‹ États-Unis d'AmériqueChapitre 15 sur 29 · DE PAIX, CONCLUS PAR ^'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

DE PAIX, CONCLUS PAR ^'ANGLETERRE

AVEC LES Etats-Unis , la France , l'Espagne ET LA Hollande. Licenciement

DE l'armée américaine ET ABDICATION

HE Washington. Création de la société DE CiNCINNATUS. FORMATION DE

plusieurs Etats a l'occident des Apa- LACHES. Traités avec les Indiens. Révision du pacte fédéral. Présidence de Washington et premiers acte dk SON administration.

Les traités de paix qui terminèrent la guerre d'Amérique offrirent aux gouvernements et aux peuples de gran-

des leçons. Jusqu'alors on n'avait vu dans leurs sanglants débats que des luttes d'ambition , des conquêtes, des pertes de territoire : les nations attachées au sol changeaient souvent de maîtres, et les hommes et la glèbe avaient un sort commun. Ici un nouveau peuple est appelé à l'existence; il va se constituer et se donner des lois , et de ce principe de vie et d'indépendance vont naître de grandes institutions qui s'étendront, de proche en proche, aux contrées voisines, et qui agrandiront le domaine et la puissance de la confédération américaine.

La liberté, la souveraineté et l'indépendance des États-Unis, turent reconnues par l'Angleterre, dans la convention qu'elle fit avec eux le 30 novembre 1782, Leur territoire, dont on assigna les limites, fut séparé de la Nouvelle-Ecosse par la rivière de Sainte-Croix, et du Canada inférieur par la chaîne des hauteurs qui divisent le versant des eaux entre l'océan Atlantique et le fleuve Saint-Laurent, Cette ligne, arrivée à la source du Connecticut, devait en suivre le cours jusqu'au quarante-cinquième degré de latitude, et se diriger ensuite vers l'ouest jusqu'au Saint-Laurent; elle remonterait le lit de ce fleuve, traverserait, d'orient en occident, tous les grands lacs, et se prolongerait jusqu'au nord-ouest du lac des Bois. De là on devait gagner le Mississipi , qui servirait de démarcation jusqu'au trente et unième degré; et la limite du sud serait fixée, entre les États-Unis et la Floride, par une ligne tracée d'occident en orient, depuis ce fleuve jusqu'à celui d'Açalachicola : on descendrait cette rivière jusqu'à son confluent avec le Flint , et l'on gagnerait en ligne directe les sources de la rivière Sainte-Marie, dont on suivrait le cours jusqu'à l'océan Atlantique,

Toutes les îles situées à vingt lieues de distance des côtes des États-Unis, leur appartiendraient, à l'exception de celles qui avaient été comprises jusqu'alors dans les limites de la Nouvelle- Ecx)sse,

Les États-Unis continueraient de

jouir du droit de pêche sur tous les bancs de Terre-Neuve, de même que dans le golfe de Saint-Laurent, et dans tous les autres lieux où la pêche avait été habituellement exercée par les Anglais et les Américains.

Les propriétés et les biens confisqués sur les sujets britanniques leur seraient rendus ; il ne serait fait aucune poursuite, soit dans leurs personnes, soit dans leurs biens, contre ceux qui auraient pris part à cette guerre.

La paix serait perpétuelle ; les hostilités par terre et par mer devaient cesser immédiatement ; les prisonniers faits de part et d'autre seraient rendus ; on n'emmènerait aucun esclave; l'Angleterre retirerait ses armées , ses garnisons, ses flottes, et laisserait dans les forteresses l'artillerie américaine qui s'y trouvait.

La navigation du Mississipi , depuis sa source jusqu'à son embouchure , resterait librement ouverte aux habitants des deux pays; toutes les conquêtes qu'on aurait faites avant que la nouvelle de la paix fût parvenue en Amérique seraient restituées.

Cette convention , faite par les États- Unis, ne devait avoir son effet que lorsque les bases d'un traité entre la France et la Grande-Bretagne auraient été également fixées; mais les négociations des deux puissances faisaient prévoir ce prochain résultat, et leurs plénipotentiaires signèrent, le 20 janvier 1783, les articles préliminaires de la paix.

La France, qui avait eu pour but l'établissement de l'indépendance américaine, avait cherché, dans toutes les opérations de la guerre, à ne compliquer cette question principale par aucune expédition au nord des États- Unis ; elle n'avait fait aucune tentative , soit contre l'Acadie, soit contre le Canada, Résolue à renoncer pour jamais à ces deux colonies , qu'elle avait perdues dans les guerres antérieures, elle ne voulait point substituer une guerre d'ambition à celle qu'elle avait entreprise pour la cause de ses premiers alliés; et lorsque les Américains conçurent le projet de tenter une invasioo

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dans le Canada , et firent inviter le gouvernement français à coopérer par ses forces navales a cette expédition, ce gouvernement n'accéda point à la proposition qui lui était faite; il était frappé, comme Washington le fut luimême, du surcroît d'embarras qui naîtrait d'une telle aggression. Étendre le théâtre de la guerre, ce n'aurait point été préserver les Etats-Unis de tous ses fléaux, c'aurait été affaiblir dans leur propre pays une défense déjà si pénible. Les hommes qui excitaient la France à cette expédition nouvelle n'embrassaient pas dans leur pensée toute l'étendue de ses obligations envers ses alliés, ni toutes les mesures qu'une prudente politique devait lui prescrire à l'égard même de ses ennemis : il lui convenait de ne pas livrer à de nouveaux hasards les résultats de ses premiers succès, et de ne point menacer, sur le continent d'Amérique, deux grandes possessions anglaises qui avaient été étrangères à l'insurrection des États-Unis. Les attaquer, c'eût été ranimer en Angleterre le désir de prolonger la guerre contre la France.

Nous pouvons , en effet , remarquer qu'à l'époque où les préliminaires de la paix furent signés entre l'Angleterre et les États-Unis, l'opinion publique avait entièrement changé à l'égard des colonies émancipées; l'ancien ministère était tombé; le parti de l'opposition avait prévalu, et l'éloquence de Fox avait obtenu un glorieux triomphe , en ramenant la paix entre les peuples de la vieille Angleterre et leurs généreux descendants : déjà même on prévoyait les avantages que l'on pourrait recueillir de cette réconciliation, et de la prospérité commerciale d'une nation indépendante dont l'origine était la même. Mais les hommes qui se rapprochaient des États-Unis ne pardonnaient pas encore à la France de s'être unie à leur cause : l'occasion d'engager avec elle une lutte nationale avait été si souvent embrassée, que les partisans de cette guerre auraient été encore soutenus par l'opinion, s'ils avaient pu représenter la France comme disposée a disputer à l'Angleterre ses dernières

possessions sur le continent d'Ame- ' rique. !

Le gouvernement français eut la sa- !

gesse de ne jamais perdre cle vue le but i pour lequel il avait entrepris la guerre : ' il lit noblement servir aux intérêts de ses alliés les avantages qu'il avait obtenus; il réclama peu de dédommagements pour lui-même, et la générosité de ses stipulations honora sa politique , comme la guerre avait honoré ses armes. Un grand empire venait d'être fondé au milieu de l'ébranlement du monde entier; c'en était assez pour la France; elle ne désirait plus que de réussir à calmer tant d'agitations.

Il fut arrêté qu'aussitôt après la signature et la ratification des préliminaires, l'ordre de cesser les hostilités serait envoyé dans toutes les parties du monde.

La France conserva le droit de pêche, au nord et à l'occident de Terre- Neuve, depuis le cap Saint-Jean jusqu'au cap Raye ; elle posséda en toute propriété les îles de Saint-Pierre et de Miquelon : le sort des Antilles fut fixé : l'Angleterre restitua à la France l'île de Sainte-Lucie, et lui céda celle de Tabago; mais elle fut remise en possession des îles de la Grenade , de Saint- Vincent, de la Dominique, de Névis et de Mont-Serrat, conquises sur elle pendant la guerre.

En Afrique, les comptoirs et les forts situés sur la rivière du Sénégal, furent cédés et garantis à la France; l'île de Gorée lui fut rendue, et l'Angleterre resta en possession du fort James et de la rivière de Gambie.

Dans les Indes Orientales, le gouvernement britannique restitua à la France Chandernagor et ses autres établissements sur la côte d'Orixa, Pondichéri et Karical sur la côte de Coromandel, Mahé sur celle de Malabar, et le comptoir de Surate au nord-ouest de l'Inde. La France, en rentrant dans ces domaines, promit elle-même de restituer les villes et les territoires dont ses armes se seraient emparées dans les Indes Orientales.

I/ahrogation de tous les articles qui avaient limité ses droits de souverai-

neté sur Dunkerque fut formellement stipulée : les deux puissances résolurent d'établir leurs relations de commerce sur les bases de la réciprocité et d'une convenance mutuelle; enfin on fixa les ternies où les restitutions de territoires devaient avoir lieu, et les délais au delà desquels les prises faites en pleine mer seraient considérées comme illégales et devraient être restituées. Ces délais furent de douze jours dans les mers du Nord et dans la Manche, d'un mois dans les parages plus méridionaux et jusqu'aux îles Canaries , de deux mois jîisqu'à l'équateur, et de cinq mois dans toutes les autres parties du monde.

Le même jour oiJ l'Angleterre signait cet arrangement avec la France, elle rétablissait également avec la cour de Madrid ses relations de paix. L'Espagne conservait l'île de Minorque, glorieusement conquise pendant la guerre, et elle acquérait la possession entière des deux Florides dont elle avait déjà recouvré une partie. Les Anglais pourraient librement exploiter le bois de campêche, dans un district de la côte de Honduras dont on fixerait les limites : ils rentreraient en possession de l'archipel de Bahama, et l'on se rendrait de part et d'autre toutes les autres conquêtes qui auraient été faites.

Les négociations de paix que l'Angleterre venait de terminer avec la France et l'Espagne ne pouvaient être connues aux Indes Orientales que longtemps après. On y poursuivait avec ardeur les opérations. de la guerre; et nous ne devons point passer sous silence les exploits des vaillants hommes qui furent engagés jusqu'à la fin dans cette lutte pénible et glorieuse.

Le bailli de Suffren profitait de la conquête de Trinquemale et de celle de Goudelour , pour harceler dans les parages de Ceyian et de Coromandel les forces navales de l'ennemi; mais ia guerre allait passer sur le continent : l'armée de terre des Anglais avait reçu de nouveaux renforts : une partie des troupes qu'ils avaieiit employées précédemment contre les indigènes était devenue disponible, depuis la mort

d'Aïder-Ali ,etdepuis que Tippoo-Saïb s(in fils s'était éloigné des côtes du Coromandel pour défendre celles de Malabar. Le projet d'attaquer Goudelour fut alors formé par les Anglais; et le général Stuart vint mettre le siège devant cette place avec cinq mille soldats européens et neuf mille Cipayes.

La garnison française se trouvait réduite à la moitié de ce nombre ; mais, malgré cette infériorité , le général de Bussy qui la commandait vint établir son camp entre les remparts et l'armée britannique. Un engagement très-vif eut lieu le 27 juin , et l'on combattit de part et d'autre avec intrépidité.

Nous citerons au nombre des plus bril lants faits d'armes une charge du régiment d'Austrasie. Il avait d'abord attaqué avec une extrême valeur un corps de troupes anglaises, et en les faisant replier devant lui, il avait prolongé sa poursuite assez loin, pour qu'une autre colonne ennemie pût tourner sa position. Lorsqu'il voulut rejoindre le camp, son vaillant chef reconnut qu'il était coupé dans sa retraite. « Soldats , s'écria-t-il , rappelez- « vous que vous êtes les enfants de « Champagne. « Ces mots, ce souvenir exaltent encore leur courage : ils fondent avec impétuosité sur l'ennemi , le culbutent, le taillent en pièces, et reprennent à la baïonnette leur ligne de bataille. Austrasie était un dédoublement du régiment de Champagne :

tous deux avaient les mêmes titres d'honneur et de famille.

A la suite de ce combat mémorable, les troupes françaises rentrèrent à Goudelour, et les Anglais gardèrent, hors de la place, quelques positions dont ils s'étaient emparés.

L'escadre britannique avait été forcée de gagner le large, à la suite d'un nouveau combat que Suffren lui avait livré: et la garnison de Goudelour, secondée par quelques troupes , tirées des navires français, se préparait à reprendre l'offensive contre l'armée assiégeante , lorsque l'arrivée d'une frégate anglaise , expédiée de Madras le 27 août , sous pavillon parlementaire, apporta la nouvelle de la cessa-

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tion des hostilités, et du rétablissement de la paix , dont les préliminaires étaient signés en Europe depuis plus de sept mois.

La Hollande ne jouissait pas encore à cette époque des bienfaits d'une réconciliation; mais les bases en furent établies le 2 septembre suivant. Elle conserva toutes les colonies qui lui étaient restées pendant la guerre, ou que les Français avaient reconquises pour elle; mais elle ne put obtenir de l'Angleterre la restitution de Nega- |)atnam; et le gouvernement britannique se borna à lui promettre la remise de cette ville, par voie d'échange, et lorsqu'il pourrait obtenir un équivalent. Quoique ces dispositions fussent évasives et laissassent peu d'espoir à la Hollande, néanmoins elle préféra la paix à une prolongation d hostilités qui pouvait lui devenir plus contraire.

Toutes les puissances qui avaient été en guerre avec la Grande-Bretagne se trouvèrent alors pacifiées, et purent songer à guérir les blessures qu'elles avaient également reçues au milieu des revers et des triom'phes.

Les États-Unis avaient profité des premiers moments de la paix , pour étendre en Europe leurs relations de commerce , dont les principes étaient déjà fixés par leurs traités avec la France et la Hollande : ils avaient ouvert avec la Suède des négociations semblables; et un traité d'amitié et de commerce avait été conclu entre les deux puissances le 3 avril 1783.

On y stipula, de même que dans les conventions précédentes , les droits du pavillon et ceux des neutres, la liberté de leurs relations en temps de guerre, excepté pour les articles de contrebande , et tous les avantages de navigation et de commerce dont la nation la plus favorisée pourrait jouir.

La possession de ces privilèges et de ces franchises devait être en effet le but principal d'un gouvernement qui avait à créer la prospérité de son pays et qui voulait la fonder sur les plus solides bases. Le peuple américain, en se séparant d'une nation active et laborieuse, était resté fidèle à

ses habitudes premières et aux règles fondamentales qui devaient constituer un jour sa grandeur. La liberté de la pensée et des consciences, celle du travail et de l'industrie étaient consacrées par toutes les institutions civiles, politiques et religieuses qu'il avait adoptées : ce peuple reconnut promptement le besoin d'y joindre la liberté de la navigation, et du commerce avec le dehors. Il allait faire, du concours de tous ces avantages, le principe de sa force ; mais avant de jouir de cet heureux développement il avait encore à traverser quelques pénibles crises, qu'une longue guerre avait fait naître, et qui pouvaient le replonger dans de nouveaux périls.

L'esprit de mutinerie qui avait agité quelquefois l'armée avait pu être comprimé pendant la guerre, par le sentiment des dangers publics, et des devoirs qu'ils imposaient au patriotisme et au courage ; mais lorsqu'on fut assuré du retour de la paix , les liens de la discipline devinrent plus faibles :

les hommes qui avaient constamment servi réclamèrent les arriérés de solde qui leur étaient dus , et quelque garantie des engagements pris avec eux pour assurer leur sort. En consumant au service de l'État leurs plus belles années , la plupart s'étaient mis dans l'impossibilité de suivre une autre carrière : l'habitude des camps détourne des occupations sédentaires : elle prive des ressources qui y sont attachées , et fait un devoir à la patrie de pourvoir aux besoins à venir de ceux qui l'ont défendue.

Ces opinions se propageaient dans l'armée; et comme les délibérations d'un corps qui se rendit nécessaire et qui a le sentiment de sa force deviennent aisément turbulentes , le langage des mécontents prit l'accent de la sédition. Us devaient s'assembler le 15 mars 1782 : on avait convoqué par une circulaire anonyme les officiers qui devaient se réunir, et l'on se plaignait de l'ingratitude du congrès enverseux.

