‹ Étemens d'idéologie (volume 2)Chapitre 65 sur 99 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

idée que celles quelles réveillent naturel- ^est-il pas exactement le même que celui faisons souvent des mots , comme lorsque is qu*un homme est le coq de son village, [ui unitsa 4inété?

gens , remarquez en passant que cet attrait avons pour employer les symboles et les , est un vestige des tems grossiers où nous ( pas peindre les mots eux-mêmes , ou un oût qui nous entraîne vers la métaphore et , goût dépravé qui nuit beaucoup à la jusisonnement , comme je vous le démontre- ) nous traiterons de la logique. U vaut touiix dire tout simplement sa pensée quand ; nécessairement elle est rendue avec plus de *. Mais revencms.

vons encore ranger parmi les langues de ce écritures soi-disant savantes des Chinois , ais et de quelques autres peuples des exe TAsie , car ce sont de vrais hiéroglyphes ; leurs caractères peignent directement les >n y a attachées, comme toutes les pein- >u8 les dessins : ce sont donc des signes smble forme une langue.

iz qu^on n'en peut pas dire autant de Paires pas cependant qne > par ce principe , je préimner toute locution par laquelle , en exprimant ée principale , on lui donne une nouvelle force it d'autres idées qui ont avec elle plus ou moins C'est ce qui se verra mieux quand nous parleures grammaticales et oratoires.

aSa IDEOLOGIE.

pbabet et def oaraotères alphabétiques ; ila ne peignai

point les idées , ou du moins ils ne les peignent pu

directement. Ce sont les sons qci^ils peignent din»-

tement; c^est aux sons , et non. pas aux lettres qii

les représentent , que les idéts sont attachées. Lt

preuve en est que la même réunion de lettres peat

exprimer une idée dans une langue et une aatn

idée dans une autre langue ; par conséquent elles te

sont i)a8 des signes proprement dits, et Talpliabet

n^est point une langue, mais seulement Féeritare

commune de toutes les langues parlées. Voilà poor-

quoi les caractères alphabétiques sont si pea taah

breux; il suffit qu'il y eu ait assez pour rendre

toutes les intonations et les articulations de la voix

humaine , au lieu qu^il y a autant de caractères olô-

nois que nous avons de mots , parce qu^il en faut tu-

tant que dUdées diiférentes. Au reste , ceci sera plus

. développé quand nous parlerons de l'écriture et de

l'orthographe. G)ntinuons Pénumération des divers

ses espèces de langues.

Les chiffres et les caractères algébriques forment encore une langue ou portion de langue de la même nature que celles dont nous venons de parler. En effet , les chiffres ne peignent pas les sons du nom qu'ils portent dans les langues parlées ; ils représentent directement Fidée de quantité qu'exprime ce nom ; ils l'expriment comme ce mot lui-même. De même , quoique l'algèbre emploie des caractères alphabétiques , ils ne sont pas là comme lettres , mais comme signes ; a ne représente pas le son a , mais l'idée d'une quantité connue dont on ne spécifie pa<

râleur ; x ne représente pas le son x , mais Fidée me quantité inoonnue ; et ox ne représente pas le a ax y mais IHdée de ces deux quantités multipliées ine par l'autre, etc. Les ohifires et les caractères ^ébriques sont donc de yrais signes directs des éea, et l'arithmétique et l'algèbre forment une aie langue ou portion de langue qui s'adresse à la le. Quand on la prononce , il est vrai qu'elle s'aesse à l'ouïe ; mais cet effet ne s'opère que par une bitable traduction et non par une simple lecture; issi ne suffit -il pas de savoir épeler pour lire une [uation algébrique , car les sons des mots dont on t obligé de se senrir ne sont point indiqués par

plupart des caractères, et ce n'est que par haird qu'ils le sont par quelques-uns. L'algèbre ne mît pas moins de l'algèbre si , au lieu des lettres pbabétiques , on employait des figures de conyen- >n auxquelles on serait obligé de donner un nom leloonque pour les traduire dans une langue parie.

Enfin, on peut regarder comme des langues ou xrtions de langues s'adressant au sens du tact, la élection de certains attouchemens convenus, au oyen desquels on se communique au besoin difféaites idées , comme on fait en franc-maçonnerie et ins d'autres associations mystérieuses, et comme 8 enfans font souvent dans leurs jeux.

