partie de la Philosophie qui traite des ra
grandeurs et des figures, a été bien oulti
comme dans les autres parties je n*^^mint
do semblables travaux , je yais tâcher d^ét
ques-iina des premiers principes de la Philo
irerselle, dans Tespéranoequ^ils germeront
tlt à petit, ils produiront une philosophie pu
Je n^ignore pas combien il est difficile
do Tesprit des hommes des opinions inyété
tiUées par Pautorité des écriyains les plus
et je sais de plus que la vraie Philosophie , c
celle qui est exacte, non-seulement veut ui
fard , mais même rejette presque tout on
que les pnmiers principes de toute soi
d*étre agréables , paraissent arides, commu
que rebutans.
Néanmoins , comme il y a oertainemei
hommes , quoique peut-être en trop petit m
dans toutes choses , aiment surtout la véri
iitude , yû cru devoir travailler pour eu
^dono à mon sujet , et je commence par h
^ la Philosophie elle-même.
a* La Philosophie consiste à acquérir I
sance des effets ou phénomènes par le moyen de leurs
causes ocmnoes on de leur génération, et récipio-
cpiementà déoouTrir les canses ou la génératîoa par
la oonnaissanee des effets mêmes , en employant tos-
)onrs an raisonnement rigoureux.
Pour bien comprendre cette définition , il dut considérer premièrement que , quoique le sentiment et le souvenir des choses, qui sont communs à Phomme et aux antres êtres animés , soient de véritables notions , oepen4ant comme elles nous sont données 8ar-le-chani||pur la nature , et ne sont point acquises par le raisonnement , elles ne font pas partie de la Philosophie.
'Secondement, comme Pexpérience n^est autre ohose que la mémoire , et comme la prudence ou la prévoyance de l'avenir n'est que l'attente de choses semblables à celles que nous avons déjà éprouvées , la prudence ne doit pas non plus être regardée eomme faisant partie de la Philosophie.
Par raisonnement j'entends calcul; or, calculer c'est trouTer la somme de plusieurs choses ajoutées ensemble , ou trouver ce qui reste d'une chose dont on a retranché une autre chose. Raisonner est donc la même chose qu'additionner ou soustraire. Si quelqu'un veut y ajouter, multiplier et diviser,^ ne m'y oppose pas, puisque la multiplication n'est que l'addition de quantités égales , et que la division est la soustraction de la même quantité , exécutée autant de fois qu'elle peut l'être. Tout raisonnement se réduit donc à deux opérations de l'esprit, l'additi^a et la soustraction.
3o n faut fiure Toir, par un on deux ezemplec, oomment noua additioimana ou aonatrayona dan notre esprit , par un raifonnemenl purement mental et sapa paroles. Si quelqu'un voit une ohose de ktt et oonfusément , quoiquHl n'ait point encore de latgage , il a de cette chose la même idLée à FoeoeiMB de laquelle, maintenant que nous ayons des molft il dit que cette chose est un corpg. Lorsqu'il se s«i approché de plus près , et qu'il aura yn que oeUe même chose est d'une certaine manière , tantôt dsai un lieu , tantôt dans un autre , il 4|^ d'elle vm nouyelle idée qui fait dire aujour^oi que cette chose est animée, Lorsqu'ensaite , étant tont pri* de cet objet , il yoit sa figure, entend sa yoiz , et remarque d'autres choses qui sont les signes d'un esprit raisonnable, il a une troisième idée quand même il n'aurait encore aucun mot pour l'exprimer; et celle-ci est l'idée qui uous fait dire qu'un être est rcàsonnahle. Enfin , quand il conçoit l'idée totsle et unique de cette chose yue complètement et distinctement , cette dernière idée est composée des précédentes ) et son esprit a formé toutes ces idées de la même manière et dans le même ordre suiyant lequel , dans le discours , nous réunissons tous ces uomi, corps, animé, et raisonnable , en un seul nom qui est, corps animé raisonnable , on homm/s* De même des idéss de quadrilatère, d^équilatère et de rectangle, on Ibrme l'idée de carré. Car l'esprit peut conœyoir l'idée de quadrilatère sans l'idée d'é- Miilaière., et celle d'équilatère sans celle de reotangle ; et il peut joindre ces trois idées pour en fitire
une seule nodoo qui est Tidée aniqae da carré. On Toît dono de quelle manière Tesprit compose ses notions on idées. Au contraire , si quelqu^on Tott on lioaune présent devant loi , il conçoit l'idée totale de cet homme; s'il le foît d^ékâgner et qa'il le soif e nnkinent des yeux, il perdra l'idée des eiroonstmoes qui sont les signes que cet homme est ndsonatUe ; mais l'idée d'animé restera prétente à sa tuc etàsa pensée. Ainsi, de l'idée totale d^hcmms, o'est-è-dire de corps animé raUonnabU , sera retranchée l'idée de mitonnable^ et il ne restera que celle àtcorps animé. Peu après, à une plus grande distance, se perdra l^idée à^animé, et il résultera seuiement celle de corps jusqu'au moment où la dis- Unœ augmentant toujours , l'objet ne pourra plus être aperçu , et l'idée disparaîtra entièrement de devant les yeux et s'évanouira totalement. Je crois avoir suffisamment montré par ces exemples comment s'o* père le raisonnement intérieur de l'esprit sans le secours dea mots.