<• Les bienfaits de la paix vont renaître , mais seulement pour ceux qui profitent de vos fatigues et qui ferment

l'oreille à vos plaintes. Si vous n'avez pu vous faire entendre, quand vos services étaient nécessaires à la défense commune, serez- vous mieux écoutés lorsqu'on vous verra désarmés et couverts de blessures? Vous faudra-t-il vieillir dans la misère, et n'aurez-vous de ressources que dans la pitié des hommes pour qui vous vous êtes sacrifiés? »

Des plaintes si véhémentes étaient propres à exalter encore l'irritation des esprits. Washington ne s'opposa point au projet qu'avaient les officiers d'envoyer une députation au congrès, pour recourir à sa justice et réclamer l'effet de ses promesses ; mais il sut modérer leurs délibérations, et les retenir dans les bornes du devoir.

J'ai été, leur disait-il, le compagnon de vos souffrances ; j'ai joui des éloges que vous méritiez; tous vos intérêts sont devenus les miens. IMenaceriezvous aujourd'hui la patrie que vous avez défendue, et consentiriez-vous à ternir, en abandonnant sa cause, une réputation si noblement acquise? Je vous conjure, au nom de l'honneur, de repousser des conseils qui nous conduiraient à la guerre civile, et de vous en remettre avec confiance à la sagesse du congrès, qui connaît vos services , et qui ne peut les mettre en oubli. »

Cette assemblée, au milieu de ses délibérations les plus animées, ne pouvait cependant méconnaître l'autorité de Washington ; elle céda à ses représentations paternelles, et se borna, dans son adresse au congrès, à s'en référer à sa justice pour obtenir le règlement des comptes de l'armée, et l'assignation des fonds nécessaires au payement de la solde et des récompenses qui lui avaient été promises.

I.e congrès eut égard à cette demande; mais la pénurie du trésor public l'empêchait de réaliser ses prouesses. On eut, en cette occasion, une nouvelle preuve du dévouement désintéressé du gouverneur IMorris , administrateur du trésor, qui recourut à son crédit, à ses biens, à ses engagements personnels, pour subvenir

aux dépenses les plus urgentes. Cette anticipation, faite a ses propres risques, sur la rentrée des deniers publics qu'il n'avait pas encore reçus, avait été déjà pratiquée durant la' dernière campagne; et les avances faites par Morris avaient pourvu plusieurs fois à l'entretien des troupes du général Greene.

lorsque, chargé de la défense des Carolines, il luttait avec tant d'énergie contre tous les genres de périls et de privations.

Sur ces entrefaites, l'oeuvre de la paix, dont les bases étaient arrêtées depuis plusieurs mois , se poursuivait en Europe avec persévérance; et quoi qu'il se fût opéré de nouveaux changements dans le ministère britannique, où le pouvoir n'était plus entre les mains des hommes qui avaient négocié les préliminaires de la paix, cependant leurs successeurs, écoutant comme eux la voix de l'opinion et les conseils d'une sage politique, achevèrent et rendirent définitive la pacification, par les traités du 3 septembre 1783. Celui de la France avec l'Angleterre fut conclu sous la médiation àe l'Autriche et de la Russie, qui avaient interposé leurs bons offices pour le rétablissement de la paix. On y inséra toutes les clauses déjà comprises dans les artic'es préliminaires, et l'on se proposa d'ouvrir de nouvelles négociations pour un arrangement commercial entre les deux puissances.

La paix définitive de l'Espagne avec l'Angleterre fut également faite sous la médiation des cours de Vienne et de Saint-Pétersbourg : le territoire que les Anglais occuperaient sur les côtes de Honduras fut déterminé : il s'étendait entre le cours de la Balise et du Rio- Hondo; et les relations de commerce des deux royaumes durent être réglées par une convention ultérieure.

On déclara dans le préambule du traité définitif, qui fut signé le même jour entre les Etats-Unis et l'Angleterre, que cet acte n'avait pas été conclu avant que les termes de la paix eussent été convenus entre la Grande- Bretagne et la France. C'était un juste hommage à rendre à la bonne foi des

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États-Unis, qui s'étaient engagés à ne se prêter à aucun arrangement séparé.

Toutes les bases établies clans les articles préliminaires furent renouvelées et confirmées par le traité déûnitif.

Les deux cours d'Autriche et de Russie, qui ne reconnaissaient point encore les États-Unis, n'intervinrent pas dans cette négociation, comme dans celles de l'Espagne et de la France.

Il restait à conclure un traité définitif entre l'Angleterre et la Hollande : cet acte ne fut signé que le 20 mai 1784; et l'on y inséra la même clause que dans les articles préliminaires, sur l'occupation de Negapatnam , qui dut rester entre les mains de l'Angleterre, jusqu'à ce que l'autre puissance pût racheter cette colonie par quelque échange de territoire. La Hollande ne pouvait plus espérer de la reprendre de vive force ; elle n'avait plus à compter sur la coopération des armes françaises, ni sur celle de Tippoo-Saïb qui venait de conclure la paix par une convention signée à Mangalore.

Dans les différents traités qui rétablirent le repos du monde, nous ne remarquons aucune stipulation sur les principes de droit maritime qui avaient divisé l'Angleterre et les autres belligérants. La différence des règles adoptées de part et d'autre tenait sans doute à la diversité des intérêts. Il s'était élevé des prétentions rivales :

les uns ne voulaient plus de supérieurs sur la mer, les autres n'y voulaient plus d'égaux, et les traités qui furent conclus sans qu'on eût abordé ces graves questions, les laissèrent encore en litige. Mais du moins la paix mettait ces discussions en suspens : elle allait écarter toutes les entraves de la navigation, et l'on n'avait plus de neutres à protéger, dès qu'il n'y avait plus d'ennemis à combattre.

Aussitôt que les traités définitifs furent connus en Amérique, et que celui des États-Unis eut été ratifié par le congrès, le général Clinton ordonna l'évacuation des postes que les Anglais occupaient encore. La rentrée des troupes américaines à New-YgrU eut lieu

le 25 novembre 1783; un corps de trois mille hommes , ayant à sa tête le major général Henri Knox , y releva tous les détachements britanniques à mesure qu'ils se retiraient. Washington et toutes les autorités civiles et militaires y firent ensuite leur entrée. On arbora l'étendard des États-Unis sur l'hôtel de ville, et au sommet de la batterie qui couvre et domine le port , et il fut salué par les acclamations du peuple et de l'armée (voy. pi. 75).

Pendant quelques jours la flotte anglaise fut retenue dans la baie par les vents contraires. Dès qu'elle se fut éloignée , Washington ne laissa dans dans la ville qu'une garde de quelques I cents hommes, et les autres troupes \ regagnèrent leurs cantonnements.

Ce général était au moment de se rendre à Annapolis pour résigner, en présence du congrès, le commandement de l'armée : son départ de New- | York était fixé au 4 décembre, et il ( adressa ses adieux à ses frères d'armes, dans une assemblée oii s'étaient réunis i les officiers , les autorités publiques et | un grand nombre ' de citoyens. Ses j paroles affectueuses excitèrent une i profonde émotion; on le suivit, en le | bénissant, jusqu'au rivage où il allait s'embarquer ; et Washington , prenant terre à Powles-Hook , sur l'autre rive de l'Hudson, poursuivit sa route à travers le New-Jersey et la Pensylvanie.

Le désir de régler ses comptes personnels le retint quelques jours à Philadelphie. II avait appliqué ses propres revenus à la plupart des frais de son service; et l'on vérifia que les fonds qu'il avait demandés au trésor pour couvrir complètement cette dépense ne s'élevaient pas à quinze mille dollars, depuis l'année 1775 jusqu'au 13 décembre 1783 : rare exemple de modération et d'une louable réserve dans l'emploi des deniers pubhcs.

Chacune des autorités de PiVifâdelphie s'empressa d'offrir ses vœux à Washington ; toutes devaient de la reconnaissance au défenseur de leurs droits , et la société philosophique américaine se signala par ce patrioli-

ÉTATS-UNIS D'AMÉRIQUR.

que hommage. Elle s'honorait de compter Washington parmi ses mem- : bres; et, en le félicitant sur le retour de la paix, elle en prévoyait l'heureuse ' influence sur les sciences et les lettres, i « Ce sont, disait-elle, les compagnes de I la liberté et de la vertu; elles doivent ' concourir à transmettre votre nom à nos derniers neveux. Puissiez -vous jouir I d'un bonheur inaltérable dans la vie i privée qui vous attend ! vous y serez suivi par l'affectionet la reconnaissance de votre patrie. »

I La société qui adressait à Washingi ton de si flatteurs éloges était un des beaux établissements fondés par Francklin, qui avait constamment cherché à rendre la culture des sciences utile aux intérêts de son pays et aux pro- 1 grès de la raison humaine. Cette assem- : blée, dont il continuait chaque année d'être réélu président malgré sa longue absence, était restée constamment ! fidèle au but de son institution : elle faisait servir son noble ascendant et ses travaux à rendre les hommes meilleurs et à les éclairer.

Washington partit le 15 décembre de Philadelphie : il reçut, en passant à Baltimore, une députation des autorités et les hommages de la ville entière ; et lorsqu'il était près d'arriver à Annapolis, les généraux Gates, Smallwood et une foule de citoyens se portèrent à sa rencontre. Le congrès s'assembla le 23 décembre, et Washington, reçu avec honneur dans cette auguste assemblée, prononça le discours suivant :

« Monsieur le président , les grands « événements qui ont amené ma dé- « mission étant enfin accomplis , j'ai « l'honneur d'offrir au congrès mes « sincères félicitations , et de me pré- « senter devant lui pour remettre en- « tre ses mains le dépôt qu'il m'avait « confié, et pour réclamer la permis- « sion de me retirer du service de mon « pays.

« Heureux par la confirmation de

« notre indépejidance et de notre sou-

«veraineté, heureux de l'avantage

« qu'ont obtenu les États-Unis de de-

, • venir une nation respectable, je ré-

<< signe avec satisfaction une charge « que je n'avais acceptée qu'avec défi fiance et dans la crainte de ne pou- « voir remplir une tâche si difficile.

« Cette inquiétude a été heureusement « dissipée par la confiance qu'inspirait « la justice de notre cause , par l'assis- « tance du suprême pouvoir de l'U- « nion, et par la protection du ciel.

« La glorieuse issue de la guerre a «justifié nos plus vives espérances; et « ma gratitude pour les bienfaits de la « Providence et pour l'appui que j'ai « reçu de mes concitoyens , augmente « encore , à mesure que je considère « l'importance de ce grand démêlé.

« En répétant combien je suis re- « devable envers l'armée en général , «je manquerais à mes propres affec- « tions , si je ne reconnaissais pas ici « les services particuliers et le mérite « distingué des hommes qui ont été « attachés à ma personne durant le « cours de la guerre : le choix des offi « ciers de confiance , appelés à compo- « ser ma famille , ne pouvait être plus « heureux. Permettez-moi de signaler « en particulier ceux gui ont continué « leurs services jusqu'à ce jour, comme « dignes de la bienveillance et de la fa- « veur du congrès.

« Je regarde comme un devoir indis- « pensable de clore ce solennel et der- « nier acte de ma vie publique , en re- « commandant les intérêts de notre « chère patrie à la protection du Tout- « Puissant, et ceux qui en dirigent les * « affaires à sa sainte garde.

« Ayant terminé la tâche qui m'était « assignée , je me retire du théâtre des «événements; et, en adressant d'af- « fectueux adieux à cet auguste corps, « sous les ordres duquel j'ai longtemps « agi , je remets ici ma commission , « et je résigne tous les emplois de la « vie publique. »

Après s'être ainsi exprimé, Washington s'avança vers le président du congrès, et luf remit l'acte de démission dont il venait de donner lecture. Ce président était alors le général IMifflin , ancien membre de la société des quakers , et voué à la défense de son pays depuis le commencement de la guerre ;

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sa noble réponse honora l'orateur et le héros.

(c Les États-Unis, assemblés en congrès , reçoivent avec une émotion trop vive pour être exprimée, la résignation solennelle de l'autorité , en vertu de laquelle vous avez conduit leurs troupes avec succès, au milieu des périls et des hasards de la guerre.

« Appelé par votre pays à défendre ses droits envahis , vous avez accepté cette charge sacrée, avant qu'il eut formé des alliances, et lorsqu'il était sans amis, et sans gouvernement pour vous soutenir.

« Vous avez conduit cette grande lutte militaire, en respectant toujours les droits du pouvoir civil au milieu même des vicissitudes et des revers. Vous avez excité vos compatriotes, par l'amour et la confiance qu'ils vous portaient , à déployer leur génie martial , et à transmettre leur renom à la postérité. Vous avez persévéré jusqu'au moment oii les États- Unis , aidés par un roi et une nation magnanimes , ont pu , sous les auspices de la Providence , terminer la guerre par l'affranchissement , la sûreté et l'indépendance : heureux événement, sur lequel nous nous. joignons sincèrement à vos félicitations.

«Après avoir défendu le drapeau de la liberté dans ce nouveau monde, et avoir donné des leçons utiles à ceux qui infligent l'oppression et à ceux qui la souffrent , vous vous retirez du grand théâtre des affaires , avec la bénédiction de vos concitoyens ; mais la gloire de vos vertus ne cessera pas avec votre commandement militaire; elle se perpétuera dans les âges les plus éloignés. Nous « reconnaissons , comme vous , nos obligations envers toute l'armée ; et nous nous chargeons spécialement des intérêts de ces officiers de confiance qui ont suivi votre personne jusqu'à ce moment décisif.

« Nous nous joignons à vous pour « recommander les destinées de notre o chère patrie à la protection du Toiit- « Puissant ; nous le supplions de dis-

« poser les coeurs et les esprits des ci- « toyens à profiter de l'occasion qui « leur est offerte de devenir une heu- « reuse et respectable nation ; et , quant « à vous, nous lui adressons nos plus « ardentes prières, pour qu'une vie qui « nous est si chère soit environnée « des soins de sa providence ; que vos «jours puissent être aussi heureux « qu'ils ont été illustres , et que Dieu « vous accorde enfin cette récompense « que le monde ne peut offrir. »

A la suite de cette cérémonie touchante et solennelle , Washington , rendu à la vie privée , se retira dans son domaine de Mont-Vernon , situé en Virginie , près du Potomac ; mais il ! ne pouvait plus se dérober , dans sa retraite , aux témoignages de la vénération de son pays , et aux services publics que l'on attendait encore de son expérience et de sa sagesse.

L'armée était licenciée ; et les hom- j mes que les périls de la patrie et le désir de la défendre avaient arrachés si longtemps à leurs professions et à leurs foyers , allèrent reprendre leurs travaux interrompus. L'éducation des troupeaux et la culture des champs avaient occupé le plus grand nombre :

chacun suspendit ses armes aux murs de sa ferme ou de sa chaumière , pour s'en ressaisir au premier appel , ou pour les laisser comme un honorable héritage à ses enfants.

Le désir de perpétuer le souvenir des services qu'ils avaient rendus en commun durant la guerre de l'indépendance , avait porté les officiers de l'armée américaine à se constituer en société d'Amis , qui devait subsister aussi longtemps que leur postérité. En embrassant de nouveau la vie champêtre, ils se proposaient Cincinnatus pour modèle , et ils donnaient son nom à leur institution. Le programme qu'ils publièrent fit connaître que leur but était de conserver les droits et les libertés pour lesquels ils avaient longtemps combattu , de faire chérir l'union et l'hoimeur national , nécessaires au bonheur et à la dignité de la patrie, et d'étendre leur bienfaisance sur les officiers et les familles qui pourraient

avoir besoin d'assistance. Oiiaque membre devait remettre un mois de ses appointements pour former les fonds de cette caisse de secours. Tous les officiers qui auraient résigne avec honneur après un service de trois ans , tous ceux qui avaient porté les armes jusqu'à la paix, et les fils aînés de ceux qui étaient morts au service , avaient le droit de faire partie de cette association: ce droit deviendrait héréditaire pour les fils aînés des membres de la société , et il se transmettrait en ligne collatérale , si la ligne directe venait à manquer. Les troupes françaises devaient avoir part à la distribution des mêmes honneurs, et ils furent décernés à leurs officiers supérieurs de terre et de mer, qui avaient servi durant la guerre de l'indépendance.

Telles furent les bases premièresde la société que les officiers de l'armée américaine voulurent former avant de se dissoudre : le général Knox en avait conçu le projet , et il avait été adopté dans une assemblée tenue au mois d'avril 17S3, par les majors généraux et par les députés des différents corps de l'armée. Comme cette proposition intéressait un grand nombre de familles , qui s'étaient plus ou moins signalées pendant la guerre, elle trouva des partisans et des défenseurs dans tous les États de la confédération. Les statuts mis en avant n'étaient cependant encore qu'un premier essai d'organisation : un établissement semblable ne pouvait se constituer qu'avec l'assentiment des gouvernements particuliers et avec celui du congrès.

