lancèrent les filets ou le harpon dans tous les parages que les poissons et les cétacés

équentaient. Cette active industrie enrichit à la fois leur fle et les contrées voisines, et l’on y trouva constamment des matelots pour les plus pénibles expéditions. Alors les colonies anglaises multipliaient leurs entreprises : on ne craignait pas de braver avec quel es hommes d'équipage les mers les plus tourmentées par es tempêtes. Ce pavillon, flottant le long des côtes du Nouveau - Monde, cinglait vers le cap Horn, et cherchait les mers australes ; bientôt même il devait parcourir le Grand-Océan, gagner ses nombreux archipels et ses régions arctiques, atteindre, en se dirigeant vers l’ouest, les ports de Canton et de Macao, et pénétrer jusqu'aux colonies anglaises des Indes orientales : grande et favorable circulation commerciale, dont les bénéfices devaient s'étendre successivement sur les diverses contrées du globe. Si nous aimons à signaler ce genre d’accroissement et d’amélicration, ce n’est pas seulement parce qu’il concourt au bien-être d’un pays, c’est aussi parce que les liens du commerce rapprochent les peuples, donnent un plus libre cours à l’industrie, aux arts utiles, aux vérités, et tendent à perfectionner la race humaine. Heureuses les époques paisibles où de telles relations euvent se former ! elles méritent d’enrer dans l’histoire des nations; car elles nous les représentent dans les lus brillantes phases de leurs révoutions politiques. L'histoire a souvent

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Tandis que l’Angleterre et ses colonies d'Amérique étendaient le domaine de leurs pécheries, celles du golfe Saint-Laurent étaient exploitées

res Français, qui continuaient aussi de rendre part à celles du grand banc de frerre-Neuve. L'île de Cap-Breton, située à l'entrée du golfe, avait été laissée à la France par le traité d'Utrecht : la pêche de la morue était abondante sur les bancs de ses parages; les vaisseaux trouvaient des abris sûrs et commodes dans les ports de cette île, et celui de Louisbourg de-

| vint le principal entrepôt de la colonie.

Les Français qui avaient abandonné Terre-Neuve se retirèrent à Cap-Breton ; il y vint quelques réfugiés d’Aca:

| die : d’autres établissements se formè-

rent ou s’accrurent dans l’île Saint- Jean , dans l’archipel de la Madeleine, dans l’île Miscou, située à l'entrée de la baie des Chaleurs; et ces différents

stes , La se pu placés pour a pêche du golfe Saint-Laurent, donnèrent à cette industrie une nouvelle activité.

La pêche de la morue n'était pas la seule que l’on fit dans le golfe; celle de la baleine y était abondante vers le nord, et le long des côtes du Labrador : elle l'était aussi dans la vaste embouchure du fleuve, et jusqu’au confluent du Saguenay. Cette pêche y est beaucoup moins pénible que dans les mers boréales , et l’on peut y joindre celle des phoques et des morses, qui se faisait alors sur les différents rivages du golfe et de l'entrée du fleuve Saint-Laurent. L’utilité de ces différentes exploitations fit attacher pue d'importance a la possession de île de Cap-Breton, et la France y trouva un point de relâche habituel ca ses communications avec le Canada.

Les Indiens vr’avaient jamais prati-

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D'AMÉRIQUE. 111 fallu chercher, à quelques lieues des côtes, les bancs maritimes qu’elle fré-

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éhe des Arena gr À chiens de mer et des autres phoques leur était familière, et ils y signalaient leur adresse. Placés en embuscade sur le rivage , ils les attaquaient avec leurs es ou leurs épieus, quand ces amphibies s’élevaient à la surface des eaux pour respirer l'air, et surtout quand ils avaient gagné la plage pour y déposer leurs ts. Les Indiens exerçaient aussi la pêche à l'entrée des fleuves et dans les lus étroites baies du littoral : ils y rouvaient une grande variété d’espèces; plusieurs d’entre elles n’apparaissaient qu’à des époques déterminées, et leur arrivée, comme celle des oiseaux de passage, se réglait sur l'ordre des saisons. Le retour de ces périodes annuelles était même plus régulier que le cours de la végétation et que le développement plus ou moins récoce des feuilles, des fleurs et des ruits. Les sauvages du golfe Saint- Laurent et de l’Acadie faisaient, dans les mois de décembre et de janvier, la chasse de différentes espèces de phoques qui abondaient sur leurs plages, et celle des ours, des lièvres, des canards, des sarcelles, des outardes; dans les mois de février et de mars ils chassaient les caribous; ils pêchaient au commencement d'avril les poissons qui venaient frayer à l'entrée des rivières, les éperlans, les harengs ensuite, puis l'esturgeon, le saumon, la plie, la sèche, les truites saumonnées. L'été, qui multipliait ces populationsnomades, rendait aussi les pêches des Indiens plus abondantes. Au mois de septembre, ils allaient chasser les oies sauvages, qui volaient alors vers le sud pour revenir avec le printemps; on commençait dans les mois d’octobre et de novembre la chasse des castors et des orignals, qui abondaient au nord de la baie de Fundy, et l’on chassait à la même époque les autres antilopes et les nombreux troupeaux de buffalos, errants dans les forêts et

dans les beau de l'intérieur du ensui i

régler, dans leurs chasses et dans leurs , sur les habitudes connues des es attachées au sol ou aux parages de leurs colonies; et comme ils étaient potf?us d'armes d’une plus longue portée, et d’instruments de pêche plus parfaits, ils pouvaient obtenir une plus riche proie.

Ils avaient joint à la pêche du littoral celle des hautes mers, et les bénéfices de l’une et de l’autre exploitation leur offrirent un dédommagement des pertes qu'éprouvait la traite des pelleteries. Ce dernier genre de commerce devenait en effet plus pénible et moins pHosses La chasse, encouragée par

appât du gain, avait été si destructive, que plusieurs cantons où avaient abondé les bêtes fauves se trouvaient déja dépeuplés. Les forêts leur offraient d’ailleurs de moins profondes retraites; la culture avait empiété sur leurs domaines ; elle avait abattu une partie de leurs forêts; elle ne cessait pas de les poursuivre , de les effrayer , et les animaux s’éloignaient avec timidité de tous les lieux que venaient occuper les Européens. L’isolement convient à leurs sauvages habitudes; leur instinct, leur force s'y développent en liberté, et ceux dont nous admirons l’industrie, tels que les familles de castors, aiment à nous dérober leurs travaux.

Mais ils s’éloignent aussi de l’homme comme d’un mortel ennemi. Leur nombre diminue de jour en jour ; quelques races viennent même à disparaître; et ce système d’hostilité contre toutes les esp dont les peuples chasseurs peuvent se nourrir, ou dont ils recherchent les dépouilles, entre dans l’histoire des sauvages, comme les guerres et les conquêtes entrent dans celle des peuples civilisés.

Toutes les colonies européennes ne pouvaient pas exploiter avec le même avantage la traite des pelleteries : elle ét:it plus bornée dans les provinces ou es col®x. > étaient plus nombreux, et

ÿ la rapide extension des défriche-

ments avait usurpé les retraites des sauvages et des animaux. La Nouvelle:

Angleterre, dont le territoire était restreint, offrait ainsi moins d'avan.

tages à ce commerce que les autres colonies anglaises, dont les bornes occidentales n'étaient pas encore tra.

cées, et qui pouvaient trouver dans les forêts de l'intérieur des ressources plus faciles à renouveler. New-York, a Pensylyanie, la Virginie, les états plus méridionaux prolongeaient de proche en vers les monts Alléghanys : ils ne re gardaient pas même ces boulevaris comme une frontière; ils les croyaient compris dans les premières concessions de terre qui leur avaient été faites; et fondant leurs titres sur des chartes royales qui leur attribuaient, d’une mer à l’autre, la possession du continent américain, ils aspiraient à faire valoir leurs 'égpin de souveraineté sur toutes les terres qu'ils pourraient atteindre.

