‹ États-Unis d'AmériqueChapitre 17 sur 29 · GS · texte numérisé non relu

GS

L'UÎNIVERS.

]oxiv raïu'on fut fixée à une somme lie soixante mille livres sterling. Les troupes des États-Unis durent cesser leurs hostilités : elles se rembarquèrent , et leur commandant promit d'em- ,)loyer son influence pour déterminer Haïiiet à se retirer. On avait proiité de ses services en paraissant l'assister hiiméme; il vit combien était fragile la protection des étrangers, et il fut sacrifié au rétablissement de la paix.

La guerre avait duré quatre ans , et les expéditions des Américains dans la Méditerranée avaient signalé avec éclat leur marine naissante. Cette épreuve pouvait être utile à leur considération politique : elle montra tout ce qu'on devait attendre de l'intrépidité de leurs hommes de mer et du développement de leurs forces navales, lorsqu'ils auraient à les faire servir à leur propre défense.

Après avoir terminé cette guerre, les Etats-Unis se trouvaient en paix avec toutes les puissances : les nouvelles contrées qu'ils avaient acquises doublaient l'étendue de leur territoire , et ils s'occupaient des moyens d'en lier entre elles toutes les parties , quand le génie inventif de Fulton leur prépara les plus rapides et les plus puissantes voies de communication que l'on eût imaginées jusqu'à cette époque.

Le projet d'appliquer à la navigation la force expansive de la vapeur, et d'y trouver un principe de mouvement pour accélérer la marche des vaisseaux et assurer leur direction , avait déjà occupé plusieurs Américains. On cherchait un mécanisnie dont les effets pussent être supérieurs à l'action des rames; et différents essais furent tentés successivement, soit pour choisir le premier moteur, soit pour lui adapter le système de rotation et d'impulsion qui pouvait avoir le plus d'énergie.

Sans avoir a suivre dans leurs détails la série et les progrès de ces utiles recherches, qui avaient besoin d'être apliuyées de toute la précision des calculs, nous ferons remarquer que Fulton s'occupait avec ardeur, depuis plusieurs années, de l'examen de ces questions, 'orsqu'il fit en France, en 1802, pen-

dant son séjour a Plou)bières , une suite d'expériences comparatives sur la puissance des différents moyens d'impulsion. S'étant convaincu que l'emploi des roues à palettes était le meilleur de tous, il traça un plan ingénieux pour les adapter' au bâtiment qu'elles devaient faire avancer, et à la machine à vapeur destinée à leur imprimer le mouvement : il voulut en même temps comparer la force de cette machine avec la rapidité de la rotation , et combiner la résistance de l'eau avec la forme à donner au navire. Ses calculs avaient pour but d'obtenir une vitesse de quatre milles à l'heure ; mais il trouva aussi les moyens d'en produire une beaucoup plus grande. Le bateau à vapeur avec lequel il essaya son nouveau mode de navigation fut construit à Paris, et lancé sur la Seine en 1803.

Cette expérience eut un plein succès; et le chancelier Livingston, qui résidait alors en France comme ministre américain, s'attacha, de concert avec.

Fulton , à faire promptement jouir sa patrie de cette heureuse découverte.

Lui-même s'était livré à ce genre de recherches avant d'être revêtu de sa mission , et il avait obtenu de la législature de New-York le privilège d'établir un steamboat sur la rivière d'Hudson , s'il pouvait en présenter le modèle dans le cours d'une année. L'expérience ne put avoir lieu, et le projet fut abandonné; mais Fulton, après avoir fait sa découverte, se rendit en Angleterre pour se procurer une machine à vapeur telle qu'elle avait été perfectionnée par Watt, et pour en surveiller l'exécution. Cette machine fut transportée à New- York vers la fin de 1806: toutes les pièces, tous les rouages qui devaient recevoir leur impulsion de ce premier mobile, furent préparés; et le vaisseau, artistement construit, auquel on appliqua ce grand mécanisme , ouvrit soudainement , sans rames et sans voiles, sa rapide navigation. Un peuple nombreux était accouru à ce spectacle, et il suivait des yeux avec admiration cette œuvre du calcul et du génie.

Pour abréger aussi les coramuni-

llTAXS-UNIS D'AMÉRIQUK.

cations par terre, on s'aida des expériences qui avaient été faites en 1801 , par Evans de Philadelphie. Cet homme ingénieux ayant été chargé de construire un navire à drague, pour curer le port et y prévenir quelque envasement, avait fait exécuter dans ses vastes ateliers, situés à une demi-lieue du rivage, la machine et le bâtiment destinés à cet emploi : il lit placer cette pesante charge sur des roues auxquelles la force de la vapeur imprimait le mouvement; le navire fut ainsi transporté jusqu'aux bords du fleuve, et le même mode d'impulsion le lança et le mit à flot. Evans ne fit aucun autre essai de sa machine locomotive, pour effectuer des transports par terre; mais l'invention dont l'honneur lui appartient reçut bientôt en Angleterre différentes applications. On voulait diminuer les frottements et les obstacles; et, pour faire circuler les roues sur un plan uniforme et sans aspérités, on imagina les chemins de fer, dont l'épreuve fut faite, en 1806, dans le pays de Galles.

Tels furent, soit par eau, soit par terre, les premiers essais d'une découverte qui tendait à multiplier les relations sociales de tous les pays.

La situation prospère où les États- Unis étaient déjà parvenus avait été constamment secondée par le concours de leurs premières autorités. Quelle que fût la différence de vues politiques des hommes qui se succédèrent au pouvoir, ils s'étaient signalés par la pureté de leur zèle et par un sincère dévouement à la patrie. Washington, John Adams, Jefferson, étaient arrivés à la suprême magistrature par une longue suite d'honorables services; mais à mesure que l'opinion publique se divisait et que les partis se mettaient en présence, l'élévation au pouvoir était plus contestée, et si la grandeur nationale était assurée , toutes les ambitions particulières n'étaient pas satisfaites.

Jefferson , lorsqu'il fut nommé président en 1801, avait eu pour concurrent le colonel Burr : aucun d'eux n'ayant réuni la majorité des voix dans les assemblées électorales, le sénat avait

eu à choisir entre eux; et ce ne fut qu'après une longue suite de scrutins indécis que Jefferson obtint les suffrages du plus grand nombre.

La vice - présidence appartenait à Burr , et une si éminente dignité ne put le satisfaire : le pouvoir qu'il n'avait pas lui portait C;ïibrage : réduit à attendre une autre élection, il chercha les moyens d'y recouvrer la supériorité des votes ; et avant que ses fonctions fussent expirées, il se mit sur les rangs dans l'État de New-York, pour y obtenir celles de gouverneur : cette nomination pouvait lui assurer un plus grand nombre de voix, et il la regardait comme un acheminement à la présidence; mais l'influence dont jouissait Alexandre Hamilton le fit écarter; et le colonel Burr , se trouvant offensé de quelques observations personnelles que ce général ne voulut pas rétracter, lui envoya un cartel. Hamilton fut tué dans ce combat singulier, et les regrets que causa la perte d'un homme qui s'était fait également remarquer dans les camps et dans les conseils , firent perdre à son adversaire les partisans qu'il avait eus : il ne lui resta aucune chance de succès pour la présidence, ni même pour la continuation de la vice-présidence; et Jefferson , cher au parti populaire et respecté de ses antagonistes, fut promu de nouveau à la première magistrature.

Burr, en voyant ses espérances déçues, tourna ses vues vers d'autres combinaisons politiques: il passa dans les États de l'Ouest, oià les esprits longtemps agites pouvaient se soulever encore ; et il vit , dans la mésintelligence qui subsistait alors entre l'Espagne et les États-Unis , un moyen d'attirer autour de lui de nouveaux partisans, et peut-être de se créer une autre existence. Les Américains se plaignaient de ce que l'Espagne leur refusait une indemnité pour un grand nombre de prises illégales : ils réclamaient contre les entraves mises à leur commerce par le gouverneur de la Mobile , et contre quelques violations de territoire commises sur les limites occidentales de la Louisiane.

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Ces plaintes étaient répétées avec aigreur : beaucoup d'hommes ardents y voyaient un motif plausible pour attaquer les Florides et les enlever à l'Espagne; et, quoique le gouvernement fédéral ne voulût se porter à aucune mesure hostile, du moins il regardait comme désirable l'acquisition de ce territoire.

Le colonel Burr sut habilement profiter de cette situation des esprits , et il vit quel parti on pouvait tirer des mécontents , disposés à favoriser toute espèce d'innovations. Ceux qu'on pouvait exciter contre l'Espagne avaient eux-mêmes des griefs contre le gouvernement fédéral : l'un et l'autre motif de ressentiment pouvaient aider à les mettre en action , à leur faire prendre les armes, à les entraîner insensiblement dans une voie où ils ne pourraient plus rétrograder. En cherchant, sous différents prétextes , à gagner les hommes entreprenants qui pouvaient le servir, Burr évitait de se mettre à leur discrétion par des confidences prématurées; il ne dévoilait qu'une partie de ses desseins; il commençait des rassemblements, dont le but 'paraissait inoffensif; et, quand ses démarches durent enfin exciter toute la vigilance des autorités publiques , l'obscurité qui enveloppait encore ses différents actes , laissait à peine quelque S irise à une accusation positive, dont es preuves judiciaires étaient difficiles à rassembler. Les uns lui attribuaient l'intention de démembrer les États- Unis, et de vouloir former de ceux de l'Ouest un gouvernement séparé ; les autres lui reprochaient d'engager son pays dans une nouvelle guerre, en préparant une expédition contre les colonies espagnoles.

