‹ États-Unis d'AmériqueChapitre 10 sur 29 · IS · texte numérisé non relu

IS

propre que celle des États-Unis d'Amérique à développer les inclinations et les habitudes maritimes. Une population accoutumée dès l'enfance au spectacle de l'Océan, et distribuée sur un littoral immense que traversent un grand nombre de fleuves navigables , regarde également la mer et la terre comme son domaine. Ses constructions navales font partie de ses habitations : elle se partage en familles sédentaires et voyageuses , dont les unes cultivent le sol , élèvent et font prospérer les manufactures, tandis que les autres, égarant leur vie aventureuse sur le lit des grands fleuves , dans de profondes baies et sur l'Océan, circulent d'un parage à l'autre, développent au milieu de la paix les relations du commerce entre les nations , et agrandissent pendant la guerre le théâtre de leurs hostilités.

Ce génie entreprenant et courageux se retrouvait dans toutes les colonies : le congrès en profita pour commencer l'établissement d'une marine, devenue nécessaire à la défense des côtes. Une escadre américaine de deux frégates , trois corvettes, treize chaloupes canonnières, partit de la Delaware, sous les ordres de Hopkins, au mois de février 1776, pour tenter une expédition dans l'archipel des Lucayes :

elle s'empara d'un dépôt considérable d'artillerie, de boulets et de poudre , que les Anglais avaient dans l'île de Providence, et après avoir eu en mer quelques engagements avec l'ennemi, elle ramena heureusement ses prises à New-London dans le Connecticut. D'autres combats honorables eurent lieu vers les côtes du Massachusett; il y eut souvent des rencontres particulières entre des vaisseaux armés, et dans ces luttes corps à corps l'intrépidité américaine fut habituellement remarquée.

Jusqu'alors les armements en course n'avaient été encouragés que parles gouvernements de chaque État. Ils reçurent tout à coup l'impulsion d'une autorité supérieure ; ce service fut ré- ^gularisé par le congrès, et une ins- ' truction qu'il adressa, le 10 avril de

L'UNIVERS

la niâme année, à tous les commandants de vaisseaux de guerre et de bâtiments armés en course, les autorisa à capturer tous les vaisseaux britanniques , à l'exception de ceux qui transporteraient aux colonies des armes et des munitions destinées à leur défense, ou des passagers dont l'intention serait de s'y établir. On ordonna également la capture de tous les transports d'armes , de soldats, de contrebande de guerre , expédiés, sous un pavillon quelconque, aux armées anglaises qui se trouvaient en Amérique, et des cours de justice furent chargées de prononcer sur la légitimité des prises.

Ces mesures étaient les représailles de celles qu'avait prises le gouvernement britannique, lorsque, après avoir prohibé toute relation de commerce avec les colonies d'Amérique pendant toute la durée de l'insurrection, il avait déclaré que tout vaisseau appartenant aux habitants de ces colonies , et employé à leur commerce , serait regardé comme ennemi , pourrait être capturé , et serait condamné comme prise par les cours de l'amirauté.

Chacun des deux pays opposait ainsi l'un à l'autre ses forcés navales; mais elles ne se balançaient point, et quels que fussent les 'dommages mutuels, l'empire de la mer restait aux flottes britanniques. Une marine naissante ne pouvait entraver leurs opérations principales et prévenir les débarquements de troupes qu'elles pouvaient successivement tenter sur différents points.

Cette supériorité maritime exposait à des périls imprévus toutes les parties d'un littoral immense, et l'ennemi avait l'avantage de se porter avec ses forces réunies sur les poiïjts les plus faibles et les plus accessibles; il fallait pour les défendre désarmer subitement d'autres provinces, et fatiguer par de pénibles marches les troupes de terre destinées à repousser ces agressions ; le siéj^e des opérations militaires venait tout a coup à changer, et l'habileté des manœuvres ne fut jamais plus nécessaire que dans une' longue suite d'ex-'

péditions où l'on eut à parcourir de si vastes contrées.

Après la bataille de Brooklyn et la retraite des troupes américaines qui occupaient ce camp retranché, le but principal du général Howe fut de s'emparer de New-York , dont il n'était séparé que par la rivière de l'Est. Pour assurer le succès de son entreprise , il voulut d'abord s'établir au nord de la place , et vers le centre de l'île où elle est située. Les mouvements de la flotte et de l'armée anglaise furent dirigés vers ce point : quelques vaisseaux remontèrent l'Hudson, d'autres la rivière de l'Est ; plusieurs s'engagèrent dans le canal qui joint cette rivière au détroit de Long-Island, et un débarquement fut effectué le 15 septembre sur la côte orientale de l'île de New-York.

Washington avait pénétré les desseins du général Howe; mais il n'avait point assez de forces pour prévenir cette invasion; et comme elle devait entraîner le blocus de la place, il crut nécessaired'en retirer la garnison , afin de ne pas affaiblir par un détachement trop considérable le corps de troupes avec lequel il allait tenir la campagne. Un conseil de guerre, qui fut assemblé par ses ordres, ayant résolu l'évacuation de New-York, la garnison se replia vers le nord; et cette retraite, conduite par le général Putnam, fut heureusement accomplie, au moment même où les troupes anglaises débarquées à quelques milles de distance commençaient à se répandre au centre de l'île, *et allaient couper toutes les communications. New-York fut bientôt occupé par les Anglais, et les troupes américaines et britanniques se trouvèrent cantonnées dans les autres parties de l'île. Leur rapprochement donna lieu pendant un mois à de nombreuses escarmouches , genre d'attaque plus convenable que des batailles rangées à des corps de tirailleurs, peu accoutumés aux grandes évolutions , mais exercés au maniement des armes à feu, et habiles à profiter des accidents du terrain. Ces combats , où les Américains obtinrent quelques avantages, dissipaient les impressions causées par

ÉTATS-UNIS DAMÉRIQUE.

un premier revers. Cependant d'autres causes contribuaient à Taffaiblissenient et à la dislocation de leur armée : elles tenaient au vice primitif de son organisation, au peu de durée des engagements contractés, à l'impatience du travail et de la fatigue, dans une saison qui allait devenir d'autant plus rigoureuse, que les opérations journalières de la guerre tendaient à se diriger vers le nord.

L'intention du général Howe était en effet de se porter avec ses principales forces vers les terres élevées gui séparent du nord au midi les bassms de l'Hudson et du Connecticut. Il voulait, par cette manœuvre, couper les communications des Américains avec les différentes contrées de la Nouvelle- Angleterre, d'où ils pouvaient recevoir des secours en hommes, en munitions et en subsistances : il espérait d'ailleurs les décider à évacuer en entier l'île de New-York ; son but était de les attirer vers le point qu'il occupait lui-même, et de les entj-aîner dans un engagement en rase campagne.

Tous les mouvements des troupes britanniques étaient obser\'és avec soin, et Washington sut constamment déconcerter les plans de son adversaire.

Pendant un mois, les opérations de l'un et de l'autre se bornèrent à des marches savantes , où l'on chercha de part et d'autre à choisir ses positions , a se préserver d'une surprise , et à ne rien abandonner aux caprices de la fortune. Washington occupa successivement différents postes retranchés; et quoique le général Howe le rencontrât toujours devant lui, il ne put le forcer à une bataille décisive, contre une armée qui était aloi's beaucoup plus nombreuse que celle des Américains.

