INTRODUCTION
Jevhbs gbvs , c'est à tous qne je m'adresse ; c'est pour TOUS seuls que j'écris. Je ne prétends point donner des leçcms à ceux qui sayent déjà beaucoup de choses , et les sayent bien : je leur demanderai des lumières au lieu de leur en offrir. Et quant à ceux qui sayent mal , c'est-à-dire qui , ayant un trèsgrand nombre de connaissances , en ont tiré de faux résultats dont ils se croiept très-sûrs, et auxquels ils sont attachés par une longue habitude , je suis encore plus éloigné de leur présenter mes idées; car , comme l'a dit un des plus grands philosophes modernes * : « Quand les hommes ont une fois ac- » quiescé à des opinions fausses , et qu'ils les ont
' Hobbes, Traité de ia nature humaine, traduction du baron d*Holbach.
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» autheniiquement enregistrées dans leurs esprits, » il est tout aussi impossible de leur parler intelli- » giblement que d^écrire lisiblement sur un papier » déjà brouillé dMoriture. »
Rien n^ett pi iis juste que cette obseryation ^Hbbbes. Peut-être yerrons-nous bientôt ensemble la raison de oe fait; mais , en attendant , tous ponyez le tenir pour très-oertain. Je serais même fort surpris si votre petite expérience personnelle , quelque peu étendue qu^elle soit , ne tous en ayait pas déjà offert la preuye. En tout cas , la première fois qu'il arrivera à un do yos camarades de s'attacber obstinément à une idée quelconque qui paraîtra éyidemment absurde à tous les autres, obseryez-le ayeo soin , et yous yerrez qu^il est dans une disposition d'esprit telle , quHl lui est impossible de comprendre les raisons qui vous semblent les plus claires j t*est que les mêmes idées se sont arrangées d'ayanoe dans sa tête dans un tout autre ordre que dans la yètre , et qu'elles tiennent à une infinité d'autres idées qu'il faudrait déranger ayant de rectifier celleslà. Dans une autre occasion yous lui donnerez peutêtre sa reyanohe. £h bien, mes amis, c'est de la même manière et par Ies4P(iêmes causes que l'ons'attaobe à un faux système de philosophie et à une fausse combinaison dans un jeu d'enfans.
C'est pour yous préserver de l'un et de l'autro qH« je yeux, dans oet écrit, non pas yçus enaeigaer , mais voua faire remarquer tout oe qui se passe en yous quand yous pensez, parlez, et raisonnez. Avoir des idées , les exprimer, les combiner , sont
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trois choses différentes , mais étroîtemeiit liées entre elles. Dans la moindre phrase , ces trois opératioDs se trouvent^ elles sont si mêlées , elles s'exéentent si rapidement , elles se renoavellent tant de ibis dans im jour, dans une heure, dans un moment, quHl paraît d^abord fort difficile de débrouiller comment cela se passe en nous. Cependant , vous Terrez bientôt que ce mécanisme n*est point si compliqué que TOUS le croyez peut-être. Pour y voir clair , il suffit de l'examiner en détail ; et déjà vous sentez qu'il est nécessaire de le connaître pour être sûr de se £iire des idées yraies , de les exprimer ayec exactitude , et de les combiner avec justesse ; trms ccnditioiiB sans lesquelles on ne raisonne pourtant qu'au hasard. Étudions donc ensemble notre intelligence, et que je sois seulement votre guide;- non parce que j'ai déjà pensé plus que tous, car cela pourrait bien ne m'avoir servi de rien , mais parce que j'ai beaucoup observé comment l'on pense, e^ que c'est cela qu'il s'agit de yous faire yoir. . On donne différens noms à la science dont nous allons parler ; mais quand nous serons un peu plus avancés , et que yous aurez une idée nette du sujet , vous verrez bien clairement quel nom on doit lui donner. Jusque-là tous ceux que je vous suggérerais ne yous apprendraient rien , ou peut-être même vous égareraient , en vous indiquant des choses dont il ne sera point question ici. Étudions donc , et nous trouverons ensuite comment s'appelle ce que nous aurons appris ^
' Celle science peul f*appe1cr Idéologie , si l'on ne ftil
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Bien des gens croient qa^à Totre âge on ià*est pes capable de Pétnde à Uqaelle je weux tous enfager. Cest une erreur; et, poar le prouver, j« poomis me contenter de vous citer mon expérience peimn* nelle, et de yoos dire que j*ai aouyent «xpcaé à def enfans aussi jeunes qu'aucun de tous, et qui B*a- Taient rien de remarquable pour Tintelligence, to»tes les idées dont je vais tous entretenir, et qu'ils les ont saisies ayec fiiciiité et ayeo plaisir; mais je yous dois quelques explications de plus ; elles ne nixmt pas inutiles par la suite.
