CHAPITRE VI
S nous lui connaissons ; c^est ce qui îàît que le mot n'a presque jamais exactement la même ioation pour aucun de ceux qui le prononcent ; irime pour chacun d'eux plus ou moins d'idées , mt le degré de connaissance qu'ils ont du sujet, nd j'aurai observé que cette fraise est de forme iqne, qu'elle yient à la suite d'une petite fleur nohe , qu'elle est portée sur une petite planteyerte , 'elle est destinée à reproduire cette plante , etc. , je indrai toutes ces propriétés aux premières ; I9 mot •aiêe les renfermera toutes , et mon idée de cette raise sera plus composée ; au reste elle ne cessera loint encore d'être individuelle et particulière ; seulement elle sera plus complète.
Quand cette fraise serait le premier être existant qui eût frappé mes sens ; quand , par conséquent 9 acn idée serait la première idée d'un pareil être que je compose , elle me fournirait , sans cesser d'être individuelle et particulière , l'occasion de créer plusieurs des idées que nous exprimons par les mots appelés adjectifs , et par les substantifs nommés abstraits.
Par exemple , si j'ai appelé le rouge une des sensations qu'elle m'a causée , je dirai que cette fraise est ronge , c'est-à-dire qu'elle est cause , pour moi , de l'impression appelée le rouge. Cet adjectif est l'expression abrégée d'un des jugemens que j'ai portfli de cette fraise , d'un des rapports que j'ai remarqués entre elle et moi \ il me sert à exprimer que cette fndse a ce rapport avec moi. Si , ensuite , je fais attention que ce rapport a une cause dans la fraise ,
70 IDEOLOGIE.
j^âppelle cette cause rougeur de la ùnat ; c'est me ~% de ses qualités , une des idées qui oomposeot Tidéi * l de cet être.
Si nous avions donné des noms paiiîeulien atf sayeurs et aux odeurs comme aux couleurs , je fih rais de même à l'occasion des laj^Kirts que esMi fraise a avec moi de me causer une oerlaine cdsv et une certaine sayeur ; car tout rapport donne s^ oessairement lieu à trois idées , celle du rapport 1m» méoUj celle de son effet, celle de sa oause; Âk « plus souyent nous ne formons pas ces idées, on à 9 nous ne les désignons pas distinctement par des mm ^ particuliers , c^est que cela ue nous est pas utile , ai plutôt o^cst que les noms particuliers que nous Isor ayons donnés d'abord , nous les ayons étendus à d'au* Ires idées à peu près semblables ; qu'ainsi ils sotft devenus communs et généraux , et que nous nencw sommes pas embarrassés de les remplacer par d'astres qui soient restés particuliers et spéctauz* Mtf il n'y a pas un des innombrables rapports que chaeaa des êtres ezistans ont ayeo nous , qui ne pût être la source de trois idées particulières , de trois mots particuliers pour les exprimer.
Ainsi , par exemple y cette fraise a ayeo mu les rapports de me faire trois effîets ; Tun que j'appelle me faire plaisir , Tautre que j^appelle me ûûre di IKen , le troisième que j'appelle me faire ou meTeadre senrice : j'exprime ces trois rapports en disant qu'elle est belle , qu'elle est bonne , qu'elle est jutile , eit la causes de ces trois rapports , par les mots beauté , Inmté , utilité, qui représentent trois propriétés de
GHIHTIE VI. 71
k firaûe, troît àta idée» qui oampotent Vidée de cet ' être, Mûa quasd j'aoni géoéimliaë les moU plaisir, biea, soryioe , qui soat encore l'expression spéciale des effets partionliers de cette fraise sur moi ; quand je les aurai étendus à d'autres effets produits par d'antres âtres , eff^ qui sont analogues à ceux«ei , nais qoi ne saurai^it être exactement les mêmes , il Mme reste plus de moyen d'exprimer priyatiyement It plaisir que me fiiit cette fraise , le bien qu'elle me «aase , le aeryice qu'elle me rend ; de dire la manière partionlière dont elle est belle, bonne et ntâe$ de peindre le genre spécial de la beauté , de la bonté , de l'utilité qui lui sont propres. Voilà à quoi nous somoies réduits actuellement que toutes nos idées sont •i traTuillëes , que tous les mots qui les expriment «ODtsi généralisés. Nous n'en ayons plus pour exprî- Sttr particulièrenient <^que chose ; il n'y a plus que les noms propres qui désignent uo être à l'exclusion de tout autre. Cependant , yoos deyez sentir que Umt que cette fraise , que j'ai prise pour exemple , est «apposée le seul être que j'aie examiné , non-seulement son nom est un nom propre dans la force du terme , mais toutes les idées qu'elle m'a donné ooca<sien de fiormer ont ce même caractère ; elles sont uniques d^is leur genre , les mots qui les expriment ne s'aj^liquent qu'à un seal fait ; et en même tems voue yoyez que , sur ce seul être , j'ai créé dea idées de bien des espèces. Nous trouyerons facilement la manière dont ces idées particulières se généralisent. Pai beaucoup insisté sur ce premier pas de notre esprit, parce que si yous ne le oomprenieK pas bien ,