A mesure que la défense des territoires envahis offrait plus de difficultés, et que la guerre prenait plus d'extension, le congrès reconnaissait davantage la nécessité d'unir par des liens plus forts tous les membres de la confédération américaine ; et tel fut l'objet d'une résolution qu'il adopta le 4 octobre 1776, et qu'il soumit à l'appro-

bation de tous les gouvernements particuliers. Les clauses en furent observées pendant toute la durée de la guerre, et l'on n'en modifia quelques-unes que plusieurs années après le retour de la paix.

Les treize États unis s'engageaient par cet acte à repousser en commun toutes les attaques dirigées contre eux, pour cause de religion, de souveraineté, de commerce, ou sous quelque autre prétexte. Chacun d'eux se réservait le droit de régler sa législation et son administration particulière ; nul ne pouvait conclure de traités, sans le consentement du congrès, soit avec d'autres membres de la confédération, soit avec les puissances étrangères.

C'était au congres à déterminer le nombre de troupes et de vaisseaux de guerre que chaque État pouvait avoir en'temps de paix. Chacun d'eux devait concourir à la formation d'un trésor commun, destiné à payer les dépenses générales. Aucun ne pouvait s'engager dans une guerre sans le consentement du conçrès, à moins que son territoire ne fdt envahi, ou qu'il ne fût menacé par les Indiens d'une attaque prochaine. Le congrès avait seul le droit de décider de la paix et de la guerre, de donner des lettres de marque , d'établir des tribunaux pour juger les prises, d'envoyer et de recevoir des ambassadeurs, de conclure des traités d'alliance, de déterminer les limites, de battre monnaie, de fixer les poids et mesures , de régler le commerce et toutes les relations avec les Indiens, de nommer aux principaux offices civils et militaires, d'organiser l'administration et les différents services de l'armée. Il avait le droit de nommer un conseil d'État pour l'expédition des affaires, celui de contracter des emprunts, de créer des billets de crédit, de demander à chaque État un contingent de troupes proportionné à sa population blanche. Si le Canada désirait se joindre à la confédération, il y serait admis; aucune autre colonie ne pourrait y être reçue sans le consentement de neuf États.

Les Américains , en délibérant sur

L'UNIVERS

les moyens de défense qu'ils avaient à puiser dans leurs propres ressources , et dans le concours de tous les confédérés, tournèrent aussi les yeux vers les puissances étrangères qui pouvaient s'intéresser à leur cause, et dont ils avaient à espérer quelques secours. Tant qu'ils avaient gardé l'espérance d'un arrangement avec la métropole, i Is n'avaient cherché aucun appui étranger; et, retenus par leurs liens avec l'ancienne patrie, ils ne voulaient pas être les artisans d'une guerre entre elle et les autres nations. Mais lorsque l'Angleterre vint à prohiber toute expédition d'armes, de munitions, d'effets militaires destinés aux colonies insurgées , cel'es-ci recourui-ent aux approvisionnements qui pouvaient leur être fournis par le commerce étranger : les ports d'Amérique furent ouverts à tous les pavillons ; on encouragea spécialement toutes les importations utiles à la guerre ou à la marine; et un agent américain, Silas Deane, fut envoyé en France pour y chercher ce genre de secours. Il y trouva des négociants disposés à favoriser ses projets : le commerce, invité à paraître dans une vaste contrée, que le système colonial de l'Angleterre lui avait longtemps interdite, prépara ses expéditions. L' esprit d'émulation qui présidait alors à ses entreprises lui faisait embrasser de plus grandes spéculations, et il brava souvent les risques auxquels les armements maritimes de l'Angleterre exposaient les navires envoyés en Amérique. Si quelques-unes de ses cargaisons étaient capturées , les bénéfices des autres arrivages ledédommageaient de ses pertes.

Une grande carrière venait de s'ouvrir au courage, de même qu'à l'esprit du commerce; et l'Amérique, après avoir longtemps appelé des cultivateurs européens, était intéressée à accueillir favorablement tous les hommes dévoués ([ui pouvaient concourir à sa défense. Le désir d'y prendre part animait un grand nombre de Français; l'esprit militaire de cette nation y trouvait un nouvel aliment à sa passion pour la gloire; douze années de paix

s'étaient écoulées, et l'on n'était point accoutumé à de si longues trêves. Des réformes considérables avaient été faites dans l'armée : le zèle et la valeur de ces guerriers restaient sans emploi ; et plusieurs officiers français vinrent, en 1775 , offrir leurs services au congrès pendant le siège de Boston; d'autres les suivirent immédiatement. On doit citer, au nombre des homm.es qui se présentèrent dès l'origine même de la guerre, la Roche de Fermoy, qui fut élevé au grade de brigadier général , du Portail et du Plessis-Mauduit, officiers distingués dans l'arme du génie, dans cette école de mérite et de savoir qui a constamment joui en France d'une si haute et si juste renommée.

Les Français qui s'attachèrent les premiers au 'service de l'Amérique ne suivaient qu'un mouvement spontané, et le gouvernement n'avait pas influé sur leur résolution ; il se bornait à laisser à des hommes sensibles à Thonneur militaire la liberté de chercher hors de leur pays les occasions de s'illustrer par quelques faits d'armes. C'était ainsi que des volontaires français étaient allés servir, en 1770, dans les rangs des confédérés polonais qui combattaient pour l'indépendance de leur patrie. A toutes les é^^oques de la monarchie, les Français avaient joui de la même liberté : 'elle convenait à leurs habitudes, elle se liait à leurs institutions; et le gouvernement n'imposait à ces braves , qui allaient servir l'étranger, que l'obligation de ne pas porter les armes contre leur patrie.

Tandis qu'un certain nombre de Français allaient chercher au loin du service militaire, et choisissaient euxmêmes les drapeaux qu'ils désiraient suivre, le gouvernement, qui laissait un libre cours à leurs inclinations, continuait cependant d'être neutre :

aucune rupture n'avait éclaté entre l'Angleterre et lui, et cette situation lui imposait une réserve où il avait la prudence de se maintenir; mais il suivait des yeux la pente des événements : il voyait rompre les liens de l'Angleterre avec les États-Unis: sans discuter leurs droits à l'indépendance, il 1;*

regardait comme proclamée, et peutêtre comme irrévocable. Les Américains devenaient une nation; et lorsque le congrès eut publiquement avoué le dessein d'ouvrir une négociation avec la France, et qu'il eut chargé de cette mission Franklin, Henri Lee et Silas Deane, les dispositions de la France lui étaient assez connues pour qu'il espérât l'intéresser au succès de sa cause, Franklin, parti de Philadelphie le 28 octobre 1776, arriva un mois après dans la rade de Quiberon, d'où il se rendit à Nantes et ensuite à Paris; le vénérable septuagénaire était accompagné de ses deux petits-fils. L'accueil qu'il reçut partout était à la fois un hommage à son mérite personnel et un témoignage d'intérêt en faveur des Américains. Franklin, renfermé dans ses habitudes simples, ne rechercha point les bruyantes acclamations : il se retira à Passy avec sa famille dès les premiers jours de son arrivée dans la capitale; il évita de déployer un caractère public, avant de savoir si le gouvernement français était disposé à reconnaître les commissaires américains et à traiter avec eux; et quoique les bienveillants égards qu'ilreçutdu comte de Vergennes, alors ministre des affaires étrangères, ne parussent que lui être personnels , il trouva dans ses entretiens particuliers l'occasion de remplir avec habileté et avec succès l'importante mission qui lui était confiée. Tout semblait concourir à cette réussite: la cause des Américains était devenue populaire en France ; on faisait de toutes parts des vœux en leur faveur, et cette direction donnée à l'opinion publique tenait à des causes trop puissantes pour qu'on put la détourner et l'affaiblir. C'était l'époque où l'on aimait à s'occuper des questions d'ordre social et d'économie politique, des devoirs des gouvernements et des intérêts des peuples. L'Esprit des lois avait paru vers le milieu du siècle : on avait analysé les principes de la ri- <;hesse des nations, ceux du Contrat social, ceux de la législation civile et criminelle; de plus grandes leçons se mêlaient à l'histoire, et la liberté de

penser s'emparait des discussions les plus graves. Chaque homme, accoutumé à l'exercice de son intelligence, était entraîné par ce mouvement général ; quelques génies privilégiés contribuaient à l'accroître; et un immense ouvrage, devenu le dépôt des connaissances humaines, vint fixer le degré d'élévation où elles étaient alors parvenues.