L'opinion publique dont il fallait recueillir les suffrages , pouvait se défier d'une institution qui prenait sa source au milieu des camps ; et on ne voulait point que les défenseurs de la patrie s'érigeassent en protecteurs, ni qu'une aristocratie militaire pût s'élever dans leurs rangs, et mettre en péril des droits si chèrement achetés. Ce n'était pas que l'on refusât d'honorer les hommes qui avaient vaillamment servi la cause publique : ce témoignage de reconnaissance relevait la nation elle-

même; mais si l'on consentait à transmettre à leurs fils une distinction personnelle , l'esprit de corps pourrait succéder aux sentiments d'union qui animaient les fondateurs; et chacune des républiques dont se composait la confédération aurait, dès l'origine, une classe privilégiée.

Plusieurs écrits s'élevèrent contre 4'institution projetée; et le plus remarquable de tous fut publié, sous le nom de Lettres de Cassius, par AedanBurke, chef de justice dans la Caroline du Sud. Il montra qu'une institution héréditaire ne pouvait point convenir à la république ; que les vertus des fondateurs ne garantissaient pas celles de leurs descendants ; que ce n'était point par des insignes qu'il fallait transmettre le souvenir de la révolution américaine ; que le devoir de secourir les défenseurs de la patrie , et de perpétuer dans l'État les sentiments de l'honneur et de l'union, appartenait au gouvernement lui-même , et non pas à un ordre séparé. « Nous n'avions aucune distinction parmi nous, quand nous levâmes la tête contre nos oppresseurs , quand nos laboureurs résistèrent à leurs forces et à celles de leurs Cipayes européens. Veut-on que les Cincinnati se croient d'une race plus élevée; qu'ils se regardent comme descendus du ciel , et comme les Incas de notre Amérique.' Celui dont ils empruntent le nom et l'autorité, ne songea pas à créer un ordre privilégié : il ne garda point ses faisceaux consulaires en revenant labourer son champ.

Si nos guerriers sauvèrent l'État, c'est à l'admiration des hommes à élever un jour un trophée sur leur tombe. Nous devons donner au monde l'exemple de la liberté politique , civile et religieuse ; mais elle ne peut naître que de l'égalité des droits. Ne permettons point qu'au nom des services rendus à la patrie on accorde des récompenses héréditaires; et craignons que les plans qui vous ont séduits ne soient une combinaison périlleuse pour la chose publique. Quelle noblesse plus réelle et plus grande pouvez -vous chercher, que la participation à la souveraineté,

L'UNIVERS

?[ui vous appartient comme à vos rères ? »

Ces idées, reproduites dans plusieurs écrits et souvent développées dans un style véhément, étaient l'expression même de l'opinion publique; elles furent adoptées par quelques États. On déclara dans le Rhode-lsland que les Cincinnati seraient déchus de leurs droits politiques et civils : le gouvernement de Pensylvanie ne reconnut point leur établissement; celui du Massachusett le regarda comme illégal, puisqu'il n'était sanctionné par aucune autorité législative : il désapprouva la prétention que l'on attribuait à cette société, de protéger l'union et la dignité nationale, qui sont placées sous la sauvegarde du gouvernement luimême, celle de délibérer sur des mesures dont l'examen appartient aux autorités publiques, celle de se rendre indépendante de leur action, et de créer un empire dans l'empire, en faisant des levées de fonds , en les accroissant , en acquérant l'influence qui naît de la propriété et de la richesse, en organisant des assemblées régulières , en perpétuant de père en fils une corporation née au milieu de l'armée, et imbue de toutes les maximes de commandement et d'obéissance, en favorisant ainsi, sans le vouloir, des desseins peu généreux, et en disposant peut-être la postérité à distinguer des autres citoyens les descendants de ceux qui concoururent à la fondation de ses libertés.

D'autres objections contre la tendancedecetétablissement furent faites, dans une assemblée de la Caroline du Sud , par le gouverneur même de l'État. Il supposa que des vues d'ambition avaient guidé les auteurs du projet, et il espéra que cette institution serait ramenée vers un but plus élevé, et plus digne d'hommes qui ne devaient chercher que la gloire. « Nous n'aurions de sécurité, disait-il, ni pour nos personnes ni pour nos biens, s'il se formait une association dont les membres se crussent supérieurs aux autres citoyens : il en naîtrait des soupçons, des jalousies, des discordes, qui 'conduiraient à la guerre civile. Est-ce à

nos guerriers à se récompenser eux- 1 mêmes et à signaler le mérite de leurs hauts faits? C'est à l'histoire seule à \ les proclamer. La guerre que nous avons soutenue ne s'est pas faite pour j consacrer leurs privilèges, mais pour j assurer les droits d'une nation en- î tière. » J

Ces dernières observations, moins { absolues que celles de Burke, ne ten- I daient point à supprimer la société de j Cincinnatus, mais à la modifier. Cette j opinion devint celle des hommes d'É- j tat, qui, embrassant dans leurs vues i tous les intérêts de la confédération , j et appréciant les services et le dévoue- i ment de l'armée, désiraient assurer à j sa valeur d'honorables distinctions. Le i congrès vit sans déplaisir que les hom- j mes qui avaient occupé un rang dans i cette armée libératrice aimassent à s'en j glorifier : c'était céder à un penchant naturel, et il suffisait d'en prévenir les excès.

Washington était digne par sa modération de se rendre en cette circonstance l'interprète des sentiments de son pays : il chercha promptement à ramener cette association aux principes indiqués par l'opinion publique et par les constitutions mêmes des différents États de l'Union. Les statuts de la société devaient être fixés dans une assemblée générale convoquée à Philadelphie au mois de mai 1784 : Washington en fut nommé président, et la sagesse de ses conseils, l'autorité de sa parole, déterminèrent tous les membres à renoncer au principe de l'hérédité, et à toute espèce d'empiétement sur les droits et les attributions légales des autorités publiques. L'institution redevint ainsi populaire, et l'on ne vit plus dans les hommes qui en faisaient partie que des citoyens qui , longtemps unis par les mêmes devoirs envers la patrie, cherchaient encore à se rapprocher par sentiment de fraternité d'armes et de bienfaisance. La décoration adoptée par les sociétaires rappelait le nom et le but de leur établissement : ils ne portaient pas habituellement leurs insignes , par respect pour les maximes d'ogalité qui dominaient dans la confé-

ÉTATS-UNIS D'AMKRIQUE.

dération entière, et ils les réservaient pour le jour anniversaire de leur indépendance. L'usage de se réunir dans cette grande solennité s'établit entre eu\ ; chaque année leur faisait apercevoir des pertes nouvelles; elle éclaircissait les rangs des défenseurs de la liberté publique; et ces témoins d'une glorieuse époque allaient diminuer de jour en jour, jusqu'au moment où, la génération entière se trouvant éteinte, il ne resterait plus, pour les plus vertueux et les plus grands, qu'un nom dans l'histoire, et d'honorables souvenirs dans les traditions des familles.

La médaille de la société de Cincinnatus fut envoyée aux comtes de Rochambeau , de Grasse , de Guichen , et à tous les généraux, colonels et capitaines de vaisseaux français qui avaient servi la cause de r A mériq'ue; Louis XVI voulut lui-même récompenser tous les corps de son armée qui avaient pris part à cette guerre mémorable, et il y eut dans leurs rangs de nombreuses promotions. La première dignité militaire avait été offerte à Washington depuis plusieurs années; et le roi, en plaçant ses troupes sous la direction de l'illustre Américain, lui avait conféré les honneurs de maréchal de France.

D'autres signes moins personnels consacrèrent les différentes phases de la guerre de l'indépendance ; la colonne et les inscriptions de Bunker's-llill en rappelaient l'origine (voy. pi. 73), et celles de York-Town en signalaient les derniers triomphes : toutes deux étaient placées aux deux bornes de cette sanglante carrière, et l'on voyait dispersés dans l'intervalle un grand nombre de cénotaphes , érigés à la mémoire des hommes que l'Amérique avait perdus, et qu'elle honorait de ses regrets.

Nous devons citer au nombre des monuments d'art destinés à conserver de si nobles souvenirs, une suite de tableaux où le colonel Trumbull, attaché à l'état-major de Washington , retraça les principaux événements politiques et militaires qui appartiennent à cette époque. Son epée servit la patrie, son pinceau en représenta les dé-

fenseurs; et la fidélité de ses portraits accrut encore l'intérêt historique de ces grandes compositions, où la postérité aime à retrouver les images de ses plus vénérables ancêtres.

Lorsque l'indépendance et la paix furent affermies, les Américains, portant les yeux sur leur situation nouvelle, purent être frappés de l'agrandissement de leur pays. Les traités leur avaient fait acquérir d'immenses territoires vers l'ouest, et bientôt ils cherchèrent à mettre en valeur de si riches domaines. Une partie de ces contrées leur était déjà connue : quelques explorateurs y avaient pénétré depuis trente ans, et leurs premières recherches s'étaient dirigées vers l'Ohio. Il convient d'en rappeler ici le souvenir, pour montrer par quels efforts successifs et pénibles on parvint à former enfin vers l'ouest de plus durables établissements.

James Bridd, ayant quitté la Virginie en 1754, pour se rendre vers les bords de l'Ohio, avait descendu ce fleuve dans une pirogue, jusqu'à l'embouchure du Kentucky, et, en débarquant sur la rive méridionale , il y avait gravé sur quelques arbres la date de sa découverte; mais l'attention publique en fut bientôt détournée par les événements de la guerre qui suivit de près cette expédition. John Finley s'ouvrit en 1767 un nouveau passage vers les mêmes régions, où il allait faire la traite des pelleteries, et il franchit la chaîne des Apalaches, pour pénétrer dans les vallées supérieures, arrosées par le Kentucky : le cours de cette rivière donna son nom à la contrée, ei l'on connut alors deux routes pour s'y rendre, l'une par la navigation de rohio, l'autre par les cols et les vallées des montagnes.

Finley renouvela son voyage deux ans après : il était accompagné du colonel Boon et de quelques autres Caroliniens; mais leur troupe fut dispersée par les sauvages; et Boon , resté seul avec son frère, et luttant avec courage contre les fatigues et les périls, parcourut pendant deux ans les pays où il avait le projet de se fixer. Il revint ensuite dans la Caroline du

20* Livraison' CKtats-ILms d'Amérique.)

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Nord, veiidit la ferme qu'il possédait sur le Yadkin, et se remit en route en 1773, avec sa famille et quelques hommes, résolus à tenter la fortune :

quarante autres le rejoignirent, et ils formèrent leurs premiers établissements dans les vallées où le Kenhawa , le Kentucky et le Cumberland, commencent leur cours.

Dunmore, qui était gouverneur de Virginie, faisait en même temps prolonger, le long des bords de TOhio, les découvertes commencées. On les avait étendues jusqu'aux rapides qui embarrassent la navigation du fleuve, et des arpenteurs avaient été envoyés sur ses rivages, pour mesurer et partager les terres dont la Virginie aurait à disposer. Cet État réclamait la possession de toute la contrée située à l'occident de son territoire jusqu'aux bords du Mississipi; mais, comme plusieurs nations indiennes occupaient encore ces régions, il fallait obtenir d'elles le droit de s'y établir.

Des négociations furent ouvertes dans cette vue avec les six nations il-oquoises, dont les députés se trouvaient au fort Stanwix, et le colonel Donalson de Virginie acheta d'elles les terres situées sur la rive droite du Kentucky : celles de la rive gauche turent achetées en 1775, par un contrat passé entre les Chérokees et le colonel Henderson de la Caroline du Nord, et cette double acquisition inspira plus de conflance aux premiers cultivateurs.

L'une et l'autre possession ne restèrent pas cependant entre les mains des deux titulaiV^s : l'État de Virginie prétendait avoir seul le droit d'acquérir ces terres et d'en disposer, puisqu'elles étaient comprises dans ses'limites; il rendit à Donalson le prix de son acquisition; il ne reconnut pas comme valide celle qu'avait faite un Carolinien, et il la regarda comme un empiétement sur ses propres droits. Néanmoins, en retenant pour lui-même les terres que Henderson avait acquises des Chérokees, il lui en donna d'autres, situées plus à l'occident, vers l'embouchure du Green-River.

Le gouvernement virginien, devenu

possesseur d'une partie des vallées du Kentucky, favorisa les émigrations vers cette contrée, et il fit ériger plusieurs forts pour en assurer la défense. Ceux de Boon's-borough , de Logan, de Harrod, furent successivement construits ; on jeta les fondations de Denville, de Lexington, de Francfort, de Louisville, faibles établissements qui eurent longtemps à se défendre contre les sauvages.

Différentes tribus indiennes se disputaient entre elles ces territoires ; ceux même dont les Chérokees et les Iroquois avaient disposé, étaient réclamés par d'autres peuplades, étrangères à l'une et à l'autre nation; et cette contrée, toujours en litige, restait exposée à de fréquentes incursions. Le nom de terre sanglante lui était resté , et le courage des premiers colons y fut longtemps mis à l'épreuve. Le colonel Boon était le ferme appui de la colonie; il se signala pendant la guerre de l'indépendance, fut prisonnier des Shavi'anèses en 1778, et s'échappa bientôt de leurs mains, pour venir défendre contre eux la forteresse de Boon's-borough.

Cet officier prit encore une part honorable aux dernières expéditions, lorsque les Shawanèses, qui avaient envahi les rives méridionales de l'Ohio , furent à leur tour attaqués et poursuivis par le général Clark , sur les bords du Muskingum et du Scioto, ainsi que nous l'avons rapporté précédemment.

Le sort de quelques autres régions fut réglé par un arrangement avec les Indiens ; et lorsque les envoyés des Géorgiens, des Creeks et des Chérokees se réunirent pour tracer les limites de leurs territoires, ils conclurent, le 31 mai 1783 , un traité de cession , en vertu duquel on prit, pour ligne de démarcation , la rivière d'Occonée , dont les eaux coulent du nord au midi, et vont former, parleur réunion avec celles du Flint, la rivière d'Apalachicola. Les Chérokees s'étendaient au nord-ouest de cette ligne, en remontant vers la source des fleuves, et ils occupaient les vallées et les hauteurs des Apalaches; au midi, ils étaient voisins des Creeks, dont les tribus,

désignées sous différents noms, étaient souvent en guerre avec les habitants de la Géorgie et des Florides.

A l'occident des Creeks et des Chérokees, on n'avait pas encore d'établissements, et deux autres nations indiennes, les Choctaws et les Chikasaws, avaient été jusqu'alors paisibles possesseurs des contrées qui s'étendent jusqu'au Mississipi ; mais, vers le cours inférieur de ce fleuve , on commençait à resserrer leur territoire; il s'y formait de nouvelles plantations, qui allaient se propager de proche en proche, pour envelopper un jour les régions occupées par les tribus aborigènes. Déjà plusieurs d'entre elles avaient disparu, et la réduction progressive des peuplades qui leur survivaient inspirait de vives inquiétudes à leurs vieillards les plus prévoyants. Ils se rappelaient que, dans toutes les guerres avec la population blanche, il avait fallu céder à la supériorité de ses armes, et qu'en faisant la paix avec elle, ils avaient dii lui abandonner une partie de leur territoire. Le temps, qui réduisait leur nombre et leurs forces, accroissait la puissance des Européens ; ceux-ci accouraient en foule en Amérique , pour se partager leurs forêts nourricières. Les plaines étaient envahies par l'étranger; les pirogues ne jouissaient plus de la libre navigation des fleuves ; la chasse , la pêche s'épuisaient, et les Indiens allaient disparaître faute de subsistances. Quand ' deux nations blanches combattaient dans le voisinage , ils étaient du moins

(ménagés par l'une d'entre elles, et, en se joignant à sa cause, ils pouvaient être protégés par ses armes , et pren- 3 dre part à ses victoires; mais aujour- ' d'hui, quel serait leur recours? Environnés par un seul peuple, ne resteraient-ils pas exposés à son ambition et livrés à sa merci? Une chaîne de fer allait les retenir et les resserrer de jour en jour dans une plus étroite enceinte; et si l'on réussissait à séparer les unes des autres leurs dernières tribus, on pourrait les accabler isolément ( en les privant de la faculté de s'entresecourir. N'avaient-elles pas d'ailleurs

à craindre que l'on n'aigrît encore leurs jalousies mutuelles? Déjà on les avait affaiblies les unes par les autres, en les mettant aux prises; elles-mêmes s'étaient aveuglément prêtées à ce moyen de destruction, et toutes leurs peuplades , après s'être longtemps déchirées, devenaient plus aisément la proie des étrangers , qui allaient profiter de leur épuisement, et se saisir de leurs dernières dépouilles.