Mais si les colonies qui se trouvaient circonscrites par d’autres possessions européennes n avaient pas la perspective d’unagrandissementultérieur et des nombreuses ressources qui pouvaient en résulter, ces provinces, animées d'une louableambition, s’approprièrent de bonne heure un nouveau genre d’exploitation qui devait leur assurer une

rospérité plus durable; et lorsque eur économie agricole eut fait des progrès, il s’éleva différentes branches d'industrie, destinées à donner aux productions de la terre une plus grande valeur. L'équarissage et la mise en œuvre des bois occupaient plusieurs classes d'artisans : on eut des scieries pour les débiter en planches; on les façonna

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qui comprenait aussi celle des agrès e toute nature. L’art de la navigation exige de nombreux auxiliaires, et aucune industrie n’est plus propre à développer rapidement toutes les autres.

Une activité nouvelle fut dès lors imprimée à d’utiles travaux qui exercaient les uns sur les autres une réac-

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rent les bénéfices de ce commerce. La mouture des froments, l’'émondage de uelques graines, la conservation des arines employèrent un grand nombre de machines et de bras : on eut des pressoirs pour le cidre, des brasseries pour la bière, des distilleries pour extraire des graines et des fruits à noyau différentes liqueurs spiritueuses. La culture des pommes de terre et celle du maïs, qui toutes deux étaient indigènes, firent prospérer d’autres branches d’économie rurale, et les ressources qu’elles procurèrent pour la nourriture des animaux et des oiseaux domestiques en firent multiplier les races et en facilitèrent l’éducation. La bonté des Le permettait d’avoir de nombreux troupeaux, et partout on substitua aux espèces indépendantes avec lesquellesonétaiten guerre, celles que l’on avait assujetties, fidèles et précieuses familles, Corpagnes inséparables de l’homme, et destinées à suivre les peuples civilisés dans toutes leurs conquêtes.

Souvent, pour accoutumer les animaux d'Anne au nouveau sol qu’ils devaient habiter, on transporta et l’on sema pour eux les graines des herbes, des racines, ou des fruits dont ils s’étaient nourris avant leur exil : ils retrouvèrent des campagnes ornées de la même parure ; ils eurent des plantes

aussi savoureuses, et jouirent de toute 1 fécondité de A larre natale, L'émi-

ration n'en r que quelques races et la plupart se multiphèrent É] un tel point qu'elles offrirent d’abon-

dants moyens de s nee pour l' provisionnement des navires dj" h A e

ement des espèces vivantes, soit par les salaisons. On prépara de diverses manières le laitage des bestiaux, et l’on y trouva la source d'un nouveau commerce : la qualité et les variétés de leurs dépouilles donnèrent lieu à d’autres fabrications. Des tanneries, des mégisseries s’établirent pour la fabrication des cuirs; la laine des troupeaux fut employée dans des manufactures de drap commun; aucun peinoine de travail ne fut négligé , et ’on chercha de toutes parts à donner une première main-d'œuvre aux productions naturelles qui en étaient susceptibles.

lacé sur une terre si féconde, on ne se borna point aux richesses réndues à sa surface, et les mines urent explorées. On avait d'abord été à la recherche de l'or; mais le fer, le cuivre, les charbons fossiles eurent bientôt plus de prix pour un peuple actif et laborieux : la métallurgie fit des progrès ; des usines furent établies pour les instruments les plus usuels, et d’industrieuses colonies cherehèrent à pourvoir par leurs propres ressources à une partie de leurs besoins.

Parmi ce grand nombre d’Européens qui venaient chercher en Am ge une autre existence, il se trouvait des hommes qui, par leur génie ou leur dextérité dans les arts, pouvaient en ropager les progrès. Ils apportaient leur nouvelle patrie le tribut de leurs connaissances ; et, comme la plu de ces émigrants avaient été élevés au milieu de la civilisation , les pays qui les recevaient étaient appelés à jouir promptement de tous Îles perfectionnements de l’industrie et de l’ordre social. On peut s'expliquer ainsi les rapides progres des colonies anglaises dans les différents arts qui convenaient à leur situation. Ces colonies ne ressemblaient point à des sociétés infor-

#° Lävraison. (ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. ) 8

mes qui s’ébauchent à peine, et où l’on est d’abord réduit aux plus simples éléments de l’industrie; elles pouvaient recevoir les arts tout formés :

les | Préteres épreuves étaient déja faites, et un nouveau peuple se trouvait enrichi de l'expérience des anciennes nations. à Dons chaque hameau qui vient à s'établir, les propnone les plus nécessaires sont bientôt exercées : le besoin est un puissant moteur, il donne l’impulsion.et enseigne les premières règles ; toutes les sea it de la construction, l1 maçonnerie, la charpente, les forges trouvent promptement des ouvriers D'abord imitateurs imparfaits ‘ de ce qu'ils ont vu dans une société plus avancée, ils deviennent maîtres à leur tour ; le génie des arts utiles se développe; le travail se divise, l’homme perfectionne Part spécial auquel il s’applique; et le souvenir des travaux et des progrès industriels dont il a été témoin dans sa première patrie, vient aiguillonner ses efforts et lui retrace les modèles qu’il peut imiter. Néanmoins on peut remarquer dans l’adoption et l'exercice des arts une marche QHOEEEIT , à laquelle les colonies anglaises eurent le bon esprit de se conformer. Leurs fabriques furent d’abord appliquées aux besoins de la classe d'habitants la moins riche et la plus nombreuse. En satisfaisant d’une maaière simple à ses demandes, on lui donnait des habitudes de bien-être, on l’amenait à étendre par degrés le cercle de ses jouissances : les produits d’un travail plus raffiné paraissaient alors nécessaires , et c'était à la métropole à les fournir; elle envoyait dans ses colonies tous les articles manufacturés qui leur manquaient, et le nombre des emandes augmentait de jour en jour; car il se proportionnait à la richesse des habitants et à l'accroissement des moyens d'échange qu'ils pouvaient offrir. Nous avons indiqué une partie de leurs exportations, afin de faire connaître les principales bases de leur commerce, soit avec la métropole, soit avec d’autres états. Les papiers monétaires, émis par leurs banques,

et abandonnés au cours et aux chances

du crédit, étaient leurs moyens habi-'

tuels de paiement et de circulation.

Ce mélange et ce mouvement pro-

ssif de l’économie rurale et de l’in-

ustrie manufacturière nous peignent la situation des colonies de la Nouvelle-Angleterre, qui s'étaient accoutumées de bonne heure à suivre avec.

activité ce double genre de travail.

L'exemple donné par le Massachusett était imité dans le Rhode-Island, le Connecticut, le Maine, le New-Hampshire; et, moins le climat paraissait favorable à la culture, plus on appréciait avantage de suppléer à la fertilité de la terre par l’industrie des hommes.

Chaque pays réglait sur ses ressources, comme sur scs besoins, ses différents rapports de commerce.

La colonie de New-York avait le même genre de productions que la Nouvelle-Angleterre; mais elle jouissait d’un sol plus fertile, et son commerce avec les nations indiennes avait plus d’étendue : l'exploitation des pécheries l’occupait moins, et la construction des navires, et tous les arts qui en dépendent, ne donnaient pas alors aux travaux de ses chantiers une si grande activité. Le port de New- York, où venaient affluer les richesses de cette grande colonie, était aussi le principal entrepôt du commerce du New-Jersey, et l’une et l’autre province, qui avaient été A réunies , conservaient encore l’habitude de leurs anciennes relations.

La Pensylvanie avait, sur toutes les autres colonies anglaises, l’avantage de vivre en paix avec les nations in fie La religion apportée par son fondateur lui faisait éviter la guerre :

les habitants étaient restés fidèles à de si humaines maximes ; ils y trouvèrent la source d’une sécurité profondé et d’un bien-être toujours progressif.

L'heureuse situation de Philadelphie lui permettait un commerce étendu, et les habitants le développèrent encore par leur industrie; mais ceux de l’intérieur du pays furent spécialement voués à l’agriculture. La simplicité des mœurs s’adapteit mieux au caractère

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Le goût pour l’agriculture était alement sensible dans les colonies plus méridionales ; et cette prédilecion pour un même genre de vie tenait à des circonstances locales : elle tenait à la différence des productions et à celle des climats. Le Maryland et la Virginie avaient, comme nous en ayons déja fait la remarque, une plante indigène dont on avait constamment favorisé la culture : Lsage du tabac, rapidement propagé par l'exemple des marins dans tous Îles lieux où ils abordaient, s’était généralement répandu ; il assurait à l’une et à l’autre province une branche de commerce florissante, et l’on s’attachait à développer dans chaque colonie le genre d’exploitation qui pouvait lui assurer le plus d’avantages, et où elle avait à craindre le moins de concurrence.