Burr avait l'activité et l'énergie nécessaires pour soutenir une entreprise difficile et périlleuse. Il n'en fut pas même détourné par de premières dénonciations , qui lui paraissaient trop vagues pour lui faire encourir une condamnation; et il connaissait assez la [)ortée des lois pour se tenir hors de eur atteinte. Acquitté , à la fin de 1806, par les tribunaux du KentucUy, il

poursuivit ses projets , gagna la vallée du Mississipi , en cherchant à augmenter le nombre de ses partisans , et se rendit à Natchez : là, il fut de nouveau cité à comparaître devant les tribunaux; mais un jury déclara qu'il n'était coupable ni de crime ni d'offense contre les lois, et qu'il n'avait donné au peuple aucun légitime sujet d'inquiétude et d'alarme. Cependant, quoiqu'il fût absous devant la loi, il ne l'était pas dans l'opinion publique :

l'arrestation de quelques-uns de ses affidés le détermina à s'éloigner précipitamment; mais il fut atteint près des rives duTombigbee; et on le traduisit, comme prisonnier d'État, devant la cour fédérale de Richmont en Virginie. La procédure qui s'instruisit alors fut suivie avec solennité : on abandonna promptement la charge de trahison portée contre lui; mais Burr était accusé d'avoir organisé, sur le territoire fédéral, une expédition militaire contre une nation avec laquelle les Américains étaient en paix. Les enquêtes à faire, et les nombreux témoignages à recueillir en différents lieux , prolongèrent la cause pendant trois mois : elle fut jugée le l" septembre 1807; et le jury déclara que, n'ayant pas acquis la preuve des accusations portées contre le prévenu, il le reconnaissait non coupable. Ce fut la dernière scène de sa vie politique; dès ce moment, il rentra dans la vie privée, et se renferma dans les occupations du barreau, où il devait encore se faire remarquer par la subtile pénétration de son esprit, et par de profondes études en jurisprudence. Son nom ne pouvait être obscur, mais il avait cessé d'être redoutable.

Les inquiétudes qu'avait fait naître un projet de démembrement ayant été heureusement dissipées , on vit se renouveler avec plus d'activité les entreprises de défrichement dirigées vers les États de l'Ouest : elles s'étendirent dans les territoires d'Indiana, d'Illinois et de Michigan ; elles gagnèrent les rives de la Mobile, et conmiencèrent à se prolonger, au dehà du Mississipi , dans les contrées que le gou-

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vernement fédéral avait acquises. La Louisiane avait été partagée, en 1804 , en deux territoires , dont les chefslieux étaient la Nouvelle -Orléans et Saint-Louis du Missouri; il s'y rendit de nombreux essaims d'habitants ; et le commerce et la navigation du ]Mississipi prirent un essor d'autant plus rapide, qu'on était alors maître de l'une et de l'autre rive du fleuve.

Napoléon ne jouit pas longtemps du prix de la cession qu'il avait faite. La guerre s'était rallumée entre lui et la Grande-Bretagne au mois de mai 1803 :

les soixante millions qu'il recevait des États-Unis furent employés aux préparatifs d'une descente en Angleterre; et cette somme se trouva inutilement jetée dans l'Océan , car le projet de débarquement ne se réalisa point. Le sacrifice de la Louisiane ne parvint pas même à maintenir entre la France et les États-Unis la bonne intelligence dont il devait être le gage ; et l'effet de cet arrangement fut proiuptement détruit par de nombreux sujets de plaintes : les États-Unis se trouvèrent exposés à des agressions , à des dommages qu'ils ressentirent vivement, et qui se firent d'abord remarquer dans leurs relations habituelles avec les Antilles.

Depuis les troubles de Saint-Domingue , le commerce de cette île avait passé aux Américains : les noirs qui n'avaient pas de marine étaient intéressés à le favoriser; et, quand le premier consul eut envoyé contre eux une expédition , les croisières qui furent établies dans ces parages ne purent empêcher que les États-Unis ne continuassent les mêmes relations. Ils prirent même le parti de donner à leurs navires marchands les moyens dé se défendre; et, comme les armements dirigés contre eux les poursuivirent et les attaquèrent plus d'une fois jusque sur les côtes de leur pays , le congrès publia, le 4 novembre"! 804, un acte qui autorisait le jjrésidont à |>ermettre ou à défendre, selon son gré, l'entrée des ports et des rades des États-Unis, à tout vaisseau armé , appartenant h ;une nation étrangère. Cette mesure

était applicable à l'un et à l'autre belligérant; car l'Angleterre cherchait, ainsi que la France, à entraver par ses croisières les communications commerciales des Américains avec les {wssessions françaises , et même avec ses propres colonies.

Au mois de mars 1805, le congrès déclara par un autre acte qu'aucun vaisseau armé pour être mis en mer, ne pourrait se rendre dans les Antilles ni sur les côtes du continent, depuis Cayenne jusqu'aux limites de la Louisiane, à moins qu'il ne se fût engagé sous caution à ne se servir de ses armes que pour sa défense, à ne les vendre nulle part, et à les rapporter aux États-Unis. L'intention du gouvernenient fédéral était de se maintenir dans une exacte neutralité, et de ne fournir aucune munition , aucun instrument de guerre aux belligérants : mais, malgré ces restrictions, le commerce américain continua d'être attaqué dans les parages des Antilles. Bientôt il devait éprouver dans toutes les parties de l'Océan de plus graves atteinteset les mesures que l'Angleterre et la France prirent envers les neutres ne laissèrent plus aucune sécurité à leur commerce et à leur navigation. Leurs droits furçnt oubliés : ces deux puissances ne mirent plus de bornes à la rigueur des ordonnances qu'elles publièrent; et le gouvernement britanniqueen donna l'exemple le 16 mai 1806, en déclarant en état de blocus une partie des côtes occidentales d'Europe , depuis l'Elbe jusqu'à Brest.

Ce blocus idéal, qu'aucune force maritime n'aurait pu réaliser d'une manière complète, exposait h la rencontre des croisières anglaises un grand nombre de bâtiments neutres :

il entraînait alors la capture des navires, des marchandises, quelquefois niême des équipages; et cette première violation de tous les droits amena entre la France et l'Angleterre un échange et une suite d'actes et de règlenients dont la sévérité fut toujours progressive.

L'empereur Napoléon, qui disposait alors d'une grande partie de l'Europe,

L'UNIVERS

et que ses victoires avaient conduit à Berlin, au mois de novembre 1806, répondit aux proclamations du gouvernement anglais , en déclarant lui-même en état de blocus les îles britanniques, en leur interdisant toutes communication légale avec le continent, et en ordonnant qu'on n'admît dans les ports occupés par ses armes aucun vaisseau venant directement d'Angleterre ou de ses colonies.

La Grande-Bretagne défendit alors toute communication avec les ports occupés par la France ou par ses alliés; et on déclara saisissables tous les bâtiments qui s'y rendraient, à moins qu'ils ne vinssent relâcher dans les ports britanniques, où ils auraient à payer un droit , et d'où ils seraient en suite réexpédiés pour leur destination.

Cet assujettissement, imposé par l'Angleterre aux vaisseaux des autres nations, donna immédiatement lieu au décret impérial de Milan , du 17 décembre 1807. Ce décret déclara dénationalisé tout navire qui se serait soumis à la visite d'un bâtiment anglais, ou à un voyage en Angleterre , ou qui aurait payé une taxe quelconque au gouvernement britannique. Tout navire , rangé dans cette classe, qui entrerait dans les ports de la France ou de ses alliés, ou qui serait rencontré en mer par ses vaisseaux armés ou par ses corsaires, serait déclaré de bonne prise : il en serait de même des bâtiments de toute nation, qui viendraient des ports d'Angleterre ou de ses colonies, ou qui auraient cette destination; et ces mesures ne devaient cesser d'avoir leur effet qu'envers les puissances qui auraient la fermeté de forcer l'Angleterre à respecter leur pavillon.

Chacune des prohibitions que nous venons de rapporter avait successivement empiré la condition des neutres; et le gouvernement britannique vint encore l'aggraver, en déclarant en état de blocus toutes les cotes méridionales d'Kspagne, depuis Cadix jusqu'à Carthagène.

La guerre autorise sans doute le terrible droit de représailles, mais les rigueurs que nous venons de signaler

n'avaient plus ce caractère; car cllf's atteignaient beaucoup moins les belligérants que les puissances neutres. Eu changeant ainsi le but des hostilités on en dépassait toutes les bornes : on ne pouvait d'ailleurs , sans s'exposer aux justes réclamations des neutres , les envelopper dans les mesures que l'on prenait de part et d'autre pour se nuire mutuellement. C'était contracter une dette envers eux ; c'était l'augmenter sans cesse, et il serait indispensable de l'acquitter un jour.

Les États-Unis eurent à souffrir de cet état d'irritation , beaucoup plus que toute autre puissance : ils insistèrent près de la France et de la Grande-Bretagne sur la révocation des ordres qui frappaient leur navigation et leur commerce; et le gouvernement fédéral , ne pouvant obtenir aucun adoucissement :

a ce système de rigueur, publia, le 1" i mars 1809 , un acte qui interdisait inv médiatement l'entrée des ports améri- i cains à tous les vaisseaux de guerre, soit anglais, soit français, et qui , àda- \ ter du 20 mai suivant, l'interdisait j également à tous leurs navires de corn- j merce , sous peine de saisie et de con- I fiscation : le même acte défendait I toute importation aux États-Unis de | marchandises anglaises ou françaises; | et cette prohibition devait durer jusqu'à ' l'époque où les mesures prises contre | le commerce des États-Unis auraient | été modifiées. j

Déjà le congrès avait défendu par ..

deux actes du 22 décembre 1807 et du , 9 mars 1808 , la sortie de tous les bâ- 1 timents de commerce américains , afin j de les soustraire aux attaques des bel- j ligérants : il continua par sa nouvelle! loi de défendre toute expédition de na-!i vires pour Angleterre ou pour France; j; mais cet embargo fut souvent éludé: | un grand nombre de capitaines américains ne cessèrent pas de tenir la mer, et de poursuivre des spéculations hasardeuses, où la chance des bénéfices devenait encore supérieure à celle des pertes.