TOUS n^entendriez jamais Fartifioe de la oompositiai de nos idées , ni celui du langage qui en est Tapression , ni celui du raisonnement. La plus grand» difficulté que j^aie éprouyée pour tous l'expliquer, o^est que les mots manquent à tout moment:
comme, par un long usage, nous les ayons tow p généralisés , on ne sait comment s*y prendre povr ^ obliger Pauditeur à les prendre dans un sens restremt et individuel qu'ils n'ont plus ; et malgré tous ma soins , je ne serai pas étonné de n'y être pas complètement parvenu. Si à une première lecture il yous était resté quelque louche, je yous exhorlenû à en faire une seconde, en tâchant de yous bien pénétrer de l'intention que j'ai eue , et en yotu reportant sans cesse à la position où est un homme qui forme ses premières combinaisons; car je ne puis pas faire que nous ayons , pour exprimer les idées de cet homme , d'autres mots que ceux dont nous ayons fait depuis un tout autre usage que lui, et qui , par conséquent , ont une autre valeur pour noos que pour lui : et, encore une fois, la science des idées est bien intimement liée à celle des mots ; car nos idées composées n'ont pas d'autre soutien , d'autre lien qui unisse tous leurs élémens , que les mots qui les expriment et qui les fixent dans notre mémoire. Nous examinerons quelque jour les causes et les conséquences de ce fait; mais, en attendant, je puis parler d'une idée et du mot qui la représente oomne d'une seule et même chose, car tout ce qui arrive à Tun arrive à l'aulre.
Voilà donc qu'en conséquence de l'examen d'un
GHAPITBE YI. 7 3
leal être y j'ai formé et séparé les unes des autres Hdée de cet être , celles de ses rapports , oelles de eurs effets, oelles de leurs causes; et toutes ces idées sont encore particulières. Pai créé, pour les Ofrunety des mots que nous appelons un nom de mbetanoe, des noms adjectifs , des noms substantifs ibtftndts i et tous ces mots sont encore rigoureusement des noms propres d^un tel être, d'uu tel rapport, et d'un tel effet ou d'une telle qualité. Voyons comment ces idées et ces noms yont se généraliser.
Après aycûr yvl cette fraise, j'en yois d'autres; je les examine : elles lui ressemblent par des qualités constantes, communes à. toutes; elles en diffèrent par des circonstances variables. Je retranche ces ôrooDstances yariables et de l'idée de la première fraise et de celles des fraises que je vois ensuite ; je réunis les qualités constantes , et voilà que l'idée et le nom de fraise sont devenus communs à bien des êtres , et sont généralisés autant qu'ils peuvent l'être.
Par la même raison, les mots belle , bonne , utile, rouge; plaisir, bien, service, le rouge; beauté, bonté, utilité, rougeur, n'expriment plus les rapports de cette première fraise avec moi , leurs voduits et leurs causes , mais les rapports , les effets it les qualités des fraises en général : ils sont déjà éoéralisés aussi, mais pas à beaucoup près autant u'ils peuvent l'être; car dans la suite je les étendrai bien d'autres êtres, les uns plus , les autres moins , 'après mes observations.
^4 IDLOLOGIE.
Eb effet, après avw rm cm firuMi, je yqîi m eerûe; je fids Fidée de eette eerice e«BMJ'«liil celle de la première firane, et IHdée gfa é ra le èê eerûe, eonae Fidee générale de fraise. Ces eeriM sont aassi, pour mot, belles, booneSyVtiles, fSBfii d'me oerlaiae niaBière; mais eette maaièrt a^frt pas ezaetemciit la mfme ({ne eelle des fraists. 8t, ■> liea de domier aux rapports qae je seas entre sH cerises et moi, des noms partioiiliers et qai Imi soient propres, je lenr applique ces noms-oii ^^ j^ai déjà donnés aux rapports des fraises aTse mà^ il est clair que je ne le pois qu'en ëoartant des u» et des antres les cireonstanoes qoi les diffétcMMit) et en ne conseryant que ceUes qni leur sont mnnes. Par conséquent, chaque fins que je dayantage un nom , que je Pétends à un plus gnm nombre d*étres, je retranche beaucoup des idées qu'il renfermait dans son sens plus restreint; il CB exprime réellement beaucoup moins. A proportion qn^une idée devient plus générale, elle fait partie d'un plus grand nombre d'êtres , mais elle est «ne plus faible partie de chacun d'eux.
Cest ce qui se voit bien clairement dans b formation des idées d'espèces , de genres, de classes qui se composent tout comme les précédentes : 1> seule différence est qu'un nom nouveau expiim chaque degré de généralisation , et les fait remarque en les empêchant de se confondre. Je yois un indi yidu , je reconnais toutes les qualités qui lui appar tiennent, toutes les propriétés qui le caractérisent en un mot toutes les impressions qu'il me fait ; j