On peut remarquer , au nombre des roductions qui:appartiennent aux coonies anglaises du midi, le riz, le coton, l’indigo, et quelques autres récoltes qu’il est à propos d'indiquer pour mieux faire connaître ieurs ressources. Les premiers grains de riz que l’on sema dans la Caroline y furent apportés en 1690, par un capitaine de navire qui arrivait de Madagascar, et

ui jeta l’ancre près de Charleston : il

t présent d’un sac de riz au gouverneur , et lui dit que cette denrée était regardée, en Orient , comme une excellente nourriture. Le gouverneur partagea ce présent avec quelques agriculteurs : Chacun d’eux sema les graines qu’il avait reçues, et la récolte dépassa leurs espérances. L'introduction de cette plante fut l’origine d’une grande prospérité pour la colonie ; on reconnut que les terres les plus riches et les plus basses étaient les plus propres à sa culture; et les rizières de la Caroline furent placées au milieu de ces plages marécageuses qui bordent les rivages de l’Océan, dont elles ne sont séparées que par des dunes. Quelquefois elles étaient exposées à l'invasion des eaux de la mer, qui frappaient la plante de stérilité : il fallut élever des digues

ur se préserver de ce fléau, et il en

allut d’autres pour contenir les eaux douces, qui ne devaient étre introduites dans les rizières qu’à l’époque annuellement marquée pour leur irrigation.

Le riz devint la principale marchandise d’étape de la Caroline, comme le sucre étaitcelle de la Jamaïque, comme le tabac était celle de la Virginie et du Maryland. On en faisait d’abondantes exportations pour les pays du midi, où l'usage de cet aliment est plus genéralement répandu que dans ceux du nord ; et il fallait d'abord l’envoyer en Angleterre, d’où il était réexpédié vers les côtes d’Espagne et de Portugal; mais on permit ensuite aux co-

ons de le porter directement dans les

contrées d'Europe situées au midi du cap Finistère, et la culture fut CHCDUrAEER par cette concession.

La même colonie s’est occupée de l'exploitation de trois es d’indigo, celui des Antilles, celui de Bahama, et l’indigo sauvage de la Caroline. On en sème la graine vers la fin de mars:

la plante s’élève de quatre à cinq pieds, et l’on commence la récolte trois mois après, pour la continuer à plusieurs reprises. Les plantes, que l’on coupe dès qu’elles sont en fleur, sont déposées ensuite dans une cuve, où l'on verse de l’eau pour les faire rouir:

l'indigo entre bientôt en fermentation ; il monte, il s’échauffe; et dès qu’il vient às’affaisser, onen fait écouler l'eau dans une autre cuve. Cette eau, que l’on agite, fermente à son tour :

les parties colorantes qu’elle tient en dissolution commencent à se réunir, et le sédiment se précipite. Lorsque l’eau est reposée, on en verse la partie la plus claire dans d’autres vaisseaux ; et le limon est enfin exposé au soleil qui en accélère la dessiccation. Ces procédés entraînent peu de fatigue et de dépense, et ils n’exigent que des soins.

L’indigo devint une branche importante du commerce des habitants ; mais ils en négligèrent insensiblement la culture.

Le coton fut toujours une des prin:

cipales productions de la Caroline et de la Géorgie. La meilleure qualité

sroît dans cette chaîne d'îles sablonaeuses qui bordent le littoral maritime:

elle est particulièrement recherchée dans le commerce; et l’on en attribue la finesse aux avantages du climat et de l'exposition.

Nathaniel Johnson essaya, en 1703, l'éducation des vers à soie dans la Caroline : les mûriers y croissaient spontanément dans les forêts ; la température était favorable à cette industrie, et les demandes de soie se multiplièrent en Angleterre : mais ces essais ne furent pas suivis avec persévérance.

On ne cultivait pas encore la canne à sucre dans les colonies anglaises du continent ; mais on avait commencé à obtenir d’une espèce d’érable cette précieuse substance, et le hasard en avait procuréla découverte vers la fin du dix-septième siècle. Quelques Anglais, partis des rives inférieures du Potomac, allaient visiter les frontières occidentales de la Virginie; ils apercurent des arbres qui distillaient par esfissures de leur écorce une espèce de mélasse : l'air et la chaleur en avaient cristallisé une partie ; ils en goûtèrent ; ils y trouvèrent une saveur douce, et ce procédé de la nature leur apprit à extraire le sucre de l’érable. Cependant on ne pratiqua pas en grand cette exploitation : le sucre des Antilles offrait une ressource plus abondante.

C’est par des moyens analogues que lon tire des sapins de la Caroline et de la plupart des autres colonies une grande quantité de résine. Pour l’obtenir, on fait des incisions dans l’écorce de l’arbre, à la hauteur de six à sept ieds, et on ies prolonge jusqu’au bas de la tige, en les faisant aboutir à un seul point, où l'on reçoit ces sucs résineux.

La vigne sauvage croît dans toutes les forêts ; mais l’art de la culture et celui de la greffe n’ont pu adoucir encore l’amertume de son fruit; et le jus de sa grappe, qui entre en fermentation comme celui des raisins d’Europe, n’a pas donné jusqu’à présent une liqueur aussi généreuse et aussi réparatrice des forces.

On croit que les abeilles furent pour

le Nouveau-Monde un présent de l'an cien, et que leurs essaims y passèrent avec ceux des premiers émigrants européens. Le transport en était facile dans la saison où les travaux des ruches sont interrompus, et où ces familles deviennent casanières : elles habitèrent d’abord vers le littoral, et la flore d'Amérique est si variée qu’elles trouvèrent de faciles récoltes : elles agnèrent ensuite les plaines et les

réts de l’intérieur, pour pénétrer jusqu'aux montagnes, dont les fleurs savoureuses et les plantes parfumées donnent un miel plus aromatique et plus doux.

Les indications que nous venons d'offrir sur différentes productions particulières aux colonies anglaises, sur celles qu’elles empruntèrent d'Europeet sur les premières branches d’industrie qu’elles encouragèrent, nous font aussi connaître quels furent les progrès et la direction de leur commerce. Les principales relations de chaque colonie étaient celles qu'elle entretenait avec la métropole : elles consistaient en échanges de productions territoriales contre des objets manufacturés; et ces relations étaient plus avantageuses pour les pays qui avaient plus d'industrie, et où l’on avait pu donner aux matières brutes une première main-d'œuvre. Comme les colonies anglaises étaient à portée d'entretenir les unes avec les autres des communications habituelles , elles pouvaient mutuellement subvenir à une partie de leurs besoins: les contrées du nord recevaient de celles du midi quelques-unes des productions qu’elles n'avaient pas ; elles y portaient différents articles de leurs fabriques ou de celles d'Angleterre. Cette diversité de ressources et d’industrie établissait de nouveaux liens entre les colonies agricoles et manufacturières, et procurait de part et d’autre un accroissement de bien-être qui faisait atta.

cher un grand prix au maintien de ces relations. La différence de latitude , et celle des produits territoriaux qui en dépendent, suffisaient pour assurer ces rapports et pour en main-

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Mais ces échanges entre les colonies anglaises du continent ne suffsaient pas encore à tous les besoins. Les productions des Antillesleur devenaient nécessaires, depuis que l'usage du sucre et du café était universellement répandu ; et la Grande-Bretagne avait autorisé des relations mutuelles entre ses colonies continentales et celles du golfe du Mexique. Par là elle multipliait l'exportation de ses denrées tro-

icales : le sucre, le café, le cacao, e rhum, les bois de teinture furent les articles les plus importants que le continent t de cet archipel.