Le bill du l"mars 1809 fut le dernieracte de l'administration de Jefferson..

Il avait soutenu avec force, mais sans

f)fovoquer une rupture, les droits de la neutralité; il avait saisi avec habileté tous les moyens de conserver honorablement la paix; et il voyait, en rentrant dans la retraite, son pays se dédommager, par des améliorations intérieures, de toutes les entraves mises à ses relations avec le dehors. De grands événements appartiennent au temps de la présidence de Jefferson, l'acquisition de la Louisiane, l'invention des bâtiments à vapeur, l'entreprise d'unir par une grande ligne de navigation les contrées de l'est et de l'ouest.

Ce dernier plan avait été formé dans i'Ktat de New-York ; et le gouverneur jMorris proposa en 1803, (l'ouvrir un canal entre la rivière d'Hudson et les grands lacs qui séparent le Canada des Etats-Unis. La législature de ce pays autorisa en ISOSles premières dépenses h faire pour vérifier si cette ligne de communication était praticable ; et l'on projeta de la diriger vers le lac Ontario, en empruntant les eaux du ]\Iohawk, du lac Onéida et de la rivière Oswégo; mais il fallait, dans ce système, lier les lacs Érié et Ontario par d'autres moyens de navigation; et l'on eut à reconnaître tous les accidents du sol qui les sépare, afin déjuger des difficultés qu'on aurait à vaincre.

Le Niagara, qui reçoit les eaux du lac Érié, et qui va les verser dans le lac Ontario , parcourt d'abord un large bassin où il se déploie avec majesté.

Les hauteurs de sa rive gauche, les plaines de sa rive droite, et les différentes îles qu'il embrasse sont ornées d'une riche végétation : bientôt le sol est plus aride, les rochers sont fnis à nu ; et leur plateau , se prolongeant sous le lit du fleuve, soutient l'immense volume de ses eaux. Mais cette base vient tout à coup à lui manquer ; elle se termine par un escarpement de cent cmquante pieds de hauteur sur un mille d'étendue; et le Niagara s'élance, se précipite avec impétuosité dans la vallée ouverte devant lui : elle est hérissée d'écueils, l'eau s'y brise, et rejaillit vers le ciel sous 1a forme d'un tourbillon de vapeur. Une voûte est ouverte entre le pied des rochers et la

chute du fleuve : un mugissement éternel sort de ces flots bouleversés ; les échos le redoublent et le prolongent ; il se confond avec les roulements du tonnerre; et, quand le ciel est pur, le soleil reflète souvent les couleurs de l'arc-en-ciel dans le nuage isolé qui s'élève et reste suspendu sur l'abîme.

Ce spectacle d'un fleuve qui tombe, et de la profonde vallée où il bouillonne pour reprendre ensuite un paisible cours, et des hautes forêts qui l'enveloppent d'une ceinture, et des rayons du jour, épanouis sur sa tête, offre la nature dans tout l'éclat de sa grandeur et de sa beauté ( voy. pL 95 et 96 ).

A la vue d'une barrière que la puissance de l'homme ne franchira jamais, les ingénieurs, chargés d'examiner la rive droite du fleuve , voulurent d'abord y creuser un canal, où la différence de niveau serait rachetée par un certain nombre d'écluses; mais M. Geddes pensa que, sans échelonner ainsi la navigation , par des moyens qui la ralentissent toujours , on pourrait ouvrir de l'est à l'ouest une communication directe entre l'Hudson et le lac Érié : elle suivrait d'un côté la vallée du Mohawk , de l'autre celle du Tonnewanta; et l'on s'assura que, dans l'intervalle de l'une à l'autre rivière, on trouverait des cours d'eau suffisants pour alimenter le canal, et pour l'élever ou l'abaisser tour à tour cà différents niveaux, selon la configuration du sol et l'abondance des eaux dont on pourrait disposer : une commission, nommée à New-York en 1810, adopta ce dernier projet et fut chargée d'en assurer l'exécution. Ce canal devait commencer au nord de la ville de Troy, suivre les rives du Mohawk dont là navigation est plusieurs fois interrompue par des chutes et des rapides, parcourir les régions où devaient bientôt s'élever Utique , Rome , Syracuse , Rochester , et se diriger, en profitant de toutes les prises d'eaux intermédiaires, vers l'embouchure du lac Érié, près de Buffalo, où la nation des Sénécas avait eu ses rendez-vous de chasse et avait creusé ses pirogues ( voy. pi. 93 et 94 ).

Avant que ces travaux fussent entre*

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pris, le Massacluisett en avait donné l'exemple, en faisant établir entre le Mériniack et la baie de Boston un canal qui fut ouvert à la navigation en 1804. Cette ligne était sans toute moins importante ; mais elle fit reconnaître l'avantage d'unir par une navigation intérieure différents rivages, dont les communications par voie de merétaient à la fois plus lentes et plus périlleuses; et l'on devait un jour faire une grande application de ce principe, dans le système de défense qui fut adopté pour le littoral des États-Unis.

Boston a été plusieurs fois cité dans le cours de cette histoire, pour sa coopération à toutes les grandes entreprises : cette ville sut aussi donner au commerce une impulsion favorable, et quelques-unes de ses expéditions maritimes méritent d'être remarquées.

Elle avait des relations étendues avec la Chine et les Indes orientales. Ses vaisseaux expédiés vers le i\lidi, portaient à l'Amérique du Sud une partie des produits de ses manufactures : ils allaient doubler le cap Horn , remotitaient dans le grand Océan jusqu'à la côte nord-ouest de l'Amérique, où l'on faisait la traite des pelleteries et celle des peaux de phoques et de veaux marins : ils les portaient en Chine , en exportaient des soieries et des cargaisons de thé, allaient prendre des étoffes de coton dans les Indes , et se renflaient aux Moluques , aux Célèbes , dans les îles de la Sonde, pour y chercher des épiceries. Ces voyages en Asie tenaient longtemps à la mer les Bostoniens : leurs marins s'accoutumaient aux plus pénibles épreuves de la navigation , et ils jouissaient d'une haute réputation d'habileté et d'intrépidité.

Les fils des plus riches familles étaient souvent |)lacés à bord des vaisseaux qui faisaient le commerce d'Asie : un professeur leur apprenait la théorie de la navigation ; ils y joignaient une pratique assidue; ils s'exerçaient à toutes les manœuvres ; et celte école de plusieurs années, où l'étude s'unissait constamment à l'expérience, fournissait à la marine américaine d'excellents officiers.

D'autres vaisseaux, destinés au commerce d'Europe se rendaient successivement h Liverpool , en Hollande, au Havre , dans la IMéditerranée : les pêcheries de la morue, de la baleine et des éléphants de mer occupaient un grand nombre de matelots, et l'activité des manufactures, celle des chantiers de construction faisaient annuellement des progrès.

Cependant l'heureuse situation de New- York, plus centrale et plus à portée de tous les marchés intérieurs, commençait à assurer sa prééminence commerciale, attirait dans ses murs une population nombreuse , et l'encourageait à se livrer aux entreprises les plus étendues. Elles étaient surtout dirigées vers les territoires de l'Ouest, vaste champ de découvertes , dont les limites , encore indéterminées , allaient s'éloigner de plus en plus.

Le gouvernement fédéral , aussitôt après avoir fait l'acquisition de la Louisiane, avait désiré connaître d'une manière exacte les contrées situées à l'occident du Mississipi. Zébulon Pike fut chargé en 1805 de parcourir toutes les eaux supérieures de ce fleuve : il s'éleva jusqu'au lac Sandy, et revint , neuf mois après à l'embouchure du Missouri, d'où il était parti. Cet officier entreprit en 1806 une nouvelle expédition : il remonta le cours entier de rOsage, et se porta sur l'Arkansas dont il gagna également la source, tandis que Vilkinson descendait la même rivière jusqu'à son embouchure ; il alla ensuite reconnaître les sources de la Platte, et se rendit, au delà des montagnes, sur les bords du Rio-del- Norte dont il descendit le cours : alors il voyageait dans les possessions espagnoles sans y être autorisé, et les adnnnistrations locales le firent arrêter et escorter jusqu'à la frontière. Dunbar et Hunter avaient visité en 1804 les eaux du Washita qui se jette dans la rivière Rouge : celle-ci fut reconnue par le docteur Sibley; et le gouvernement des États-Unis chargea les capitaines Lewis et Clarke d'explorer le coins dulMissom-i depuis son embouchure jusqu'à sa source, de gagner

ensuite par la route la plus directe le premier (leuve navigable, situé dans les versants occidentaux des montagnes Rocheuses, et de le suivre jusqu'aux rivages du grand Océan.