Lorsque la paix des États-Unis avec l'Angleterre eut privé de toute assistance étrangère les nations indiennes , celles qui étaient encore en guerre déposèrent successivement les armes.

Les Shawanèses, les Mingoes, les Délawares avaient déjà cesse • leurs hostilités, et les tribus du Wabash envoyèrent leurs chefs de guerre au poste de Vincennes, pour conclure une convention avec l'envoyé des États- Unis. Thomas Dalton leur déclara, dans une assemblée tenue le 25 avril 1784 , qu'il leur apportait la guerre ou la paix ; il les invitait à choisir immédiatement, et il leur demandait, pour première condition d'arrangement , la restitution des hommes et des troupeaux qu'ils avaient enlevés. Un collier ou wampum leur fut offert en signe de réconciliation; et le chef des Piankashaws, l'ayant reçu, déclara, au nom de tous les Indiens des rives du Wabash, qu'ils étaient prêts à faire la paix.

« Vous savez , disait-il , tout ce que « nous avons souffert : les maux de la « guerre nous ont frappés comme vous , « et la terre fut rougie de notre sang. « Que la trace puisse en être effacée ! «Nos amis, nos vaillants frères ont " péri : nous rassemblerons leurs osse- « ments dispersés, nous les réunirons « sous un même tertre , et nous y « planterons l'arbre de la paix , afin « qu'il étende un jour ses branches « sur nos enfants. Fumez tour à tour " avec nous dans le calumet que nous « vous présentons. Le tomahac est « enfoui dans la terre ; malheur à ceux «qui voudraient le relever! Les ri- « gueurs de l'hiver ont atteint tous les « troupeaux errants dans nos plaines,

L'UNIVERS

« et ceux que vous nous redemandez « ont péri ; mais nos wigwams ont été «ouverts à vos prisonniers; nous les «avons admis dans nos familles, et « ils ont été nourris autour des mêmes « foyers. Aujourd'hui ils sont absents, « et dispersés dans les forêts avec nos « chasseurs : nous les assemblerons à « leur retour, et dans une lune ils vous « seront rendus. »

Quand le chef de guerre eut parlé , une convention fut conclue avec luî' , et il remit à l'envoyé des États-Unis un calumet, orné des couleurs et des brillants plumages, qui sont, chez les Indiens, le symbole de la paix.

A l'époque de la conclusion de ce traité, le congrès prenait une résolution pour organiser en plusieurs arrondissements les terres qu'il aurait acquises des indigènes, et celles que les différents États auraient cédées à la confédération entière. L'État de Virginie lui avait transféré, en 1783, tous ses droits sur les territoires qu'il pouvait prétendre au nord-ouest de l'Ohio ; d'autres gouvernements suivirent bientôt cet exemple ; et il s'établit un nouveau droit public sur la souveraineté des vastes possessions de l'ouest. Plusieurs États , qui les avaient regardées jusqu'alors commecomprisesdans leurs limites parce qu'elles se trouvaient placées sous les mêmes degrés de latitude, commençaient à reconnaître la difficulté de régir par ime même administration les contrées situées à l'orient et à l'occident des Apalaches ; cette chaîne de montagnes opposait trop d'obstacles aux communications habituelles; la longueur des distances et la vaste étendue de l'une et de l'autre région rendaient impraticable cette communauté de gouvernement : les intérêts, la position, les besoins étaient trop divers.

Sans toucher encore aux droits de souveraineté dont les États particuliers avaient à faire l'abandon, le congrès s'attacha d'abord à obtenir d'eux que les terres volontairement cédées par les Indiens fussent considérées comme domaine de la confédération entière. La veate de ces terres devait

lui fournir les moyens d'acquitter la | dette publique; il avait d'ailleurs promis des concessions de fonds aux offlciers et aux soldats de l'armée américaine, soit à titre de récompense, soit en payement des arriérés de solde qui leur étaient dus ; et ces concessions , si elles étaient faites au nom de la confédération même, se trouveraient placées sous une plus puissante garantie.

Pour remplir ces obligations d'honneur et de bonne foi, le congrès fit reconnaître avec soin les différentes parties du domaine public, où il convenait le mieux de former des établissements; ses agents partagèrent le territoire en toivnships, ou^ districts de six milles carrés d'étendue : on les subdivisa en lots d'un mille carré ; et les uns furent mis en vente, les autres furent donnés comme récompenses militaires; à l'exception des enclaves, que l'on tint en réserve pour y placer les édifices et les divers établissements nécessaires aux services publics et à l'administration.

Ces ventes et ces répartitions de terres attirèrent bientôt dans le Kentucky de nouveaux habitants, et, vers la fin de 1784, leur nombre s'élevait à trente-six mille. Ils obéissaient aux lois de la Virginie et à l'autorité de son gouvernement ; mais l'éloignement leur faisait perdre les effets de sa protection; il nuisait à la sécurité du pays, et l'exposait sans défense aux attaques des Indiens, de qui l'on ne pouvait attendre que des trêves passagères.

Une assemblée tenue à Denville reconnut la nécessité d'une émancipation; elle proposa de demander à la métropole que le Kentucky fût érigé en nouvel État; et cette proposition ayant été ratifiée dans un autre conseil, qui fut convoqué immédiatement, les députés se rendirent à Richmont pour solliciter du gouvernement de Virginie leur séparation. Les Virginiens y consentirent avec une généreuse bienveillance; ils abandonnèrent toute prétention sur cette vaste contrée, et ils invitèrent les habitants à organiser une administration séparée,

qui devait d'abord être placée sous le patronage du congrès, avant que l'accroissement de leur population leur permît de former un nouvel État.

Les pays qu'arrose le Ténessée avaient été explorés, comme ceux du Kentucky, vers le milieu du dix-huitième siècle; mais il ne s'y était formé d'importantes colonies qu'en 1774. Les nouveaux habitants se séparèrent bientôt de la Caroline du Nord , à cause de la longueur et de la difficulté des communications ; et ce premier essai d'indépendance les conduisit plus tard à jouir des mêmes privilèges que le Kentucky.

Les territoires situés au nord-ouest de l'Ohio offraient un champ encore plus vaste à de nouveaux établissements, et il s'y rendit, après la conclusion de la paix, de nombreux cultivateurs. En 1784 on ne comptait à Pittsbourg que quatre-vingts maisons ; mais sa situation au confluent du Monongahéla et de l'Alléghany destinait cette ville à devenir un des plus grands entrepôts du commerce entre les États de l'est et de l'ouest. Les marchandises qu'on y recevait des contrées orientales servaient à l'échange des pelleteries dont on faisait la traite près des Indiens, voisins du Miami, du Muskingum et des autres rivières qui se jettent dans l'Ohio. Un établissement plus occidental s'était formé à Louisville, et de nombreux émigrants, venus de l'est, profitaient de la navigation du fleuve pour gagner ce nouveau centre de colonisation et de culture.

Cette ville offrait encore toutes les traces d'une nouvelle création : les défrichements se terminaient; les rues, percées à travers les bois , dont toutes les souches n'étaient pas arrachées , n'avaient en 1784 qu'une centaine de maisons et autant de cabanes; mais l'activité des travaux commencés faisait prévoir de rapides accroissements.

D'autres colonies s'assemblaient sur les bords du Kentucky, du Cuniberland, du Green-river et des autres fleuves. Le rivage des eaux était toujours préféré par les premiers planteurs; soit que le cours des rivières devînt nécessaire h l'établissement des

usines, soit qu'il ouvrît une route naturelle aux communications.

Souvent une ville entière était fondée par un seul homme : il en traçait le plan , en divisait le territoire , appelait des habitants, des actionnaires , et les voyait accourir en foule à cette convocation. Les Indiens , en paix avec les créateurs des cités nouvelles , venaient quelquefois contempler leurs travaux, et ne pouvaient comprendre les motifs d'une activité si continue En voyant abattre les vieilles forêts , fouiller la terre pour en extirper les racines, changer les produits du sol, élever avec effort des édifices, un de ces guerriers chasseurs plaignait la peine des nouveaux ouvriers. « Pour- « quoi , demandait-il à un vieillard qui « lui semblait accablé par l'âge ; pour- « quoi te fatiguer d'un travail dont tu « ne jouiras pas? J'ai des enfants, ré- « pondait le cultivateur : il leur faut une « maison pour s'abriter, des moissons «pour se nourrir, de nouveaux ar- « bres qui leur soient plus utiles, et « qui leur donnent à la fois des fruits « et de l'ombrage : il leur faut des ins- » truments de labourage, des fabriques « pour leurs vêtements , des meubles « pour tous les usages de la vie : s'ils « étaient réduits à la chasse et à la « pêche pour subsister, la plupart péri- « raient de besoin. Tu m'étonnes, di- « sait l'Indien : j'apprends à mes fils « à tendre leurs pièges et à tuer les « animaux sauvages : l'eau poissonneu- «se, les forêts peuplées d'oiseaux et « de bêtes fauves m'ont fourni la nour- « riture; elles suffiront à mes enfants. « Le cultivateur reprit : Vois ta na- « tion , elle décroît de jour en jour, et « la nôtre s'augmente incessamment :

« voilà le fruiit de votre insouciance « et de notre travail. »

Pour s'étendre dans les terres qui appartenaient aux Indiens, on n'avait pas eu toujours besoin de l'emploi de la force ou des stipulations d'un traité. Souvent ils s'éloignaient volontairement, à mesure que les Européens s'avançaient; et, comme ils croyaient que les premières colonies d'étrangers avaient importé en Amérique les abeil

L'UNIVERS

les, ils disaient, lorsqu'il en arrivait quelques essaims dans leurs forêts : « Allons-nous-en, les blancs vontarri- « ver. » Alors ils se rejetaient vers l'ouest pour gagner des retraites plus indépendantes.

Les nations indiennes qui formaient, vers le nord, la confédération iroquoise, surent se maintenir plus longtemps sur leur territoire; mais elles reconnurent, comme celles de l'Ohio, du Wabash , du Rentucky, la nécessité de quitter les armes lorsqu'elles n'eurent plus à compter sur les secours de l'Angleterre. Déjà lesTuscaroras et les Onéidas vivaient en paix avec les États-Unis : leur médiation facilita un rapprochement avec les autres tribus ; et les députés de toutes les provinces, s'étant rendus au fort Stanwix près des rives du Mohawk , conclurent , le 22 octobre 1784, un traité de paix et d'amitié avec les envoyés du congrès.

Les États-Unis , pacifiés sur toutes les frontières , purent alors prolonger avec plus de sécurité les établissements qu'ils avaient entrepris vers l'ouest.

Dans ces régions nouvelles , qui devaient acquérir un jour une si grande prospérité, on n'aperçoit encore, au moment où se forment les premières colonies, qu'un immense territoire, arrosé d'un grand nombre de rivières navigables. Chacun de ces bassins fluviatiles s'incline vers l'Ohio ou vers le Mississipi; et les ondulations du sol, formées par les embranchements des Apalaches et par les vallées qui se prolongent dans leurs intervalles, offrent à celui qui les contemple du liaut des montagnes, d'immenses forêts, dont les limites s'étendent jusqu'au lit des fleuves , ou jusqu'aux plaines marécageuses, occupées par des joncs ou de hauts herbages.

La variété, le luxe de cette végétation spontanée, se reproduisant d'ellemême et sans le secours de la culture, frappent d'abord les yeux. La hauteur des pins et des autres arbres résineux, dont la tige droite rassemble ses rameaux autour d'elle, forme un majestueux contraste avec le développement

des chênes de toute nature qui pro- ' longent au loin les mille courbures { de leur branchage : le cèdre, le noyer, | le châtaignier couvrent également les i hauteurs et les flancs des vallées : la famille des érables, celle des acacias recherchent les bords des ruisseaux :

le tulipier, un des plus beaux arbres d'Amérique, se plaît dans les terrains humides ; ses proportions surpassent quelquefois celles des chênes : la vi^ne serpente autour de la tige de ces différents arbres, et ses pampres chargés de grappes s'attachent à leurs rameaux dont ils parcourent la longueur. Dans les contrees méridionales, une immense profusion d'arbrisseaux et de plantes parasites assiège les avenues des forêts et les rend mipénétrables : vers le nord les grands arbres s'isolent, et la végétation inférieure est plus clairsemée sous leur ombrage.

On retrouve, sous l'immense abri de ces forêts de l'ouest, les diverses races d'animaux que les Européens avaient rencontrées au moment de la découverte, et qui se sont retirées devant eux , comme les naturels mêmes du pays. D'innombrables troupeaux de buffalos sont errants au milieu des savanes, ou dans ces terres imprégnées de sel , dont ils recherchent la saveur : les castors, qui fréquentaient le bord des fleuves , commencent à fuir vers les régions moins connues; ils n'exercent leur industrie que dans la solitude :

l'homme, en avançant, reconnaît leur architecture; mais les constructeurs ont déjà disparu. Le wapiti , le caribou, l'orignal, analogues du cerf, du renne, de l'élan, se retirent dans les forêts plus voisines des grands lacs :

quelques espèces, aussi agiles et plus faibles, l'hermine, la martre, l'écureuil, cherchent au sommet des arbres un dernier refuge : la sarigue, particulière à ces régions, donne elle-même un asile à ses petits, dans la poche naturelle où elle les reçoit lorsqu'elle est effrayée de l'approche d'un ennemi.

On a reconnu que quelques peuplades indigènes lui rendaient une espèce de culte, et semblaient regarder ses soins et ses habitudes comme un svmbole de

la prévoyance maternelle {voy. pi. 78).

En pénétrant dans ces contrées , et en remarquant leurs productions et les diverses tamilles d'animaux qui leur étaient propres, on observait dans les flancs des montagnes le gisement des minéraux, leurs variétés, leurs richesses, et l'on découvrait quelques-unes de ces excavations faites au milieu des rochers , les unes revêtues de stalactites, les autres dues sans doute à l'action des feux souterrains , au bouleversement de ces masses déchirées et soulevées par des explosions, ou à l'affaissement des terres inférieures, minées et rongées par le courant des eaux (voy. pi. 77).

Lorsqu'on venait à s'éloigner des montagnes pour se rapprocher des fleuves, on était souvent frappé de l'escarpement de leurs bords dans les vallées supérieures : les rives s'abaissaient ensuite, et les eaux, en s'avançant vers leur embouchure, coulaient âans un lit plus vaste, et s'extravasaient dans les plaines souvent inondées, {voy. pi. 79). Toutes ces régions différaient entre elles; et l'aigle les franchissait toutes, depuis la roche élevée et sauvage oii il avait construit son aire , jusque vers la surface des eaux où il allait saisir la proie de l'aigle pêcheur (voy. pi. 80).

L'attrait de la science excitait souvent les hommes à poursuivre avec plus de soin leurs explorations : l'étude de leur pays les occupait spécialement ; et déjà l'on avait commencé à former ces collections de minéraux et d'autres productions , qui devaient orner un jour les principaux muséums, et qui allaient répandre sur l'histoire naturelle des États-Unis de nouvelles lumières (yoy.pl. 75).

Une connaissance plus exacte des contrées où s'étendaient les défrichements servait aussi de guide pour les nouvelles plantations qui pouvaient y prospérer : on en faisait le choix avec discernement, et la culture allait acclimater autour des habitants tous les végétaux, devenus utiles à leur nourriture et aux différents besoins de la société. Les grains , les chiinvjres .

3tl

les arbres à fruit furent placés dans les sites qui leur étaient propres : le cafier, la canne à sucre réussirent vers le midi : on commença dans les régions des montagnes l'exploitation des mines ; on chercha dans les plaines à vaincre l'humidité du sol; et l'homme , en façonnant la terre d'un pays sauvage ,'le rendit à la fois plus salubre , plus fécond , i)lus accessible aux nombreuses colonies qui allaient s'y rassembler.

