‹ Étemens d'idéologie (volume 3)Chapitre 46 sur 72 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE VOS riacEPTiova ou loéas.

Jb ponnuia l'examen de ma propre nitliyti paroe que o'eat la seule dont je sois sûr direeteaort et immédiatement. £Ue consiste dana ce que je seM ; et je continue à Tobserver abstraotiyement et seulement de Texistenoe de tout autre être , parce qM)* ne connais celle-ci que subséquemment et médiitoment. Nous verrons ensuite comment nous déooiyrons cette seconde existence , en quoi elle connste, ce que nous en savons , et ce que nous en devons penser. En attendant , néanmoins , je parlerai toujours des corps comme sHls existaient réellement. Ctft l'opinion oommuue ; et nous verrons bientôt qu^elle est fondée.

Toutes ces perceptions ou idées que nous ne faitoos que sentir, et eu conséquence desquelles ensuite ikmu jugeons et désirons, sont fort différentes entre eliei.

Nous avons d^abord des sensations proprement dites , lesquelles ne sont que de simples impressiciu que nous recevons de tous les êtres qui afiectent notn sensibilité, y compris notre propre corps ; telle estli

peroeption de brûlure ou de piqûre. Nous avons des

idées de oes êtres, qui agissent sur nous, lesquelles

sont composées de la réunion de toutes les aifeotions

qu^s nous oauaent ; telle est l'idée d^un poirier ou

d^BD oaîlloa. Nous ayons de même des idées des pro»

priétés , des aotiims , des qualités de œs mêmes êtres ,

lesquelles ne sont encore que les impressions que nous

en receyons , considérées nco dans nous , mais dans

les êtres qui les produisent ; telle est Pidée de chaleur

oa de pesanteur.

Toutes CAS idées sont d'abord relatives à un seul fiât EU» sont individuelles et particulières. Nous les étendons ensuite à tous les fiiits qui se ressem- Uent, abstraction faite de leurs différences : elles dsyicnn^nt générales et abstraites. Ainsi l'idée 6ntkire a^est plus celle d'une telle brûlure , mais de toutes les brûlures} l'idée d'un arbre n'est plus celle d*ua tel arbre, mais de tous les arbres ; l'idée de chaleur n'est plus celle de la chaleur d'un tel corps , mais de 1a chaleur de tous les corps chauds.

Ensuite nous établissons des degrés dans ces idées générales et abstraites , et nous formons des idées d'espèces, de genres , de classes, par des éliminations afmmesaiJfes , de manière que moins elles conviennent à un grand nombre d*êtres , plus elles retiennent des particularités de chacuns d'eux , et que plus an contraire elles s'étendent à une grande multitude, moins elles renferment des élémens propres À chaque individu : c'est ainsi que nous formons suooeanvement les idées poirier , arbre , végétal , corps , et enfin être , qui étant la plus générale de toutes , 2 18...

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ne comprend plus qu'âne seule propriété commniie à tous les êtres, celle d'exister, n'importe oommcDt.

Tout oeU n'a pas toujours , peut-^tre jamais, -été yu bien clairement , et cependant cela pouyait l'être ayec une légère attention, si les observateurs nVraicst pas été préoocapés de prérentions antérieures.

Quoi qu'il en soit , Toilà bien des sortes de perceptions différentes ; leur nombre et leur diyersité a pu nous éblcmir ; mais si nous ne sommes pas possédés de la manie incurable de substituer les hypo- ^èses et les conjectures à l'observation, nous n'iioni pas , pour expliquer la formation de ces idées , sap* poser ou qu'elles nous sont toutes données immédiatement et à cbacpie moment par une puissance sarnaturelle, ou qu'elles existaient toutes à une époque que nous ne pouvons fixer , dans une portion de notre individu que nous ne pouvons déterminer, qui les a tontes oubliées , et qui se ressouvient de toutes à mesure que les occasions qui pourraient les produire les lui rappellent ; ou que , etc. , etc. Hcor reusement il est inutile aujourd'hui d'insister sur de pareils rêves , qui ont rempli les têtes pendant tant de temps.

Il nous est aisé de voir , en nous regardant noosmémes , que toutes ces idées se forment facilement en nous , par les seules opérations de sentir et de juger ; que ce sont autant de composés et de surcomposés d'un petit nombre d'élémens primitifs , nos simples sensations, lesquelles , quoique assez peu diversifiées, fournissent une quantité vraiment inânie de combinaisons , à peu près comme trente ou qoa-

rante caractères soifiseiit à la formation de tous les

mots imaginables de tontes les langues parlées po8>

sibles ; et ce qui complète la démonstration , c'est

que dans cette multitude innombrable d'idées ,il nous

est absolument impossible d'en découvrir une qui

n'ait pas son origine plus ou moins éloignée dans ces

sensations , et qu'au contraire il nous est tout aussi

impossible d'inventer une seule sensation ou un seul

sens essentiellement différent de ceux dont nous

•ommes doués. Tout par nos sensations et rien sans

elles y voilà notre histoire ; et notre manière constante

de les élaborer , c'est de nous ressouvenir en con-

féqaenee de sentir, et de vouloir en conséquence de

Juger.

hes ohoses étant ainsi , voilà j'espère les actes de notre sensibilité bien édaircis et notre existence intime bien reconnue , et reconnue avec autant de certitude dans ses détails que dans son ensemble. Mais qu'est-ce donc qui lie cette existence avec celle du reste de la nature? Elst-oe une illusion? est-ce une réalité? Cest, je pense, ce dont nous pouvons actuellement rendre compte. Quand nous nous voyons nettement nous-mêmes, c'est-à-dire nos moyens de connaitre , nous pouvons voir nettement aussi ce que ces moyeus sont capables de nous apprendre ; et on ne saurait trop le répéter, il n'y a pas d'autre manière d'y parvenir.

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