Premièrement, il n'est pas douteux quenosfiirocs intellectuelles , comme nos forces physiques , s'aooroîssent et augmentent ayee le déyeloppesnent de nos organes; ainsi , dans quelques années , yoos serez certainement susceptibles d'une attentûm plus forte et plus longue qu'aujourd'hui, camnte yoos serez capables de remuer et de soutenir des^fiurdeaux plus lourds.
Secondement, il est tout aussi sûr que certaines ÛMSultés se développent ayant d'autres ; et que , eomme la souplesse du corps précède sa plus grande yigueur, de même la faculté de receyoir des im-
allentioo qu'au snjel ; Grammairt gémér*U, si l'ou ■*• •gar«l qu*au moyen , et Logiqme , si Toa ne considèr* que U but. Quelque nom qa*on lui donne » elle renferme nécessairement ces trois parties ; car on ne peut en traiter une rai> sonaablement sans traiter les deux autres. Idéologie me parait le terme générique, parce qnela science des idées renferme celle de leur expression et celle de leurdéduelion. Cest en même tems le nom spécifique de la première partie.
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presôons et oelle de se les rappeler se manifestent; avant la force nécessaire pour bien juger et combiner ces sensations et ces soayenirs; c^est-à-dire» que la sensibilité et la mémoire précèdent Factioa éoergi^e du jugement.
Une autrç vérité d^observation constante /c'est que toutes ces facultés physiques ou intellectuelles lan» gainent dans Finaction, se fortifient par rexercioe, et s^énervent quand on en abuse.
Voilà les faits : c'est toujours d'eux que nous devons partir ; car ce sont eux seuls qui nous instruisent de ce qui est j les yérités les plus abstraites ne sont que des conséquences de Tobseryation des faits. Hais que conclure de ceux-ci ? rien autre chose , si œ n'est que , dans tous les genres , il faut exercer votfiaroes et ne pas les excéder ; qu'actuellement ros leçons doivent être courtes et répétées ; et que, dans quelque tems , tous ferex en un mois ce que vous ne faites à cette heure qu'en deux. Mais cela s'applique-t-ii plus particulièrement à l'étude qui nous occupe qu'à uneautra? cela doit-il la faire écarter plos que toute autre? Non assurément.
En effet y tout jeunes que tous êtes, on vous a déjà donné des notious élémentaires de physique et d'histoire naturelle ; on vous a fait connaître les principales espèces de coi*ps qui composent cet univers; on vous a donné une idée de leurs combinaisons , de lear arrangement, des roouvemens des corps célestes , de la végétation , de l'organisation des animaux ; et on a bien fait de vous mettre tant d'objets divers sous les yeux , quoique vous ne soyez pas en état
de les approfondir ; oeU yoas a toujours fourni de idées préliminaires et des sujets de réflexion. Dai tout cela , il est vrai , beaucoup de choses ont frapi vos sens et réveillé votre attention ; votre mémoire surtout , a été exercée ; cependant votre jugemei n'est pas demeuré inactif; car, sans son secour vous seriez restés dans un véritable état d'idiotisini vous n'auriez rien compris à tout ce qu'on voua a di
Ce n'est pas tout; on vous a aussi donné que qnes leçons de calcul ; vous savez les principes foi damentaux de la numération ; là cependant il n'y presque rien à voir , très-peu à retenir de mémoii presque tout est raisonnement ; vous l'avez compi pourtant : ce que nous avons à dire n'est pas pi difficile.