Le goût des lettres et des sciences avait porté les hommes qui les cultivent à former de nombreuses associations, dont l'effet naturel est de mettre en commun les pensées de plusieurs , et de donner ainsi du corps aux opinions. Celles-ci se répandent ensuite au dehors ; elles se propagent dans les diverses classes de la société; et telle est l'influence des progrès intellectuels , qu'il leur suffit d'avoir été commencés et dirigés par quelques esprits supérieurs, pour vaincre enfin toutes les résistances. Le gouvernement lui-même obéit à cette puissance de l'opinion :

il se familiarise avec les innovations qu'elle exige, et il ne veut pas heurter une autorité si supérieure a la sienne. Cependant il a souvent besoin de lui faire subir l'épreuve du temps : il doit calculer ce que sa position lui permet de faire, et consulter avant tout les intérêts de l'État dont la destinée lui fut remise.

Le gouvernement français s'était attaché, depuis la conclusion du traité de paix de 1763, à améliorer ses rapports de bon voisinage et d'intimité avec l'Espagne, en donnant plus de latitude aux clauses commerciales du pacte de famille, en les protégeant par une convention consulaire, et en assurant d'une manière légale la répression de la contrebande; il avait étendu ses relations de conmierce avec le Nord et dans la Méditerranée par des traités avec Hambourg, avec Raguse, avec ks principaux États basbaresques : différentes conventions avaient été faites pour régler les limites des Pays-Bas et des autres contrées voisines, pour faire abolir le droit d'aubaine et assurer la transmission des héritages entre les habitants dii royaume et d'une grande

partie de l'Allemagne. Le traité le plus important était celui que la France avait conclu en 1768 avec la république de Gènes, pour obtenir la cession de l'île de Corse.

Depuis cette époque, de graves intérêts avaient été agités dans le centre de l'Europe et en Orient; mais la France, occupée de réparer ses pertes, de relever son commerce et de régler ses rapports immédiats avec ses voisins, avait évité de prendre part à ces querelles éloignées; et de grandes puissances commençaient à démembrer des États plus faibles, sans qu'elle intervînt d'une manière efficace pour prévenir ces invasions. Le sort de la Pologne était réglé par l'Autriche, la Prusse, la Russie, et les trois cours s'étaient liguées pour en accomplir, en 1773, le premier partage : usurpation funeste qui, en affaiblissant ce royaume, devait en amener un jour la dissolution.

La Porte ottomane n'eut aucun auxiliaire dans sa malheureuse guerre avec la Russie; et la perte qu'elle fit de la Crimée et du Cuban, dont l'indépendance fut proclamée en 1774 par la paix de Kaynardgi, devint un acheminement aux conquêtes ultérieures de la Russie. Le maintien de la Porte et de la Pologne devait néanmoins intéresser la France : il faisait partie du système que l'on s'était alors formé sur l'équilibre politique de l'Europe; mais cette balance était variable de sa nature, et sur la fin du règne de Louis XV la France n'y conservait pas le même poids. Ce monarque descendait lentement au tombeau , plus affaih\'\ encore par les infirmités que par l'âge ; le gouvernement dépérissait avec lui; tous les services languissaient; le trésor public se dissipait en prodigalités; et quand le roi eut fermé les yeux, Louis XVI, son successeur, se trouvant entouré des ruines de l'administration , eut à la relever de toutes parts. Le bonheur de l'État était sa première pensée, et il s'empressa d'appeler dans ses conseils quelques hommes vertueux et capables qui lui étaient désignés par la voix publique : Turgot, qui signala son uassagc au ministère par l'aboli-

tion de la corvée, par la liberté du commerce des grains, et par d'autres grandes vues d'économie politique; Vergennes, qui conduisit avec habileté d'importantes négociations, appartiennent tous deux a cette époque.

L'insurrection des colonies anglaises devint bientôt le plus grand événement politique qui pût occuper la France.

On n'y voyait d'abord qu'une lutte animée entre des colonies et leur métropole, et l'on supposait encore qu'elle pourrait se terminer par une conciliation; mais quand cette querelle parut engagée sans retour par la déclaration de l'indépendance, et lorsqu'on eut à décider s'il était utile ou nuisible aux intérêts de la France que l'Angleterre rentrât en possession de ces vastes provinces, et qu'elle dominât sur toutes les contrées qui s'étendent entre le Labrador et le golfe du Mexique, le gouvernement français n'hésita plus, et l'accueil que reçurent de lui les députés américains fut un premier témoignage de l'intérêt qu'il prenait à leur cause. Quels que fussent les motifs politiques qui lui suggéraient cette détermination , il s'y mêlait un noble sentiment de générosité; les États-Unis étaient alors dans une position peu favorable : on apprenait en Europe la perte de la bataille de Brooklyn, l'occupation de New-York par l'armée anglaise, ses succès entre l'Hudson et le Connecticut, la retraite de l'armée fédérale dans le New-Jersey, et la défection d'un grand nombre d'hommes découragés par cette suite de revers. Accueillir les Américains dans cette situation, c'était aller au-devant du malheur : le ministère français ne se montra que plus disposé à* les favoriser, en admettant leurs navires dans les ports du royaume , en laissant un libre cours à toutes les exportations d'armes et de munitions destinées à leur défense, en facilitant leurs emprunts, en recevant leurs prises, en permettant même la construction et l'équipement d'un certain nombre de vaisseaux destinés à leur service. Chaque mesure du gouvernement français faisait espérer aux Américains une assistance plus directe et plus positive;

ETATS-UJNIS D'AMÉRIQUE.

mais pour qu'elle devînt plus efficace, il fallait la différer encore, assembler des munitions navales, construire des vaisseaux , relever enfin la marine française, et lui rendre des officiers et des équipages qui en fissent encore la gloire.

Tandis que les négociateurs américains préparaient en France un rapprochement plus intime entre les deux pays , la guerre poursuivaitses ravages , et après avoir parcouru l'État de JNew- York elle allait se rapprocher des pays du centre. Nous avons vu que les premières opérations du général Howe lui avaient été favorables. Il avait eu plusieurs engagements partiels avec les Américains, depuis les fVhite-Plains jusqu'aux hauteurs de Nortli-Castle :

devenu maître de toute la rive orientale de l'Hudson, il s'était ensuite emparé, dans l'île de New-York, de la forteresse de Washington , la seule que les Américains y occupassent encore; et s'attachant à suivre leur retraite sur la rive occidentale, il avait traversé le Hackensack et la Passaik, et il avait transporté le théâtre de la guerre dans le New-Jersey.