Il ne £aut donc pas croire que le calcul , c'est-à-dire ie raisonnement , ait seulement lieu dans les nombres de manière que l'homme ne soit distiogué des autres êtres animés que par la faculté de compter , comme l'on dit que c'était l'opinion de Pythagore : car la grandeur peut être ajoutée à la grandear et en être retranchée , de même le corps au corps , le mouvement au mouvement, le temps an temps, le degré de qualité au degré de qualité, l'action à l'action , la notion à la notion , la proportion à la pn^KNrticn ., le discours au discours , le nom au nom ; tout cela
est également snsoeptible d'addition et de soostnatioD, et c'est daas ces choees que oonoste tontek Philocopliie.
Nous augmentons ou diminuons une chose qof^ conque , c'est-à-dire que nous la rapportoiM à o«* taines proportions,, à certaines relaticos. Alors noM disons que nous la considérons , ce que les Grecs i^ pellent hgklzesthai, comme ils expriment Faotian même de calculer ou raisonner par le mot êyllogii^ zésthai.
4** Les effets et les phénomènes ifpt des fiM»ultfi ou des puissances des corps par lesquelles nous kf distinguons les uns des autres, c'est-à-dire, par Iss* quelles nous concevons que l'un est égal ou înégil, semblable ou dissemblable par rapport à un autfs; comme dans l'exemple précédent , lorsque nous noaf sommes assez approchés d'un corps quelconque pour apercevoir son mouvement et sa marche , nous le distinguons d'un arbre, d'une colonne et de tous les astres corps immobiles. C'est pourquoi cette fiicnlté de marcher est la propriété de ce corps ; car c'est une qualité propre aux animaux , par laquelle on les distingue des autres êtres.
5» L'exemple d'un cerde fera facilement comprendre comment la connaissance d'un effet peut s'acquérir par la connaissance de sa génération, ûur soit une figure plane extrêmement approchante de celle d'un cercle; vous ne pouvez reconnaître à la vue, ni d'aucune autre manière , si c'est réellement pn cercle ou non : mais vous le découvrirez très-facilement si vous savez comment celte figure a été
c&gendrée. En effet, si yoas sayez que oette figure a été engendrée per la révfdutioa d^un ooq»s dont «ne de» extrémités est restée immobile , yoaa rai- •OBBerez ainsi : œ corps qui est toujonri de même longueur et qui se meut ainsi , s^applique d*abord sar un rayoD, puis sur un second , sur un troisième , et linsi successivement sur tous. La même longueur, «1 partant du même point , atteint donc la circonfé- NBoe partout , c'est-à-dire, que tous les rayons sont ^nx. Il est dooo connu par la génération de cette figare qu'elle eat telle que son centre est à une égale diilanoe de tons les points de sa circonférence.
De même, par la connaissance d'une figure nous ptrfiendrons, en raisonnant, à lui trouver une ma- BÎère d'être produite , non pas peut-être celle dont die l'a été, mais certainement celle dont elle a pu l'être ; car connaissant la propriété du cercle dont nous Tenons de parler, il est facile de voir que si un corps se meut comme nous l'ayons dit , il engendrera ui cercle.
G» La fin ou le but de la Philosophie est de tourner à notre avantage les effets prévus , ou lorsque nous avons connu que des effets se produisent par l'action des corps les uns sur les autres , de produire artificiellement des effets semblables pour les usages de la vie humaine , autant que les forces de l'homme et la nature des choses le permettent.
Car la satisfaction d'avoir surmonté les difficultés de questions très-épineuses , ou découvert des vérités très-caohées , et de s'en applaudir intérieurement sans en rien dire à personne, ne me parait pas
vue récompense saffisaiite pour on travail aiun grand qae œlni qu'exige Pétode de la Philosophie; etjenepenaepasnonplajqiieceaQÎtiine ohoMbiai défirable que d'apprendre aux antref qu'on est lim sayant , s'il n'en doit rien résulter de plus. La soieaM n'est bonne que pour augmenter la puissanoe. Fusons comme les géomètres ^ les tliéorèmes pour kf problèmes , c'est>à-dire , pour sayoir construire. Et définitif , toute spéculation dent ayoir pour but uie action ou une production quelconque.