Il y a plus ; vous avez déjà commencé l'étude c latin ; on vous a enseigné quelques élémens de grai maire ; on vous a expliqué la valeur des mots, leu relations, le rôle qu'ils jouent dans le discours ; < vous a parlé de substantifs , d'adjectifs , du ver simple et des verbes composés ; vous n'avez pas ] apprendre l'emploi de ces signes sans connaît l'usage des idées qu'ils représentent; ou vous n'av rien compris du tout à tout cela , ou vous savez dé; au moins confusément , une grande partie de to ce qui va nous occuper ; et , si je ne me trompe bea coup , la manière dont nous allons reprendre toul ces matières vous les fera paraiti'e beaucoup pi claires , d'autant que ce que nous en dirons ne se pas embrouillé par les mots d'une langue qui vous est pas encore familière.
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Enfin , quand tous n'auries jamais entendu parler oi de physique y ni de oalool, ni de latin; quand , de Totre TÎe, TOUS n^auries reçu aucune leçon expresse; quand tous ne sauriez pas lire ; quand vous n*auriet appris qu'à parler , oroyei-yous que tous y f nssies ptrrenns sans £iire un grand usage de yotre jnge- ■ent ? Vous n^ayez peut-être jamais pris garde à la multitude de choses qu'il faut qu'un enfant étudie pour apprendre à parler ; combien il faut qu'il fasse d'ohMryations et de réflexions pour oonnattre et démêler tous les objets qui PenyironneDt; pour remar^ qoer et distinguer les voix et les articulations que pranoBoeatt ceux qui l'entourent ; pour s'aperoeyoir que de ces paroles les unes s'appliquent aux objets et les désignent , les antres expriment ce qu'on en pense et ce qu'on en yeut faire ; pour parvenir luimême à répéter ces paroles et en faire une application juste , et enfin pour reconnaître la manière de les yarier et de les lier entr'elles de façon qu'elles deyiennent le tableau fidèle de sa pensée. Pesez un peu tontes ces difficultés , et vous verrez que ce n'est pas sans beaucoup de méditations et de raisonnemens qu'on parvifînt à surmonter tant d'obstacles. Aussi ^ observez un enfant quand il vient de réussir à distinguer les parties d'un objet qu'il ne connaissait pas , à entendre quelque chose qu'on lui dit et qu'il ne comprenait pas , à faire comprendre son idée qu'on ne saisissait pas ; voyez comme il est content , quelle joie vi?e il manifeste! Celle d'un savant qui vient de faire une découverte n'est ni plus grande, ni mieux fondée ; elle est absc^ument du même genre ;
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elle naît des mêmes motifs, son saccès est dâ à des efforts tout pareils. Je vous disais, tout à llienre, que c'est par les mêmes causes que Ton se trompe dans les jeux et dans les sciences ; d^bienl o'estpar les mêmes procédés qu^on apprend à parler, et qu'on découvre ou les lois du système du monde , oa celles des opérations de Tesprit humain , c'est-à-dire , tont oe qu'il y a de plus sublime dans nos connaissances. Mes amis , plus tous aurez d'expérience , plus TOUS aurez réfléchi , et plus yous serez oonyaincus qu'en aucun tems de votre vie vous n'avez- acquis autant de connaissances réelles , vous n'avez fait des progrès aussi rapides , que dans les trois ou qua^ premières années de votre existence. Ce n^est- pas que, comme je l'ai dit , vous ne soyez devenus dans û suite capables d'un jugement plus ferme , d'une attention plus soutenue; mais c'est que jamais vous n'aurez été aussi constamment occupés d'apprendre * . Le plaisir presque unique de la première enfance est de faire des découvertes ; et , dans le reste de la vie , on ne se borne que trop souvent à jouir , tant bien que mal , des choses que l'on connaît à peu près. Ce qui met le plus de différence entre les degrés de lumières et de talens auxquels parviennent
t On peut ajouter : et jamais vous n'aurez suivi une mussi bonne méthode. L*enfant part des impression! qu'il raçoit , et il n*en iofère que ce qu'elles paraissent lui montrer. Il peut être par inexpérience trop prompt i conclure ; mais du moins il est préservé, par son ignorance même , de la folie de vouloir rien deviner à priori et par la vertu d*unc maxime générale composée d'avance.