Les relations de commerce que les colonies entretenaient avec d'autres états éprouvèrent des variations successives, soit par l’effet de la guerre et par les embarras de la navigation, soit par l’instabilité des lois de la métropole qui restreignirent quelquefois leurs communications; mais celles que l’on avait avec les Indiens furent constamment favorisées. On continuait de recevoir d’eux des pelleteries, et on leur fournissait des armes, des étoffes grossières, et tous les ustensiles nécessaires à un commencement d’agriculture. Ce genre de commerce avait plus d’étendue et de variété avec les peuplades qui se rapprochaïent davantage de la vie sédentaire; mais toutes recherchaient avec une égale avidité les liqueurs spiritueuses , et l’Européen abusa souvent de ce goût effréné pour tromper les sauvages par des échanges usuraires. Que de fois ils eédèrent Îles produits d’une chasse entière, leurs plus belles pelleteries, leurs armes, une partie de leurs forêts et de leur territoire, et jusqu’à leur liberté personnelle, pour jouir sans réserve de quelques moments d'ivresse !

Néanmoins, quoiqu’on s’abaissât trop souvent à spéculer sur leur intempérance et leurs vices, nous ne pouvons méconnaître les divers avantages que leur procurait le contact de là civiti-

sation. Il est dans la nature de l’homme de tendre constamment vers l’état social. Quelque sauvage que soit sa condition, il marche involontairement vers ce but : s’il s’en écarte, une force invincible l’y ramène. La raison, ce céleste flambeau qui luit pour l’humanité entière , et qui en éclaire toutes les races, toutes les couleurs, est un guide pour lenfance des nations, comme pour leur âge plus avancé; elle pépetes dans leurs forêts ; elle y con-

uit quelques hommes civilisés, qui regardent comme une sainte obligation de faire parteiee les sauvages aux bienfaits de l’ordre social, et qui, se mettant à leur portée dans les conseils qu’ils leur font entendre, les attirent insensiblement vers un autre mode d’existence.

L'époque historique dont nous nous occupons en ce moment nous. offre un frappant exemple de cette marche proper de la raison humaine, et

e cet entraînement spontané ‘d’une nation sauvage vers les institutions des peuples civilisés. En 1736, un Français était venu s’établir au milieu des Chérokees, dont le territoire s’étendait sur les doubles versants de la chaîne des Alléghanys, d’un côté vers les sources du Savannah, de l’autre vers celles du Ténessée. Ce Français se méla avec eux, il apprit leur langue, leur donna une forme de gouvernement, fit couronner empereur leur vieillard le plus révéré, devint son ministre, et créa un empire qui dura cinq ans. La ruine du fondateur entraîna celle d’une institution trop récente et trop faible encore pour se perpétuer sans lui. Il avait ouvert des relations entre les Chérokees et les établissements français ; et en se rendant à la Mobile avec quelques Indiens de cette nation, il fut arrêté à Talahassé par les Creeks, qui le livrèrent aux habitants de la Géorgie : on le conduisit en prison à Frederica, et il v mourut. Le temps réservait aux Chérokees d’autres essais de civilisation, et cette grande tribu mérite d’être citée dans l’histoire, comme un vivant témoignage des progrès intellectuels

dont ies aborigènes nous ont paru susceptibles.

Si, aulieu d’étouffer dans leur germe ces institutions naissantes, les colonies anglaisés avaient éu la volonte et le soin de les développer, de les propager chez d’autres tribus , et d’ériger ainsi en corps de nations différentes peulades qui étaient déja affaiblies par es misères de la vie sauvage, les Indiens, qu’on avait pris à tâche d’expatrier et de retenir dans lenfance de l’état social, auraient gardé quelques débris de l'héritage pee Mais, uoiqu’on n'osât point les exclure de a pose classe de l'humanité, on semblait ne les considérer que comme des êtres dont l'intelligence était inférieuré. Une longue }' vention sur Ja faiblesse de leurs facultés Dates et morales s'était accréditée chez la plupart des Européens:ils y conformaiént leur conduite envers les Indiens; il les tenaient en tutelle, et prortionnaient à cet état d’abaissement es faibles moyens d'instruction qu'ils mettaient à leur portée.

Plus la population des colonies recévait d’accroissements, plus elle appesantissait son autorité sur les peuplades indiennes : celles-ci n'étaient plus considérées comme des nations indépendantes ; elles devaient se soumettre au sceptre des Européens :

leurs terres étaient regardées Comme légitimement acquises en vertu du droit de découverte, et l’on prenait ses propres actes pour titres de sa souveraincté. En offrant aux Indiens de les protéger, on les acceptait pour sujets ; mais déja on les repoussait comme alliés : c’eût été reconnaître leur nationalité et les droits qui en dérivaient.

Entre des peuples que distingue une si grande inégalité civile, où d’un côté l'on conserve les habitudes de la vie errante et d’une société qui commence à peine, où d’une autre part les progr de l'industrie et des institutions

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maîtres du territoire n’espéraient plus |

reconquérir leurs domaines : partout ils étaient sur la défensive, et les contrées sauvages étaient les seules qui leur restaient. Mais l'Europeles y poursuit encore ; elle prend part tout entière à cette invasion ; on accourt de tous les rivages occidentaux de l’ancien monde, et les émigrants de divers pays viennent se ranger sous la banniére d’un seul. Là, un nouvel esprit s'empare d’eux ; et quels que soient les lieux d’origine de tous ces hommes qui se sont réunis, ils s’attachent bientôt, par de semblables liens, aux intérêts de la commune patrie qu’ils ont adoptée : ils développent ensemble leurs habitudes, leur industrie, leur commerce, et il se forme pour eux un même système de bien-être et de jouissances.

Pour juger de leurs opinions sur ce ui constitue les douceurs et le confort e la vie, observons quelle était leur

situation dans le Nouveau-Monde. Le goût du luxe n'avait pas encore fait connaître tous ses besoins à une société dont les mœurs étaient simples:

ne pas souffrir était le premier but ; le superflu commençait au delà, et l’on mettait moins de prix à l’atteindre. Cependant on y parvint par une tendance naturelle, et ce penchant conduisit à plusieurs perfectionnements dans les arts; il en résulta une louable émulation entre les hommes qui les cultivaient, et qui tendaient, par de communs efforts, aux progrès de la prospérité publique.

Les colons avaient pris en Europe leur premier goût pour les arts, et nous remarquons dans leurs plus anciennes productions en Amérique un caractère d'imitation qui en fait reconnaître aisément l’origine. Les populations qui venaient d'Angleterre, de France, d'Allemagne, de Hollande, conservaient les formes de construction usitées dans leur pays, soit qu’elles ÿ fussent entraînées par la pente des

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rappelait le berceau de ses fondateurs; et cette empreinte nationale resta long-temps attachée à quelques colonies qui avaient changé de maîtres.

Ainsi la Nouvelle-Belgique conservait, après avoir été réunie aux possessions anglaises, le type dé son ancienne métropole, et l’on en retrouvait les traces dans les villes de New-York, d’Albany, de Shenectady (voy. pl. 84).

La plupart des cités sont des monuments du vieil âge, et plusieurs ge nérations s’y succèdent avant que les édifices aient changé.

Les maisons étaient construites en brique ou en bois; ce dernier genre de bâtisse était le plus en usage, dans les hameaux surtout : la proximité des forêts mettait les matériaux sous la main, et l’on pouvait établir partout des tuileries et des briqueteries pour faconner et cuire l'argile. Il fallut recourir à ce moyen, pour les premières habitations qu’on éleva sur le littoral où l’on n'avait pas de carrières de pierre; et quoiqu'on tirât de la brique moins de parti, pour la beauté des formes et pour le détail des ornements , elle put du moins suffire pour des habitations simples où l’on cherchait avant tout la solidité.

Mais déja l’on commençait, dans les os rate villes des colonies , à ériger des édificés plus somptueux, et les Hus nobles dé tous furent élevés à ‘Être suprême. Quelles que fussent les croyances entre lesquelles les habitants se trouvaient partagés, ils étaient tous animés d’un esprit religieux, que l'épreuve de la persécution avait encore fortifié. En venant former loin de leur patrie de por et pénibles établissements , ils voulurent leur assurer un autre appui que la force humaine ; ils les mirent sous la protection de la Divinité, et le maître de leur destinée, le roi qu'ils s'étaient choisi avant tous les autres, dut avoir ses palais. Lis proportions leur assigner? elles ne

ouvaient être trop grandes : mais si art et le pouvoir de l’homme ont des bornes , on s’éleva du moins à tout ce qu’it jeur était permis d’atteindre ; on se régla sur les plus grands modèles,

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUE. t19

et dans chaque. ville où le nombre et la fortune des habitants pouvaient subvenir aux frais de ces édifices. on leur donna le caractère de la mognificence et de la plus haute majesté.