7« Quant à l'utilité de la Philosophie , et surioat de la Physique et de la Géométrie, il suffit , poar prouver combien elle est grande, de faire rénumération des principales commodités dont jouit maintenant le genre humain , et de comparer l'existeBoe des hommes qui les possèdent, avec celle de cett qui en sont privés. Les choses les plus précieuseï pour le genre humain sont les arts de mesurer lei corps et leurs mouyemens , de remuer les fardeans les plus pesans , de bâtir, de naviguer, de fij>riqnei toutes sortes d'instrumens , de calculer les mouyemens célestes , les aspects des astres , les parties ds temps , de décrire et représenter la surface du globe Il est impossible de dire tons les avantages que let hommes retirent de ces inventions. Presque toutes les nations européennes en jouissent, ainsi que h plupart de celles de l'Asie et quelques-unes de l'A frique. Mais celles d'Amérique, et toutes les 'peu plades qui habitent près des deux pôles, en son absolument privées. Pourquoi cette différence? Le unes QiitF«lles plus d'esprit que les autres? Ton
CALCUL OU LOGIQUE. 5q
In hommes u'oat-ils pas des âmes du même geure , tl oes âmes n'onUelles pas les mêmes facultés ? Que «anque-t-il donc aux unes de ce que possèdent les «otres , si oe n'est la Philosophie ? La Philosophie «itdoiio la cause de tous ces biens. A Tégard de la Philosophie morale et civile, son utilité doit être tpprémée moins par les avantages qu'elle nous proeiire , que par les calamités dont elle nous préserve. Tous les malheurs qu'il est au pouvoir de la sagesse kamaine dMviter naissent de la guerre , et surtout de la guerre civile : de là , les massacres , la dépopulation et la disette de toutes choses. La cause de toas oes maux n'est pas que les hommes les désirent, car ils ne désirent jamais que le bien, du moins le bien apparent. Ce n'est pas non plus qu'ils ignorent que ce sont là des maux, car qu'est-ce qui ne sait pas que le carnage et la dévastation sont des choses funestes ? La cause de la guerre civile est donc que l'on ignore les causes qui produisent la guerre ou la paix , et que ceux-là sont en très-petit nombre qui oonnaissent bien leurs devoirs , c'est-à-dire qui ont appns les véritables règles de conduite par lesquelles la paix est entretenue et conservée. Or, la connaissance de ces règles , c'est la Philosophie morale. Pourquoi donc les hommes ne la savent-ils pas , si ce n'est parce que personne jusqu'à présent ne la leur a enseignée en suivant une méthode claire et rigoureuse ? Quoi ! les anciens docteurs grecs , égyptiens , romains et antres , ont bien pu persuader à la multitude une infinité de dogmes sur la nature de leurs dieux, de la vérité desquels ils n'étaient pas 3 6.
(lu tout sûrs , ou qui même étaient manilÎBstemeii^ ^^^ faux et absurdes , et ils n^auraient pas pu montrer ' à celte même multitude aea vrais deyoirs (c'est-è^ ,^ dire, ses Trais intérêts), si eux-mêmes les ayaicat r bien oonnus ? Un petit nombre d^écrits qui restai des anciens géomètres a suffi pour anéantir toali . dispute sur les choses qu^s ont traitées, et les in- ■ nombrables et énormes volumes des moralistes taraient été sans effet , s*ils avaient contenu des ohoséi oertaiues et démontrées? Si les écrits des uns ont été si pleins de choses , et ceux des autres ai remplii seulement de mots , peut-on en imaginer d*aatn raison , si ce n^est que les premiers ont été oomposéi par des hommes qui connaissaient réellement leur sujet , et les autres par des hommes qui ignoraient eux-mêmes ce qu'ils enseignaient , et n'avaient d'autre objet que de faire montre de leur esprit et de leur éloquence. Je ne nie point que la lecture de quelques-uns de ces livres ne soit très-agréable. H y en a de très-éloquens : ils contiennent beaucoup de maximes lumineuses, salutaires , et foi*t au-dessus des idées vulgaires ; mais ils nous les donnent oomme universelles ; et la plupart ne sont pas universellement vraies , d'où il arrive que les circonstances des temps, des lieux, des personnes, étant changées, elles sont aussi souvent propres à confirmer dans des résolutions perverses , qu*à montrer le chemin du devoir. Ce 'que l'on désire surtout dans ces livres, c'est une règle certaine pour apprécier les actions , par laquelle on puisse juger sûrement si ce que nous faisons est juste ou injuste ; oar il est fort inu-
CALCUL OU LOGIQUE. 6l
tile qu'ils Tious ordonnent défaire en toute occasion
te qui est bien, tant qa'ila n^oDt pas établi cWire-
VMoat la règle et la mesure du bien , et c'est ce qn'ao-
oun n'a fait jusqu'à présent. Puis donc que l'igno-
imoe de la science morale , c'est-à-dire , de nos de-
Toirs , a engendré les guerres ciyiles et les plus
grands dtestres , nous sommes fondés à attribuer à
k oonnaissanoe de cette science tous les biens oon-
tndres à ces maux. Ainsi , nous Toyons combien est
gnnde l'utilité de tontes les parties de la Philosophie,
saut parler du plainr et de la gloire que l'on trouye
à s'en occuper ayec succès.