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les hommes , c'est de conserver plus ou moiiis longtems , plus ou moins vivement , ce premier penchant à Finvestigation , à la recherdie des vérité quelles qu'elles soient.
£n voulez-vous un exemple ? Les exemples rendent les vérités plus sensibles. Vous aimez sûrement bien les chevaux : qu'on vous en donne un, et qu'on TOUS laisse libres j vous courrez dessus des journées entières sans vous embarrasser de savoir ni comment il vit , ni comment il meurt, ni comment il broie ses alimens , ni ce qu'ils deviennent , ni quelle est si structure interne ; sans peut-être seulement remarquer en quoi consiste la différence de ses mouvemens tu pas, au trot et au galop. Ce que vous ferez , emportés par l'attrait du plaisir, un homme plus âgé le fera dominé par ses affaires , ou par l'appât dn gain. Combien de gens mènent des chevaux toute leur vie sans faire autant de réflexions peut-être pour les conduire que le cheval pour leur obéir ! Au ccmtnire , donnez un cheval de carton à un enfant : soyez assuré qu'à l'instant même il le tourne et re* tourne de tous les sens ; il l'examine autant qu'il est en lui; bientôt il va l'éventrer pour voir ce qu'il y a dedans : s'il le traîne , il le regarde à chaque instant; il veut deviner comment cela se fait : vous voyez souvent à son petit air pensif qu^il est bien moins occupé de l'effet que de la manière dont il se produit ; son plaisir est de chercher ; sa vraie passion est la curiosité; et cet utile sentiment serait encore bien plus permanent en lui , si souvent on ne l'eu distrayait pas très-maladroitement ; et bien
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rément il n'y a aaoan de yous qni put faire Pénnmération complète de toutes les idées qu'il a conçues, de tous les jugemens qu'il a portés , et de toutes les combinaisons qu'il en a faites; et dans tout cela TOUS sentez bien qu'il doit s'être glissé déjà un grand nombre d'erreurs; à la ?érité elles ont do moins un avantage , c'est qu'elles n'ont pas encore ce caractère de fixité qu'elles acquièrent areo le temps. Néanmoins vous êtes bien loin , pour me servir de l'expression de Hobbes , d'être semblables à des feuilles de papier blanc sur lesquelles on puisse écrire commodément et sans précaution. Il faut partir de l'état où vous êtes ; il faut profiter dn diemin que vous avez déjà parcouru; il faut vous mettre en garde .contre les fausses routes dans lesquelles vous pouvez être entrés : c'est ce que je crois avoir fait dans ce préambule.
En le lisant, bien des gens penseront peut-être que moi, qui vous promettais tout à l'heure de vous enseigner par la suite l'art que l'on nomme méthode, c'est-à-dire Tart de disposer ses idées dans l'ordre le plus propre à trouver la vérité et à l'enseigner, j'ai commencé par manquer moi-même aux règles de cet art, en vous parlant de beaucoup de choses dont je ne vous ai point encore donné des notions exactes; en me servant, pour vous en parler, de beaucoup de termes dont la signification précise n'est pas encore convenue entre nous. Ils croiront que j'aurais dik débuter par vous expliquer magistralement ce que o'est que faculté, pensée, intelligence, sensation » souvenir , idée , attention , réflexion ,
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jugement, raisannement, oombiiuûon , etc., et pur vous ckmner des définitions positives de tons les teimes scientifiques que j^ai déjà employés et qm j'emploierai 4 Tayenir , et ils seront persuadés que de cette manière j^aurais été beaucoup plus clair.