Cette armée qui se repliait devant lui était alors réduite à quelques milliers d'hommes accablés de fatigues, exposés, sans abri et sans effets de campement, à toutes les rigueurs de la saisou, n'ayant que de faibles détachements de cavalerie pour recueillir leurs moyens de subsistance, abandonnes de la plupart des habitants , et n'étant plus retenus par les liens de la discipline, que le malheur et le besoin tendent à relâcher sans cesse. Un petit nombre d'hommes, distingués de la foule, accoutumés à lutter contre les vicissitudes de la fortune, et mettant leur gloire cà secourir et à faire revivre la patrie expirante, soutinrent seuls avec une inébranlable fermeté cette cruelle épreuve : ils ne désespérèrent pas de la cause publique, et redevinrent un centre de ralliement pour ses détenseurs.

Ce n'étaient plus que les débris d'une armée; mais ils en portaient encore le nom; ils gardaient les drapeaux; l'honneur de chaque régiment leur était

confié : trésor et dépôt précieux dont les âmes nobles et élevées savent estimer la valeur. C'est à l'aide de cette opinion magique et toute-puissante, c'est au nom de la patrie, au nom des dangers publics , que cette armée américaine, réduite plusieurs fois à un petit nombre d'hommes, répara successivement ses pertes, apprit à triompher de la mauvaise fortune, et vit couronner par des victoires décisives ses premiers travaux.

Cependant, autour de ce camp fidèle et courageux qui devenait le boulevard de la patrie, l'opinion de la multitude flottait incertaine et se laissait aller au cours des événements. Ébranlée par les proclamations du général Howe, elle penchait vers lui avec la fortune : on fournissait des vivres à son armée; on acceptait ses offres d'amnistie; la défense de la cause nationale était de nouveau érigée en rébellion, et les hommes qui avaient le courage de la soutenir s'inspiraient au petit nombre de leurs secrets partisans qu'un stérile intérêt et une muette admiration. Les circonstances étaient en effet devenues assez désastreuses pour accroître le découragement des hommes timides :

l'invasion des troupes anglaises ne se bornait plus aux États de New-York et de New-Jersey ; l'escadre de Peter- Parker s'était présentée sur les côtes du Rhode-Island; le général Clinton y avait débarqué, le 8 décembre, avec cinq mille hommes; il s'était emparé de New-Port , où les Américains avaient une grande quantité de munitions navales; et comme il pouvait se porter dans le Massachusett ou le Connecticut , il forçait ces deux États à retenir pour leur 'propre sûreté les troupes que Washington avait appelées à la défense du New- Jersey. Cette occupation de New-Port par une escadre britannique allait aussi priver de leur refuge habituel les corsaires américains qui fréquentaient ces parages. Le Commodore Hopkins s'y trouvait avec sa flottille, lorsque les Anglais se présentèrent à la vue du port; mais il eut le temps de se retirer au fond de la baie pour aller mouiller à Providence, et

L'UNIVERS

les batteries du rivage, les embarras de la navigation empêchèrent de le poursuivre à travers les passes difficiles du golfe et de la rivière de ce nom,

La guerre qui se propageait ainsi dans les États du nord avait pris vers les frontières de l'ouest un autre caractère. Les Anglais avaient renouvelé près des Indiens les tentatives déjà faites précédemment pour les attirer dans leur parti, et ils avaient surtout en vue d'armer les Creeks et les Chérokées placés dans le voisinage des États du sud, afin que les habitants, menacés sur leur propre territoire, ne pussent porter aucun secours aux États du nord. On promit à ces deux nations iiuiiennes qu'elles seraient soutenues dans leurs agressions par un corps de troupes britanniques, prêt à débarquer dans la Floride occidentale et à remonter vers la chaîne des Alléghanys; et les Creeks, séduits par l'amour du pillage, se décidèrent les premiers à ravager les possessions voisines. Aucune habitation européenne n'était épargnée :

les amis, les ennemis de l'Angleterre furent indistinctement dépouillés , et le caractère féroce de cette guerre souleva bientôt contre les sauvages la population entière. Les Creeks, trompés dans leur attente, et ne voyant pas arriver les troupes auxiliaires qui leur étaient annoncées , se décidèrent promptenient à demander la paix: elle leur fut accordée; mais les Chérokées, plus nombreux, plus aguerris, plus difficiles à forcer dans leurs montagnes, continuèrent les hostilités, et soutinrent tout le poids de la guerre qu'ils avaient commencée. Redoutables par leurs brusques attaques et leurs déprédations imprévues, ils portèrent le fer et la flamme dans un grand nombre de plantations ; ils détruisirent les bestiaux et les moissons , et n'épargnèrent d'abord leurs prisonniers que pour les réserver à la mort la plus cruelle. Mais enfin ils furent accablés par les milices de la Virginie et des Carolines : poursuivis dans leurs montagnes, ils y éprouvèrent à leur tour les fléaux dont ils avaient affligé les contrées voisines.

Leurs villages ou wigwams furent consumés par la flamme; ils perdirent la plupart de leurs guerriers; et cette nation, ne pouvant plus prolonger sa résistance, se détermina à implorer la paix.

Plusieurs chefs des Chérokées avaient pu reconnaître, dans le cours de cette guerre, combien leurs ressources étaient inférieures à celles des Européens : ils pensaient que pour apprendre a résister aux étrangers il ne suffisait pas d'emprunter leurs armes, et qu'il fallait aussi renoncer aux habitudes de leur vie errante et sauvage. Cette idée n'était point nouvelle dans la nation des Chérokées, et, en observant ses relations antérieures avec les colonies européennes, nous l'avons déjà vue tenter, en 1736, de premiers essais de civilisation. Quoiqu'ils eussent été promptement interrompus, cependant quelques hommes n'y renonçaient point : ils désiraient attacher les" Chérokées à l'agriculture, et un de leurs chefs, JVhite-Eyes , l'homme aux yeux blancs, voulut, dans une de leurs assemblées, les convaincre des avantages d'une vie plus sédentaire, et des faciles moyens de subsistance que pourraient leur offrir les récoltes de la terre et l'éducation des troupeaux; mais pour changer les habitudes immémoriales d'une nation entière, il eût fallu y préparer lentement les esprits; cette proposition vint échouer contre la puissance des coutumes et des traditions :

elle ne parut propre qu'à effeminer la race des aborigènes qui avaient autrefois régné sur tout le continent; on la regarda comme inspirée par la faiblesse et la langueur d'un vieillard , et Lackawané, vaillant homme de guerre, repoussa avec chaleur un tel projet.

» Celui qui veut nous exciter à imiter « les hommes pâles et à remuer la terre « est l'ennemi de notre pays : il veut le « sacrifier et le livrer aux blancs. Ne « les a-t-on pas vus expulser tous les « peuples de nos contrées, depuis les « bords de la grande eau jusqu'aux « sources des fleuves? Les nations qui (• couvraient ces pays sont parties pour " l'ouest ; elles ont disparu sans retour ;

ÉTATS-UNIS D'AMP.PvIQUE.