On avait eu recours à la construction la plus simple pour le petite temple des quakers à Philadelphie(voy. pl. 29); celui des anabaptistes à Providence dans le Rhode-Island fut plus somptueux (voy. LL 80), et l’on déplo a ensuite toute la grandeur de l’art dans l’église épiscopale de Richmont en Virginie (voy. p . 32), et dans la cathélrale de Baltimore (voy. p/. 83) ; basilique auguste et majestueuse, digne ornement d’une grande cité. Ces monuments religieux, dont nous nous bornons à citer quelques modèles, consacrèrent en Amérique les premiers progrès de l'architecture : souvent la construction d’un pieux édifice occu prete générations ; un même zèle es excitait à poursuivre et à terminer leur entreprise.

D’autres monyments ques s'élevèrent dans les différentes villes, et l'on doit mettre au premier rang l’h6ôpital de Penn à Philadelphie (voy. pl. 41): un établissement si beau, et formé dans des vues si charitables, perpétuera dans un long avenir la mémoire de cet ami des hommes. L’université de Cambridge près de Boston, le collége de Williamsbourg en Virginie, furent d’autres monuments de la bienfaisance la plus active et la plus éclairée. Les peuples eurent aussi leurs palais pour les assemblées générales .

et on éleva aux gouverneurs de somptueuses résidences , dans la persuasion qe tous les entourages du pouvoir

evaient participer de sa grandeur. Ces édifices, dont les dépenses étaient à la charge punis étaient quelquefois érigés dans des villes peu considérables, et ils paraissaient excéder les ressources de leurs habitants; mais des provinces entières avaient concouru à cette dépense; un grand monument devenait une commune propriété , et, soit par dignité nationale, soit per intérêt public, on s’enorgueillissait d'un établissement qui embellissait, qui ho-

norait la patris, et que les étrangers venaient admirer. ï A mesure que les édifices publics devinrent plus somptueux et plus grands, les habitations particulières furent elles-mêmes bâties avec plus de soin, et le goût des arts utiles, qui va sans cesse en se perfectionnant, se fit remarquer davantage dans les constructions plus modernes; mais il y eut entre elles quelque uniformité. L’usage d'occuper seul avec sa famille une maison entière faisait restreindre à ses besoins personnels l'étendue de chaque habitation, et empéchait ces développements d’édifices où l’art peut s'exercer avec plus de grandeur et de liberté. Cet usage était emprunté des mœurs de la mère patrie, et une égale tendance à l’imitation se retrouvait dans les autres habitudes des colonies anglaises. À Remarquons d’abord cette vie de famille qui fait attacher tant de prix à toutes les affections dont elle est la source, et qui rend si cher le foyer domestique. La sainteté du mariage y est consacrée; les mères s’y vouent tout entières à l'éducation première de leurs enfants : recueillies dans leur intérieur, absorbées par des soins si touchants et si doux, elles croient remplir le premier de leurs devoirs envers la société, en préparant les qualités et les vertus de ceux qui doivent un jour en faire partie. Ces enfants, nourris de leur lait, bercés par leurs mains, grandissant sous l’aile maternelle, prennent dès l'enfance ces premières imressions auxquelles ils obéiront un Jour d’une manière involontaire. L’âge de la jeunesse vient ensuite les livrer à d’autres inspirations : les conseils des pères ont aussi germé dans leur esprit; les soins de la fortune et de l’avenir les occupent, et ils aspirent à former des éioaenients plus étendus :

souvent ils s’abandonnent seuls et avec confiance à de nouvelles destinées, et ce principe d'indépendance, ce sentiment de force devient un précieux mobile de prospérité pour la colonie.

Suivez dans les contrées encore incultes ces jeunes hommes, animés d’une si

vive émulation : la terre se défriche et se fertilise autour d'eux ; les eaux captives de ces marais reçoivent un écoulement; ces rivières sont contenues dans leur lit, et des communications s’établissent entre des habitations éparses, autour desquelles viendront se grouper un jour de plus nombreuses populations.

Cette jeunesse, dont le courage persévérant n’est point affaibli par les longues et difficiles entreprises, prend de nouvelles années. Le droit d’entrer dans les assemblées générales lui appartient; les intérêts publics deviennent les siens propres, et le mouvement des générations qui se succèdent l’appelle à son tour sur la scène. Ne nous étonnons point que ces hommes examinent avec calme et avec maturité les affaires de leur pays : ils les étudièrent de bonne heure, et les leçons de l’ex-

érience purent éclairer la théorie.

’ont-ils pas eux-mêmes agrandi la colonie ? n’en ont-ils pas reconnu les besoins? et s'ils reçurent de leurs pères un génie méditatif, s’il est des traits nationaux que le pouvoir de l’exemple transmet de génération en génération, cette tendance vers la réflexion et le calcul n’a-t-elle encore été favorisée par leur situation particulière, lorsqu'ils ont été conduits dans des contrées nouvelles où ils avaient à faire usage de toute leur puissance intellectuelle comme de toutes leurs forces, et où leur destinée devait être leur propre ouvrage?

Les nombreuses familles devenaient pour eux une source de bien-être, et ce genre de bonheur domestique fut me remarqué dans les colonies anglaises. Elles ne pouvaient , en effet, concevoir aucune inquiétude sur un rapide accroissement de population :

d'immenses acquisitions leur étaient promises , et les tribus indigènes n’o posaient à leur ambition que d’impuissants obstacles,

Il est utile d'observer, à différentes époques, l’augmentation du nombredes habitants, afin de juger à quel point les institutions civiles influérent sur cette progression, qui devint encore

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Un siècle et demi s'était écoulé depuis les premiers essais de colonisation que l’Angleterre avait tentés sur le continent d'Amérique, et la population de ces divers établissements s'élevait à quinze cent mille ames. Elle n’était pas répartie d'une manière égale sur ce vaste territoire : celle du Massachusett, du Connecticut, du Rhode-Island, du New-Hampshire et du Maine, était la plus nombreuse; on l’évaluait à cinq cent mille habitants : on en comptait quatre cent mille dans le New-York, le New-Jersey, la Pensylvanie et la Delaware ; et on portait la population du Maryland, de la Virginie, des deux Carolines et de la Géorgie, à deux cent mille Européens, et à un plus grand nombre d'esclaves, que la traite des côtes d'Afrique allait encore augmenter de jour en jour.

L'Europe avait d’abord fourni aux colonies anglaises tous leurs cultivateurs. Les trois tops britanniques et les diverses régions du continent y envoyaient, chaque année, de nouveaux essaims d'hommes entreprenants et laborieux. Les querelles religieuses et les dissensions politiques n'étaient pas la seule cause de ces nombreuses émigrations; on les devait surtout aux malheurs de la guerre, à cette source de misères publiques, que les passions des peuples ou des

ouvernements rendent intarissables.

es habitants des villes etdes campagnes dévastées fuyaient pour retrouver la aix, et ils allaient chercher au delà es mers le bien-être qu’ils avaient perdu. Chaque contrée de l’Europe, ravagée tour à tour par le fléau de la guerre, avait des hommes disposés à s’expatrier : l’Allemagne était devenue un champ de bataille, où la succession au trône impérial était disputée entre l'électeur de Bavière et Marie - Thérèse, où les Français, les Anglais, les Suédois, les Russes, les Prussiens, tantôt auxiliaires, tantôt ennemis de l'un des compétiteurs, rendaient cette lutte plus longue ct plus animée. De-

puis la Silésie et la Bohême jusqu’au voisinage du Rhin et des Alpes, de vastes press avaient été successivement envahies, et nos pères ont long-temps conservé la mémoire de ces calamités. La guerre ne se bornait point aux combats des troupes armées : le saccagement des villes suc cédait souvent aux malheurs du siége ; les villages, ouverts et sans défense, étaient livrés aux flammes, et les habitants en fuite, qui s'étaient cachés dans les forêts, revenant avec effroi dans les champs À gai gr que l’ennemi avait dévastés et qu’il pouvait visiter encore, désiraient trouver un plus sûr asile.