Ce voyage , commencé le 14 mai 1804, fut exécuté avec autant d'habileté que de succès. Lewis et Clarke étaient accompagnés d'une escorte de quarante hommes, pourvus des moyens de se défendre , et chargés de ne commettre aucune agression : ils s'attachèrent non-seulement à bien connaître le fleuve et les contrées qu'ils avaient à parcourir , mais à gagner la confiance des nations indiennes auxquelles ils venaient promettre paix et amitié. Ils leur apprirent que les États-Unis avaient succédé aux anciens possesseurs de la Louisiane, que destinés à maintenir des relations habituelles avec leurs tribus , ils leur apportaient la protection du gouvernement fédéral , son intervention pour pacifier les guerres qu'ils avaient entre eux , ses secours et ses présents pour concourir à leur bien-être : ils leur remirent des armes, des étoffes, des meubles utiles; firent flotter au milieu d'eux le pavillon des États-Unis , et donnèrent a leurs chefs des uniformes de l'armée américaine. C'était à la fois arborer les signes de la souveraineté et offrir des gages d'adoption. Le président leur était représenté comme un père qui faisait visiter ses enfants rouges : on les invitait à lui envoyer à leur tour une députation; et la puissance qui ne s'offrait à eux que sous la forme d'une autorité paternelle les trouvait disposés à déférer à ses conseils.

Quoique les diverses nations de ces contrées appartinssent toutes à la classe des peuples chasseurs, elles différaient entre elles par quelques nuances. Les Osages avaient fait des progrès en agriculture , et ils devaient au voisinage d£s colonies espagnoles ces premiers emprunts de civilisation. Les Panis avaient aussi quelques champs cultivés ; mais ils ne formaient plus un seul corps de nation; et le nombre en avait été réduit par de longues guerres avec les Osages-

La nation la plus puissante était celle des Sioux, partagés en dix tribus, qui pouvaient réunir trois mille çuerriers : elle s'étendait entre le IMississipi et le Missouri , et se prolongeait vers le nord jusqu'au Red-River, dont les eaux vont s'écouler dans le lac Winnipeg. La Compagnie anglaise du nordouest , qui avait près de ce lac une factorerie , entretenait avec les Sioux quelques relations de commerce; et les capitaines Lewis et Clarke trouvèrent chez eux des interprètes qui facilitèrent leurs communications.

Les Ricaras que l'on rencontra vers l'ouest avaient une commune origine avec les Panis, dont ils s'étaient ensuite séparés, et ils s'étaient rapprochés des Mandans qui occupaient les vallées les plus septentrionales du Missouri. L'un et l'autre peuple faisaient avec la Compagnie du nord-ouest un commerce de pelleteries : quelques Français canadiens s'étaient fixés au milieu d'eux ; et quand les voyageurs s'arrêtèrent dans le principal village des Mandans , pour y passer l'hiver , ils purent se procurer de nombreux renseignements sur les mœurs de ces tribus.

Les villages de ces nations se ressemblent : leurs maisons ou loges ont une forme conique , dont les parois se composent de pieux plantés dans la terre , recourbés et rapprochés vers le sommet , et liés entre eux par des rameaux longs et flexibles qui s'entrelacent comme une claie : on ménage vers la cime une ouverture de quelques pieds , pour recevoir le jour et donner issue à la fumée. Ces loges se partagent en plusieurs compartiments, pour l'habitation des familles, le dépôt de leurs provisions d'hiver, etcelui des pelleteries qui doivent être échangées avec les Canadiens, ou avec d'autres facteurs étrangers.

Les observations déjà faites dans le cours de cette histoire, sur les Indiens situés à l'orient du Mississipi et dans la région des Apalaches, peuvent aussi s'appliquer aux nations occidentales.

La similitude de leur situation dans l'ordre social explique celle de leurs

L'UNIVERS

usages. La chaSse et ia pêche sont leurs principaux moyens d'existence :

elles se disputent leurs forêts et leurs neuves, avec le même acharnement, avec la même cruauté envers leurs prisonniers.Quelques ébauches de civilisation ont été commencées vers les extrêmes limites de leurs contrées sauvages ; mais l'empire des habitudes y résiste à cette heureuse innovation : l'ascendant de la force y prédomine; on cherche les fatigues et les périls, et l'on méprise les paisibles jouissances d'une vie sédentaire. Et cependant c'est à travers de tels obstacles que les anciens peuples ont abandonné les forêts ou les pâturages, et se sont élevés à tous les développements de la morale et de l'intelligence. La postérité a consacré les noms de quelques hommes qui les civilisèrent : une gloire si noble et si pure pourrait encore satisfaire la plus haute ambition.

Au retour du printemps, les voyageurs américains reprirent leur expédition : ils se rembarquèrent sur le Missouri, qu'ils avaient trouvé constamment navigable, et le 15 juin 1805 ils furent arrêtés par les cataractes du lleuve, à plus de cinq cents lieues de son embouchure. Un bruit sourd et continu, qui se faisait entendre à plusieurs milles de distance, les avait préveims de ce phénomène. On arriva au pied de quelques rapides, et l'on eut le spectacle de la grande chute du Missouri, déployant une nappe de quatrevingt-sept pieds de hauteur sur six cents pieds d'étendue. Elle n'occupe pas toute la largeur du fleuve, et les eaux voisines de chacune des deux rives roulent en cascade et de rochers en rochers jusqu'à la même profondeur.

Au delà de cette chute imposante, ou aperçoit d'autres rapides, puis une seconde nappe d'eau de quarante-sept pieds de hauteur. De nouveaux degrés oi'i l'eau toiube avec fracas se développent plus loin encore : ils sont surmontes par ime troisième chute de vingt-six pieds; et d'autres cascades, blanchissant d'écume, couronnent ce magique tableau. On ne peut néanmoins le comparer au Niagara, où la

chute d'un fleuve entier s'accomplit tout à la fois, et où la simplicité s'unit à la magnificence.

Les Américains franchirent, par un portage, l'intervalle des chutes : ils reprirent ensuite la navigation du Missouri, et lorsqu'ils furent arrivés au pied de la première chaîne des montagnes, ils furent frappés d'une autre scène majestueuse : le fleuve coulait pendant deux lieues entre deux boulevards de rochers granitiques qui s'élevaient perpendiculairement à près de douze cents pieds : le Missouri avait mille pieds de largeur dans ce défdé; et plusieurs sources, jaillissant avec abondance des flancs du rocher, venaient accroître le volume des eaux. Ce passage reçut le nom de Porte des montagnes Rocheuses. Une longue plaine reparut ensuite : on parvint aux fourches du Missouri , qui reçoit ses eaux de trois rivières principales, et on leur donna les noms de Jefferson, de Madison et de Gallatin.

Arrivé enfin à la chaîne principale des montagnes, on rencontra les Indiens shoshonées, qui, dans leurs excursions annuelles, passent une partie de l'année dans les hautes vallées du Missouri , une autre dans celles de la Columbia : on apprit d'eux la route qu'ils suivaient dans leurs émigrations périodiques; on acheta les chevaux qu'ils s'étaient eux-mêmes procurés par leur commerce avec les colonies espagnoles; et, après avoir péniblement franchi les montagnes, on eut à construire des bateaux pour descendre une rivière, longtemps navigable, qui reçut le nom de Lewis : elle les conduisit dans la Columbia; et les voyageurs américains, accomplissant heureusement leur expédition, suivirent jusqu'à la mer le cours de ce fleuve.

Pendant leur voyage et leur séjour à l'occident des montagnes Rocheuses, ils eurent de fréquentes relations avec les naturels du pays, depuis les Indiens serpents qui occupaient les hautes vallées, jusqu'aux différentes peuplades répandues aux bords des fleuves ou sur les rives de l'Océan. Dans la |)lu|)art de CCS tribus, on aplatissait la tête des

enfants, soit qu'on vouliU conserver à la nation un caractère distinctif, soit que l'on déférât à une bizarre opinion sur le type de la beauté : funeste aberration qui, en mutilant l'organe de la pensée, devait arrêter le développement des facultés intellectuelles.

Lewis et Clarke hivernèrent chez les Indiens daisops : ils leur laissèrent, avant de partir, un écrit qui pourrait un jour être remis à quelque navigateur, et où ils déclaraient « qu'ayant « été envoyés par le gouvernement des « États-Unis pour explorer l'intérieur « du continent d'Amérique, ils avaient « pénétré, par la voie du ^lissouri et « de la Colunibia, jusqu'à l'embouchure « de ce dernier fleuve dans l'océan Pa- « cifique, qu'ils y étaient arrivés le 14 « novembre 1805, et qu'ils en étaient « partis le 23 mars 1806, pour retour- « ner par la même route aux États- « Unis. »

Ces premiers explorateurs avaient traversé des régions jusqu'alors inconnues : d'autres voyageurs s'y engagèrent après eux, les parcoururent en plusieurs directions, et franchirent sur différents points les montagnes Rocheuses.

Il résulta de leurs observations , commencées le long du Mississipi, que les terres les plus lertiles s'étendaient jusqu'à quatre-vingts lieues vers l'ouest; que le sol, devenu plus élevé, formait une seconde région, où les forêts étaient plus rares et ne suivaient plus que la rive des eaux. On découvrait, en s'avançant davantage, une vaste étendue de plaines traversées par différents fleuves, et dont l'aspect était divers : les unes étaient occupées par des joncs et de hauts herbages; d'autres étaient stériles comme les steppes de la Tartarie; d'autres, tour à tour envahies ou abandonnées par les eaux, étaient couvertes d'une couche de sables profonds , soulevés quelquefois par les vents. Ces plateaux , généralement dépourvus de bois, se relevaient ensuite en collines, en hauteurs progressives, qui allaient se rattacher, comme autant d'embranchements, à la ligne des montagnes Rocheuses, et celles-ci fai-

saient partie de cette longue chaîne des Cordillères qui parcourt du nord au sud l'Amérique entière. Les points les plus élevés de cette région coïncident au 41'' degré, et les réservoirs qui s'y sont formés répandent leurs eaux dans toutes les directions. C'est dans cette contrée supérieure que prennent leur source le Colorado , qui se rend au golfe de Californie : le Rio-del-Norte , le plus grand fleuve du Mexique; l'Arkansas, tributaire du Mississipi; la Platte, le Yellowstone, principaux affluents du IMissouri, et le Lewis, qui va grossir les eaux de la Columbia.