« tout est mort, elles, leurs enfants et « les fils de leurs enfants : on n'y voit « plus que les hommes du point du « jour. 11 ne nous reste que nos forêts : « c'est là qu'il faut vivre. La chasse « nous rend guerriers ; elle protège seule « notre indépendance : restons chas- « seurs pour nous défendre, pour sou- «( tenir, comme il convient à des hom- « mes, la fatigue, la faim, la soif, les « maladies, pour savoir souffrir et mou- « rir. On ne veut nous attacher à la « terre que pour nous énerver et nous « subjuguer. » Ces mots exprimaient l'opinion du plus grand nombre : ils s'accordaient avec cet esprit d'indépendance qui porte les Indiens à préférer à toute autre qualité le courage et la force , et qui érige en faiblesse l'amour du travail et de la paix. Les Chérokées gardèrent encore les habitudes de leurs ancêtres. Cependant ces tentatives, faites à différents intervalles , pour leur suggérer d'autres mœurs , laissaient quelques traces dans leurs esprits : ce souvenir se mêlait à leurs autres traditions, et il pouvait diminuer insensiblement leurs préventions contre la vie sociale. De nouvelles épreuves de ce genre leur étaient un jour réservées, et nous reconnaissons dans ces entreprises imparfaites cette tendance de la raison et de l'intelligence humaine vers les progrès de la civilisation.

Tandis que les Anglais armaient les tribus sauvages contre les habitants de l'ouest , attaquaient le Rhode-Island, et poursuivaient leur marche à travers le New-Jersey, leurs opérations vers le lacChamplain étaient conduites avec la même activité par le général Carieton, gouverneur du Canada. Il voulait, avant de porter la guerre plus au midi, s'emparer de la navigation de ce bassin intérieur : on se hâta de faire les préparatifs de cette entreprise, et pour en dérober plus longtemps la connaissance aux Américains, on fit venir d'Angleterre les ancres, les agrès, les bois même des navires qui devaient être équipés sur le lac Champlain.

Tous ces matériaux, traversant pêlemêle l'Océan, furent transportés par

le Saint-Laurent et la rivière Sorel jusqu'aux chantiers de construction où il ne restait plus qu'à les assembler ; les ouvriers nécessaires faisaient partie du convoi, et ce nouveau travail fut promptement accompli; mais il avait fallu beaucoup de temps pour le préparer; et les Anglais ne purent avoir qu'au mois d'octobre une escadre composée de plusieurs vaisseaux à trois mâts, de vingt barques canonnières et d'un grand nombre de chaloupes et de bâtiments de transport : le capitaine Pringle la commandait; il partit de l'embouchure du lac pour le traverser du nord au midi dans toute sa longueur.

Jusqu'alors les Américains avaient été maîtres de cette navigation, et pour la conserver ils étaient parvenus a équiper une flottille composée de deux bricks , d'une corvette et de douze bâtiments de moindre grandeur; le commandement en fut confié au général Arnold ; et quoique ces ressources fussent très-inférieures à celles de l'ennemi, Arnold vit sans s'étonner les difficultés de sa situation. Sa flottille fut rencontrée, le 11 octobre, près de l'île de Valicourt, par l'escadre anglaise, qui avait déjà traversé la moitié du lac sans découvrir aucune voile américaine, et il y eut pendant quatre heures un engagement très-vif entre plusieurs navires ; mais comme les Anglais, ayant le vent contraire, ne pouvaient employer qu'une partie de leurs forces, le capitaine Pringle donna le signal de !a retraite, pour remettre l'attaque au lendemain. Les Américains avaient perdu deux navires, l'un mis en feu, l'autre coulé bas ; et Arnold , voyant la disproportion du nombre, ne voulut pas attendre dans la même station un nouveau combat ; il fit voile dans la nuit pour gagner le mouillage de Crown-Point, mettre la flottille à couvert sous le canon de cette place, et profiter du feu de ses batteries, afin de rendre ses moyens de défense moins disprojwrtiounés. Mais avant d'arriver à l'extrémité du lac, il fut atteint par l'escadre anglaise qui suivait avec ardeur SCS mouvements; une nouvelle

L'UNIVERS

action s'engagea, et quatre bâtiments, qui formaient l'avant-garde américaine, parvinrent seuls à gagner Crown-Point.

Arnold , après un combat de quelques heures , n'espéra plus pouvoir défendre les autres navires, et ne voulant pas les laisser à l'ennemi, il manœuvra pour les faire échouer, il y mit le feu et sauva tous les équipages. Cet échec ne nuisit point à sa réputation militaire : Arnold n'avait pu triompher de la supériorité du nombre; mais il avait donné de nouvelles preuves d'intrépidité, et il n'avait quitté son navire qu'à travers la flamme.

La position de Crown-Point n'était pas assez forte pour que la garnison pût s'y défendre contre l'armée anglaise qui allait l'attaquer par terre et f)ar eau ; les Américains en ruinèrent es retranchements, et ils se replièrent sur Ticondéroga , où leurs troupes réunies s'élevaient à neuf mille hom-

On était arrivé au 3 novembre, et la saison était déjà si rigoureuse, que Carleton ne voulut pas entreprendre alors le siège d'une place défendue par une garnison nomoreuse , et bien pourvue de munitions. Comme il n'avait pas l'intention de prendre dans le pays même ses quartiers d'hiver, il regagna le nord du lac Champlain , fit garder comme postes avancés le fort Saint- Jean, l'île aux Noix, descendit le Sorel avant que la navigation fût interceptée par les glaces, et remit au printemps de l'année suivante la suite de ses opérations militaires. La place de Ticondéroga se trouva ainsi momentanément dégagée : les troupes destinées à sa défense devinrent disponibles ; et Washington put en rappeler une partie, pour renforcer celles qu'il ramenait avec lui vers les bords de la Delaware.

Ce général, qui se trouvait alors placé sur la ligne d'opérations la plus importante, se rendit d'abord à Trenton , sur la rive gauche de ce fleuve : l'armée anglaise le suivait de près; elle s'élevait à vingt mille hommes; et Washington, dont les forces étaient très-inférieures, ne crut pas devoir

l'attendre dans cette position : il passa la Delaware le 8 décembre, et se fortifia derrière cette ligne, oii il était également à portée de secourir Philadelphie et de rentrer dans le New- Jersey. En traversant le fleuve , il avait eu la prévoyance de retirer de la rive gauche tous les moyens d'embarcation.

Les Anglais occupèrent les postes qu'il venait d'abandonner; mais ils ne pu- ' rent effectuer leur passage, et ce délai permit à Washington de recevoir quelques renforts. Le' général Mifflin s'occupait avec activité de la levée des milices de Pensylvanie, et son autorité était d'autant plus grande, qu'attaché à la paisible religion des quakers , qui sont nombreux dans cette contrée , il avait néanmoins couru aux armes dès qu'il avait reconnu la justice de la guerre et l'imminence des dangers publics : son zèle entraîna beaucoup d'hommes irrésolus. On s'attendait à la prochaine arrivée du général Lee , qui revenait des rives de l'Hudson avec les troupes placées sous ses ordres; mais avant d'entrer dans le New- Jersey, il eut l'imprudence de s'écarter momentanément du corps qu'il commandait, et s'étant arrêté quelques heures dans une maison isolée, il y ftit subitement investi, le 13 décembre, par un détachement anglais que conduisait le colonel Harcourt : on le fit prisonnier, et Sullivan, qui commandait après lui , continua sa marche vers la Delaware. Un autre corps y fut bientôt amené de Ticondéroga par le général Gates, l'un des meilleurs officiers de l'armée américaine. C'était là les seuls secours sur lesquels Washington pût alors compter, et ses troupes réunies ne s'élevaient encore qu'à sept mille hommes : nombre peu considérable, si on le compare 5 celui des ennemis, à l'importance de la cause et à l'étendue des pays qu'il fallait défendre.