Dans quelque partie de l'Europe que le théâtre de la guerre füt placé, un gun nombre, d'hommes tournaient es yeux vers le Nouveau-Monde ; ils s’en faisaient de séduisantes peintures, et le sentiment de leurs maux les portait à changer de situation. Ces exils volontaires étaient plus fréquents dans les petits états, qui, n’ayant pas assez de forces pour faire respecter leur territoire, étaient plus habituellement exposés aux invasions, et avaient à subir toutes les vicissitudes de la guerre avant de passer enfin sous le sceptre d’une autre puissance. On émigrait aussi plus souvent des frontières que du centre des grands états, parce que les opérations militaires y étaient plus sanglantes et plus oppressives. Ces places fortes, ces lignes de boulevards, destinées à protéger l’intérieur d’un vaste pays, attiraient la foudre sur elles : l’obstination de l'attaque, Part de prolonger la défense, l’orgueil du triomphe, l’irritation de la défaite, multipliaient les périls de ces contrées ; et le désir d’y soustraire un grand nombre de familles suscitait quelques hommes courageux et dévoués, autour desquels d’autres se réunissaient, pour chercher ailleurs du travail, et pour semer des champs qu’ils pussent récolter.

Souvent on rencontrait, sur les routes

i mènent vers l'Océan, ces troupes

’artisans et de cultivateurs peer, suivis de leurs femmes et de Icurs enfants, et voyageant sous les ordres du

vieillard, du patriarche qu’ils avaient pris pour chef. La plupart marchaient nu-pieds et portaient les livrées de la misère : on leur donnait en passant l’obole du pauvre ; on louait leur courage; d’autres malheureux enviaient leur sort; et lorsqu'ils arrivaient au lieu d'embarquement, lorsqu'ils engageaient leurs services pour quelques années, afin d’acquittér le prix de leur traversée, un sentiment d'attendrissement, une espèce de vénération pour l’exilé environnaient leur départ : onrecommandait ces colons à la Providence, qu heureusement pour Phomme, s’atache à tous ses pas et lui 1 une nouvelle force dans l’adversité. Aucune épreuve n’est peut-être plus propre qu’une longue navigation à développer notre énergie et à nous façonner à tous les périls. Les fatigues qu'elle impose, les secousses de la tempête, l’immensité de l’abîme sur lequel on est suspendu, n’ont bientôt . plus rien qui frappe l’ame de terreur :

elle se retrempe, elle s'élève; et parce de lutte avec constance contre la ouleur, elle en triomphe. Ces hommes i avaient fui la peine en Europe alaient à présent la chercher sous un autre ciel : ils y trouveraient d’autres langues, d’autres nations, et pourtant ils n’y seraient pas reçus en étrangers; d’autres misères semblables y avaient été accueillies : tout Européen était regardé comme un compatriote par ceux qui l’avaient précédé. Les érhigrants d’une même contrée s’étaient d’ailleurs unis pour s’expatrier ensemble : ils étaient partis sous l’influence d’une même infortune, et ils aspiraient à fonder un commun établissement. Des hameaux allemands, suisses, hollandais, ou tenant à d’autres Ai , allaient être transportés dans le Nouveau-Monde; et néanmoins des éléments si divers constitueraient bientôt une seule et même nation ; les différences locales s’effaceraient, à mesure que l’on verrait les générations se succéder l’une à l’autre ; et la communauté des intérêts et des besoins imprimerait enfin à tous les habitants ce caractère national, en vertu duquel

un peuple ne ressemble plus qu’à luiméme. |

Cette espèce de transformation s0ciale ne pouvait être néanmoins que l'ouvrage du temps. Les émigrants qui

assaient en Amérique restaient fidèles leurs premières impressions ; mais leurs enfants qui naissaient , qui grandissaient dans un autre climat, alliaient bientôt aux traditions qu’ils avaient réçues de leurs pères, les sentiments qui leur étaient inspirés par une nature et une situation nouvelle. La langue maternelle n’était plus célle de la patrie adoptive; il leur fallait apprendre l’une et l’autre. La génération naïissante servait ainsi d'interprète aux vieillards, restés fidèles à leur ancien idiome comme à leurs autres habitudes : en conservant le langage usité dans la famille, elle étudiait aussi celui des lois et des affairés, celui qui devait servir de lien commun aux différentes parties de cette association.

Ces transitions d’uné languüé à l’autre deviennent plus faciles, quand elles sont favorisées par le gouvernement et par la direction qu’il cherche à don.

ner à l’esprit public. Créez un peuple qui ait des intérêts communs, qui soit appelé à s’en entretenir, à les discuter, à les défendre dans les conseils, une émulation générale animera bientôt les citoyens; ils éprouveront le besoin de s’exprimer d'une manière semblable, et la fusion des intérêts amènera celle du langage.

La première garantie à donner à tous ces nouveaux habitants était celle de leur sécurité : il fallait ies convaincre de la protection du gouvernement, et les mettre aussi par leurs propres forces en état de résister aux agressions des Indiens : le plus sûr moyen

our y parreal était de rapprocher eurs habitations.

Quoique les terres à défricher fussent très-étendues, et que les colons pren jouir d’une grande liberté sur e choix des lieux où ils désiraient s'établir, cependant on faisait en sorte qu'ils ne pénétrassent que d’une manière progressive dans l’intérieur de ces vastes contrées, afin que les ar-

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es cantons se Ft dog en {ownships, espèces de districts, dont chacun rénfermait vingt mille acres de terre : ceux-ci se subdivisaient en portions de cinquante acres chacune, et le plus grand nombre des familles bornaient à cette dernière quotité leurs acquisitions et leur culture. Lorsqu'un township avait été distribué, on en mesurait un autre au delà, pour y placer d’autres habitants. Ces concessions de terre se faisaient d’abord le long des fleuves; elles se trouvaient rapprochées d’une ligne de communication qui facilitait les relations d’un territoire à l’autre. Mais après qu’on eut établi toutes ces possessions riveraines , il se forma successivement des districts plus éloignés; les intervalles qui séparaient ces divers rayons vinrent à se remplir, et des colonies pus nombreuses et plus compactes se ièrent à celles qui n'avaient d’abord suivi que ces lignes isolées : les routes de terre se joignirent alors à celles qui avaient été ouvertes par la navigation des fleuves, et la ROROaEn des côtes maritimes s’étendit progressivement dans lintérieur. Ce littoral, tourné vers l’Europe, restait ouvert à ses émigrations : les ports, les anses multipliées qui coupent le rivage en rendaient les abords plus faciles; on trouvait du nord au sud tous les climats, toutes les productions qui en dépendent, et chaque Européen pouvait choisir la contrée la plus analogue à son pays natal.

On avait vu se former en Amérique, et surtout dans les Antilles, d’autres colonies dont les habitants conservaient le désir de retourner un jour dans la métropole; ils regardaient leur voyage etleur établissement temporaire comme un moyen de s’enrichir; et si leurs spéculations avaient été favorables, ils partaient, après quelques années de séjour, pour venir se reposer en Europe. Ces colonies recevaïent ainsi tour a tour différentes successions d’habitants, sans que l’esprit de famille et d'hérédité territoriaie se développät au

milieu d’eux : on créait son iaine ; on le vendait ensuite à d’autres spéculateurs; on venait en employer le prix dans sa patrie; et ce système d’exploitation ne procurait aux colonies

u’une espèce de population flottante,

ont les progrès étaient lents, incertains et souvent interrompus.

Les circonstances n'étaient pas les mêmes pour ces nombreux émigrants qu se rendaient de différents points

e l’Europe dans les colonies anglaises.

Ils n’avaient conservé ni terres ni ha.

bitations dans les lieux de leur origine; et s'ils n’avaient pas renoncé à ces patnotiques souvenirs qui ne cessent qu'avec la vie, du moins ils n’espéraient plus revoir la terre natale : leur famille était transportée dans le Nouveau-Monde; ils avaient franchi sans retour la barrière de l'Océan, ét tout leur avenir, tous leurs vœux s’attachaient à leur nouvelle patrie. L'Amérique s’enrichissait ainsi des pertes de l’ancien continent, et les commotions de l’Europe étaient trop fréquentes pour ne pas augmenter le nombre de ces exilés.

