QU^SST-CE QUE PEITSSR
Vous pensez tous : vous le dites souvent ; auonn de yous n'en doute ; o'est pour vous une vérité d'expérience , de sentiment , 'de conviction intime , et je suis bien loin delà nier. Mais vous êtes-vous jamais rendu un compte un peu précis de ce que c'est que penser , de ce que vous éprouvez quand vous penr ses , n'importe à quoi? Je suis bien tenté de croire que non j et bien des hommes meurent sans l'avoii fait , sans y avoir seulement songé. Gîtte insouciance si commune devrait bien nous surprendre, s'il n'étail pas vrai qu'il n'y a que les choses rares qui aient le pouvoir de nous étonner. Essayons de faire ensemble cet examen que je vous soupçonne de n^avoii jamais fait.
Vous ^tes tous,7> pense cela, qaand vous avez une opinion , quand vous formez un jugement.
Effectivement, porter un jugement vrai ou faux est un acte de la pensée; et cet acte consiste à sentit qu'il existe un rapport , une relation quelconque , entre deux choses que Ton compare. Quand je pense qu'un homme est bon , je, sens que la qualité de bon convient à cet homme. Il ne s'agit pas ici de rechercher si j'ai raison ou tort , ni d'où peut venii
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monerrenr; nons yerrons oela aillenn.... ; pen— r, àuïs ce cas, c'est donc aperceyotr no rapport de ooDyenance ou de disconyenance entre deux idéet y c'est sentir un rapport,
Y0U8 dites encore , je pense à notre promenade d'hier, quand le souyenir de cette promenade yient ▼oas frapper, yous affecter; penser, dans ce cas, c'est donc éprouyer une impression d'une chose passée; c'est sentir un souvenir,
Qoand yoos désirez , «piand yous youlex quelque ehose^ yous ne dites pas aussi communément ,y> pense que j'éprouve un désir, une volonté, Effeotirement, ce serait un pléonasme, une expression inatile ; mais il n'en est pas moins yrai que désirer et yonloir sont des actes de cette faculté intérieure que nous appelons en général la pensée , et qu« quand nous désirons ou voulons quelque chose, noas éprouyons une impression interne , que nous appelons un désir ou une yolonté : ainsi penser, dans ce cas , c'est sentir un désir.
Vous yous scryez encore moins de l'expression , je pense, quand yous ne faites qu'éprouyer une impression actuelle et présente , qui n'est ni np souyenir d'une chose passée, ni un rapport existant entre deux idées , ni un désir de posséder ou d'éviter on ohjet quelconque. Quand un corps chaud yous brûle la main, yous ne dites point ,ye pense que je me hrùle , mais/'e sens que je me brûle, ou mieux encore , tout nmplement je me brûle. Si vous êtes affectés par quelques douleurs internes, celles de la colique, par exemple , vous ne dites point , je pense
l8 IDEOLOGIE.
que je souffre, mais je souffre. Cependant le dérangement mécanique qui s^opère dans votre main oa dans vos entrailles , est une chase distincte et différente de la douleur que vous en ressentez ; la preuve en est que , si ces organes sont paralysés ou gangrenés , ils peuvent éprouver de bien plus fortes lésions sans que vous vous eu aperceviez : or , cette faculté d'être affecté de plaisir ou de peine à Pocoasion de ce qui arrive à nos organes , fait encore partie de oe que nous nommons la pensée on la faculté de penser. Penser , dans ce cas , c'est donc sentir une sem^ sation , ou tout simplement sentir.
Penser, comme vous voyez , c'est toujours sentir, et oe n'est rien que sentir. Maintenant me demanderez- vous ce que c'est que sentir? Je vous répondrai : C'est ce que vous savez , ce que vous éprouvez. Si vous ne l'éprouviez pas , ce serait bien inutilement que je m'efforcerais de vous l'expliquer : vous ne m'entendriez ni ne me comprendriez. Mais puisque vous avez la conscience de oette manière d'être, vousn^avez besoin d'aucune explication pour la connaître ; il vous suffit de votre expérience. Sentir est uji pbéuomène de notre existence , c'est notre existence elle-même : car un être qui ne sent rien peut bien exister pour les autres êtres , s'ils le sentent ; mais il n'existe pas pour lui-même , puisqu'il ne s'en aperçoit pas.
Vous pourriez avec plus de raison me demander pourquoi , penser étant la même chose que sentir, on a fait deqx mots au lieu d'un ? Je vous dirais que c'est parce que l'on a plus spécialement destiné
CHAPITJRE I. ig
le mot sentir à exprimer Paction de sentir len premièrfs impressions qui nous frappent, oeUes «pie Too nomme sensations / et le mot penser à exprîncr Taotion de sentir les impressions secondaire! qae celles-là occasionnent, les souvenirs, les rap^ forts, les désirs, dont elles sont l'origine, départage entre ces deux mots est mal vu , sans doute ; il n'est fondé que sur les idées fausses qu'on s'était faites de la faculté de penser avant de l'avoir bien observée , et il a ensuite causé d'autres erreurs. Mais^ malgré l'obscurité qu^e ce mauvais emploi des mots répand sur notre sujet, il est clair, quand on y réfléchit , que penser c'est avoir des perceptions ou des idées ; que nos perceptions ou nos idées (je ferai toujours ces deux mots absolument synonymes ) sont des choses que nous sentons , et que par conséquent penser c'est sentir. Nous avons donc actuellement une connaissance générale de ce que c'est que penser. n nous reste à entrer dans les détails.
Encore une fois, puisque penser c'est sentir, si les mots de notre langue étaient bien faits ou bien appliqués , nous devrions appeler cette faculté tensibilité ,eX ses produits sensations ou. sentimens: l'expression rappellerait la chose même; mais ne pouvant changer l'usage , nous le suivrons , et nous nommerons cette faculté la pensée, et ses produits des perceptions ou des idées. Nous conserverons de même tous les autres termes reçus ; nous nous contenterons de bien déterminer leur signification. On vous dira, et peut-être on vous a déjà dit, que le mot idée vient d'un mot greo qui signifie
<SAPITBE I
t«n(ir & exprimer l'aotioi
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