Dès qu'on eut songé à mettre en culture les régions situées à l'occident des Apalaches, un grand nombre d'hommes, animés de cet esprit entreprenant et aventureux , que les fatigues et les hasards de la guerre avaient développé encore davantage, se rendirent dans ces contrées nouvelles. Les anciens États encourageaient un mouvement , propre à développer les ressources de la confédération entière : on cherchait à multiplier les relations entre toutes les parties d'un si vaste territoire. Cette opinion était celle des hommes éclairés ; et un des projets qui occupèrent le plus Washington fut celui de lier par plusieurs communications les États de l'Est et de l'Ouest. Il avait eu depuis longtemps la pensée de rendre navigables le James -Piiver et le Potomac dans la plus grande partie de leur cours ; les affluents de l'Ohio pouvaient aussi le devenir; et les portages qu'on aurait à établir dans l'intervalle des deux lignes de navigation n'auraient pas une longue étendue. Washington avait parcouru ces régions longtemps avant la guerre, et il fît, vers la fin de 1784, un nouveau voyage à Pitt'sbourg, pour mieux se rendre compte des obstacles qu'on aurait à vaincre.

Son projet fut jugé praticable; les gou-vernements de Virginie et de Maryland se concertèrent pour en favoriser l'exécution ; et l'un et l'autre prirent un certain nombre d'actions dans cette entreprise, pour laquelle il se forma une corporation.

Cette circonstance fit éclater de nouveau le noble désintéressement de Washington. La législature de Virginie désirait lui témoigner sa reconnais-

L'UJNIVERS.

sauce en lui offrant la moitié des actions qu'elle avait prises ; mais il la supplia d'appliquer cette donation à des établissements publics; et deux collèges furent fondés en Virginie avec les sommes qui lui étaient destinées.

Un autre homme , également remarquable par son dévouement patriotique et ses vertus , Benjamin Franklin, revenait alors aux États-Unis après les avoir longtemps servis par ses négociations, il avait concouru à la conclusion de tous les traités qui fondèrent et affermirent leur indépendance, et qui accélérèrent le développement de leur commerce; et le dernier acte de sa carrière diplomatique fut le traité fait avec la Prusse le 10 juin 1785, traité auquel John Adams et Jefferson participèrent comme lui. Une de ses clauses consacrait en principe la libre circulation du commerce en temps de guerre, et l'abolition des armements en course contre les navires employés à ses communications et à ses échanges. C-ette sauve garde accordée aux paisibles relations du commerce devait être enfreinte un jour; mais il était humain et généreux d'en établir le principe, et d'ouvrir ainsi la voie à d'utiles améliorations dans le droit des gens.

Franklin allait atteindre sa quatrevingtième année, lorsqu'il revint à Philadelphie. Sa longue absence avait laissé aux établissements d'instruction et d'humanité, dont il était le fondateur, le temps de se développer; il put jouir de son ouvrage : les iniirmités de sa vieillesse n'avaient point affaibli son âme; et ses dernières années allaient encore être consacrées au service de son pays. On gardait en France un touchant souvenir de lui, et Jefferson en rendit plusieurs fois témoignage. « Je me trouve ici, disait-il, à «une excellente école d'humilité; et « partout où je me présente comme » ministre des "États-Unis, les premiers n mots que Ton m'adresse sont tou- « jours : ('/est vous , monsieur, qui «remplacez Franklin. Personne, aije • d'abord répondu , ne peut le rempla- « cer : je ne suis que son successeur. »

f.orsque tous les Américains félici-

taient ce vieillard sur son retour en ' Amérique , la voix de Washington s'unit aux acclamations publiques. Ces deux hommes étaient dignes l'un de l'autre ; ils restèrent liés d'une étroite amitié. Tous deux avaient pris pour devise, que la vertu est la véritable grandeur : cette pensée inspira les actions de leur vie entière.

Si , en parcourant les principaux faits de cette histoire , nous avons insisté sur le mérite de quelques grands citoyens , c'est qu'ils exercent une salutaire influence sur les destinées de leur pays , et qu'ils en deviennent euxmêmes les premiers ornements.

Le perfectionnement de l'organisation sociale occupait alors tous les sages esprits. Ce n'était point assez d'avoir terminé la guerre ; il fallait en réparer les dommages , rétablir la prospérité intérieure, coordonner entre eux les rapports des différents États de la confédération , et réunir leurs forces en un seul faisceau. Le désir de concentrer leur union , leur harmonie , leurs moyens de défense, animait tous les membres du congrès; mais ce but devenait d'autant plus difficile à atteindre, que le territoire national s'était agrandi : on avait à concilier entre eux les intérêts de tous les États qui avaient originairement formé la république , et de toutes les contrées acquises en vertu des traités de paix.

Ces derniers territoires devaient être colonisés sous l'autorité du congrès ; et il devenait utile de leur donner un gouvernement provisoire, qui préparât, sans secousses, leur organisation définitive. Un acte du 13 juillet 1787 traça les bases des colonies qui allaient s'établir au nord-ouest de l'Ohio; et il reçut ensuite d'autres applications.

« Aucune personne paisible ne devra être inquiétée dans son culte et dans ses opinions religieuses.

« Les habitants auront droit au bénéfice de Yhabeas corpus, au jugementpar jury, à une équitable représentation dans les assemblées législatives.

Nul ne sera privé de sa liberté, qu'en vertu du jugement de ses pairs ou de la loi du pays : tout honnne dont la

propriété sera saisie pour les besoins de l'État, devra en être indemnisé.

« Des écoles et des moyens d'éducation seront établis. La bonne foi est prescrite envers les Indiens : ils ne pourront pas être privés de leurs terres sans leur consentement : ils ne seront

fias troublés dans la possession de eurs biens , de leurs droits , de leur liberté , si ce n'est dans des guerres justes et légitimes, autorisées par le congrès : on rendra successivement des lois, fondées sur l'équité naturelle et l'humanité, pour leur servir de sauve garde, et pour conserver avec eux la paix et la bonne amitié.

« Ce territoire et les États qui y seront formés feront partie de la confédération des États-Unis : ils seront sujets à tous les actes qui la régissent : ils contribueront, dans une quotité proportionnelle, au payement de ses dettes et des dépenses de son gouvernement : les taxes qu'ils auront à acquitter seront imposées et perçues, dans les districts ou nouveaux États , par l'autorité et sous les ordres de leurs assemblées législatives. Ces assemblées ne s'immisceront point dans les mesures prises par le congrès, pour disposer primitivement du sol, et pour assurer les titres des propriétaires qui auront acquis de bonne foi.

« Il ne sera imposé aucune taxe sur les terres appartenant en propre aux États-Unis. On regardera les eaux navigables qui conduisent dans le Mississipi ou dans le Saint-Laurent, et les routes de cbarriage entre ces rivières , comme des chemins publics et librement ouverts aux citoyens de toute la confédération, sans qu'ils aient à payer, pour en jouir, aucune espèce de droits ni d'impôts.

« Il sera formé trois États au moins , et cinq au plus , dans les territoires situés au nord-ouest de l'Ohio. L'État occidental sera borné par le Mississipi , l'Ohio, le VVabash, en le remontant jusqu'au poste de Vincennes , et de là

f>ar une ligne tirée directement vers e nord; l'État du milieu s'étendra

I entre le Wabash .et l'embouchure du

II Grand-Miami , d'où l'on tracera égale-

ment une ligne dirigée vers le nord ; et l'État oriental sera compris entre cette ligne et les frontières de Pensylvanie. Il est réservé , par le même acte , que ces limites pourront être changées dans la suite, si le congrès désire "former un ou deux autres États dans les territoires situés soit à l'est , soit à l'ouest du lac Michigan.

« Lorsqu'un de ces arrondissements territoriaux aura une population de soixante mille habitants , il sera admis à être représenté par ses députés dans le congrès des États-Unis ; et il sera libre de se donner une constitution et un gouvernement républicain , conformes aux principes que l'on établit ici : cette admission pourra même être accordée avant que la population s'élève à soixante mille âmes.

« Il n'y aura , dans le territoire situé au nord-ouest de l'Ohio, ni esclavage, ni servitude forcée , si ce n'est pour punition d'un crime , dont le coupable aurait été dûment convaincu : mais s'il s'y réfugiait un homme dont le service ou le travail forcé fût légalement exigé dans un autre État , il pourrait être réclamé, et il serait restitué. »

Les établissements des nouveaux territoires furent ainsi organisés : mais la confédération entière avait besoin de quelques autres institutions. De nombreuses difficultés, dont l'origine remontait à la dernière guerre , n'étaient pas aplanies; et si les hostilités entre les États-Unis et l'Angleterre avaient entièrement cessé, du moins toutes les clauses de leur traité de paix ne s'exécutaient pas encore. L'Angleterre se plaignait de ce que tous les biens confisqués sur des sujets britanniques n'étaient pas rendus ; de ce que les poursuites commencées contre ses partisans ne se révoquaient point ; de ce que les dettes contractées euvers les particuliers, soit par le commerce, soit pour les indemniser de leurs pertes, n'étaient pas acquittées.

Les États-Unis représentaient à leur tour que les postes militaires occupés par les Anglais sur la rive méridionale des grands lacs, n'étaient pas

L'UNIVERS

évacués : cette longue détention était contraire aux bases de la démarcation fixée par le traité de paix : elle exposait les territoires de l'Ouest à une invasion plus facile, si la guerre venait à se renouveler; elle faisait craindre que les nations indiennes établies dans ces contrées , et si souvent hostiles, ne continuassent d'être encouragées dans leurs agressions, par le voisinage de ces postes fortifiés, et par la facilité d'en recevoir des armes et d'autres secours.

Il s'élevaitaussi de graves discussions sur la fixation des limites, entre les États-Unis et la Nouvelle-Ecosse. La rivière de Sainte-Croix devait être prise pour ligne de démarcation ; mais plusieurs rivières portaient un nom semblable ; et l'on étendait de part et d'autre ses prétentions jusqu'à la ligne la plus éloignée.

Enfin l'on avait à décider quelles seraient les relations commerciales des États-Unis avec l'Angleterre , et surtout avec ses colonies des Antilles, dont elle cherchait à s'assurer constamment le monopole. Les Américains désiraient y jouir d'une plus grande liberté de commerce; et, au mois de février 178.5, ils chargèrent John Adams d'ouvrir à Londres des négociations pour régler les bases de ce traité, et pour se concilier également sur tous les autres points en litige; mais cette mission n'eut alors aucun résultat. L'Angleterre fit entendre que les lois et les règles commerciales de la confédération n'avaient encore ni assez d'ensemble, ni assez de fixité, pour qu'on put s'en promettre l'exécution d'une manière complète et uniforme.

Cet obstacle était puissant : les États- Unis reconnaissaient eux-mêmes la nécessité d'adopter un système plus régulier dans toutes leurs transactions avec l'étranger, et de fonder la stabilité de ces nouveaux rapports sur une constitution qui donnât plus de force au lien fédéral et au pouvoir chargé de le maintenir.

Pour arriver à ce but important, il fallait encore quelque temps de dis-

cussions et d'épreuves. Chacun des gouvernements particuliers, voyant avant tout sa situation propre , se prêtait difficilement à sacrifier une partie de ses avantages , pour concourir à ceux d'un autre État; et, dans cet échange de services mutuels, on évaluait les pertes à plus haut prix que les compensations.

Avant de se convaincre partout de la nécessité d'une organisation fédérale qui eût plus de force et d'unité , plusieurs États cherchèrent, par des associations partielles , à mettre en commun les avantages que la navigation intérieure et le commerce pouvaient leur procurer. La Virginie et le Maryland donnèrent cet exemple; et les autres gouvernements furent bientôt invités à régler d'une manière uniforme tous les intérêts qui pourraient assurer \e maintien de leur union :

tous les États du centre accédèrent à ce projet , et ils envoyèrent leurs commissaires à Annapolis; mais on désirait que l'assemblée fût plus générale, et qu'elle fût autorisée à rectifier l'acte fédéral dans toutes ses parties. Une convention fut convoquée à Philadelphie pour le 2 mai 1 787. Tous les États , à l'exception du Rhode-Island , y envoyèrent leurs députés , et Washington en" fut nommé président.

Cet examen des constitutions américaines avait été fait par plusieurs publicistes; et la correspondance de John Adams, qui résidait alors en Angleterre , vint répandre de vives lumières sur des questions si profondes et si graves. Il établit, comme base d'un gouvernement libre, la nécessité d'une balance entre les pouvoirs : la législature devait se composer de deux chambres, et pour maintenir l'équilibre entre elles, il lui paraissait nécessaire que le pouvoir exécutif pût aussi participer à la formation des lois. John Adams chercha dans les annales de l'histoire l'appui du système qu'il défendait. Il examina les gouvernements de toutes les républiques anciennes, de celles du moyen âge, de celles qui subsistaient encore, et des monarchies tempérées qui admettaient ces formes régulatri-

ces : il se fonda sur l'opinion des hommes d'État et des écrivains illustres qui , à l'exemple de Cicéron , ont donné la préférence à cette forme de gouvernement; il analysa tous les principes développés par les autres philosophes , tels qu'Aristote et Platon chez les anciens, Sydney, IVedham, Montesquieu chez les modernes, et il fit sentir tous les avantages qui pouvaient résulter de l'organisation d'un système représentatif, soutenu et fortifié par le concours des trois pouvoirs.

Un travail si remarquable fut utilement consulté par les législateurs chargés de modifier la constitution fédérale des États-Unis. La discussion d'un nouveau plan d'organisation dura plusieurs mois, et lorsqu'il eut été délibéré, Washington l'adressa et le soumit au congrès. Comme cet acte devint la base de la puissance américaine, et comme il signale une ère remarquable dans les annales des nations, nous croyons devoir en rappeler les dispositions principales.

« Tous les pouvoirs législatifs appartiendront au congrès des États-Unis , qui sera formé d'un sénat et d'une chambre des représentants. Cettechambre sera composée de membres élus tous les deux ans par le peuple, âgés de vingt-cinq ans au moins, et citoyens des États-Unis depuis sept ans.

« Le nombre des représentants et la quotité des taxes directes de chacun des États de l'Union seront proportionnés au nombre de leurs habitants; « et on le déterminera , en ajoutant « au nombre complet des personnes « libres (y compris les hommes qui sont « tenus de servir pour un temps limité , « et non compris les Indiens non « taxés) , les trois cinquièmes du nom- « bre de tous les autres individus.

« On fera tous les dix ans le dénombrement de la population. Il ne pourra y avoir qu'un représentant pour trente mille âmes ; mais ciiaque État en aura au moins un ; et , s'il survient quelque vacance dans sa représentation, il sera procédé sur-le-champ à une élection nouvelle. Cette chambre choisira son

orateur et ses autres officiers: elle aura seule le pouvoir de mise en accusation contre les fonctionnaires pu blics.

« Le sénat des États-Unis sera composé de deux sénateurs pour chaque État. Ils y seront choisis par la législature, et seront nommés pour six ans ; ils devront être âgés de trente ans au moins, et jouir des droits de citoyens depuis neuf ans. Le vice-président des États-Unis sera président du sénat; mais il ne pourra voter que lorsque les voix de l'assemblée seront également partagées.

« Le sénat aura seul lepouvoirdeprononcer sur les accusations faites par l'autre chambre. Son arrêt ne pourra s'étendre qu'à priver l'accusé de ses fonctions , et à le déclarer inhabile à tout emploi conféré par les États- Unis; mais la partie convaincue n'en sera pas moins traduite devant les tribunaux , pour être jugée et punie suivant les lois.

« Le congrès s'assemblera au moins une fois par année , et il ouvrira habituellement sa session le premier lundi du mois de décembre.

« Chaque chambre prononcera sur les élections et les titres de ses membres ; déterminera ses règlements, et punira les désordres commis dans son sein.

« Les sénateurs et les représentants recevront une indemnité pour leurs services ; ils auront, dans tous les cas, excepté dans ceux de trahison , de félonie et d'infraction de la paix, le privilège de ne pas être arrêtés durant leur présence à la session, et depuis leur départ pour s'y rendre jusqu'à leur retour. On ne pourra leur demander compte nulle part hors du congrès de leurs discours et de leurs débats dans l'une ou l'autre chambre.

« Un sénateur ou un représentant ne pourra, pendant la durée de son mandat, être nommé à aucun emploi civil, créé dans cet intervalle; et aucune personne, pourvue d'un office par les États-Unis, ne pourra, durant ses fonctions, être nommée membre de l'une ou de l'autre chambre.

« Tous les bills dont l'objet est de le-

L'UNIVERS

ver un revenu , doivent émaner de la chambre des représentants; mais le sénat peut y concourir par des propositions d'amendement, comme pour tous les autres bills.