La plupart des plaines élevées que parcoururent les premiers voyageurs en s'éloignant vers l'ouest, leur parurent moins favorables à la culture qu'à la multiplication des troupeaux, et ils purent en juger ainsi, soit par le décroissement de la végétation, soit par l'innombrablequantitédebuffalosqu'ils rencontrèrent. Néanmoins les indices que donne une nature sauvage ne sont point inaltérables : la terre peut être modiflée par le travail de l'homme; et des efforts dirigés avec intelligence parviennent à façonner un sol rebelle, et à couvrir la nudité de la terre de la parure des plantes, en les adaptant l'une à l'autre, et en choisissant les sites et les végétaux.

La navigation des fleuves qui arrosent ces contrées favorise les progrès des établissements : celle du Missouri offre un développement de plus de mille lieues , si l'on tient compte de tous ses détours; celle de l'Arkansas en a huit cents; les autres rivières peuvent être également remontées jusque vers le pied des montagnes Rocheuses ; là on rencontre des chutes et des rapides qui entravent les communications. La rivière Plaile est la moins navigable de toutes, et les vastes plaines dont elle occupe le centre sont souvent exposées aux débordements.

Si l'une et l'autre rive du Mississipi ont un grand nombre de productions semblables, il est néanmoins plusieurs genres de richesses qui appartiennent spécialement aux contrées occidentales.

L'UNIVERS

Les mines de plomb que Ton a découvertes à l'ouest du Mississipi se partagent en deux régions : l'une , située au nord, vers \d. prairie du Chien, comprend les mines de Dubuque, découvertes et exploitées dès le commencement du dix-huitième siècle : l'autre région est plus méridionale; elle occupe vingt lieues de longueur sur sept de largeur, dans la chaîne des monts Ozarks qui s'élèvent entre le Missouri et l'Arkansas. Les premières veines de cette mine ont été reconnues dans les hautes vallées du Maramec, du Saint- François et du Washita : on trouve sur les boVds de ces rivières des masses de plomb natif, et la fusion de la galène que l'on extrait donne souvent en métal plus de la moitié de son poids.

La même chaîne de montagnes renferme des mines de fer abondantes; et le voisinage des rivières en facilite l'exploitation. Des mines de charbon fossile se découvrent dans un grand nombre de lieux , et l'on reconnaît combien de forets ont été ensevelies dans ces vastes plaines , formées de terres d'alluvion, et progressivement exhaussées durant la marche des siècles. Le feu a quelquefois pénétré accidentellement dans ces masses souterraines dont il continue de dévorer une partie : d'autres amas de bois engloutis ont été abandonnés par la nature h. une combustion sourde et lente, qui leur a fait éprouver des transformations différentes, suivant la nature des couches où ils étaient ensevelis : ils se sont convertis en houille, en tourbe, en charbon bitumineux ou fossile ; et , en exhumant pour l'entretien de nos usines les débris de ces forets carbonisées , nous pourrons épargner plus longtemps celles qui nous couvrent encore de leur ombrage.

INous avons reconnu que les plaines situées au sud-ouest du Missouri sont traversées d'occident en orient par de très-longues rivières : la séparation de leurs bassins fluvialiles n'est souvent formée que par des atterrisscmenls qui en deviennent les digues naturelles ; et les plateaux intermédiaires go, couvrent de couches de sel qui en

blanchissent la surface; soit qu'elles appartiennent à d'anciens dépôts de sel gemme, soit qu'elles aient été plus récemment produites par l'évaporation des eaux qui tenaient cette substance en dissolution. Ces salines occupent des plaines entières , et l'on en trouve d'autres également remarquables dans les terres voisines de TOsage et de l'Arkansas : les cours d'eau qui les arrosent se sont plus ou moins imprégnés de sel , en passant sur un lit qui en était chargé; et la terre et les eaux participent de la même amertume.

On explique par la nature du sol et par celle des pâturages , l'extrême affluence des buffalos que les premiers voyageurs y rencontrèrent. Ces animaux recherchent les régions salifères :

la plaine est semée de leurs débris :

souvent même, en la creusant à peine, on y trouve de nombreux ossements fossiles, appartenant à la classe des mastodontes et ta d'autres familles qui ont disparu. Les buffalos occupent aujourd'hui la contrée où vivaient ces races gigantesques ; et ils avaient été également répandus dans les plaines de l'Ohio, de i'Indiana, de l'Illinois; mais l'approche des colonies européennes les a mis en fuite. Ceux qui avaient erré entre les Apalaches et le Mississipi se sont retirés vers les lacs et les prairies du nord-ouest; d'autres ont franchi le fleuve, et, après en avoir habité les rives occidentales, ils ont encore été repoussés vers des régions plus sauvages. Là, ils continuent de se réunir en troupeaux innombrables , et ils jouissent en commun des pâturages dont les herbes et les eaux savoureuses conviennent à leur instinct.

Souvent ces familles nomades et paisibles changent de contrée : elles ont du nord au midi des énugrations périodiques et alternatives, suivant la saison ; on les voit marcher en caravanes, couvrir au loin la plaine, et traverser h la nage le Missouri et les autres fleuves. Mais les premiers voyageurs des États-Unis remarquèrent que les buffalos ne franchissaient pas les montagnes Rocheuses : ces boulevards avaient arrêté jusqu'alors leurs

ÉTATS-UNIS D'AMltRIQUE

excursions vers l'ouest : ils n'abandonnent pas les prairies et la plaine ; et cette contrée , où leur espèce se développe dans toute sa force , devient aussi un de leurs derniers refuges. Les loups , leurs ennemis infatigables , rôdent sans cesse autour de leurs pâturages : ils n'attaquent pas un troupeau réuni, mais ils l'effrayent, ils le mettent en fuite , et tombent avec voracité sur les animaux qui s'en écartent ou qui n'ont pu le suivre. Les uns et les autres ont de plus redoutables ennemis dans les chasseurs qui les poursuivent : cette guerre est continue , et l'appât de leur dépouille la rend plus acharnée.

Parmi les animaux qui fréquentent les montagnes Rocheuses , et dont la fourrure est recherchée dans le commerce, les voyageurs américains remarquèrent l'ours, le renard rouge, et plusieurs espèces d'antilopes. L'argali atteint les sommets les plus élevés et se suspend aux bords des précipices ; l'élan , le wapiti , parcourent ces forêts dont les arbres sont élancés, et où ils ne rencontrent aucun taillis qui embarrasse leurs ramures. Les castors sont encore nombreux dans les vallées et dans les plaines qu'arrosent des courants d'eau vive ; mais ils se replient devant la race liumaine, soit pour échapper à la destruction , soit pour cacher leur industrie dans la solitude.

Autrefois la nation des Osages les avait protégés : elle avait appris , par une superstitieuse tradition , que son fondateur s'était allié à la famille d'un castor ; et on avait eu longtemps égard à ce titre de consanguinité; mais les calculs du commerce et l'appât du gain firent ensuite oublier cette filiation.

Quand les États-Unis commencèrent leurs établissements sur la rive occidentale du Rlississipi , les Osages , les Arkansas furent les premières nations indiennes qui se trouvèrent en contact avec eux; et Lewis, devenu gouverneur de ces contrées , eut à conclure un arrangement avec leurs tribus sur la démarcation des deux territoires.

Les Indiens renoncèrent pour quelques subsides à une partie de leurs forêts ,

et ils conmiencèrent vers l'ouest ce mouvement de retraite qui ne devait plus avoir de terme.

L'avenir dont les aborigènes étaient alors menacés inspirait à leurs vieillards de vives inquiétudes; et, lorsque les officiers du gouvernement fédéral vinrent prendre possession des terres nouvellement acquises , constater les limites qui leur étaient assignées , et y construire des forts pour en assurer la défense, un vieux guerrier de la nation des Osages, s'entretenant avec leur interprète, lui exprima ses plaintes.

« Le grand fieuve , le père des eaux , « nous séparait de vous : pourquoi ve- « nir nous cliercher et vous établir sur " notre rivage? La terre du matin ne « vous suffisait-elle pas ? Elle a , comme « la nôtre , des eaux , des forêts , des « montagnes ; elle vous offre , comme « à nous, ses fruits, ses animaux , ses « ombrages. J'en ai parcouru les con- « trées , dans la fleur de ma jeunesse , « et le tomahac à la main , quand je « cherchais à venger le massacre du « ma famille , quand j'allais enlever les « chevelures de mes ennemis pour pa- « rer ma hutte sauvage. Les plaines où " je triomphais m'ont paru belles : leur « état a-t-il changé? sont- elles deve- « nues stériles? ne reçoivent-elles plus « l'eau des nuages et les rayons du «jour? les rivières où flottait'ia piro- « gue 0!it-c!les suspendu leur cours ?

« Ces régions sont vastes : vous ne « les remplissez pas encore ; et si elles K vous suffisent pourquoi changer de «demeures? Vous avancez; et tout ce « qui avait reçu la vie tombe ou dispa- « raît : l'incendie s'étend devant vous ; « il éloigne ceux que vous ne pouviez « atteindre, et vous vous emparez du « désert que vous avez fait. J'ai prévu « Ib sort qui attend tous les hommes 0 rouges, quand du haut de nos mon- « tagnes j'ai vu la terre que vous enva- « hissez se dépouiller de ces belles fo- « rets qui avaient été notre séjour , <> quand j'ai vu ces immenses troupeaux «de buffalos, de cerfs, d'autres ani- » maux sauvages, s'éclaircir dans les «plaines, et gagner précipitamnient « les savanes, les prairies de l'ouest :

ru ]N IV ERS.