Le sujet de la philosophie , ou la matière sur laquelle elle s'exerce , est tout corps dont on peut ooacerctr la génération , ou que l'on peut comparer à an antre sons un rapport quelconque , ou dans lequel il 7 a lieu à composition et à décomposition , c^est-àdire, tout corps que l'on peut concevoir avoir été engendré , ou avoir une propriété quelle qu'elle soit.
De la définition même de la Philosophie dont la fonction est de rechercher les propriétés par la génération , ou la génération par les propriétés , il suit que là oà il n'y a ni génération ni propriétés, il'n'j a aucune prise pour la Philosophie. Ainsi , la Philosophie rejette de son sein la Théologie , c'est-à-dire , la doctrine de la nature et des attributs de Dieu , éternel , inengendré , incompréhensible , et dans lequel on ne peut trouyer ni composition , ni division , ni comprendre aucune génération.
Elle rejette de même la doctrine des anges et de tous les êtres qui ne sont ni des corps , ni des affec- 2 6..
6a BOBBES.
tkms des oorps, parœ que , dans ees êtres , il n'/s lieu ni à oomposition , ni à diyisîoiiy ni à plus oo moins ; et par oonséqpient ils ne fournissent matièR à aucun raisonnement.
La Philosophie ne comprend pas non pins Hiii-
toire tant naturelle que politique , quoiqu'elles soioil
-très-utiles , même nécessaires à la Philosophie. Maâi
ces connaissances consistent dans l'expérience oa
l'autorité , et non dans le raisonnement.
Elle ne comprend pas dayantage toute soienoe ^ nait d'une inspiration diyine ou d'une révâatioii; car celle-là n'a pas été acquise par la raison, nuû donnée gratuitement par la (ayeur diyine et par vb acte instantané. Cest une espèce de sens sumatud.
£n6n , la philosophie rejette non-seulement toate doctrine fausse , mais même toute doctrine qui n'est pas établie d'une manière inébranlable : car les choses qui sont connues par un raisonnement rig!(Nireux , ne peuyeut être ni fausses ni douteuses. Cest pourquoi l'Astrologie, telle qu'on la professe aujoard'hui, et les autres recherches qui sont plutôt des diyinations que des sciences , ne fcmt point partie de la Philosophie. Enfin, ne fait point partie de la Philosophie la doctrine du culte de Dieu , qui n'est point connue par la raison naturelle , mais par l'autorité de l'Église , et qui appartient à la foi et non à la science,
9<* La Philosophie a deux branches principales; car lorsqu'on étudie la génération et les propriétés des êtres , deux grandes classes de choses très-distinotes entre elles , se présentent d'abord : l'une des
CALCIÎL OU LOGIQUE. 63
{ formés par la natare même , et que Pon range I le nom de jutture ; Pantre des choses arrangées la volonté humaine , et réglées par les oonrcnis et les transactions des hommes , qu'on nomme iété. De là naissent d^ahord deux parties de la losophie ; la Philosophie naturelle ^ et la Philoso^ 'e civile» Ensuite , comme pour oounaltre les piîétés de la société , il est nécessaire de connalauparayant les pensées , les affections et les mœurs } hommes , la Philosophie civile se partage encore deux parties ; Pune qui traite des pensées et des mrSy et que Pon appelle éthique ou morale ; et itre qui s'occupe des devoirs des citoyens , et que I nomme politique ou simplement ciinle, Cest irqnoi, lorsque nous aurons commencé par yoir choses générales qui appartiennent à la nature me de la Philosophie, nous parlerons premièrent des corps naturels , secondement de V esprit et mœurs de V homme , troisièmement des devoirs r citoyens,
[O** Enfin , comme il y a peut-^tre des h<Nnmes [ui ma définition de )a Philosophie ne plaira pas , qui diront qu'en prenant la liberté de faire des Snitious arbitraires , on peut conclure tout ce qu'on ut de quelque chose que ce soit ; quoiqu'il ne me : pas difficile de leur montrer que cette définition : d'accord avec le bon sens de tous les hoiames , ime mieux n'avoir point de disputes avec eux à sujet , et je leur déclare ici que je donnerai dans t Ouvrage les Élémens de la Science , qui consiste lécouvrir les effets d'une chose par la connaissance 2 6...
de M génération , ou, au contraire , à chercl génération par le secours des effets connus. C défirent une autre Philosophie sont avertis i chercher ailleurs.