« Chaque biil qui aura passé dans les deux chambres, sera présenté, avant de devenir loi , au président des États- Unis. S'il l'approuve , il doit le signer : dans le cas contraire, il doit le renvoyer , avec ses objections , à la chambre oii ce bill a pris son origine : s'il est ensuite approuvé par les deux tiers des membres de l'une et de l'autre chambre , il acquerra force de loi.

Tout autre bill aura le même caractère, si le président ne le renvoie pas au congrès, dix jours après l'avoir reçu.

« Le congrès aura le pouvoir de lever des taxes, des impôts , des droits, pour acquitter la dette publique , et pourvoir à la commune défense et au bien général : il aura le pouvoir de contracter des emprunts sous la garantie des États-Unis-, de régler le commerce avec les nations étrangères, entre les différents États de la confédération, et avec les tribus indiennes ; d'établir uniformément des règles sur la naturalisation, et des lois sur les faillites ; de battre monnaie , de fixer la valeur des signes monétaires et la base des poids et mesures ; de punir la contrefaction des monnaies qui ont cours aux États-Unis; d'établir des offices et des routes de poste ; de favoriser les progrès des sciences et des arts utiles, en assurant, pour un temps limité, aux auteurs et aux inventeurs la pro-

Ï)riété exclusive de leurs écrits et de eurs découvertes ; de constituer des tribunaux, inférieurs <à la cour suprême; de définir et de punir les pirateries et félonies commises en haute mer, et les offenses contre les lois des nations; de déclarer la guerre ; d'accorder des lettres de marque et de représailles, et de faire des règlements relatifs aux prises sur terre et sur mer ; de lever et d'entretenir des armées, sans assigner pour plus de deux ans les fonds de cette dépense ; de subvenir h l'entretien d'une marine; d'établir des

règles pour la direction et l'administration des forces de terre et de mer ; de pourvoir à la convocation de la milice , pour exécuter les lois de l'Union , mettre un terme aux révoltes , et repousser les invasions; de pourvoir également à son organisation et à sa discipline, ainsi qu'au commandement des corps qui peuvent être employés au service^ des États-Unis, en réservant aux États particuliers la nomination des officiers , et l'autorisation de dresser les milices, conformément aux règles de discipline prescrites par le congrès; d'exercer un droit exclusif de législation, sur un district de dix milles carrés, qui , en vertu de la cession de quelques États et de l'acceptation du congrès, pourra devenir le siège du gouvernement des États-Unis ; de jouir d'une autorité semblable dans tous les lieux achetés avec le consentement des législatures particulières, pour V ériger des forts, des magasins, des arsenaux, des chantiers, et d'autres établissements utiles; de faire toutes les lois qui seront nécessaires pour assurer l'exercice des pouvoirs conférés par cette constitution au gouvernement des États-Unis.

« Le privilège du droit Aliaheas corjms ne sera pas suspendu , à moins que la sûreté publique ne l'exige dans un cas de rébellion ou d'invasion. Il ne sera passé aucune loi pénale contre un délit antérieur. Il ne sera levé de capitation, ou d'autre taxe directe, que dans la proportion du dernier dénombrement qu'on aura fait. On ne percevra ni taxes ni droits sur les exportations d'un État dans l'autre : il ne sera donné, par les règlements de commerce ou de revenu public, aucune préférence aux ports d'un Etat sur ceux d'un autre : on ne tirera du trésor aucune somme, sans que la destination en ait été fixée par une loi.

« Aucun titre de noblesse ne sera accordé par les États-Unis; et aucune personne, exerçant sous leur autorité un office lucratif ou un emploi de con-' fiance , ne pourra , sans le consentement du congrès , accepter quelque présent, émolunipnt, charge, ou titre

d'une nature quelconque , d'un roi , prince ou État étranger.

« Aucun État de l'Union ne pourra s'engager dans des traités, alliances ou confédérations , accorder des lettres de marque et de représailles, battre monnaie , émettre des billets de crédit, faire appliquer au payement des dettes d'autres valeurs que l'or et l'argent monnayé, passer des lois rétroactives, ou d'autres lois qui affaiblissent les obligations des contrats, et conférer des titres de noblesse.

« Aucun État ne pourra, sans le consentement du congrès, établir des impôts ou des droits d'importation ou d'exportation , excepté ceux qui seront nécessaires à l'exécution de ses lois de surveillance. Le produit net de tous ces droits sera à la disposition du trésor des États-Unis ; et la loi qui les aura établis sera soumise à la révision du congrès.^

« Aucun État ne pourra , sans le consentement du congrès , lever des droits de tonnage , entretenir des troupes ou des vaisseaux de guerre en temps de paix , entrer dans quelque arrangement avec un autre Etat ou avec une puissance étrangère, ni s'engager dans une guerre , à moins que son territoire ne soit envahi , ou qu'il ne se trouve dans un péril assez imminent pour qu'on ne puisse admettre aucun délai.

« Le pouvoir exécutif est confié à un président des États-Unis : ses fonctions et celles du vice-président durent quatre années , et on procède à leur .nomination de la manière suivante: chaque État nomme des électeurs, en nombre égal à celui des sénateurs et des représentants qu'il a le droit d'avoir dans le congrès. Les électeurs s'assemblent dans leurs États respectifs; et chacun d'eux vote par bulletin , et désigne deux candidats. Les listes de ceux pour lesquels on a voté indiquent le nombre de voix que chacun a obtenu : elles sont envoyées sous cachet au président du sénat , qui les ouvre en préf sence du sénat et de la chambre des I représentants. Celui qui a réuni le plus de voix est nommé président , s'il a la majorité du nombre total des élec-

teurs; et, si plusieurs citoyens ont cette majorité , et ont obtenu un même nombre de voix, la chambre des représentants choisit un président entre eux : si personne n'obtient alors la majorité, cette chambre fait un choix parmi les cinq candidats qui ont eu le plus de suffrages. Lorsque cette nomination est faite, celui qui a obtenu dans les élections le plus grand nombre de voix est nommé vice-président ; et, si ce nombre est le même pour plusieurs personnes , le sénat choisit entre elles au ballottage.

« Le jour où les assemblées électoral es se réunissent pour donner leurs votes , doit être le même dans tous les États- Unis.

« Dans le cas où les fonctions du président viendraient à cesser, par mort, démission , ou inhabileté à les remplir, elles seront exercées par le vice-président; et, si celui-ci vient lui-même à manquer, le congrès nommera l'officier qui doit temporairement le remplacer.

« Le président , avant d'entrer en fonctions , prête le serment solennel d'exercer fidèlement l'office de président des États-Unis, et de maintenir , protéger et défendre de tout son pouvoir la constitution qu'ils ont adoptée.

Il est commandant en chef de l'armée et de la flotte américaine , ainsi que des milices des États particuliers, lorsqu'elles sont appelées au service de la confédération. Il a le pouvoir d'accorder des lettres de sursis ou de grâce , pour offense contre les États-Unis, excepté en cas d'accusation par la chambre des représentants : il peut , avec l'avis et le consentement du sénat, faire des traités, nommer des ambassadeurs, d'autres ministres publics et des consuls, nommer les juges de la cour suprême , et tous les autres officiers à l'élection desquels la loi n'a pas autrement pourvu. Il peut conférer provisoirement toutes les places devenues vacantes dans l'intervalle des sessions du congrès. Il peut, dans les cas extraordinaires , convoquer les deux chambres , ou l'une des deux , et fixer le temps de leur ajournement,

L'UNIVERS

lorsqu'elles ne s'accordent pas sur ce point. Il reçoit les ambassadeurs et les autres ministres : il doit veiller à la fidèle exécution des lois : il remet à tous les officiers des États-Unis les brevets de leurs emplois.

« Le président , le vice - président , et tous les officiers civils des États- Unis, pourront être destitués de leurs places s'ils sont accusés par les représentants , et convaincus de trahison , de corruption , ou d'autres crimes et délits contre l'État.

« Le pouvoir judiciaire des États- Unis est remis à une cour suprême , et aux cours inférieures que le congrès peut établir, et les juges conservent leurs charges aussi longtemps que leur conduite les en rend dignes. Ce pouvoir s'étend à toutes les questions de loi et d'équité qui dérivent de la constitution, des lois des États-Unis, et des traités conclus sous leur autorité ; à toutes les questions qui concernent les ambassadeurs , les autres ministres publics et les consuls ; à toutes les affaires d'amirauté et de juridiction maritime ; aux discussions qui s'élèvent entre plusieurs États , et à diverses causes où les intérêts et les questions sont mixtes, et ne peuvent être réglées que par une autorité commune.

« Tous les procès criminels, excepté en cas d'accusation par la chambre des représentants, seront soumis à un jury; on devra les poursuivre dans l'Etat où les délits auront été commis.

« La trahison contre les États-Unis consiste à prendre les armes contre eux, ou à seconder leurs ennemis en donnant à ceux-ci aide et secours. Le congrès pourra prononcer la punition de ce crime; mais cette condamnation n'entraînera pas la tache du sang ou la forfaiture , excepté durant la vie du coupable.

« Les citoyens d'un État particulier ont droit aux privilèges et aux immunités des citoyens des autres États. Les individus qui seraient accusés de trahison , de félonie ou d'autres crimes dans un État, et qui auraient changé de lieu pour échapper à la justice , seront remis à l'État qui en aura fait la

demande, et auquel la poursuite de leur délit appartient. Aucune personne qui serait tenue, dans un État, à un service ou à un travail, en vertu des lois locales, et qui s'échapperait en cassant dans un autre État , ne pourra être délivrée de cette obligation par les lois ou règlements qui y sont établis; mais elle devra être rendue, sur la réclamation de ceux auxquels ce service ou ce travail peut être dû.

« De nouveaux États pourront être admis dans l'Union par le congrès ; mais aucun ne devra être érigé dans la , juridiction d'un autre État; et aucun ne sera formé par la jonction de plusieurs États ou de quelques parties de leurs territoires, sans le consentement de leurs législatures et sans celui du congrès. Cette autorité a le pouvoir de faire toutes les dispositions et règlements relatifs aux territoires et aux propriétés qui appartiennent aux États- Unis.

« Les États - Unis garantissent à chaque État de la confédération une forme républicaine de gouvernement :

ils doivent le protéger contre l'invasion, et lui accorder, lorsqu'il le demande, le même appui contre toute violence domestique.

« Le congrès, si les deux tiers des membres des deux chambres le jugent nécessaire, pourra proposer des amendements à cette constitution : il pourra aussi convoquer une convention pour les proposer, si la demande en est faite par les deux tiers des législatures particulières; et ces amendements feront partie de la constitution, si les trois quarts des États de la confédération les ratifient.

tt Toutes les dettes , tous les engagements contractés par les États-Unis avant l'adoption de cette constitution, seront aussi valides et aussi obligatoires sous ce gouvernement que sous la confédération précédente.

« Cette constitution, les lois du cou grès qui en seront la conséquence, et tous les traités,, faits ou à faire sous l'autorité des Etats-Unis, seront la loi suprême du pays; et les juges dans chaque État seront tenus de l'exécuter,

nonobstant toute disposition contraire dans les dispositions ou les lois de quelque État particulier.

« Les sénateurs et représentants , les membres des législatures particulières, et tous les officiers civils et judiciaires des États-Unis et des différents États, seront tenus, par serment ou par affirmation , à soutenir cette constitution ; mais aucun test religieux ne sera jamais requis pour exercer un office ou une fonction publique, sous l'autorité des États-Unis.

« Les ratifications de neuf États seront suffisantes pour l'établissement de cette constitution entre les États qui l'auront ainsi adoptée. »

En adressant au congrès l'acte dont nous venons d'offrir l'analyse, Washington lui annonça dans quelles vues il avait été rédige. Les législateurs avaient reconnu l'impossibilité d'assurer une souveraineté indépendante à chacun des États particuliers, et de pourvoir en même temps aux intérêts et à la sûreté de tous : ils avaient regardé leur union comme nécessaire à leur prospérité, à leur force, et peut-être à leur existence nationale ; et cette opinion, profondément imprimée dans leurs esprits, avait disposé tous les États à une déférence mutuelle , et à des concessions utiles au bien-être de la confédération entière.

Le congrès ne prononça pas luimême sur le projet de constitution qui lui était proposé : il le renvoya à l'examen des différents États de l'Union, et chacun d'eux fut invité à convoquer une convention pour le discuter. Le plan devait être mis à exécution, si l'on obtenait l'assentiment de neuf États; et l'on procéderait aussitôt, suivant les formes indiquées par celte constitution, à l'élection d'un prési-

Ij dent des États-Unis.

î Cette double épreuve des délibérations d'une assemblée spéciale qui avait embrassé dans ses vues tous les intérêts nationaux, et de treize assemblées particulières qui avaient à s'occuper isolément des mêmes questions ,

1 et qui pouvaient comparer à l'intérêt commun celui de leurs propres locali-

tés , offrait le mode de discussion le plus impartial et le plus lumineux : il assura, dès l'origine, l'appui de l'opinion générale a la constitution qui fut adoptée. La Caroline du Nord et le Rhode-Island furent les seuls États qui lui refusèrent leur adhésion dans les premiers moments : tous les autres États l'approuvèrent : un nouveau congrès fut convoqué à New-York pour le 4 mars 1789; et lorsque les deux chambres furent complètement formées, on procéda, pour élire le président des États-Unis, au dépouillement des votes recueillis dans les assemblées générales de tous les États.

Washington avait réuni l'unanimité des suffrages; il fut proclamé président, et John Adams, qui avait obtenu le plus de voix après lui , fut appelé à la vice-présidence.

Ainsi se terminèrent les actes du congrès fédéral, qui, après avoir traversé péniblement et avec honneur toutes les crises de la guerre et des agitations intérieures, voyait enfin affermir par des traités et par de sages institutions l'indépendance de son pays.

Dix-huit mois s'étaient écoulés entre la présentation et la mise en activité de la nouvelle constitution des États-Unis : cet intervalle avait laissé le temps de recueillir l'opinion de toutes les législatures, et de tous les hommes éclairés qui avaient approfondi ces grandes questions. Plusieurs amendements paraissaient utiles; ils furent délibérés dans le nouveau congrès, où l'on adopta les dispositions suivantes.

« Le congrès ne pourra rendre aucune loi pour établir une religion, ou pour en prohiber le libre exercice, pour restreindre la liberté de la parole ou de la presse, le droit de s'assembler paisiblement, et d'adresser des pétitions au gouvernement, afin d'obtenir le redressement de quelque grief.

« Une milice bien réglée étant nécessaire à la sûreté d'un État, le droit de tenir et de porter des armes doit être respecté.

«Aucun soldat ne peut, en temps

L'UNIVERS

de paix, être logé dans une maison sans le consentement du propriétaire, et il ne peut l'être en temps de guerre que suivant le mode prescrit par les lois.

« Le droit d'être assuré dans sa personne, sa maison, ses papiers, ses effets, contre toute recherche et saisie illégitime, ne pourra être violé; et aucun mandat de perquisition ne sera décerné que sur des motifs probables, soutenus par serment ou par affirmation : on y désignera positivement le lieu à visiter, et les personnes ou les choses à saisir.

« Nul ne sera tenu de répondre , pour un crime emportant peine capitale ou infamante, à moins que sur l'accusation ou la plainte d'un grand jury; excepté lorsque les faits se seront passés dans les armées de terre ou de mer, ou dans la milice quand elle est en service actif, en temps de guerre ou de danger public. Personne ne sera mis deux fois, juridiquement et pour la même offense, en péril de sa vie ou de ses membres; ne sera forcé dans les affaires criminelles à témoigner contre soi-même; ne sera privé de la vie, ou de la liberté, ou de sa propriété, sans procédure légale : aucune propriété privée ne pourra être retenue pour un service public, sans une juste indemnité.

« Dans toutes les procédures criminelles , l'accusé jouira du droit d'être jugé prompteinent et publiquement, par un jury impartial de l'État et du district où le crime aura été commis; d'être informé de la nature et des causes de l'accusation; d'être confronté avec les témoins à charge; de faire citer et comparaître les témoins en sa faveur; d'être assisté d'un conseil pour sa défense.

« Dans les causes civiles où la valeur contestée excédera vingt dollars , le droit d'être jugé par jury sera maintenu; et aucune affaire, jugée de cette manière, ne sera soumise de nouveau à l'examen d'une cour des États-Unis , que suivant les règles de la loi commune.

« On ne pourra exiger des caution-

nements excessifs , ni imposer des amendes immodérées, ni infliger des punitions cruelles et inusitées.