« ils étaient notre cortège ; ils nous « suivent pour s'affaiblir encore, et « pour s'anéantir un jour au fond de « nos solitudes.

« La terre est encore étendue der- « rière nous : nous ne sommes pas au « terme où vous cesserez de nous pour- « suivre; mais les pays oiî vous nous « réduisez sont déjà moins fertiles.

« D'âpres montagnes , des rochers es- « carpes, où les plantes et les animaux « ne peuvent plus vivre, ne nous offri- « roiit que leurs cavernes , où la famine « viendra nous chercher.

« Nos pères nous ont appris que <> d'autres régions s'étendaient au delà » de ces montagnes : mais si nous « franchissons cette barrière, les peu- « pies que nous rencontrerons vou- « dront-ils nous recevoir? La terre qu'ils « habitent ne leur a-t-elle pas été don- « née par le grand esprit, pour qu'ils «. puissent en parcourir paisiblement « les forêts ? Sans doute vous nous y « poursuivrez encore ; et les débris de « nos nations, refoulées les unes sur « les autres, ne laisseront plus dans « les vastes contrées qui leur avaient « appartenu que les monuments de leur « passage et de leur destruction. Qui <« sait même s'il en restera quelque «trace sur la terre? On dit que les « grandes eaux l'enveloppent comme « une ceinture ; et si vous nous repous- <> sez sans cesse vers leurs rivages , il « viendra un temps où nos dernières << générations, ne pouvant plus s'éloi- " gner davantage, et ne voulant pas «plier sous la servitude, contemple- « ront ce gouffre immense comme un « dernier "asile, et n'aspireront plus « qu'à s'y ensevelir. »

Les plaintes du vieux guerrier, qui ne pouvait songer sans terreur aux fatales destinées de la race aborigène, ne furent alors attribuées qu'à une exaltation déréglée : la prévoyance et la pénétration des sages sont quelquefois traitées ainsi ; et peut-être il ne devait pas s'écouler plus d'un siècle, avant que cette prédiction s'accomplît.

Les alarmes des Indiens étaient si vives que leurs tribus cherchèrent, quelques années après, à revenir sur

la cession de territoire qu'elles avaient faite et dont les conditions n'étaient pas encore remplies. Une députation de chefs de guerre se rendit près du gouverneur du Missouri, et l'orateur s'éleva contre la validité de cette vente. « Les hommes qui l'ont faite n'y étaient « pas autorisés ; et la nation elle-même « n'en aurait pas le droit. Notre con- « trée appartient à notre postérité aussi « bien qu'à nous : nous l'avons reçue « pour le temps de notre vie , et nous « la transmettons à nos descendants.

« Il ne peut nous être permis de ven- « dre les ossements de nos pères et « l'héritage de nos fils. »

Cette protestation fut vaine, et le gouverneur déclara qu'une cession volontairement faite par les Osages et sanctionnée par le congrès , ne pouvait pas être révoquée : les subsides promis aux Indiens leur furent remis, et ils conservèrent le droit de chasser dans la même contrée , aussi longtemps que les États-Unis n'y auraient pas formé d'établissements.

Ce privilège éventuel ne pouvait pas être de longue durée. Déjà s'avançaient vers la nouvelle frontière ces aventuriers , à demi sauvages , connus sous le nom de trappeurs , qui vivent au milieu des forêts , se mêlent aux chasses des Indiens, leur font souvent la guerre, dépeuplent d'animaux le sol qu'ils parcourent ., et deviennent les principaux pourvoyeurs des marchands de pelleteries. Les terres épuisées de gibier étaient promptement abandonnées par les Indiens ; et quelques audacieux fourrageurs ouvraient un champ plus libre aux familles de cultivateurs qui arrivaient après eux.

Ainsi la population des rives inférieures du Missouri et de l'Arkansas commençait à remonter le cours des fleuves, et à se répandre dans les contrées intermédiaires , avant de poursuivre plus au loin sa marche progressive.

IMais quelques hommes, embrassant dans leurs vues un long avenir, avaient déjà conçu l'espérance de porter jusqu'au grand Océan les limites des États- Unis, et d'occuper, au nom du gouvernement fédéral , l'emboucliure et

les rivfis des fleuves dont Lewis et Clarke avaient reconnu le cours.

M. John Astor de New-York fonda en 1809 une compagnie pour le commerce des fourrures de l'océan Pacifique. Il se proposa de former un établissement à l'entrée de la Columbia ; d'y envoyer, chaque année, un vaisseau chargé de marchandises , soit pour les naturels du pays, soit pour la Chine; d'y prendre les'pelleteries qu'on aurait pu se procurer, et de faire voile pour Canton, entrepôt général où l'on en trouverait toujours le débit : le vaisseau , après y avoir déposé ses fourrures et le reste de sa cargaison, devait revenir à New-York avec les productions delà Chine et des Indes orientales.

Le navire le Tonqidn fut expédié le premier : il partit le 6 septembre 1810, alla doubler le cap Horn et se rendit aux îles Sandwich. Le capitaine Thorne qui le commandait enrôla i)our le service de la compagnie quelques insulaires de cet archipel, et il arriva le 23 mars 1811 à l'embouchure de la Columbia , sur la rive méridionale de laquelle on érigea le fort Astoria.

Une expédition par terre devait se rendre à la même destination. William Hunt et Donald Mockenzie partirent de Saint-Louis de Missouri, au mois d'août 1810, avec soixante-treize hommes : ils devaient suivre d'aussi près que possible la route que Lewis et Clarke s'étaient tracée en 1804 et 1805, et ils remontèrent le Missouri jusque dans le pays des Ricaras : ils s'engagèrent ensuite dans les vallées du Yelloivsto?ie, pour gagner les montagnes Rocheuses : on rencontra au delà de cette barrière le cours de la rivière Lewis; et les voyageurs, après avoir fait par terre et par eau le trajet le plus périlleux et le plus pénible , arrivèrent en deux détachements au fort Astoria , où cent quatre habitants se trouvèrent alors réunis. Dès ce moment on s'occupa des défrichements nécessaires à cette naissante colonie , et des relations qu'elle devait entretenir avec les Indiens.

Quels que fussent les désastres que cet établissement devait éj>rouver bicn-

tôt, l'occupation première avait eu lieu, le titre, de possession était proclamé, et les Ktats-Unis étaient intéressés à le faire valoir. Ce peuple est constant dans ses vues : s'il laisse quelquefois reposer ses prétentions, il n'v renonce point, et il attend l'occasion de les faire revivre.

On avait eu des preuves de cet esprit de persévérance dans les démarches faites par le gouvernement fédéral, pou r obtenir de la France et de l'Angleterre la révocation des ordonnances, contraires à la neutralité de la navigation et du commerce américain. Quoique le congrès eût déclaré qu'à dater du 20 mai 1810 aucun navire des deux nations ne serait reçu dans les ports des États-Unis, il annonça, au moment où allait commencer cette interdiction, qu'elle cesserait envers la puissance qui révoquerait ses édits avant le 3 mars 1811, et il chargea le général Armstrong, ministre plénipotentiaire d'Amérique en France, de réclamer cette révocation. Ses instances eurent enfin un heureux succès, et ce ministre reçut, le 5 août 1810, la déclaration que les décrets de Berlin et de Milan cesseraient d'avoir leur effet à l'égard des Américains, à dater du 1" novembre suivant. La navigation et le commerce entre la France et les États-Unis allaient dès lors reprendre un cours régulier.

Les deux nations accueillirent avec joie la réconciliation qui venait de s'établir entre elles. Jefferson l'avait toujours désirée : il avait évité toutes les mesures extrêmes qui auraient pu y mettre obstacle; et Madison, qui lui succéda dans la présidence, le 4 mars 1809, honora son administration, en assurant le retour de la bonne harmonie entre les États-Unis et leur ancien allié.

Dès ce moment , on put se livrer avec plus de confiance à de nombreuses opérations commerciales. Les pénibles épreuves qu'elles avaient eu à subir ne les avaient pas interrompues; mais ces périlleuses expéditions, suivies au milieu des écueils , n'avaient offert aucune garantie : de grandes fortunes s'étaient

i; UNIVERS.

élevées siil)it('inerit; d'iiiitres s'étaient écroulées : les bénctiees ne servaient plus de compensation aux dommages, et l'on avait à réparer une longue suite de malheurs particuliers.

Les Américains réclamèrent de la France des indemnités pour les pertes qu'ils avaient faites; mais cette question était difficile à résoudre d'une manière définitive, aussi longtemps que la guerre n'avait pas cessé entre l'Angleterre et la France. « .T'ai voulu, disait le gouvernement français, opposer à mon'adversaire des armes égales, et s'il a mis des bornes aux droits maritimes des autres puissances, il m'a forcé de l'imiter. Je n'ai pu souffrir qu'il masquât son commerce sous pavillon neutre; et quand l'Océan le dérobait à mes poursuites, je l'ai atteint dans tous les ports dont j'étais maître : cette mesure était générale,^ et les Américains ne pouvaient en être exceptés. Le congrès a voulu sans doute les y soustraire, lorsqu'il a mis dans ses ports un embargo général sur leurs navires, et qu'il a ordonné le retour de tous ceux qui étaient encore chez l'étranger. Cependant, malgré ses injonctions, un grand nombre d'Américains, échappant à l'action des lois, ont continué de suivre, pour le compte de l'ennemi, un commerce qu'il ne pouvait pas exercer lui-même avec liberté.