Les opérations de la guerre étaient trop rapprochées de Philadelphie pour que le congrès pût y résider en sûreté : il fut invité par les généraux Putnam et Mifflin à transférer sa session à Baltimore. Là il reprit avec la même fer--

SDCté ses délibérations sur les mesures qu'exigeait le salut de l'État; et, se confiant à l'honneur, au patriotisme, à l'habileté de Washington, il lui remit les pouvoirs les plus étendus sur la levée des troupes , leur organisation , leur entretien , leur emploi , et sur tous les moyens de maintenir l'ordre et la sûreté publique. L'exercice de cette espèce de dictature, qui lui était conférée pour six mois , ût encore mieux éclater sa modération et ses vertus.

Les efforts que fit le généralissime pour accroître l'armée , subvenir à ses besoins et la mettre en état de reprendre l'offensive, rencontrèrent moins d'obstacles lorsqu'on vit qu'il n'exerçait son autorité suprême que pour sauver la patrie. Le dévouement n'avait jamais été plus nécessaire : l'ennemi était aux portes de laPensylvanie; les habitants avaient à combattre pour leurs foyers ; tout acte de faiblesse les eût livrés à la servitude ; et le désir d'écarter les maux dont ils étaient menacés fit revivre dans leurs âmes plus de patriotisme et d'énergie. Chaque jour amenait au camp américain de nouveaux soldats :

les troupes se formaient aux manoeuvres, à la discipline, et leur confiance dans Washington était sans limites.

La rigueur de la saison retenait alors dans leurs quartiers les deux armées , et les opérations militaires se trouvaient suspendues. Les Anglais s'étaient distribués en plusieurs cantonnements, et les principaux points qu'ils occupaient sur la rive gauche de la Delaware étaient Trenton , Bordenton , Burlington et quelques postes intermédiaires; d'autres corps étaient placés plus en arrière à Princeton et jusqu'à New-Brunswick, où le général Grant avait établi son quartier général. Washington, habile à saisir les avantages que la fortune pouvait lui offrir, sut profiter de la dispersion de tous les quartiers des troupes britanniques :

il forma le projet de surprendre et d'attaquer brusquement les postes ennemis qui se trouvaient trop éloignés les uns des autres pour s'entre-secourir , et il divisa son armée en trois corps qui devaient traverser la Delaware dans

la nuit du 25 décembre. Le lorjis principal, qu'il conduisait lui-même avec les généraux Green et Sullivan, passa le fleuve à neuf milles au-dessus de Trenton, et se dirigea en deux colonnes , et par deux routes différentes , sur ce bourg, oii trois régiments hessois, commandés par le colonel Raill , furent attaqués, défaits et réduits à mettre bas les armes. Le deuxième corps, commandé par le général Irwing, et destiné à couper la retraite des troupes ennemies qui auraient pu s'échapperde Trenton, ne put pas effectuer son passage à travers les glaces qui obstruaient cette partie du fleuve; et le troisième corps, conduit par le général Cadwallader, et chargé de l'attaque de Burlington, ne put faire passer d'une rive à l'autre son artillerie. Mais quoique ces obstacles rendissent moins complète la victoire, elle eut néanmoins pour les Américains les plus favorables résultats : elle rassura les esprits, elle rendit plus unanime le désir de la résistance; et lorsque l'on conduisit à Philadelphie les nombreux prisonniers de guerre faits dans cette journée, les habitants , se portant en foule sur leur passage, reconnurent avec un juste orgueil que ces troupes , redoutables par leur courage et leur discipline, n'étaient pas invincibles.

Au bruit de cette victoire, des corps de milices plus considérables se dirigèrent vers l'armée , et Washington , animant encore la confiance que leur inspiraient de premiers avantages, conçut le projet d'une nouvelle expédition.

Il avait regagné la rive droite du fleuve , afin de ne pas être enveloppé à Trenton par toutes les forces que l'ennemi allait sans doute diriger vers ce point; mais tout à coup il passe de nouveau sur la rive gauche de la Delaware, avec toutes ses troupes, son artillerie, ses bagages, vient se former et se retrancher derrière le lit de l'Assumpink , et s'y trouve bientôt en présence de l'armée ennemie, dont il n'est séparé que par le cours de la rivière.

Cette arjnée était alors commandée pat lord Cornwaliis, qui avait quitté précipitamment New-York pour venir au

L'UNIVERS

secours du général Gmnt avec un nouveau corps de troupes ; toutes ses forces étaient en mouvement pour se réunir :

trois régiments se trouvaient encore à Princeton, d'autres étaient à JNew- Brunswick, d'autres à Amboy; et ces troupes, échelonnées sur différents points, allaient se joindre et agir en masse. Washington, sans s'affaiblir par un premier combat contre Corn- Avallis , résolut de se porter rapidement sur Princeton, pour enlever le corps de troupes anglaises qui s'y trouvait encore isolé; et quittant, dans la nuit du 2 janvier 1777, ses lignes de l'Assumpink, il se dirigea sur Princeton par la route la plus longue, mais la plus faiblement gardée, il désirait ne pas avoir à rencontrer d'avant-postes ennemis, afin que la nouvelle de son approche ne fût pas troppromptement divulguée.

Cornwallis ne s'aperçut qu'au point du jour du départ des Américains, et Il reprit lui-même la route de Princeton, où il espérait arriver en même temps; mais Washington avait une marche sur lui, et ses troupes étaient fraîches : les routes , les lieux lui étaient connus, et, redoublant d'ardeur, il put attaquer les trois régiments anglais , avant qu'ils fussent secourus par le gros de l'armée , et avant même qu'ils fussent tous réunis. Une partie de ces corps était déjà en marche pour se rendre à ïrenton; elle fut défaite à Maiden-Head , après une vigoureuse résistance. Une autre le fut à Princeton : on fit un grand nombre de prisonniers, et les hommes qui s'échappèrent de la mêlée se retirèrent précipitamment à New-Brunswick.

L'année de Cornwallis, entamée par ces pertes successives, et néanmoins plus nombreuse que celle des Amérirains, continua de suivre leurs mouvements, et les opérations de la guerre se trouvèrent ramenées dans le New- Jersey, comme elles l'avaient été l'année précédente ; mais, dans l'intervalle , l'opinion de cette province avait entièrement changé. On n'y remarquait plus la même indifférence pour la cause nationale : le |)remier séjour dcp An-

glais et des Hessois, leurs exigences, et tous les désordres occasionnés par l'avidité et la licence d'une troupe vivant à discrétion en pays conquis, avaient aliéné tous les esprits des habitants. Le parti qui avait appelé à son aide les étrangers, s'était bientôt senti accablé de leurs secours, et il maudissait de si onéreux auxiliaires :

tous les vœux se reportaient vers Washington ; envoyait en lui un libérateur, et l'on rejoignait son armée. Il avait, par une proclamation solennelle , pardonné, au nom du congrès, toutes les défections antérieures : on voulut les faire oublier, et la fierté nationale, venant de nouveau à se relever, conçut de nouvelles espérances, et valut à'ia patrie de plus nombreux défenseurs.