Blffectiyement, si je m'y étais pris ainsi , peaiétre y auriez - yous été trompés tous -mêmes ; peutêtre auriez - yous cru dès Tabord me comprendre parfaitement, quoique dans le yrai il n'en fût rien. Tons n'êtes pas encore assez avancés pour que je puisse yous &ire bien voir d'où yous serait venue oelte confiance trompeuse ; mais une preuve qu'elle n'eût été qu'une illusion , c'est que quand voue saurez bien ce que c'est que toutes ces choses que nous venons de nommer , quand par oooséqueal TOUS aurez une idée bien nette et bien juste de la signification des mots qui les expriment, je n'aurai plus rien à vous dire , vous saurez la science qui uous occupe. Or , il est bien évident que c'est ce que je ne pouvais pas opérer dans un petit nombre de paragraphes. Je n'aurais donc £iit , avec toutes mes définitions , qne prendre des mots qui u'ont encore pour yous qu'un sens assez vague, et, sans yous donner aucune nouvelle lumière , les remplacer par d'autres mots nécessairement tout aussi vagues que les premiers. C'est ainsi que Ton s'éblouit , mais ce n'est point ainsi qu'on s'éclaire.
Il n'y a peut-être pas un des termes que je viens de citer , dont vous ne yous soyez déjà servi mille et mille f<HS. Ils ont donc pour vous un sens quelconque ; j'ai donc pu m'en servir en vous parlant , tout
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comme j'ai fait de termes plus usnels, que yous employez encore plus souvent , quoique certainement yous nVn sentiez pas toujours toutes les nuances. Pai d& seulement ne pas faire de ces mots nn usage trop fin que yous n^auriez pas compris ; car ces termes scientifiques ne réyeillent pas en yous à beaucoup près autant dUdées qu^en moi , et la signification que yous leur attachez est confuse et indéterminée. Mais à mesure que je yous expliquerai les choses qu'ils expriment , cette signification deviendra et plus claire , et plus précise , et plus complète; et quand elle sera exactement la même que celle que je leur donne , nous serons au même point; yous saurez la science que nous éludions, autant que moi , et comme moi ; nous aurons fini. Commençons donc par dégrossir , si je puis m'exprîmer ainsi ; ensuite nous perfectionnerons successivement et graduellement.
En effet , mon objet est de vous faire connaître en détail ce qui se passe en vous quand vous pensez, parlez et raisonnez : il faut donc qu'auparavant vous ayez pensé , parlé, et raisonné , sans quoi îi yous serait impossible de m'entendre. Je parlerais éternellement des couleurs à un aveugle-né , et des sons à un sourd et muet de naissance , qu'ils ne sauraient jamais comprendre* de quoi il s'agit. Il faut avoir éprouvé une impression quelconque , il faut la con-' naître déjà un peu pour pouvoir en raisonner : c'est la marche constante de l'esprit humain. Il agit d'abord , puis il réfléchit sur ce qu'il a fait , et il apprend par là à le faire mieux encore. Il prend une
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première connaissance d'une chose , ensuite il la Ji^ dite, enfin il la rectifie et la perfectionne , et de là il ya plus loin.
n m'a donc fallu commencer par vous parler de oe que vous sayez déjà , de ce que vous avez déjà fiât ; TOUS inviter à y réfléchir , et vous faire enlre- Toir le parti que je prétends en tirer , et le but où je Tenx vous conduire , sans rechercher d'abord une pféoisûm et une clarté parfaite. le n'ignore pas que la première fois que vous lirez ces premières pages, sartout si vous lisez seuls et sans guides , vous y trouverez des choses que vous ne comprendrez pas parfaitement; mais ce que vous en aurez saisi suffira pour oe que nous allcBs dire , et aura excité votre réflejûon. Quand nous aurons été plus loin, vous y reviendrez : ce que nous aurons vu aura jeté un nouveau jour sur ce commencement , qui à aoa loar éolaircira ce que nous verrons après ; et ainsi luocessivement, jusqu'à oe que vos idées soient par- Êutement déterminées : alors nous pourrons faii-e des définiticms rigoureuses, ou plutôt des descriptions complètes; car ce sont là les vraies définitions.
Entrcms donc en matière , et oommençoîi^ par examiner ce que c^est que penser.
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