Vous trouverez peut-être , jeunes gens , que j^ai Q peu fait violence à l'usage , en étendant ces mots wgue et langage à tant de systèmes de signes si ifférens ; j'en conviens, et je ne vous exhorte pas

à ■Hmiter : il me f offit q«e tous weatàm que j'y •■b aatorisé par la âmilitiida de leur» effets, et q«e ftf oontéiinent j'ai nàmm en théorie, e'eat là Vemm' tiel ; «nsiiite , dam la pratique, il faut sniTre la nmtime reçue , juaqu^è œ que la reetifieatîoD det idéal la £use changer. Quoi qu'il en fait, n roaê ajoutei à cette longue liite les langues pariées , tous auresi ■on pas une énumération eomplète de tous les syil^ mes de signes dont les hommes sesenrentoupeufoC se senrir pour rejnéfenter leurs idées , ear eala ■*• point de homes, mais des exemples de toos les diffi^ rens genres auxquels on peut rapporter oes difflfi systèmes*

Maintenant , remarquez , je tous prie , que toai ces langages sont , au moins dans leurs détaib, absolument de convention ; car la peinture même, qaafld vous la supposeriez assez parfaite , oe qui est impossible dans l'enfance de l'art , pour imiter la nature de manière à ne laisser rien à désirer , elle paryiendrait seulement à donner une idée exacte et oomplète de la chose représentée ; mais il est hors de son pooToir de peindre les impressions que fait sur vous cette chose, on les motifs qui vous portent à en tracer l'image ; en un mot , elle ne saurait , pas plus que les autres langages , exprimer ce qui se passe en TOUS qu'à Paide de quelques signes conrenus. Mais deux personnes ne peuvent faire une conventicn quelconque qu'auparavant elles ne soient déjà parvenues à se comprendre : il faut donc qu'antérieurement à tout langage , il y ait.en nous un moyen de nous entendre réciproquement, pour ainsi dire mal-

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é nous ; et oe moyen De peut être qu'un résultat ! la nature même de notre être , qu'un effet nécesire de notre organisation. C'est aussi oe qui est , imme nous allons le yoir.

£n effet, nous ne pouvons atteindre une chose le nous désirons qu'en y portant la main, si nous i sommes près ; et en marchant ou courant vers elle, •nous en sommes éloignés. Quand nous éprouvons besoin du repos , nous sommes forcés de nous ascnr ou de nous coucher ; la douleur nous arrache Ttains cris ; la joie ou la surprise nous en inspirent i très-différens ; nous frappons rudement ce qui ma irrite ; nous caressons avec douceur ce qui nous ait , ou du moins nous saisissons avec précaution • que nous voulons ménager : tout homme éprouve effets en lui ; et quand il les observe dans ses mblables , il ne peut manquer de deviner ce qui se passe en eux. Voilà donc un commencement de ngage inévitable ; et nos actions sont les signes nairels et nécessaires de nos sentimens et de nos pênes ; si elles n'en restent pas les signes uniques , elles i seront toujours les plus irrécusables et les plus sûrs. Cest donc avec beaucoup de raison que les idéogistes qui ont entrepris d'expliquer l'origine et s ocmséquences de ce premier langage , lui ont xiné le nom de langage d'action ; il comprend les isieif les cris , les attouchemeus ; il parle à l'œil, l'oreille et au tact; par conséquent il renferme ! germe de tous les langages possibles ; et , s'il est de lUtes les langues la moins fine , la moins riche, et i moins développée , il demeure toujours la plus

236 IDEOLOGIE.

énergique et la plus véhémente, et la seule dott nous oonservions Tusage dans Pexoès de la passioa, et lorsque la violence de nos s^itimens nous prire de la réflexion nécessaire pour les exprimer par àa mojrens de pure convention.