Mais tous les avantages de ce mouvement de l'opinion ne pouvaient se développer que par degrés. Des levées tumultuairement faites ne constituaient point encore une véritable force. Washington s'attacha d'abord à les former, à les exercer; il évita d'engager en rase campagne les deux armées , et gagna les parties supérieures du New- Jersey, où l'on pouvait se retrancher plus aisément.

De ces positions élevées, il observait avec vigilance les mouvements des ennemis; il arrêtait leurs convois, il faisait attaquer leurs détachements isolés; et les nouvelles troupes, qu'il aguerrissait ainsi par de fréquentes escarmouches, se préparaient, au milieu de leurs épreuves journalières, à de plus grands périls et à des actions plus décisives. Les Américains reprirent successivement, au nord du Rariton , les différentes parties du New- Jersey, depuis les hauteurs jusqu'au détroit qui s'étend le long de Staten- Island. Il ne restait aux troupes britanniques que.Ies positions de New-Brunswick et d'Amboy ; elles y prirent leurs quartiers d'hiver.

Quoiqu'on fût obligé, de part et d'autre , d'être habituellement sur s€s gardes , Washington ayant pris toutes les mesures nécessaires pour fortifier son camp et le préserver d'une sur-, |)rise, voulut le garantir des ravages

de la petite vérole, dont les progrès étaient alarmants : il fit inocuier tous les soldats qui ne l'avaient pas eue, et le camp offrit momentanément l'image d'un vaste établissement de quarantaine et d'hospices, où les guerriers reçurent tous les soins de l'humanité.

Les hommes valides étaient réservés pour la protection et la défense des malades confiés à leur garde : ils ressemblaient, dans le généreux exercice de leurs fonctions, à ces pieux hospitaliers de Saint- Jean , du Sépulcre et du Temple, qui, au temps des croisades, s'étaient illustrés par leur valeur et leur charité. Cette active vigilance, ces soins pour le salut de son armée, honorèrent Washington , et donnèrent un nouveau lustre à sa gloire. Ses ennemis apprirent, avec un étonnement mêlé d'admiration, l'expérience hardie qu'il tentait en leur présence, et la sécurité qu'il gardait au milieu de cette crise périlleuse. Le général américain usa de la même prévoyance dans les contrées voisines, et on y soumit à l'inoculatron les recrues qui" lui étaient destinées.

Il fit aussi établir sur différents points des approvisionnements de vivres, chercha tous les moyens d'accroître ses troupes de ligne , et profita de l'autorisation du congrès, pour faire prélever sur chaque corps de milices un certain nombre d'hommes désignés par le sort.

On regardait ce dernier parti comme le mode de recrutement le plus assuré : le service des troupes réglées entrait moins dans les habitudes de cette nation, et des enrôlements volontaires n'auraient pas suffi pour tenir les régiments au complet.

L'hiver fut ainsi employé à renforcer l'armée américaine, à pourvoir à ses nombreux besoins, à exercer au maniement des armes et aux évolutions les nouvelles levées, et à mettre toutes les troupes en état d'ouvrir avec avantage la campagne suivante. Washington continuait d'occuper le camp de IMorris- Town, dans le New-Jersey : de là il envoyait des détachements jusqu'au littoral ; ces différents corps s'y trouvaient souvent aux prises avec l'ennemi, et la contrée qui séparait leurs postes avan-

Livraison. (États-Unis d'Améeique.

ces, étant exposée aux mcursions alternatives des deux partis , avait encore plus à souffrir dans une saison rigoureuse, où les privations étaient plus grandes. L'armée du général Howe, qui était resté maître d'Amboy, conservait ses communications avec la mer : elle avait la liberté de se porter sur d'autres points; elle pouvait recevoir du dehors ses approvisionnements; mais elle s'était accoutumée à les chercher dans le pays même; et les ressources qu'elle y trouvait devenant plus rares de jour en jour, ces troupes épargnèrent moins les habitants, les accablèrent de charges de toute nature, et passèrent par degrés à une extrême licence. Les excès qu'elles commirent étaient principalement imputés aux auxiliaires hessois, qui, n'étant liés aux Américains par aucun rapport de patrie, de langage, de mœurs, ne voyaient en eux que des ennemis à détruire.

Le gouvernement britannique avait souvent employé à son service des troupes étrangères : il y trouvait l'avantage d'épargner le sang anglais , et d'enlever moins de bras à l'industrie et au commerce de la métropole. Les subsides qu'exigeait l'entretien de ces corps stipendiés étaient un sacrifice beaucoup moins sensible; on pouvait y subvenir par des emprunts, que l'accroissement du crédit national rendait faciles à contracter, et qui semblaient imposer une charge moins onéreuse que celle d'un nouvel impôt, parce qu'on en rejetait sur l'avenir la plus grande partie. Mais les Américains s'indignaient qu'on achetât des mercenaires pour les remettre eux-mêmes sous le joug. Ces troupes n'étaient-elles pas étrangères à la querelle de la Grande-Bretagne et de l' Amérique. ^ Et pourquoi faire intervenir dans la discussion des plus graves intérêts de l'humanité d'aveugles artisans de servitude et de destruction.? Les Anglais, avec lesquels l'Amérique était en guerre, pouvaient du moins mettre des bornes à leur inimitié contre elle : ils ne voudraient pas lui ravir toutes les libertés, toutes les prérogatives dont

L'UNIVERS

ils jouissaient eux-mêmes, et pour lesquelles ils avaient si longtemps combattu ; mais quels ménagements pouvoir attendre d'hommes qui n'attachaient aucun prix à de si grands biens?

Cette haine contre les étrangers devint bientôt générale, et plus on leur montrait d'éloignement et d'aversion, plus on fut exposé à leur brutale fureur et à leurs outrages. La difficulté de se comprendre rendait encore un rapprochement plus difficile; les refus a des demandes que l'on ne concevait point se multipliaient, et l'étranger enlevait par la force ce qu'il n'avait pu volontairement obtenir.

L'animosité des factions éclatait en même temps sur différents points de l'État de New- York, du Maryland, de la Pensylvanie. Les indifférents se laissaient aller aux chances des événements , et s'apprêtaient à suivre le parti qui serait vainqueur; les ennemis secrets fomentaient le mécontentement causé par la prolongation de la guerre, et ils cherchaient à soulever l'opinion; mais le congrès surveillait leurs démarches, et faisait contenir les agitateurs par quelques exemples de sévérité.

Quoique le général Howe différât la reprise des grandes opérations militaires, jusqu'à l'arrivée des équipages de campagne et des renforts qu'il attendait d'Angleterre, il voulut, dans l'intervalle , tenter quelques expéditions particulières pour enlever des magasins à l'ennemi. Un détachement anglais de cinq cents hommes partit de New-York le 23 mars 1777, et remonta la rivière d'Hudson, pour s'emparer des approvisionnements que les Américains avaient rassemblés à Peeks-Hill : l'officier qui commandait ce poste, n'ayant pas assez de forces pour le défendre, prit le parti de l'évacuer, après en avoir brûlé une partie, et les Anglais détruisirent le reste. Les Américains avaient formé à Danbury, dans le Connecticut , un dépôt de munitions de guerre :

deux mille Anglais, débarqués sur la côte le 25 avril , parvinrent à ce bourg, où ils mirent le feu, et, vivement harcelés dans leur retraite, ils obtinrent,

près de Ridge-Field, quelques avantages sur les milices que Wooster, Arnold et Silliman , avaient rassemblées à la hâte. Wooster fut mortellement blessé dans une de ces rencontres, et, à l'âge de soixante-dix ans, il termina, au service de son pays, son honorable carrière.

