XV) PREFACE
et certes c'est là une assez grande tàcbe à remplir. LesdiflEicuItés sont bien plus grandes encore (juand on traite une science conune celle-ci , qui n'a pas été suffisamment cultivée. Souvent , en rendant compte d'un £ût , on s'aperçoit qu'il exige de nouvelles obseiTations , et , mieux examiné , il se présente sous un tout autre aspect : d'autres fois , ce s6nt les principes eux-mêmes qui sont à re£sûre^ ou^ pour les lier entre eux^ il y a beaucoup de lacunes à remplir ; en un mot ^ il ne s'agit pas seulement d'exposer la venté ^ mais de la découvrir. C'est ce que j'ai tâché de faire ^ sans me flatter d'y avoir toujours réussi.
Cependant il est arrivé de là y premièrement , qu'il y a dans cet écrit beaucoup plus d'idées nouvelles que je n'aurais voulu ; je désirerais lÀen que toutes celles qui m'ont paru justes fussent anciennes , je serais bien plus sûr de ne m'être pas trompé^ et j'aurais bien plus d'espérance de les voir accueillies; secondement, que n'ayant pas toujours à énoncer des vérités déjà connues, j'ai souvent été obligé de quitter le ton de la narration pour prendre celui de la discussion, et de donner à certains principes un développement proportionné , non pas à leur importance ou à leur difficulté réelle , mais à la crainte de les voir combattus et
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repoussés, ce qui nécessairement nuit à l'effet de l'ensemble ; troisièmement , qu'assuré de trourer des préventions dans l'esprit de mes lecteurs, j'ai ^pelqaefois été oUigé d'aller au-devant , et , pour cela , de déranger l'ordre naturel des idées. Car , quoique Gondillac soutienne avec raison qu'un auteur doit énoncer clairement sa pensée , ne dire que ce qui est nécessaire pour la prouver , et n'avoir aucun égard aux pr^ugés dominans, et qu'A viendra un tems où on ne lui reprochera pas d'avoir bien écrit , il est pourtant vrai qu'on ne peut pas toujours construire , sans auparavant nettoyer le terrain : peut-être même ai-je trop négligé cette précaution; du moins est-il sûr que je l'aurais prise plus souvent^ si je ne m'étais pas décidé à écrire principalement pour les jeunes gens^ que je crois encore en général les meilleurs juges en ces matières.
Cet état de la science est encore cause que , pour bien édaircir une difficulté^ j'ai quelquefois été obligé de suivre une idée plus loin qu'il n'aurait été convenable dans des élémens; et cela m'a engagé dans des considérations qui paraîtront trop fines et trop étendues pour les jeunes gens à qui je m'adresse. Au reste, je regarde ce dernier inconvénient comme plus apparent que réel ; car , je le répète , je a 2...
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PREFACE. \îx
JCayais encens un autre motif quand j'ai com* meDcë à écrire ce petit Traité. Je voyais que les auteurs de la loi du 3 brumaire an 4^ qui ont rendu à la France une instruction puMique dès qu'ils loi ont eu donné une constitution^ avaient établi une diaire de grammaire générale dans chaque école centrale : je comprenais par-là qu'ils avaient senû que toutes les langues ont des règles communes fà dérivent de la nature de nos ûicultés intelleotaeUeSy et d'où découlent les principes du raisonnement; qu'ils pensaient qu'il faut avoir envisagé ces règles sous le triple rapport de la formatioii , de ' Tcxpresnon^ et de la déduction des idées, pour coonaitre réellement la marche de l'intelligence humaine , et que cette connaissance , non-seulement est nécessaire à l'étude des langues , mais encore est la seule base solide des sciences morales et politiques dont ils voulaient avec raison que tous les citoyens eussent des idées saines, sinon profondes; qu'en conséquence leur intention était que , sous ce nom de grammaire générale, on fit réellement un cours d'idéologie, de grammaire et de logique, qui, en enseignant la philosophie du langage, servit d'introduction au cours de morale privée et pu- Uique. Mais la loi ne pouvait ni ne devait entrer dans ces détails. Les réglemens d'exécution n'é-
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uient point faits; et je croyais que la plupart des Otoyens ne savaient pas ce que l'tm voulait &ire appnndre ^ leurs en&ns , qne beaucoup de professeurs même ne se &isaieut pas une idée com[4jie de l'enseignement mi'on attendait de leur zèle. D'ailleurSj quand ils l'auraient vu nettement, ils n'avaient aucun livre qui pût leur servir constamment de guide. Je cxus donc que je ferais une cbose utile de leur oE&ir un texte à commenter , un canevas à remplir; et jenedoutais pas quebientàt , parl'efiH même de leursle(ons, les cahiers de plusieured'enlre eux ne devinssent d'excellens ti'aités , aussi utiles i l'avancement de la science qu'à son enseignement Sur ce point, je pourrais bien m'ètre trompéj car je vois qu'à la.fiireur de tout détivire a succëdé la manie de ne rien laisser s'établir , et que , sous prétexte de haïr les écarts de la révolution , on déclare la guerre ï tout ce qu'elle a produit de bon; c'est une mode qui a i-emplacé nos anciens beaux airs. Autrefois on ne pailail que de réformes, de chan^ gemens nécessaires dans l'éducation; aujourd'hui on voudrait la voir comme du tems de Chariemagne: onridiculiaaitrexpàiencesousle nom de routine ; actuellement on croit donner une haute idée de ses connaissances-pratiques en affectant dnmé- ]NÎs pour les théories qu'on ignore; ou soutieni
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gnyanent que pour Inea raisonner iln'est pas néoesBaîie de comiaitre ses £icuhés mtdlectnëlles, et que Fkomme en société n'a nul besoin d'étudier les piincipes de Part sodaL II semUe que ce soit d^ imusage gothique parmi nous, que cdui decultîfer sa raiscm^ et de l'afiranchir du joug des pr^ugés. Cest ainsi que l'on a vu des hommes^ noyatears effir6iés, coifiës d'un bonnet rouge, accuser les ^lilosoplies d'être des réfoimaleurs timides , et des amis froids du Inen de l'humanité, qui maintenant les accusent d'avoir tout boulerersé, et en conséquence travaillent sans relâche à renyener encore les institutions utiles que ces mêmes philosophes sont parvenus à conserver ou à établir au milieu des munnures et des proscriptions ;
Et des petits péchés commis dans lenr jeane âge , Tont faire pénitence en opprimant nn sage ;
constans dans ce seul point de toujours persécuter. Cependant j'espère que la sagesse du gouvernement mettra un terme à cette fureur hypocrite; qu'il dira aux fous qu'il veut bien les laisser jeter des pierres aux gens raisonnables , mais qu'il ne veut pas qu'ils les assomment * , et même que son exemple leur
> Vojes la fable de La Fontaine, nn Fon et un Sage :
C*Mt fort bien fait 1 toi : reçois cet /ca»ci : Ta fatigues aiMS poar gagner davantage.