Ce langage naturel est nécessaire ; on l'a renU artificiel et volontaire, c^est-à-dire , qu'on a re£Mt avec rintention de peindre une pensée ou un sentiment , les mêmes actions que œ sentiment ou cette pensée font faire nécessairement ; ensuite , par Fasage , oe langage d^action est devenu okaque jcw plus fin , plus varié, et plus circonstancié. Cependant, tous les signes qui le composent ne sont pas égaW" ment susceptibles de se perfectionner et d'être modifiés par des conventions expresses ; les attouohemeitf restent toujours à peu près les mêmes , excepté daiu certains cas particuliers dont nous avons fait mention ci-dessus. Mais les gestes sont déjà propres i recevoir de grands développemeus et à former une vrafe langue savante ; et les sons deviennent à td point des signes artificiels , que , dans l'usage que nous en faisons , il n'y a plus guère que les interjections qui soient des restes du langage primitif, encore ne nous sont-elles pas toutes données par la nature , ou ne conservent-elles souvent leur sigiii6« cation originaire qu'extrêmement altérée et modifiée ; niais , pour les autres mots , tout ce que peut faire l'étymologiste le plus sagace , au risque même de so tromper souvent , est de retrouver dans leurs syllabes radicales quelques vestiges de l'impression \yremière produite par l'dajet ou le sentiment qu'il.^

représentent, et de légères traoes de lenr forme origi- Del le. Néanmoins , on peut dire aveo vérité que tous les langages artificiels dont nons nous servons ne sont jamais que le langage naturel prodigieusement étcudn et perfectionné; «t même que l'on retrouve toBJoursdansoaux-^, quelque polis qn^ils soient ^ Itmteales espèces de signes qui composent le premier. Les attonchemens ne peuvent en être Walement kanms ; toujours et éternellement ce sera un moyen très-sàr de faire comprendre à un bomme que Ton veut qnUl se port» quelque part , que de le pousser on de le tirer de œ côté. Quoique les sons soient devenas, sans comparaison , notre manière de nous exprimer la ptus riobe et la pins féconde , cependavi ■ons n'avons point renoncé aux gestes, et ils resteront à jamais plus on moins unis aux mots et aux discours comme un auxiliaire indispensable et un accessoire nécessaire. Ainsi, quoique cela puisse paraltrAizarre à un observateur superficiel, il est constant que, même dans les sociétés les plus civilisées , tout homme emplme concurremment , et souvent simultanément, trms langues ou systèmes de signra, savoir : les sttonobemens , les gestes , et les mots , lesquels ne sont que les trois brancbes plus ou moins perfectikinnées du langage naturel et primitif, que les déologistes ont appelé lau gage d'action; car il n'est M8 douteux que , quand d'une main j'entraîne on bomme vers un but, que d« l'autre je lui montre 3e but , et qu'eu même tems je liri dis d'y aller , je lai exprime de trois manières différentes la même dée ou la même volonté , et je m'adresse à trois àe

a38 IDÉOLOGIE.

•es seul à la fois , je lui parl« réellement trou langages divers.

On pourrait même dire que chaonn de ces Uigages se partage encore en plusieurs dialectes qui m oonfondent sans que nous nous en aperoeTÎons; oir il est constant que le même mot ou le même geite a souyent une valeur bien différente , snivaiit ki circonstances dans lesquelles nous l'emplojoas d les impressions dont nous sommes affectés : il Or prime donc réellement des idées qui ne sont pas ki mêmes. Or, à parler rigoureusement, c'est làa ohanger de langage que de rendre des idées différentes par le même signe. Bfais ces réflexions nosi inèneraient trop loin ; elles seront mieux placées h» que nous traiterons des finesses de Part de la paroli.

Quoi qu'il en soit , telle est Torigine et l'état aotud des différens systèmes de signes qui représeutent les idées alULquelles on les a attachés. Nous avons sppelé langues ou laugages tous ces systèmes de signes en donnant à ces deux mots leur signification U plus étendue; et c'est au moyen de ces langues que nous communiquons avec nos semblables. Telle* été , sans doute , Pintention qu^on a eue en les composant : un homme isolé n^aurait jamais conçu l'idée de se faire une langue ; il n'en aurait pas éprouf^ le besoin ; il n'aurait pas deviné que oela pût lui être d'aucun avantage. Cependant la transmission des idées est bien loin d'être la seule utilité des langues ; elle n'en est pas même la principale. Elles ont une propriété bien plus précieuse, quoique bien moins remarquée^ et dont nous avons retiré les ploi

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