Les Américains furent plus heureux dans une expédition dont le but était de s'emparer d'un magasin de vivres et de fourrages, formé par les Anglais à Sagg-Harbourg, dans Long-Island: le lieutenant-colonel Meigs s'embarqua à Guilfort, aborda dans l'île, détruisit les magasins, et regagna sans perte les côtes du Connecticut.

Un coup de main qui fut tenté le 10 juin, par le lieutenant-colonel Barton, obtint un égal succès. Le général anglais Prescott commandait dans le Rhode-Island : on forma le projet de l'enlever dans les quartiers qu'il occupait à quelque distance de New-Port, et Barton fut chargé de cette audacieuse entreprise. Cet officier s'embarque, avec quarante hommes, sur quelques bateaux baleiniers; il prend terre à un mille de distance de l'habitation du général , y parvient sans être aperçu , surprend la sentinelle qui veillait à l'entrée, enlève, au milieu de la nuit, le général , et le fait prisonnier de guerre. Le congrès, pour honorer le courage de Barton, lui fit présent d'une épée : on ne négligeait aucune occasion d'accorder aux braves ces flatteuses récompenses, qui restent ensuite déposées dans les familles comme de glorieux trophées, et qui excitent les enfants à imiter les exemples paternels , et à se dévouer à la défense de la patrie.

Tout le printemps s'était écoulé, avant que le général Howe se fût mis en marche avec ses principales forces.

La flotte commandée par l'amiral son frère le rendait maître de tous ses mouvements; un profond secret enveloppait ses desseins , et l'on ignorait s'il chercherait à remonter l'Hudson , pour unir ses opérations à celles des troupes qui devaient partir des bords du Saint- Laurent, ou s'il pénétrerait en Pensylvanie. Wnshins^ton , voulant lier

ÉTATS-UINIS D'AMÉRIQUE

entre eux tous ses moyens de défense, avait ainsi rangé, du nord au sud , ses principaux corps d'armée : l'un était placé à Ticondéroga, et il devait résister aux troupes anglaises qui seraient expédiées du Canada : un autre vint occuper, sur la rivegauchede l'Hndson, le camp retranché de Peeks-Hill; ses mouvements allaient être favorisés pnr la navigation du fleuve, et il était chargé de seconder, en cas de besoin , les opérations du premier corps, ou de se rendre dans le New-Jersey, si l'ennemi s'y montrait en force. Le corps d'armée qui gardait cette dernière province était le plus nombreux; il se trouvait sous les ordres immédiats de Washington. Un quatrième camp avait été formé sur la rive gauche de la Délaware, pour couvrir Philadelphie, où le congrès était revenu ; il était commandé par Arnold , et devait protéger les contrées voisines. La guerre ne paraissait pas alors menacer la Caroline du Sud et la Géorgie; cependant on y laissa, pour leur propre défense, les levées qu'elles pouvaient faire : cette mesure avait pour but de maintenir leur sécurité, et de les préserver des agitations intérieures

Le général Howe ouvrit enfm la campagne dans le New-Jersey, où son armée se trouvait réunie : il désirait une bataille rangée, et, n'espérant pas pouvo.ir forcer les positions retranchées que Washington était venu occuper vers la On de l'hiver sur les hauteurs de Middle-Brook , voisines du Rariton, il chercha à l'en faire sortir, et à l'attirer vers la Délaware, en se portant lui-même dans cette direction. Washington ne se laissa point tromper par cette marche simulée : il ne crut pas que les ennemis voulussent imprudemment s'engager dans une province où ils se trouveraient placés entre deux armées américaines ; et le général Howe, n'ayant pu ébranler Washington par ce mouvement, feignit ensuite de vouloir abandonner le New-Jersey, et de se retirer dans Staten-Island. Un pont volant fut jeté sur le détroit qui le séparait de cette île on y fit passer une partie des

bagages, et l'embarquement des troupes fut commencé. Le général américain crut que les ennemis voulaient en effet porter ailleurs le théâtre de la guerre : leur mouvement de retraite , qui commença le 19 juin, lui offrait l'occasion de les* attaquer avec avantage :

il espéra jeter quelque désordre dans leurs rangs, et, quittant enfin ses hauteurs, il s'avança jusqu'à la position de Quibble-Town , et fit occuper celle de Métuckin par le général Stirling.

Jusque-là les manœuvres du général Howe lui avaient réussi : cet officier avait fait perdre aux Américains l'avantage de leur camp retranché ; et pour empêcher qu'ils n'y rentrassent, il résolut de les tourner, et de couper toutes leurs communications avec les hauteurs, tandis que le gros de son armée, qui paraissait se replier devant eux, ferait tout à coup volte-face et les chargerait avec vigueur. Pour exécuter l'un et l'autre mouvement, les Anglais se partagèrent en deux colonnes : la première était commandée par le général Howe , et devait commencer l'attaque; la seconde, sous les ordres de Cornwallis , allait prendre à revers les positions des Américains. Mais elle rencontra dans sa marche un détachement ennemi ; et le bruit de la fusillade qui s'engagea sur ce point, ayant averti Washington du piège qui lui était tendu , il rétrograda promptement vers les hauteurs de Middle- Brook, et fit occuper, avant que les Anglais y parvinssent, les défilés dont ils avaient eu le dessein de s'emparer. La division américaine conduite par le général Stirling éprouva seule quelques pertes. Les Anglais, n'espérant plus forcer une position devenue inexpugnable, renoncèrent à continuer la guerre dans le New-Jersey ; ils se retirèrent dans Staten-Island, d'où ils avaient l'intention de se porter sur un autre rivage , et toute la flotte britannique fut bientôt réunie dans les parages de cette île et dans la baie de New-York , pour recevoir à bord l'armée du général Howe.

Washington observait avec sollicitude tous les mouvements des ennemis

LUNIVERS.

afin de se porter lui-même sur les points qu'il fallait défendre; il fortifia et garnit de troupes les principaux postes des rives de l'Hudson , lorsque les Anglais parurent eux-mêmes vouloir s'avancer dans cette direction ; et aussitôt que les manœuvres des ennemis lui firent supposer que la Pensylvanie était menacée , il invita le congrès à rassembler à Chester et à Wilmington sur la Délaware, les milices des pays voisins, et à faire surveiller l'entrée de cette baie par des vigies placées au cap May et au cap Henlopen. Les milices du New-Jersey furent également réunies, et l'on se tint prêt à repousser l'ennemi, sur quelque point qu'il voulût débarquer.

Les forces britanniques se trouvaient partagées à cette époque en trois corps d'armée ; celui de Rhode-Island , composé de cinq mille hommes, tenait en échec les milices américaines du nordest , et empêchait qu'on ne les portât sur d'autres points ; les troupes anglaises qui s'assemblaient sur les frontières du Canada menaçaient d'une prochaine invasion tous les pays que traverse le cours de l'Hudson ; et l'armée du général Howe, qui était la plus considérable de toutes, pouvait combiner ses opérations avec celles des deux autres corps, ou se diriger en masse vers le centre des États-Unis, et les attaquer dans la contrée qui réunissait alors leurs principales forces, et dont il importait le plus de dompter la résistance.

Page 1