<■ L'énumération des droits qui sont indiqués dans la constitution, ne pourra pas être interprétée comme un déni ou une dérogation des autres droits retenus par le peuple.

« Les pouvoirs que la constitution ne délègue pas aux États-Unis, ou dont elle ne défend pas l'exercice aux États particuliers, sont réservés à ceux ci ou au peuple. »

Les amendements que nous venons de rappeler furent soumis à l'examen des différents États , comme les articles de la constitution l'avaient été, et ils obtinrent la même approbation.

L'expérience fit dans la suite adopter quelques modilications nouvelles sur les attributions judiciaires et sur la forme d'élection du président. Nous n'avons pas à les rapporter en ce moment : ce serait trop anticiper sur les faits.

Dans la constitution qui venait d'être établie, aucun droit n'avait été ravi au peuple; tous les pouvoirs conférés au gouvernement central n'apportaient de limites qu'à l'autorité des gouvernements particuliers : on avait cherché, en réduisant leurs attributions, à tracer une ligne exacte entre les droits qu'ils devaient abandonner, et ceux qu'il fallait leur réserver, de manière à pourvoir aux intérêts et ,à la sûreté de tous. Chacun de ces États particuliers eut ainsi à sacrifier une partie de ses privilèges, pour consolider l'union qui devenait la plus sûre garantie de leur durée , et l'on eut à modifier toutes ces constitutions différentes , afin de les mettre en harmonie avec les pouvoirs confiés au^ congrès et au gouvernejnent des États- Unis.

Il n'entre pas dans le domaine d'une histoire générale , où l'on doit s'attacher au corps même de la confédération américaine, d'embrasser et d'analyser tous les changements intérieurs qui furent opérés parmi ses membres.

Nous avons à considérer les titats-Unis comme puissance , et nous devons ren-

dre compte des institutions qui constituent leur force, des principes de leur commune organisation ,et de l'ensemble des pouvoirs remis à leur gouvernement ; -mais un travail sur leurs législations particulières nous éloignerait de notre but. L'histoire qui peint la marche d'un peuple ne peut décrire dans tous leurs détails les rouages nombreux et compliqués de son administration.

Il nous suffit fle rappeler que sur les treize États qui composaient la confédération , et où le système représentatif et celui de la division des pouvoirs se trouvaient établis, onze États adoptèrent pour principe que l'autorité législative devait se partager en deux chambres. La Pensylvanie et la Géorgie continuèrent de'n'admettre qu'une seule assemblée; mais la Géorgie autorisait le conseil exécutif à concourir à la formation des lois; et la Pensylvanie fut le seul État où une cliambre unique réunit tous les pouvoirs de la législature.

L'influence de Franklin avait puissamment concouru à faire adopter ce dernier mode de gouvernement: Franklin avait même désiré le faire admettre, enl787, dans la formation du congrès des États-Unis ; mais son opinion ne prévalut pas dans l'assemblée conventionnelle dont il était membre. Alors il souscrivit au projet de constitution fédérale, qu'il voyait généralement approuvé par ses collègues , et il ne voulut pas affaiblir, en insistant sur ses objections, le respect dont il désirait environner l'établissement d'un gouvernement central. Comme il ne croyait infaillible aucun législateur, il s'appliquait ce doute à lui-même, et il laissait à l'expérience des hommes le soin de modifier et d'améliorer leur ouvrage.

Un des derniers actes de la vie politique de Franklin fut un mémoire présenté au congrès , en 1 789 , au nom d'une société dont il était président, et qui s'était formée à Philadelphie , pour arriver, par la suppression de la traite des noirs, à l'abolition graduelle de l'esclavage. Cette pensée l'avait oc-

cupé depuis longtemps, et avant même les premiers symptômes de la révolution américaine. Le même sentiment l'anima jusqu'au dernier soupir, et lui dicta, trois semaines avant sa mort, quelques pages remarquables où, sous le voile de l'allusion, il s'élevait contre la traite des noirs, en flétrissant, par une satirique ironie, celle qui était exercée contre les blancs par les régences barbaresques.

Franklin mourut le 18 avril 1790, dans la quatre-vingt-cinquième année de son âge. Tout le peuple de Philadelphie assista à ses funérailles, et sa perte fut profondément ressentie dans tous les États de l'Union; on lui rendit, en France, un public hommage :

l'assemblée constituante arrêta que tous ses membres prendraient le deuil pendant trois jours.

Nous nous trouvons naturellement conduits à signaler l'influence que la révolution et la guerre des États-Unis purent avoir sur les premières commotions de la France. Si la cause des Américains avait été favorisée en Europe, dès son origine, par les opinions libérales des classes les plus éminentes et les plus éclairées, la proclamation des franchises du nouveau monde vint à son tour produire sur leurs esprits une réaction inévitable ; et la puissance qui s'était placée à la tête de cette liçue nouvelle éprouva la première les effets de sa coopération. Elle avait eu en Amérique une partie de ses armées, et d'autres hommes avaient pris volontairement part à cette guerre mémorable. Tous ces auxiliaires, en vivant au milieu des Américains , avaient été imbus de leurs maximes, et avaient partagé leurs honorables périls. A leur retour en Europe, ils avaient raconté les événements qui s'étaient passés sous leurs yeux , et leurs récits circulaient dans l'armée; souvenirs d'autant plus attrayants pour elle, qu'il s'y mêlait des idées de gloire et de triomphe. Les guerriers restés en France regrettaient qu'on eut cueilli sans eux des lauriers dans le nouveau monde, et les chefs qui arrivaient d'Amérique parés de la décoration de

51' Livraison. (Etats-Unis d'Amérique.)

L'UNIVERS

Cincinnatus semblaient désignés plus spécialement à la faveur du peuple. Les familles les plus anciennes, les plus illustres, s'honoraient d'une distinction plébérenne, et ils la joignaient avec prédilection aux autres insignes de la monarchie. Quelques noms s'étaient rendusparticulièrement chers aux Américains : la Fayette, revenu , en 1785 , aux États-Unis, avait été accueilli par des fêtes et des témoignages d'aftection dans tous les États qu'il avait visités, et quelques-uns d'entre eux l'avaient admis au rang de leurs citoyens.

Ces publiques récompenses étaient assez flatteuses pour qu'on pût en être touché. Les ovations populaires acquéraient en France quelque prix; et à mesure que le trône perdait ses courtisans, la nation voyait augmenter le nombre des siens.

Nous n'avons point à rechercher par quelles causes , inhérentes à la situation même de la France, le triomphe de la révolution américaine y lit éclater une vive allégresse : il nous suffit de constater l'effet qu'il produisit sur l'opinion publique. On avait protégé au delà des mers l'insurrection d'un peuple contre son ancien gouvernement : des intérêts plus directs allaient mettre en mouvement ce même esprit de réforme et d'innovation. On discutait les droits du citoyen, les devoirs de l'autorité , les rapports qui devaient unir entre elles toutes les parties de l'ordre social ; mais si l'exemple donné par les États-Unis d'Amérique favorisa cette impulsion première, on renonça bientôt en France à la marche qu'ils avaient suivie; et tandis qu'ils affermissaient les bases de leur constitution et de la prospérité publique, la France, ébranlant un édifice de quatorze siècles, préludait à cette longue suite d'agitations et de vicissitudes qui devaient briser et renouveler toutes ses institutions. Hâtons-nous, sans m)us engager dans une digression qui serait étrangère aux États-Unis, de revenir aux événements de leur histoire.

Le congrès fit procéder, en 1790, au premier recensement de la population.

Elle avait été estimée , quinze ans au-

paravant, à deux millions quatre cent mille individus, en y comprenant les esclaves ; mais on ne l'évaluait alors que par des moyens imparfaits, ou par des calculs de probabilité, fondés sur les rapports numériques des naissances , des mariages et des décès. Un dénombrement par têtes était le seul qui offrît quelque certitude; et comme les lois de chaque État ne donnaient pas , sans exception, à toutes les classes d'habitants le droit de concourir aux élections, de pouvoir siéger au congrès, ou d'y être représentés dans des proportions égales , on distingua dans le nouveau recensement les personnes blanches et libres , qui étaient seules appelées à jouir de tous les droits de citoyens; les autres personnes libres, dont le nombre se composait généralement d'hommes de couleur émancipés; les Indiens qui n'étaient pas soumis aux taxes, et qui restaient en dehors de l'association; et enfin les noirs et hommes de couleur assujettis à l'esclavage. Pour déterminer le nombre des représentants d'un État, on calculait aussi la population de cette dernière classe ; mais elle n'était comptée que pour trois cinquièmes de son nombre effectif.

Il est à remarquer que la constitution fédérale des États-Unis ne désigne pis ces serviteurs sous le nom d'esclaves : elle leur donne celui d'hommes tenus au travail ou au service par les lois de plusieurs États. Cette dénomination ne doit pas avoir été adoptée sans motif ; les auteurs du pacte fédéral s'exprimèrent sans doute avec une semblable réserve, par respect pour la dignité d'homme; et peut-être ils voulurent faire entendre à leurs descendants que , sans blesser la constitution des États-Unis, on pourrait, par prudence ou par généreuse pitié , adoucir et changer un jour la condition de ces infortunes.

Il résulta du dénombrement ordonné par le congrès que, en 1790, la population des Etats-Unis, sans toutefois v comprendre les Indiens, s'élevait a 3,921,329 habitants. Sur ce nombre, on comptait 3,164,148 personnes libres

et blanches , 59,481 autres personnes libres, et 697,700 esclaves. Le plus grand nombre d'hommes appartenant à cette d«rnière classe se trouvait dans les États situés au midi.

L'ancienne législation qui concernait \es esclaves avait déjà été modifiée dans la plupart des États de la confédération : le Massachusett, le Maine n'en avaient pas; on n'en comptait qu'un très-petit nombre dans le New- Hampshire et le Vermont ; leur importation dans d'autres États par la voie de la traite était légalement interdite: plusieurs gouvernements avaient même pris des mesures pour arriver à l'abolition de ce mode de servitude, par des améliorations successives , qui leur paraissaient préférables à des changements brusques et complets; et les États, qui voulurent maintenir l'esclavage, reconnurent du moins qu'il fallait en modérer la rigueur.

Dès les premiers moments de sa session , le congrès s'était occupé de l'organisation de toutes les parties du gouvernement : les secrétaireries des affaires étrangères, de la guerre et de la trésorerie avaient été successivement instituées; et Washington appela à ces postes éminents Jefferson , le général Knox , et Alexandre Hamilton. L'administration de la marine se trouvait alorsjointeà celle de la guerre; on n'en forma que neuf ans après un département séparé.

Une loi du 24 septembre organisa les cours de justice des États - Unis , soit dans le siège du gouvernement , où la cour suprême devait avoir annuellement une session , soit dans les États particuliers, oij les cours de district allaient tenir leurs assises. On établissait , entre ces deux juridictions , plusieurs cours de circuit, afin d'y faire juger en seconde instance une partie des affaires ; et , dans les causes majeures , on pouvait encore apçeler de leurs jugements à la cour suprême.

Ce tribunal élevé concourait à former, avec les coars de circuit et de district, unehiéfarchie judiciaire, indépendante, \ dans son action et dans son but , des tribunaux établis par chaque État pour

l'administration habituelle de la justice ; et la démarcation d'e ces deux pouvoirs était assez distinctement tracée, pour qu'il ne s'élevât entre eux aucun conflit de juridiction : l'un était destiné à défendre les intérêts et à maintenir les liens de l'association; l'autre avait à protéger la vie et la propriété des citoyens.

La forme fédérative du gouvernement des États-Unis exigeait l'établissement de cette double autorité , nonseulement dans l'ordre judiciaire, mais dans l'administration des revenus publics , dont les uns appartenaient aux États particuliers, les autres à la confédération entière : ainsi le congrès eut à organiser les corps préposés à la perception des droits de douane, de tonnage et de navigation, à la vente des propriétés publiques, à l'exécution de toutes les lois qui avaient pour objet d'accroître les revenus , et de solder les dépenses des États-Unis.

D'abord on chercha leurs principales ressources dans l'établissement des droits d'importation ; et ceux-ci purent se ranger en deux classes : les uns se percevaient sur la valeur, et s'appliquaient aux articles où le pris de l'objet fabriqué est très - inférieur à celui de la main-d'œuvre, tels que l'orfèvrerie, les papiers peints, les étoffes, et différents objets manufacturés; les autres se réglaient sur la quantité, et l'on y comprenait les vins, les liqueurs spiritueuses , le sucre , le café , l'indigo , le thé, le tabac, quelques fabrications simples , utiles aux premiers besoins de la vie , ou au service de la marine.

Une loi du 31 juillet 1789 détermina les différents ports où la perception de ces droits serait organisée, et où les capitaines de navires auraient à déclarer leurs importations. Cette loi établit les collecteurs , les inspecteurs , et les autres agents attachés au même service; elle fixa les règles qu'on aurait à suivre , et les dispositions pénales auxquelles seraient exposés les contrevenaots.

Les mêmes officiers furent chargés de l'exécution des lois qui assujettirent à un droit de tonnage tous les bâti-

L'UNIVKRS.

ments arrivés dans un port des Etats- Unis.

L'établissement de ce droit et de sa différence de proportion lorsqu'on le percevait sur des vaisseaux américains ou étrangers, eut pom- principal motif de donner plus d'activité aux chantiers et aux expéditions maritimes. Les bâtiments dont la construction et la propriété étaient américaines, ne furent soumis qu'à un droit de six cents par tonneau; ceux qui étaient construits aux États-Unis, mais qui appartenaient à des étrangers, durent payer trente ce«^s,-etun droit de cinquante cents ou d'un demi-dollar par tonneau fut imposé sur tous les autres navires étrangers qui arriveraient dans un port américain.

Cette classification donnait aux navigateurs nationaux un tel avantage pour le transport et le fret des cargaisons, que bientôt ils virent passer entre leurs mains et sous leur pavillon la plus grande partie du commerce des États-Unis. Leurs vaisseaux , qui n'avaient pas suffi au transport de leurs propres marchandises, se multiplièrent

f»romptement , et furent empruntés par es autres nations qui étaient intéressées à ce commerce.

Les dépenses nécessaires pour l'entretien des phares, des signaux, des bouées , des balises destinées à la sûreté de la navigation, furent mises à la charge du gouvernement fédéral :

d'autres lois s'appliquèrent à l'exploitation des pêcheries, à l'exercice du cabotage , au régime des ports ; et toutes les parties du service maritime furent soumises à de conmiunes règles , en tout ce qui pouvait appartenir aux relations avec l'étranger, et à la perception des revenus publics.

Lorsque le congrès eut pris ces différentes déterminations, qui n'étaient que les premiers éléments d'un système de centralisation , de force , et de finances nationales , le secrétaire de la trésorerie lui présenta , le 9 janvier 1790, un rapport sur la dette des 'HUats- Unis, et sur les moyens de l'acquitter et de relever le crédit public: cette dette, contractée soit au dehors, soit dans

l'intérieur, était alors de 79,124,464 dollars, équivalant à trois cent vingtdeux millions de francs.

La dette étrangère, qui résultait d'emprunts faits en différents temps, devait être acquittée conformément aux termes des contrats , tant pour le taux des intérêts, que pour le mode et les époques de remboursement ; mais il pouvait être proposé aux créanciers de l'intérieur différents modes de payement , propres à diminuer les embarras du trésor public , en lui laissant la faculté de rembourser graduellement et par annuités, et de le faire d'une manière plus complète lorsqu'il en aurait les moyens.

Les dettes des États particuliers , qui avaient eu pour cause la nécessité de soutenir la guerre et d'en acquitter les dépenses, furent mises sous la même garantie que celles de la confédération entière; et le trésor public devait être également chargé de leur payement.

On reconnut que , depuis l'origine de la dette, les titres originaires des créanciers avaient plusieurs fois changé de mains; mais, quels qu'en fussent les détenteurs au moment où l'on s'acquittait envers eux, leurs droits parurent inviolables, et le remboursement des sommes avancées ne dut éprouver aucune réduction.

Les propositions faites par Hamilton furent discutées dans le congrès ; et une loi du 4 août 1790 pourvut au mode de remboursement de la dette publique.

Le président des États-Unis fut autorisé à emprunter une somme de douze millions de dollars , pour payer les arrérages , les intérêts et une partie du capital de la dette étrangère.

