VI. — DÉRIVÉS MERCAPTURIQUES
M. Baumann ('}) a isolé l'acide phénylemercapturique monobromé actif, dont la constitution répond à ia formule
CH3. CO .Az He / CH
CG é (CSH+Br)S” \COOH
Il a constaté que cet acide, lévogyre en solution al-
coolique, devient dextrogyre lorsqu'on l’examine en solu-
tion sodique.
Les deux schémas suivants montrent qu'il doit en être
ainsi.
CH3.CO.Az H 77 GO OH
S(CS5H#Br) OS Acide phénylemercapturique monobromé.
Eu effet, relativement au plan CH3. CO. AzH? — COOH
(Jig. 41), le centre de gravité se trouve du côté du groupe
(2) BAUMANN, Chem. Ber., t. XN, p. x73r.
CH°.CO. Az = 59 dont la masse est supérieure à celle du groupe COOH — 45. Dans la fig. 42, concernant le
CH3.CO,AzH KR DESrE 77 GO O Na
x / S(CS Hi Br)
Sel de soude.
sel de soude, le centre de gravité passe de Pautre côté du même plan, la masse COO Na — 63 étant plus grande que 59. D’après la seconde loi du pouvoir rotatoire, le sel de soude sera done dextrogyre si l’acide est lévogyre. Nous l'avons dit, il en est réellement ainsi.
En réduisant l'acide bromé ci-dessus par l’hydrogène naissant, M. Baumann a obtenu l’acide phénylemercapturique (fig. 43)
GHP,CO.AZH CH Cé.s/ \COOH
Le remplacement du brome par l’hydrogène transforme
le groupement S.CSH' Br — 188 en S.CCH5 — 108.
CH3.CO.AzHR F- i 7 CO OH =. Le Ft —4à . à SU 0
Acide phénylemercapturique.
84 P.-A. GUYE.
L’inspection des fig. 41 et 43 montre que, dans les deux schémas, les centres de gravité doivent être des mêmes côtés des plans de symétrie. Par conséquent, d’après la première loi du pouvoir rotatoire, l’acide phénylemercapturique doit être lévogyre comme son dérivé bromé. Les expériences de M. Baumann confirment cette prévision.
Un raisonnement analogue à celui que nous avons fait pour le sel de soude de l’acide bromé démontrerait que le phénylemercapturate de sodium doit être dextrogyre. En réalité, il en est bien ainsi (Baumann).
Ces deux acides; bromé et non bromé, bouillis avec l'acide sulfurique étendu, se transforment enfin en bro-
mophénylecystéine et en phénylecystéine (fig. 44) :
AzH* /CHS AzH° CH:
Fa PA (CS H4Br)S COOH C'H5S CO OH Fig. 4% Az H? 7 COOH — 10 ce. “ 4 10 N
Phénylecystéine
Relativement au plan CH3.CO.AzH — COOH le centre de gravité de la molécule se trouve du côté CH3.CO.AzH dans la Jig. 43, et du côté COOH dans la fig. 44. Par conséquent, la phénylecystéine, dérivée de l'acide phénylemercapturique lévogyre, devrait être dextrogyre.
D'après les données de M. Baumann, cette substance est cependant dextrogyre. Nous voilà en présence d’une exception se produisant, comme toutes les précédentes, lorsque
deux groupes représentent des masses très voisines. En eflet, AzH?= 14 et. CH3 — 15,
La bromophénylecystéine se comporte de même.
VIT. — DÉRIVÉS LACTIQUES.
La formule de l’acide lactique étant donnée par la fig. 45, on voit que ses sels doivent faire tourner le plan de polarisation du même côté que l'acide.
Fig. 45. Fig. 46.
HO in 77 CO OH HO se 7 CO OH -ù A 7e = US + Gen he \ ie a Ti mi! 1 à ÈS nt et À H H = 1 / | | CH3 CH20H Acide lactique. Acide glycérique.
Or, soit pour l’acide droit, soit pour l’acide gauche, il résulte des travaux de M. Wislicenus (‘) et de M. Schardinger (?), que c'est le contraire qui a lieu : les sels de zinc et de calcium agissent sur la lumière polarisée en sens inverse de l’acide.
Mais il faut remarquer que l’acide lactique se trouve dans des conditions particulières. D’après M. Wislicenus, les solutions d'acide lactique, mêmeétendues, contiennent, non seulement de l'acide lactique et son hydrate, mais encore une cértaine quantité d’un anhydride, de telle sorte «qu'il n'est pas possible de préparer de l'acide lactique acuf qu’on puisse regarder comme un individu chimique unique, pas plus que de l’acide lactique ordinaire (?) ».
(:) Wiszicenus, Liebig’s Annalen, t. CLXVII, p. 502. (2) SamarpiNcEer, Wiener Monatshefte (1890), & XI, p. 545. (*) WiISLIGENUS, loc. cüt., p. 181 et 153.
80 P.-A, GUYE:
Les mêmes faits d’anhydrisation ont été observés par MM. Frankland et Frew, à l’occasion de leurs recherches sur l'acide glycérique actif dextrogyre (!).
Si l’on tient compte, en outre, de l'influence considérable exercée par l’eau sur le pouvoir rotatoire des oxyacides, tels que l’acide tartrique et l'acide malique, on doit raisonnablement conclure que le cas de l’acide lactique doit être laissé provisoirement de côté.
Il faut donc se borner à constater que les lactatesde zincet de calcium actifs sont de mêmesigne ( Wislicenus et Schardinger), ce qui est conforme à la première loi du pouvoir rotatoire. Il en est de même des glycérates actifs de calcium et de sodium, tous deux lévogyres (Frankland et Frew).