Si leur navigation était illicite aux yeux même du gouvernement fédéral qui l'avait prohibée formellement, n'avaientils pas perdu, en méconnaissant son autorité, le droit de recourir ensuite a sa protection? et le désaveu qu'ils avaient encouru de sa part ne permettait-il pas de les considérer comme ennemis? »

Quelque spécieux que pussent être ces motifs, le gouvernement fédéral ne les admettait point. « Si des capitaines américains enfreignent nos lois , c'est à elles seules qu'il appartient de les punir; et en les poursuivant pour un délit, je ne m'interdis point de réclamer en leur faveur une compensation pour les dommages qu'ils ont soufferts, .l'ai voulu me tenir à l'écart de vos démêlés avec l'Angleterre , et mettre les vais-

seaux américains à l'abri de toute agression : cette réserve n'était point un acte hostile, c'était une paisible sauvegarde pour ma neutralité. Je m'isolais, mais je ne pouvais demeurer impassible. La France et les États-Unis ont été liés par une convention qui reconnaissait l'inviolabilité du pavillon neutre et la liberté du commerce : la durée de cet acte ne devait expirer qu'à la fin de 1809, huit ans après l'échange de ses ratifications, et c'est sur ses clauses mêmes que nous fondons la justice»

de nos demandes. Si l'Angleterre a suivi d'autres principes maritimes, ceux que consacraient nos traités avec la France n'en sont point altérés, et ce que les deux contractants s'étaient mutuellement promis est devenu la seule base de leurs obligations connue de leurs droits. »

C'est au développement de ces idées générales que pouvaient être ramenés les différents points d'une négociation qui fut suspendue et renouvelée plusieurs fois. Cette discussion polémique, où l'on tendait à éclaircir les faits et à se rapprocher par quelques concessions réciproques, n'avait rien d'irritant : les Ltats-Unis cherchaient à faire reconnaître leurs droits h une indemnité; mais ils en réduisaient l'évaluation primitive, et ils n'en sollicitaient pas le remboursement immédiat; ils avaient égard aux dépenses de la guerre où la France continuait d'être engagée, et, sans prétendre qu'elle dut en ce moment aggraver ses charges, ils ajournaient à des temps plus paisibles leurs instances ultérieures.

Au milieu même de leur mésintelligence, jamais les deux nations n'avaient eu l'une envers l'autre de sentiments hostiles. Les Américains suivaient avec intérêt les destinées de la France, et contemplaient dans toutes les phases de sa fortune l'illustre capitaine que la victoire avait si souvent couronné et qu'elle commençait à enivrer de ses faveurs. Napoléon honorait à son tour la mémoire de Washington; il aimait à voir les Américains prospérer à l'abri de leurs institutions, et, après avoir lui-même concouru à l'accroissement

ÉTATS-UNIS irAMÉRIOUE.

de leur puissance, il n'aurait pas voulu attaquer son ouvrage.

Les États-Unis n'avaient pas alors la même tendance à se rapprocher du gouvernement britannique. Leurs plus âiers intérêts, leur dignité, leur indépendance , avaient été blessés : la presse de leurs matelots était exercée par l'Angleterre à bord même de leurs navires; on les avait attaqués jusque sur leurs rivages, et chaque agression nouvelle ajoutait aux ressentiments. Le gouvernement fédéral persista donc à exclure de ses ports les bâtiments britanniques, et à suspendre toute relation de commerce entre l'Angleterre et les États- Unis.

Telle était en 1811 la situation politique de la confédération américaine, et d'autres événements d'une importance plus grande encore commençaient à fixer son attention.

Autant les États-Unis paraissaient éloignés d'intervenir dans les querelles de l'Europe, dont Jefferson aurait voulu quelquefois être séparé par un océan de feu, autant les intérêts du nouveau monde éveillaient leur sollicitude. Ils voyaient se propager dans plusieurs colonies les germes de l'indépendance; et quoique le gouvernement fédéral ne prît aucune mesure pour les fomenter et pour les faire éclore, il ne cherchait pas sans doute à en arrêter le développement.

Miranda, né à Caracas, fut un des hommes qui contribuèrent avec le plus d'ardeur à l'émancipation de l'Amérique espagnole; il avait des vues étendues, un génie entreprenant et le désir d'acquérir de la célébrité.

Pendant la guerre de l'indépendance des États-Unis, ]\Iiranda, très-jeune encore, avait servi leur cause, et c'était au milieu d'eux qu'il avait formé le projet d'affranchir sa patrie. Une si grande entreprise exigeait des ressources nombreuses; un appui étranger lui devenait nécessaire, et il voulut, après la conclusion de la paix de 1783, sonder les dispositions de quelques puissances. Dans cette vue, il se rendit à Londres et à Saint-Pétersbourg : en Russie, il obtenait les éloges de Ca-

therine qui aimait les vastes desseins, en Angleterre, il espérait des secours plus efficaces; mais d'autres événements suspendirent pendant plusieurs années l'exécution de son entreprise.

La guerre de la révolution française était commencée : Miranda vint y prendre part, et il fut élevé au grade de lieutenant général dans les armées de la république. Ses campagnes en Belgique développèrent son habileté et son expérience; néanmoins il échoua au siège de jMastricht, et il ne put empêcher, en 1793 , la perte de la bataille de Nerwinde, où il connuandait l'aile gauche de l'armée. Disgracié à la suite de ce revers , il fut arrêté, relâché, et incarcéré de nouveau jusqu'à la mort de Robespierre. Son projet d'émanciper l'Amérique espagnole l'occupait sans cesse; mais il ne fut secondé ni par le comité de salut public , ni par le directoire exécutif: la France et l'Espagne étaient alors unies par des traités^ de paix et d'alliance; et IMiranda, exilé le 18 fructidor (4 septembre 1797), se rendit à Londres, et alla proposer au gouvernement britannique un plan d'indépendance pour la Terre-Ferme et le Mexique : il demandait que les États- Unis fussent invités à concourir à cette expédition, qu'on leur offrît le territoire des Florides s'ils consentaient à faire agir un corps de dix mille hommes, et que l'Angleterre fournît les vaisseaux et les subsides nécessaires au transport des troupes et aux opérations de la guerre.

Mais il fallait s'assurer de l'adhésion du gouvernement fédéral : Miranda se rendit en Amérique pour l'obtenir, et le président refusa les propositions qui lui étaient faites : il ne voulait pas commettre d'agression contre les possessions de l'Espagne, avec laquelle les États-Unis étaient en paix.

Quand de nouvelles dissensions, relatives à la navigation du Mississipi et à l'entrepôt commercial de la Nouvelle- Orléans, éclatèrent entre les deux puissances , Miranda vint encore aux États- Unis pour solliciter de nouveau leur coopération à ses desseins. Cette seconde démarche n'eut pas plus de suc-

i;U?iIVERS.

ces : le traité de 1803 qui cédait la Louisiane aux Américains venait d'être conclu, et la cause de leurs contestations avec l'Espagne avait cessé.

Alors, ne pouvant plus compter sur les secours du congrès, Miranda chercha , pendant son séjour à INew-York , à intéresser à ses projets quelques spéculateurs, et à faire en secret des enrôlements volontaires; opération plus facile dans un portoij affluent un grand nombre d'étrangers qui viennent, d'un hémisphère à l'autre, tenter la fortune et courir de nouveaux hasards. On se procura des armes et des munitions de guerre : une partie de ces dépenses fut acquittée sur les fonds que Ton avait apportés de Londres: la garantie des autres payements tenait au succès même de l'expédition : le colonel Smith et Ogden armèrent le navire le Léandre, où cette troupe aventureuse s'embarqua; et Miranda, mettant à la voile le 3 février 1806, se dirigea sur Saint- Domingue, d'où il se rendit dans l'île de la Trinité. Dès que la destination de cet armement fut connue, le ministre d'Espagne près du gouvernement fédéral s'en plaignit vivement, et il obtint que Ogden et Smith fussent poursuivis devant les tribunaux; mais tous deux furent acquittés par une déclaration du jury, et le résultat de cette procédure montra que l'entreprise, sans être avouée par le congrès, était favorisée par l'opinion publique.

L'amiral Cochrane se trouvait alors à la Trinité, et .Miranda obtint de lui quelques bâtiments armés ; cinq cents volontaires étaient réunis sous ses ordres; il partit le 24 juillet, et alla débarquer près du cap de la Vêla , dont les forts tombèrent en son pouvoir : il se dirigea ensuite sur Rio de la Hacha , pour y attendre des secours de la Jamaïque; mais ne recevant aucun renfort, et ne pouvant pas se maintenir avec si peu de forces , il dut renoncer à son expédition , revint dans l'île de la Trinité, et regagna l'Angleterre, pour y attendre une occasion plus favorable.

Ces projets d'émancipation se renouvelèrent deux ans après, et ils furent

précédés d'un événement inattendu • qui , en changeant le sort du Brésil , ne fut pas sans influence sur celui des colonies espagnoles. On vit, le 27 juil- i let 1808, arriver de Lisbonne à Rio- Janeiro la famille royale de Bragance. | L'invasion de ses Etats d'Europe avait ; déterminé le prince régent de Portu- ; gai à se retirer au Brésil ; et ce pays , i délivré du régime colonial , avait ac- \ quis les mêmes droits que la mère pa- ; trie. i

L'invasion de l'Espagne produisit I d'autres mouvements en Amérique, \ lorsqu'on y apprit les actes et les trai- i tés de Bayonne, qui avaient précipité [ du trône Charles IV et son fils Ferdi- ^ nand VII , et qui avaient conféré cette j couronne à Joseph Bonaparte. Cette nouvelle parvint à Caracas au mois de juillet 1808: les colons ne reconnurent pas le nouveau roi : ils proclamèrent Ferdinand VII, et ouvrirent des relations avec la junte suprême qui s'était formée en Espagne pour gouverner au nom de ce prince. Leur exemple fut suivi dans la Nouvelle-Grenade , et les habitants y reconnurent également Ferdinand VII.

