CHAPITRE I.VI
grands ayantages pendant bien des sièolefl sans nous en aperoeyoir. CTest ainsi qu'il arrive souvent è rhomme, en tendant ttra un but, d'en atteindre nn autre beaucoup plus important sans s'en douter; an homme de génie arrive , qui lui montre ce qu'il a déjà fait et ce qu'il peut faire encore.
Gondillao est , je crois , le premier qui ait observé et prouvé que sans signes nous ne pourrions presque pas comparer nos idées simples, ni analyser nos idées composées ; qu'ainsi les langues sont aussi nécessaires pour penser que pour parler, pour avdlr des idées que pour les exprimer, et que sans elles nous n'aurions que des notions très-peu nombreuses, tarés-confuses et très-incomplètes : c'est ce qui lui a jGût dire que les langues étaient des méthodes analytiques qui guidaient notre intelligence dans ces calculs. Cest là vraiment un trait de génie qui ne pouvait naître que de l'étude très-approfAdie de rîntelligence humaine, et qui jette le plus grand jour sur le mécanisme de nos opérations intellectuelles. Mais , suivant moi , G)ndillao aurait dû énoncer différemment sa découverte , et dire que tout signe est l'expression du résultatd'un calcul exécuté, ou , si l'on veut , d'une analyse faite , et qu'il fixe et constate ce résultat; en sorte qu'une langue est réellement une collection de formules trouvées , qui ensuite facilitent et simplifient merveilleusement les calculs ou analyses qu'on veut faire ultérieurement. Cest bien là ce qu'est l'algèbre : aussi l'algèbre estelle une langue , et les langues ne sont elles-mêmes que des espèces d'algèbres.
2^.0 IDEOLOGIE.
En efifet, nous ayons vu dans tout le cours de cet ouTrage, et nommément dans les chap. n,if et VI , que notre faculté de ^penser toute entière consiste à recevoir des impressions , à obeerver leon qualités, c^est-à-dire leurs rapports à nous et leon rapports entre elles ; à les classer ou les réunir de mille manières différentes diaprés oea -imi^iorts; i en former divers groupes qui constituent les idési que nous avons , soit des êtres individuels et rédsi soit des propriétés et des affections de œs individus, soit des êtres généralisés et abstraits ; et enfin à eue miner sous tous leurs aspects ces idées déjà composées , et à en tirer de nouvelles vues on de nouveaux sentimens. On ne peut pas nier oette vérité qui at constante.
Mais nous avons observé de plus que nos idéei composées , c'est-à-dire toutes nos idées , excepté li simple 4ensation , n'ont pas d'autre soutien , d'autre lien qui unisse leurs élémens , que le signe qui les exprime et qui les fixe dans notre mémoire , et que, par conséquent, sans l'usage de ces signes, toutes ces réunions seraient aussitôt dissoutea que formées , aussitôt perdues que trouvées; que nos premières conceptions seraient toujours à refaire , et que notre esprit resterait dans une étemelle enfance : c'est là encore un fait certain; néanmoins il faut le prouver par des exemples , et en indiquer les causes par quelques réflexicms sur nous-mêmes.
La preuve générale que, sans les signes , nous ne pouvons presque pas nous rappeler nos idées ni les combiner, c'est que chacun de nous éprouve que.
GHAPITBE XVI. ^4 1
UnrsqaHl réfléehit sur un sujet quelconque , oe n'est pas directement sur les idées qu'il médite, mais sur [es motd; noos répétonâ.oes mots, nous les retournons , nous en faisons divers arrangemens , nous sentons les nuanoes de leur signification , nous les prononçons tout lias, comme pour nous frapper nousmêmes par une impression qui ne soit pas purement intellectuelle. A la vérité , quand l'objet est présent , il tient à un certain point lieu de son iiom , il devient lui-même signe de l'idée qu'il fait naître ; mais nous fixons toujours notre attention sur les mots qui expriment la qualité qu'il s'agit d'examiner eu lui, l'effet qu'elle a produit , la circonstance à laquelle il fiint HToir égard , le but où tend notre recherche, etc.. On pourrait croire que cette manière d'opérer tient an long usage que nous avons des mots , et que notre esprit , accoutumé dès long-temps à se servir de ce mojcn , s'en est fait une nécessité qui #est pas réelle : mais un exemple frappant va nous montrer que ce n'est pmnt là uniquement un effet de l'habitude , qu'il j a autre chose dans ce phénomène , et qu'il est fondVvur la nature même de l'opération intellectuelle qui s'exécute.
Nous avons tous l'idée de l'unité^ peu importe pour le moment comment nous l'avons acquise : nous s&vons que l'adjectif un exprime la qualité d'un être isolé, considéré séparément de tout autre, comme n'étant ni répété ni divisé. Cest déjà un ligne précieux que ce mot un .* il fixe dans nos têtes tine idée qui , sans son secours , demeurerait trèsvague. Si à lui tout seul il ne nous donne prânt ena a3..
^Â^ IDEOLOGIE.
«ire 1m iàén dûê différent nomlmst , à eoop ràr tm lai ncMU ne 1m autianfl jamaif } car toa« les nonilini potfiblea ne •ont que Tiiiitté répétée plof on nonn. Le nx>t un cet donc le germe de toutee let idéeiéi nombre, et e'ett nn grtnd pee qne de l'eToîr eiéé Cependant supposons qne nons n Vtous point d'sntn nom de nombre , et essayons areo le seul mot méi faire le plus simple de tons les oaloals, une additMi très -bornée. Pour 7 réussir, je ne puis faire aitn obose que de dire un plus un , |das un , plus uii plus un, plus un , plus un; et ni moi qui parie, ■ vous qui m'éootttem , n'aves aueune idée nette daai la tétei Pourquoi cela ? o'est que rien ue nous indîqui combien de fois nous avons répété œ mot mm, ni qëd rapport il y a entre ce nombre primitif et lenomki totdi. Maintenant, que quelqu'un me compte m plus un, plus un, plus un, plus un, plus un, et me projMse de retrancber ce nombre du premier 00 de Vy ajouter, que vouleft-vous que je fasse ? Qurl rapport puis -je saisir entre ces deux nombres? Quelle proportion puis -je sentir entre l'un dVux et le reste ou le total demandé ? Qual9 je n^ai aucun moyen de déterminer aucun des termes de la comparaison , éyideoipient je ne puis asseoir un jugement; j'aurai beau dire un, un, un, un, un, un, un, moins un , un , un , un , un , un, ou plus un , un, ua, un , un , un , je ne saurai où je dois arrêter cette fastidieuse répétition ; et quand , par impossible , je ne rétendrais ni trop ni trop peu , le reste ni le total • je le répète , ne me présenteraient aucune idée dé* terminée. Mais , me dira-t-on , vous oompterem par