Si la guerre, qui fait tant de pauvres, multipliait le nombre des émigrants, la paix a aussi ses populations indigentes, que l'inégalité de force, de capacité , d'industrie; a placées partout à côté des classes plus laborieuses ou mieux traitées par la fortune. L’oisiveté est souvent la source de leur malheur ; quelquefois il faut l’imputer à des accidents involontaires. Leur situation, quelle qu’en soit la cause, doit être adoucie ; et quand cette misère est invétérée dans les familles, quand les pères en ont transinis à leurs enfants le triste héritage, la société, que menaceraient leurs besoins et leur désespoir, est intéressée à venir à leur secours et à prévenir leurs hostilités. L’Angleterre ouvrit souvent aux pauvres ses colonies ; elle leur créa une propriété, et les prolétaires qui désiraient du travail virent tout à coup changer et s'améliorer leur situation.

On trouva même, dans la classe des hommes condamnés à différentes peines afflictives, de nombreuses recrues pour

tes colonies anglaises. Une partie de ces délinquants n'avaient pas perdu tout sentiment d'honneur, de moralité et de devoir : les exiler des lieux où ils avaient failli, et où l'opinion gustas était soulevée contre eux, c’éit les soustraire à l’avilissement, au malheur d’avoir à rougir devant les témoins de leur faute, et peut-être à la tentation d'y retomber encore. Si la dégradation où l’on est plongé tend à faire évanouir un reste de vertu, l’homme qu’elle cesse de flétrir peut redevenir juste : cette conversion devient un des résultats de l’exil ; les colonies anglaises en offrirent de frappants exemples ; et bientôt on ne vit plus que des hommes paisibles, dans ceux qui eurent intérét à respecter la propre individuelle et l’ordre public.

eur départ avait délivré d’un fardeau la mère patrie : d’autres contrées d’Europe éprouvèrent le même avantage ; et l’on ne craignit pas de faire passer dans ces possessions éloignées un certain nombre d'hommes poursuivis dans leur pays natal pour des délits de diverse nature, et surtout pour des délits politiques : leur turbulence n’était plus redoutable ; ils perdaient, en changeant de lieux, toute l'influence, tous les moyens d'action dont leur gouvernement s'était alarmé.

Les hommes dont on avait commué la peine en les envoyant dans les colonies. ceux dont il fallait guider la conduite et corriger les penchants, étaient d’abord soumis à une surveillance et à une discipline sévère : ils étaient temporairement employés à divers travaux d'utilité publique, jusqu’à ce que leur expiation légale fût accomplie. Un léger pécule était attaché à leurs labeurs :

il leur était remis après ces moments d’épreuve, et ils commencçaient ensuite pour eux-mêmes quelques défrichements.

La culture eut bientôt pris de tels accroissements dans les colonies anglaises que les ouvriers européens cessaient de suffire aux exploitations.

Ces hommes ne refusaient aucune fatigue ; ils ne craignaient pas le travail, pourvu qu’ils pussent compter sur la

récompense, et un régime approprié iu leur situation pouvait les façonner à la différence des climats. Mais à mesure qu’on de +" du midi, et qu'on éprnuva l'effet d’une eur ps accabante, on fut conduit, par ’exemple des colonies des Antilles, à recourir i, d'autres bras, et l’on fit venir des esclaves africains. L’insalubrité des rizières fit adopter les mêmes moyens ur leur exploitation; et comme elle entraînait une grande consommation d'hommes, on donna à la traite des noirs une telle activité, que leur population dans les provinces méridionales fut bientôt plus nombreuse que celle des Européens. Ce trafic n'avait d’abord été dirigé que vers les colonies espagnoles et portugaises ; mais, dans l’année 1820 , un bâtiment de guerre hollandais jrentoi es vingt nègres à James-Town, pour les y mettre en vente. Ce furent les premiers Africains que l’on transporta en Vir.

gris et ce contagieux exemple eut e nombreux imitateurs. Chaque puissance coloniale fut occupée des moyens d'étendre la traite : l’Angleterre obtint en 1713, par le traité de l’A4ssiento, le privilége de l'importation des noirs, non seulement dans ses colonies , maïs dans celles de l'Amérique espagnole ; et cette transaction, d'abord conclue pour trente ans, fut ensuite prolongée au delà de ce terme, parce qu’une guerre de quelques années en avait interrompu l'exercice.

Le résultat d’un monopole abandonné à l'Angleterre se fit promptement ressentir dans ses colonies: la ponton des hommes de couleur y ut rapidement accrue; et si l’on trouva de nouveaux secours pour la ol ture, on fut aussi plus exposé aux séditions. Une révolte éclata en 1734, dans un canton de la Caroline: elle commença à Stono ; et les noirs ayant tué quelques hommes, pillèrent les armes d’un magasin, marchèrent vers le sud, sous les ordres d’un chef qu'ils choisirent entre eux, et dévastèrent les hameaux et les plantations. Le bruit de leur soulèvement parvint à l’église presbytérienne de Wiltown, où se

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trouvait alors assemblé un nombre considérable de colons : ils prirent subitement les armes qui, d'après une loi de la province, se trouvaient déposées dans cet édifice, et ils marchèrent à la rencontre des révoltés, tandis que les femmes , restées seules sous la protection du sanctuaire, attendaient dans la prière l'issue de cet engagement.

Les noirs, après avoir pitié des habitations, et s'être enivrés de liqueurs fortes, jouissaient alors de leur sanglant triomphe au milieu des danses et des chants : ils furent aisément défaits par la milice. Les uns furent tués, les autres s’enfuirent dans les bois, et ils y furent poursuivis par une compagnie de chasseurs, qui en ramena un grand nombre et les livra aux tribunaux.

Quoique la traite des noirs eût été liée, dans l’origine, au projet de ne pas soumettre à l'esclavage les anciens peuples d'Amérique, nous avons remarqué néanmoins que ceux-ci n’en furent pas toujours préservés, et que les prisonniers de guerre faits sur eux par les Européens furent quelquefois transférés comme esclaves dans les Antilles ; ils y eurent le même sort que les Caraïbes, et leur génération y fut bientôt ensevelie. On les traitait même avec plus de rigueur que les Africains:

les hommes, séparés de leurs compagnes , étaient conduits seuls au lieu de leur servitude ; les plus doux liens de la nature leur étaient ravis ; et ils n’avaient, en succombant à leur misère, ge la consolation de ne pas en laisser le ardeau à des enfants. Un grand nombre d’Américains s’affranchissaient parune mort volontaire, et ne concevaient pas qu'on pût rester esclave, puisqu'on avait la faculté de mourir. Et pourtant ces Indiens qui préféraient l’indépendance à la vie retenaient souvent pour esclaves les noirs dont ils s’étaient emparés; ils se croyaient d’une classe supérieure, et se montraient plus hautains et plus durs envers eux que les Européens : leur propre insensibilité à la plupart des maux et des privations les rendait impitoyables envers les hommes condamnés à les servir;

ils leur imposaient toutes les misères de la vie sauvage. Cet orgueil, cette dédaigneuse aversion des Indiens pour les noirs se signalèrent constamment :

ce désaccord devint souvent un motif de sécurité pour les colons re , et il leur permit de contenir plus aisément chacune des deux classes dont ils avaient à craindre l’inimitié. S'il se formait quelque tentative partielle, soit au milieu des plantations, soit dans le voisinage des Indiens, elle pouvait être aisément réprimée; et les plus graves commotionsqu’éprouvaient alors les colonies ne résultaient que de l’état de guerre où se trouvaient quelquefois leurs métropoles.

La coupe du bois de campêche occasionna souvent des discussions entre l'Angleterre et l'Espagne. Cette exploitation, généralement pratiquée par des hommes venus des colonies anglaises, s’était d’abord faite au nord de la presqu’ile de Yucatan : l'Espagne s’y étant opposée à main armée, et ayant érigé des forts sur la côte pour en éloigner les Anglais, ceux-ci transportèrent leurs établissements au midi de la même péninsule ; ils y construisirent un fort, et ils fondèrent dans la baie de Honduras une colonie qui eut la Balise pue chef-lieu, et qui fut bientôt por-

à quinze cents habitants.

uelques années après la paix d’Utrecht, des querelles se renouvelèrent entre les deux gouvernements, sur l'exercice et sur les limites de ce privilége, dont les Anglais cherchaient à se prévaloir pour s'étendre au loin dans les forêts de l’intérieur, où cette qualité de bois se mêle à toutes les autres essences. On attachait un grand intérét à cette exploitation qui occupait de nombreux ouvriers et qui développait une branche importante de commerce. Le bois de campéche était en effet recherché pour la teinture dans tous les pays où l’on établissait des fabriques; la consommation en augmentait de jour en jour, et le désir d’y pourvoir occasionnait sans cesse de nouveaux empiétements sur le territoire de cette partie du Mexique.