Les opérations militaires de Napoléon en Espagne ne changèrent pas cette détermination; soit lorsque, vengeant les revers essuyés à Baylen par un corps de troupes , il retrouvait la victoire à Burgos et à Tudela, soit lorsqu'il obtenait dans les plaines d'Ocana un nouveau triomphe, et que ses

plus habiles généraux pénétraient dans les différentes parties du royaunie.

En soumettant des provinces , il ne fit pas plier les volontés nationales : on ne cédait qu'à la force ; il ne put point imposer l'obéissance partout où il n'était pas ; et les colonies espagnoles , imitant l'exemple de la métropole, persistèrent dans la résolution de ne pas reconnaître l'autorité de Bonaparte.

La régence de Cadix , qui remplaça la junte de Séville après les premiers succès de Napoléon , ne pouvait d'abord lui opposer aucun développement de forces : elle était réduite à des proclamations ; mais ses paroles étaient

ÉTATS-UNIS irAMÉRIQUE.

puissantes ; elles retentissaient dans toutes les parties de l'Espagne et de ses possessions éloignées ; et partout elles allaient soulever les esprits contre la domination de l'étranger. Cependant la régence allait au delà de son but : l'énergie qu'elle voulait inspirer l'exposait à d'autres périls ; et la première proclamation qu'elle adressa aux colonies espagnoles vint y ébranler l'autorité de la métropole. « Elle rappelait aux Américains qu'ils avaient été longtemps accablés sous un joug d'autant i plus oppressif qu'ils étaient éloignés ^ du centre du pouvoir : elle ne voulait ! plus les soumettre au gouvernement j arbitraire des vice-rois : elle les déga- ! geait de cette dépendance , et plaçait dans leurs mains leurs futures destinées. »

A peine cette proclamation fut connue à Caracas, que l'autorité du capitaine général ftit remplacée par une junte : elle se forma le 19 avril 1810; et une junte semblable fut établie le 20 juillet dans la Nouvelle -Grenade, où don Amar était alors vice-roi.

Après avoir donné l'impulsion aux colonies, la régence de Cadix cherchait à y conserver la direction des af- ; faires et l'exercice du pouvoir ; mais déjà on commençait à se lasser d'une autorité exigeante , de tous les sacrifices qu'elle demandait pour assister une métropole éloignée , et de la souveraineté nominale d'un monarque absent et captif, dont l'héritage était abandonné à la guerre civile et étrangère, sans qu'on pût encore prévoir quel serait le terme de tant de calamités. Les nouveaux magistrats de Caracas adressèrent de vives représentations à la régence ; et l'amertume de leurs plaintes fut considérée par elle comme un acte de rébellion : elle ordonna le blocus des ports de cette colonie, et fit marcher contre elle un corps de troupes , tiré des provinces qui n'avaient pas encore pris part à l'insurrection.

La guerre qui devait décider du sort de l'Amérique espagnole fut alors commencée : Mhranda parut de nouveau sur la scène : il revint d'Angleterre à

Caracas vers la fin de 1810; et son influence dans le congrès dont il fut membre, et dans les sociétés populaires qu'il fit organiser , accéléra la déclaration de l'indépendance. L'acte en fut signé , le 5 juillet 1811 , par les représentants des provinces qui foi*maient la confédération de Venezuela; et l'on publia , le 23 décembre suivant, une constitution, où se retrouvaient les rnêmes principes que dans celle des États-Unis , sur la nature et la distribution des pouvoirs. La législature fut divisée en deux chambres, celle des représentants et celle du sénat ; et l'on remit le pouvoir exécutif à un magistrat temporaire : la forme des jugements par jury fut adoptée ; on organisa une cour suprême pour les causes qui intéressaient la confédération ; une limite fut tracée entre l'autorité centrale et celle des États particuliers ; tous les droits civils et pohtiques furent déterminés ; et le congrès de Venezuela couronna dignement son ouvrage , en abolissant la torture, en favorisant la civilisation des Indiens , et en assurant la suppression de la traite des noirs.

Le congrès qui s'était formé dans la Nouvelle-Grenade entretenait avec celui de Venezuela d'intimes relations, et il suivait une marche semblable. Après avoir proclamé l'indépendance, il adopta , le 27 novembre 1811 , une constitution fédérale.

Au Mexique, la lutte la plus vive était engagée entre le parti espagnol et celui de l'émancipation. Hidalgo , ministre des autels , avait excité, au nom du Dieu des armées, l'enthousiasme des indépendants : protecteur des Indiens, ami des créoles, il les avait soulevés dans tout le nord du Mexique :

il tint la campagne pendant six mois, remporta plusieurs avantages, et, tombant enfin au pouvoir de ses ennemis le 21 mars 1811 , il fut exécuté trois mois après, avec les principaux officiers qui partageaient sa captivité. Cependant les supplices n'arrêtèrent pas les progrès de l'insurrection. La cause qui a des martyrs fait aussi des prosélytes; et d'autres hommes dévoués se

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L'UxMVERS.

mirent à la tête des indépendants.

L'impulsion donnée à toutes les contrées espagnoles qui entouraient le golfe du Mexique , s'étendait aussi aux provinces plus méridionales : le mouvement était général ; mais le choc des intérêts, l'ardeur des passions, la haine des partis devaient longtemps abandonner ces malheureuses régions aux déchirements de la guerre civile.

Quoique nous n'ayons point à nous occuper d'une suite de' révolutions, étrangères au sujet de cet ouvrage, nous avons dû indiquer quelques-unes des causes qui les préparèrent; et nous ne pouvons méconnaître dans cette fermentation générale les conséquences inévitables de l'indépendance des États- Unis. L'exemple de leur prospérité était offert au monde : les peuples qui couvraient l'Amérique du Sud avaient mesuré leurs forces ; ils voulurent s'affranchir à leur tour, et jouir du droit de se gouverner.

Les États-Unis, qui exerçaient alors un tel ascendant sur les destinées de l'Amérique espagnole , et qui voyaient s'étendre autour d'eux la nature de leur gouvernement et de leurs institutions politiques, s'étaient néanmoins abstenus de prendre une part directe à ces grands changements ; soit qu'il entrât dans leurs principes de laisser à chaque nation le soin de son propre sort, soit qu'ils eussent résolu de ne point enfreindre les traités de paix qui les unissaient à l'Espagne , ou que , pendant leurs dissensions avec l'Angleterre , ils ne voulussent pas s'engager dans d'autres embarras , et se distraire du soin de défendre leurs propres droits. Ainsi , lorsque don Telesfore Oréa , envoyé de la junte de Caracas, vint, en 1810, solliciter les secours des États-Unis, le congrès refusa aux insurgés sa coopération, quoiqu'il pût désirer leurs succès, dans une carrière où lui-même les avait précédés.

S'il était disposé à reconnaître les changements établis , du moins il attendait que le temps les eût consacrés, et il prévoyait les résultats de ce mouvement irrésistible. D'autres peuples allaient s'élever à ses côtés; et, quoique

la durée d'une génération se fût à peine écoulée depuis son indépendance, il allait devenir le plus ancien gouvernement du nouveau monde.

Arrivés à la fin de 1811 , nous voyons se développer devant nous ce grand spectacle d'émancipation ; et les premiers conquérants de l'Amérique y perdent la domination qu'ils avaient exercée pendant plus de trois siècles ; d'autres États succèdent aux colonies ; leur lutte s'engage avec la métropole ; et ni les passions énergiques , ni la persévérance ne leur manquent pour traverser cette crise orageuse, et pour conquérir enfin leur indépendance.

Ce résultat est le plus grand de ceux qui aient suivi la révolution des États-Unis. Leurs principes, leur exemple, leurs victoires devaient changer l'avenir du nouveau monde ; et , le jour où leur émancipation fut proclamée, une voix se fit entendre dans toutes les régions méridionales de l'Amérique, pour leur prophétiser les mêmes destinées.

Le moment où elles commencent à s'accomplir termine une période historique, assez mémorable , assez étendue, pour que nous nous soyons bornés à la parcourir, et pour que nous puissions la séparer du nouveau cercle des événements qui vont la suivre. Nous touchons d'ailleurs à une époque trop récente pour qu'elle puisse être comprise dans cet ouvrage. Les faits dont tes acteurs et les témoins vivent encore ne sont point assez éclaircis : il faut que l'opinion publique ait eu le temps de recueillir toutes les relations, de les comparer entre elles , et de remonter aux principes des actions humaines , pour qu'elles puissent être appréciées avec justesse, et entrer dans les pages de l'histoire. Les noms obscurs n'y seront point inscrits ; et si les personnages éminents doivent échapper à l'oubli qui efface et emporte tout ce qui est vulgaire, néanmoins la distribution des rangs et de la renommée ne peut pas se faire entre eux, avant que la tombe ait consacré leurs noms, que les passions qui les jugeaient se soient assoupies, et que la trace de leurs ser-

ÉTATS-UWIS D'AMÉRIQUE.

vices soit gravée dans l'opinion publique. C'est par de tels souvenirs , c'est par ces sortes d'inscriptions tumulaires et monumentales que commencent les jugements de l'histoire. Laissons à nos successeurs le droit de prononcer sur nos contemporains , et rappelons-nous que le temps seul écarte les voiles de la vérité.

L'historien d'un peuple , devant lequel s'ouvre un long avenir , ne peut jamais prétendre à compléter son ouvrage ; car le temps marche sans cesse : les opinions, les connaissances, les événements se succèdent ; d'autres renommées brillent ou s'évanouissent, et la scène du monde se renouvelle.

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