Un emprunt fut ouvert pour le remboursement progressif de la dette domestique. Les créanciers pouvaient y prendre volontairement part : ils recevaient , jusqu'à concurrence du capital qui leur était dû , des inscriptions portant intérêt ou cumulation d'annuités , et remboursables suivant les conditions indiquées par la loi.

On ouvrit enfin un troisième cm-

ÉTATS-UNIS D'AJMÉRIQUE.

Erunt de vingt et un millions de dolirs, pour acquitter le capital et les intérêts des dettes que les États particuliers avaient contractées pour soutenir la cause générale.

Le produit de la vente des terres situées dans les contrées de l'ouest fut assigné comme garantie du payement de ces diverses obligations; et il dut y être employé jusqu'à ce que tous les engagements eussent été remplis.

Le but du gouvernement fédéral était de hâter la réduction de la dette publique; et le congrès décida que l'on appliquerait à ces rachats successifs toute la portion des droits de tonnage et de douane dont on pourrait disposer, après avoir acquitté les dépenses publiques , auxquelles l'une et l'autre perception étaient spécialement destinées.

Pour mieux faire apprécier la valeur de ces droits , nous ferons d'abord remarquer qu'en 1790, le tonnage général des États-Unis était évalué à 478,377 tonneaux: en quelques années il devint beaucoup plus considérable , et il continua d'être dans un état progressif. Le tonnage des navires employés à la

flèche de la morue et à celle de la baeine, se trouvait compris dans cette évaluation : il s'élevait alors à 32,542 tonneaux; et, pendant plusieurs années, il éprouva peu de variations.

La valeur totale des importations faites en 1790 fut de 19,012,04] dollars : elles se composaient , en trèsgrande partie, d'objets manufacturés que l'habitude et l'augmentation du bien-être avaient fait entrer dans les besoins de la vie , de quelques productions d'Europe, telles que les vins et les liqueurs spiritueuses , des denrées coloniales que fournissaient les Antilles , du thé qui donnait déjà lieu à un commerce important avec la Chine.

La totalité des marchandises qui étaient importées aux États-Unis n'était pas consommée dans l'intérieur, et l'on en réservait une partie pour la réexportation : cette dernière quantité ne s'y trouvait ainsi qu'en entrepôt et en transit ; elle constituait une branche spéciale de commerce, dont les Amé-

ricains devenaient les facteurs et les intermédiaires.

Le revenu public, provenant des droits que l'on perçut, en 1791 , sur le tonnage et sur les "importations, s'éleva à 4,400,000 dollars: il fut de cinq millions, en y comprenant la valeur des taxes levées dans l'intérieur du pays , sur différentes fabrications , ainsi que le produit de la vente des terres qui appartenaient aux États- Unis. Les propriétés publiques dont ils disposaient avaient deux origines distinctes: les unes provenaient des cessions de territoires que plusieurs États avaient faites à la confédération entière ; les autres résultaient des différents contrats d'acquisition conclus avec les nations indiennes; et cette dernière classe de possessions devait s'accroître de jour en jour.

Si les principales branches de revenus que nous venons d'indiquer furent peu productives dans la première année , elles le devinrent incessamment , et on les vit s'étendre avec la navigation, le commerce, l'industrie et le territoire des États-Unis. La charge de la dette publique se trouvait allégée ; on venait d'en convertir en inscriptions de rentes une grande partie ; et l'on s'était assuré a la fois les moyens de pourvoir au payement annuel des intérêts et au remboursement progressif du capital.

Hamilton , désirant donner au crédit public une plus large base , proposa l'établissement d'une banque nationale, dont le capital devait être de dix milhons de dollars : on le divisait en vingtcinq mille actions de quatre cents dollars chacune. La banque aurait à favoriser toutes les opérations de finances du trésor public : son siège principal serait à Philadelphie , et elle aurait des succursales dans plusieurs ports de l'Union, à Boston, New- York, Baltimore, Norfolk, Charleston: on devait même en augmenter le nombre , afin de les mettre plus à portée des versements à faire ou à recevoir. On placerait dans ces dépôts les revenus des droits de douane, de tonnage , et de toute autre taxe dont

L'UINIVERS.

le gouvernement central avait à régler l'emploi ; et la banque se chargeait de faire solder dans les différents États toutes les sommes que la trésorerie aurait à y faire parvenir. Son crédit et ses ressources étaient représentés comme de sûrs et rapides moyens de communication , propres à rapprocher toutes les distances, à garantir la

f)onctualité des payements , et à faciiter tous les services.

La création de cet établissement éprouva de vives objections; on ne doutait pas de ses avantages , mais on n'était point d'accord sur sa légalité : les partisans de cette institution la firent enfin prévaloir, comme implicitement autorisée par la constitution fédérale, qui donnait au congrès le droit de faire toutes les lois nécessaires à la marche du gouvernement établi.

La banque fut alors votée, et l'on trouva immédiatement un grand nombre d'actionnaires. Ils avaient à payer en or ou en argent le quart de leurs inscriptions : les trois autres quarts

f)ouvaient être fournis en papiers de a dette publique ; et la plupart des créanciers de l'État s'empressèrent de placer leurs fonds dans ce nouvel étanlissement qui leur offrait d'autres chances de bénéfice. Le crédit de la banque fut immédiat : les billets qu'elle mit en émission acquirent toute la valeur des espèces métalliques ; ils s'élevèrent même bientôt au-dessus du {)air , et entrèrent de toutes parts dans a circulation.

Les souscripteurs se formèrent en corporation, sous le titre de président, directeurs et compagnie de Fa banque des États-Unis. Ils furent autorisés à posséder des terres, des rentes, des héritages , des biens de toute nature , jusqu'à concurrence de quinze millions de dollars, y compris le fonds de leur souscription, et ils purent gérer ces biens, les aliéner, les échanger, en disposer à leur gré. Ces possessions étaient un gage de sûreté pour les opérations de la banque , et pour le payement des dettes qu'elle pouvait contracter durant sa gestion; mais ces dettes ne devaient jamais excéder dix

millions de dollars , au delà d«s sommes qu'elle avait en dépôt , à moins qu'elle n'eût été autorisée par une loi des États-Unis à contracter un emprunt plus considérable : si la dette était plus lorte, la banque ne la reconnaissait point, et les directeurs en devenaient personnellement responsables.

Le congrès voulut assurer , par sa coopération , la solidité et les premiers progrès de cet établissement; et le gouvernement fédéral , se plaçant à la tête des souscripteurs, prit lui-même le quart des actions qui devaient former le capital de la banque. Les privilèges qu'elle obtint lui étaient accordés pour vingt ans : elle devait subsister jusqu'au 4 mars 1811 ; et, pendant sa durée, aucune autre banque ne devait être établie par une loi des États- Unis.

Pour faciliter toutes les opérations de finances , et pour 'garantir en même temps la bonne foi dans tous les payements, il devenait indispensable d'avoir une monnaie nationale et uniforme. On en avait déjà reconnu la nécessité avant l'adoption de l'acte fédéral : un rapport sur cette question fut présenté au nouveau congrès; et les différentes parties du système monétaire furent déterminées par une loi du 3 mars 1791.

Le dollar, pièce d'argent ayant la valeur de la piastre espagnole , fut regardé comme le type auquel toutes les autres monnaies supérieures ou inférieures durent se rapporter. On frappa des aigles ou pièces d'or de dix dollars , des demi-aigles , et ;des quarts d'aigle. Le dollar se divisa en cent parties : on eut en argent des demi-dollars , des quarts de dollars et des demidîmes qui ne représentaient que la vingtième partie du dollar. La monnaie de cuivre se composa de pièces d'un cent, et de pièces d'un de77ncent.

Ce fut à Philadelphie que la fabrication des monnaies fut fixée. On s'occupa de la refonte des anciennes pièces qui avaient cours, afin d'en rendre la valeur et le titre uniformes; mais cette opération, qui embrassait un vaste

Says et une population très-disséminée , evait être d'autant plus longue qu'il paraissait peu d'argent dans la circulation. Le papier en tenait lieu : il était reçu dans tous les marchés, dans toutes les caisses publiques, et il acquittait toutes les dépenses de la confédération.

Ces dépenses étaient celles du congrès et du gouvernement central : on y comprenait celles des autorités judiciaires et administratives qui appartenaient à l'Union , l'entretien de l'armée , celui des arsenaux et de tous les moyens de défense , la gestion des propriétés publiques , les frais des traités avec les Indiens , les intérêts des emprunts , et le rachat d'une partie de la dette nationale.

Tous les frais du gouvernement et de l'administration ne s'élevèrent , en 1791, qu'à la somme de 1,919,590 dollars ; et , si l'on ajoute à cette valeur celle de 5,287,949 dollars pour le payement des intérêts de la dette et pour sa réduction , la totalité des dépenses du gouvernement fédéral fut de 7,207,539 dollars : mais , outre, ces charges communes , chacun des États particuliers avait à supporter les siennes ; et il subvenait aux frais de son gouvernement par d'autres impôts, dont lui seul avait le droit d'établir la perception et de déterminer l'emploi.

Quoique ces dépenses locales vinssent accroître la somme réelle des contributions, elles devaient paraître légères, lorsqu'on les comparait aux frais des gouvernements européens.

Nous pouvons aisément nous expliquer les causes d'une telle différence, si nous observons les circonstances favorables oii les États-Unis se trouvaient alors placés. Le rétablissement de la paix avait fait cesser leurs dépenses les plus onéreuses : ils n'avaient plus à se défendre que des incursions des Indiens ; et quelques postes militaires , placés sur les limites de leurs établissements, paraissaient suffire à leur sûreté. Les nombreuses levées de troupes, qui avaient longtemps absorbé toutes leurs ressources, se trouvaient réduites , en 1790, à un corps de treize

cents hommes, formant un régiment d'infanterie et un bataillon d'artillerie. On y joignit un second régiment, l'année suivante , et le président des Etats- Unis fut autorisé à appeler aux armes rnie partie des milices , si la défense du pays pouvait l'exiger ; mais l'emploi de ces forces subsidiaires n'imposait pas une charge permanente : elle cessait quand la sécurité publique pouvait renaître.

Les législateurs des États-Unis avaient d'abord cherché dans la force du lien fédéral la garantie de la paix intérieure; et, désirant soustraire à toute influence locale les délibérations du congrès, ils avaient résolu de lui assigner un chef-lieu et un arrondissement dont la juridiction n'appartînt qu'à lui. La situation en fut choisie sur les rives du Potomac , près de la branche orientale de ce fleuve, et dans un district de dix milles carrés , dont le territoire fut généreusement cédé par le Maryland et la Virginie.Washington y commença l'établissement d'une ville qui reçut 'son nom : elle devait, dix ans après, devenir le siège des principales autorités fédérales; et le congrès , qui avait plusieurs fois passé d'une ville à l'autre , fut fixé à Philadelphie, jusqu'à l'époque où il pourrait se transférer dans sa nouvelle résidence.

En affermissant l'autorité tutélaire du gouvernement central, on avait aussi à s'occuper des institutions qui répandent dans toutes les classes l'amour de la patrie, le goût du travail et les progrès intellectuels. Washington y contribua par son influence : il regardait comme un de ses premiers devoirs d'étendre les bienfaits de l'instruction ; et son message du 8 janvier 1790 invita le congrès a examiner s'il conviendrait de fonder une université nationale, et quels encouragements on pourrait donner aux maisons d'enseignement déjà établies.

La plupart des mesures à prendre appartenaient aux législatures particulières; et le congrès se borna en ce moment à garantir, par une loi du lO avril , le droit de propriété des hom-

L'UINIVERS.

mes qui auraient fait des inventions et des découvertes utiles ; loi féconde en résultats, et propre à donner un nouvel essor au génie actif et industrieux de cette nation.

De grandes vues d'améliorations étaient alors généralement répandues ; et l'on pouvait regarder comme autant de foyers de lumière les sociétés savantes qui existaient à Boston , à Philadelphie, à New-York, et dans d'autres villes animées du même esprit d'émulation. L'enseignement public était florissant dans les universités de Cambridge , de Pensylvanie, de Providence et de Géorgie : il l'était également dans les grands collèges de New- Haven , de Princeton , de Charleston , et dans ceux du New-Hampshire et de la Virginie (voy. pi. 81 , 82, 83 et 87), C'était là que s'étaient formés la plupart des hommes d'État qui avaient dignement soutenu les droits de leur pays : ils y avaient même reçu d'honorables récompenses ; et l'on" pouvait se rappeler que, lorsque Washington, devenu général de l'armée américaine , eut forcé les troupes britanniques à évacuer Boston qu'elles avaient longtemps occupé, l'université de Cambridge décerna à l'illustre défenseur des lois et des libertés publiques le diplôme de docteur es droits de la nature et des gens.

Ce système d'encouragement pour le patriotisme et le savoir se propagea dans toutes les parties de la confédération : on y multiplia les établissements pour l'instruction élémentaire ; il se forma des écoles spéciales pour les sciences ou pour les professions civiles qui exigeaient des études plus approfondies ; et tous les États eurent bientôt des institutions centrales, où toutes les facultés des lettres se trouvaient réunies.

Il ne suffisait pas que l'enseignement public développât l'intelligence :

le congrès voulait surtout qu'il formât les mœurs, qu'il aidât à prévenir les crimes, et qu'il inspirât l'amour de l'humanité. On était persuadé que l'excessive sévérité des lois ne suffit pas pour réprimer les penchants vicieux ,

et qu'il faut donner de plus puissants mobiles à la vertu. Quelques amélio- i rations dans le code pénal de plusieurs États étaient généralement désirées, et le principe en avait. été établi dans l'acte constitutionnel ; mais c'était aux législatures particulières à en assurer l'exécution, et à modifier leurs propres lois, qui tenaient encore de la rigueur des anciens codes britanniques.

La généreuse pensée d'adoucir les peines, et de chercher à rendre les coupables à la vertu, avait déjà été conçue en Europe; et, dès l'année 1772, on l'avait mise en pratique dans la maison de réclusion de la ville de Gand. Là , les condamnés étaient partagés en plusieurs classes, selon le sexe, l'âge, la nature des occupations auxquelles chaque individu était assujetti. Les tisserands , réunis dans de vastes salles , travaillaient à leurs métiers , rangés à la suite les uns des autres, et ils devaient observer un silence absolu. On fabriquait dans d'autres ateliers les ouvrages en fer ou en bois, et d'autres produits d'industrie. Les femmes étaient toutes réunies, et s'occupaient de filature ou d'ouvrages à l'aiguille ; les adolescents , auxquels on ne supposait pas encore un discernement complet, étaient séparés des grands coupables , et ceux-ci même se partageaient en plusieurs classes, suivant les degrés du crime et la durée que devait avoir la punition. Chaque détenu exerçait une profession appropriée à sa force et à ses facultés : le produit du travail qu'il avait fait était déposé dans un magasin : tous ces articles devaient être vendus , ou servir à la consommation de l'intérieur : la plus grande partie de leur valeur était tenue en réserve pour les condamnés : ils la recevaient à l'expiration de leur peine ; et ils pouvaient rentrer dans la société avec la connaissance d'un métier, et avec cette habitude du travail et d'une vie régulière , si propre à ramener et à changer les inclinations perverties.

Une idée si salutaire fut ensuite développée dans les écrits de Howard, de Bentham : elle occupa tous les philanthropes; et le principe de la réclusion

pendant la nuit, du travail en commun et du silence pendant le jour, parut être dans la suite l'idée dominante à laquelle on s'attacha dans l'établissement des pénitentiaires. La Pensylvanie fut le premier État d'Amérique qui les adopta. Elle avait entrepris, en 1786 , la révision de ses lois pénales , et avait essayé à Philadelphie, dans la prison de Walnut-Street , un système de classification entre les détenus , dont les uns étaient condamnés à une réclusion et un isolement absolu et sans travail , tandis que les autres pouvaient s'occuper en commun et s'entretenir entre eux. Ce commencement de réforme dans le régime des prisons était favorable, quoiqu'il fût encore trèsincomplet : il opposait un premier obstacle à la contagion des idées criminelles, en établissant une séparation entre les hommes plus ou moins coupables, et il mettait sur la voie des améliorations, qui furent successivement tentées dans la Pensylvanie et dans d'autres États, A Philadelphie la solitude des condamnés devint perpétuelle , et chacun d'eux fut soumis au travail dans une cellule particulière :

ailleurs les prisonniers turent réunis pendant le jour dans de communs ateliers. L'épreuve du temps pouvait seule faire apprécier quelle serait l'influence morale de l'un et de l'autre système de détention (voy. pi. 85 et 86).

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