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dans des terres basses et marécageuses : l'air et les eaux y sont insalubres; mais la crainte des maladies étai moins forte que l'attrait du gain, et des hommes accoutumés aux chances aventureuses comptaient aisément sur les faveurs de la fortune. On coupe le bois de campêche dans les temps de sécheresse; on l’ébranche, on l'équarrit, on le laisse couché sur le sol jusu’au temps où on doit l'embarquer :

il y reste submergé quand l’inondation des terres arrive; mais on a planté des signaux pour reconnaître les lieux où il est déposé ; et quoique sa pesanteur M à lc ne le fasse pas flotter, des plongeurs l’enlèvent sans peine, parce que le moindre appui le fait arriver à fleur d’eau. Plusieurs bateaux qui parcourent ces chantiers, convertis en vastes bassins, le reçoivent et le transrtent à bord des navires qui attendent ce chargement.

L'Angleterre a cherché à naturaliser cette espèce d’arbre dans plusieurs colonies : On en sema la graine dans quel-

ues terrains humides de l’archipel de haine, et l’on crut qu’elle pourrait également réussir dans les marais du littoral de Géorgie et de Caroline; mais ce végétal paraît être du nombre de ceux qui restent cantonnés dans un étroit espace, et l’on cherche en vain à leur rendre au delà de ces limites un climat, un sol, une exposition qui leur conviennent. D’infructueux essais firent connaître qu'il fallait continuer l'exploitation du bois de campêche dans son pays originaire. L’Angleterre y trouvait d’ailleurs l’avantage d’avoir un poste militaire au fond du golfe du Mexique et de s'ouvrir un accès plus fâcile au centre même des colonies espagnoles. Cette situation pouvait favoriser ses opérations pendant la guerre, et elle lui permettait d'étendre, pendant la paix, les relations de son commerce, qui, malgré les restrictions des lois et des autorités locales, s’introduisait clandestinement dans ces contrées.

Le commerce de l'Angleterre avec les colonies espagnoles était aussi dirigé sur Porto-Relo; mais il s'était

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ularité,

s'était chargée de conduire annuellement dans les colonies espagnoles quatre mille

d'abord fait avec plus de La compagnie anglaise qu

huit cents nègres, avait obtenu, en 1716, l'autorisation d'envoyer en même temps à Porto-Belo un bâtiment de huit cents tonneaux. Ce navire y importait des marchandises anglaises ; mais bientôt on excéda les limites de ce privilége: la station du vaisseau se prolonge t; il était ravitaillé par d’aures voiles, venues de la Jamaïque :

on en faisait, sous ce prétexte, un entrepôt inépuisable; la cargaison en était renouvelée à plusieurs Re:

à l’aide des versements clandestins que faisaient d’autres embarcations ; et ce commerce prenait une étendue que le eh pa espagnol n’avait pas eu intention d'autoriser. Les moyens que les gardes-côtes employèrent pour le réprimer furent accompagnés d’actes de violence qui occasionnèrent une rupture entre les deux couronnes :

l'Angleterre déclara la guerre à l’Espage le 23 octobre 1739, et des hosilités éclatèrent promptement entre leurs colonies d'Amérique.

Le projet d’envahir la Floride avait été formé, et l’exécution en fut remise au général Oglethorpe, gouverneur de Géorgie. Un corps de milices et de volontaires, auquel se joignit un parti considérable d'Indiens, fut bientôt sous ses ordres : ses troupes s’élevaient à deux mille hommes. I] entra en Floride, le 9 mai 1740, s’empara du fort Diego, situé sur la frontière, et se dirigea ensuite sur Saint-Augustin. Cette place, la seule que les Espagnols eussent élevée dans la Floride orientale, avait été mise en état de défense: les murs de son château étaient flanqués de quatre bastions, armés d’une artillerie nombreuse; la garnison en était considérable, bien pourvue de vivres, et logée dans des casemates voûtées et à l’abri de la bomhe.

Qglethorne, n’espérant pas enlever la place par un coup de main, résolut d’en faire le blocus; mais n’ayant pu empécher un nouvel arrivage de troupes et de munitions qui étaient en-

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Deux ans après, l'Espagne voulut user de représailles : une expédition, formée dans l’île de Cuba, se Ven.

en 1742 vers les côtes de a: e.

L'escadre jeta l'ancre près de l'île Simon, sur laquelle est bâtie Frédérica, et la marée l'aida ensuite à remonter la rivière d'Alatamaha. Les Espagnols avaient trois mille hommes detroupes, Oglethorpe n’en avait que sept cents, mbis un stratagème le sauva. Il fit mystérieusement sortir de la place un homme aflidé, qu’il chargea de quelues dépêches : ses lettres annonçaient qu'il attendait incessamment des seours de la Caroline, et que Saint- Augustin était menacé d’une prochaine attaque par l’escadre de l’amiral Vernon. Oglethorpe avait chargé son agent de se faire arréter, et il avait prévu que ses lettres seraient remises au général ee te conçut de vives inquiétudes sur le sort de la Floride qui était alors dégarnie de troupes, et il abandonna précipitamment le siége de Frédérica, pour se porter au secours de Saint-Augustin. L'occasion du succès était manquée; la tentative faite contre la Géorgie ne se renouvela

int, et l'amiral Vernon n’essaya pas .

’invasion dont Oglethorpe avait répandu la nouvelle.

La flotte de cet amiral était arrivée dans le ee du Mexique, plusieurs mois après la déclaration de guerre entre l'Angleterre et l'Espagne : elle s'était emparée, en 1740, de Porto- Belo, et avait détruit les fortifications de cette place. Vernon se rendit ensuite devant Carthagène; mais sa nouvelle expédition fut malheureuse, et il fut forcé de lever le siége, tandis qu’on répandait à Londres le bruit de sa victoire. Sur ces entrefaites, une autre division navale, commandée par Anson, et partie des ports d'Angleterre, au mois de septembre 1740 , allait attaquer les possessions espagnoles dans la mer du Sud : elle y pénétra en 1741,

mu sus

s'empara de Païta, sur les rivages du Pérou, longea les côtes occidentales d'Amérique jusqu'au port D 4 , et, traversant ensuite le grand Océan, vint attaquer et capturer pre de Manille le lu qui se rendait annuellement du Mexique aux Philippines.

L'Angleterre, en obtenant ces succès maritimes, se proposait un but plus durable que la victoire, Ses forces navales étaient les auxiliaires de son commerce, et cette puissance cherchait à étendre ses relations avec de nouvelles contrées, pour Ÿ verser les produits de son industrie. Les dépenses de sa marine étaient considérables ; mais les bénéfices de son commerce l'étaient davantage.

L'activité des chantiers de la métroole influa d’une manière favorable sur a prospérité des colonies. L'Angleterre, constamment occupée des progrès de sa navigation, voulait assembler dans ses ports une grande quantité de munitions navales, et pendant long-temps elle les avait tirées du nord de l’Europe.

La Suède, la Russie lui fournissaient des bois de mâture et de construction, du goudron pour le calfatage, des chanvres pour la fabrication des voiles et des câbles : ce commerce était le but des promueres relations que la Grande- Bretagne avait ouvertes avec les différents ports de la Baltique : elle leur portait, en échange des productions de leur territoire, celles de ses manufactures dont l’activité allait toujours en croissant; et les développements de sa marine militaire et marchande étaient le résultat de ses nombreuses importations. L’Angleterre s’aperçut bientôt que ses colonies d'Amérique étaient en état de pourvoir aux besoins de ses chantiers, et qu’il lui serait utile d’en ?xtraire une partie des approvisionnements qu’elle avait jusqu'alors reçus de l'étranger. C'était retenir dans les possessions britanniques le numéraire qui servait de solde aux échanges; et si le commerce est mutuellement profitable aux vendeurs et aux acheteurs, s’il anime de part et d’autre le travail et l’industrie, s’il devient un des principaux éléments du bien-être

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