IHSTAVCTIOII
Fune qui tire sa substance du travail de ses bras, Fautre qui vit du reyenu de aea propriétés, ou da produit de certaines foootions , dans lesquelles le tnyail de l'esprit a plus de part que celui du corps. La première est la classe ouvrière ; la secfmde est celle que j'appellerai la classe savante.
Les hommes de la classe ouvrière ont bientôt besoin du travail de leurs en fans ; et les en fans eux-mêsies ont besoin de prendre de bonne heure la connaissance, et surtout Fhabitude et les mœurs du trayail pénible auquel ils se destinent. Us ne peuvent donc pas languir long-temps dans les éoc^es. Il faut qa^one éducation sommaire, mais complète en son genre, leur soit donnée en peu d'années, et que bientôt ib puissent entrer dans les ateliers ou se livrer aux tntvaux domestiques ou ruraux. Il faut de plus que les écoles où ils reçoivent cette éducation abrégée soient assez à portée d^eux pour qu^ils puissent en suivre les leçons sans quitter la maison paternelle : car leurs parens ne sont pas en état de les soutenir hors de chez eux.
Ceux de la classe savante , au amtraice , peuyent donner plus de temps à leurs études; et il faut nécessairement quUls en donnent davantage ; car ils ont plus dq choses à apprendre pour remplir leur destination , et des choses que Ton ne peut saisir que quand Page a donné à Tesprit un certain degré de développement. Us peuvent d'ailleurs sortir de la maison paternelle et se transporter près des écoles. U faut même qu'ils soient dans des maisons d^éBuoation ou qu'ils aient chez eux des instituteurs particoUers ; car le
genre dMtude qui leur est nécessaire euge que des répétiteurs suryeillent et dirigent le travail qui doit suiyre les leçons qu^ils reçoivent, sans quoi elles ne seraient d^auoune utilité.
Yoilà des. choses quine dépendent d'aucune volonté humaine ; elles dérivent nécessairement de la nature même des hommes et des sociétés : il n^est au pouvoir de personne de les changer. Ce sont donc des données invariables dont il faut partir.
n suit de là que les écoles des eufans de la seconde Dem genre , classe n'ont pas bescÂn d'être très-multipliée?» Le^iryf*^"^' ^*' nombre doit même être assez restreint , afin qu'elles puissent être meilleures y. et réunir autour d'elles tous I les. établissements publics et particuliers nécessaires à I leur succès. Le cours de leurs études do^ être d'une assez longue durée.
Celles des enfans de la première elasse , au contraire, doivent être en très -grand nombre, afin que tout citoyen en ait une à sa portée ; elles peuvent y être, parce qu'elles n'exigent ni grands préparatifs, ni établissemens qui en dépendent, ni talens supérieurs. Leur cours d'études doit être beaucoup moins long , mais être complet dans son genre. Il doit être un abrégé de celui des autres écoles , mais il n'en doit pas être une partie. Il ne faut pas croire que l'on remplit son but , en y substituant renseignement des deux ou trois premières années de ces écoles plus savantes. Ce n'est pas faire l'abrégé d'un livre que d'en prendre les premières pages , et de laisser le reste. Ces lieux cours d'études doivent donc être essentiellelueut différens , parce que leur objet n'est pas le 2 28...
3a8 iHSTatrcTioH
même y et que leurs méthodes d^enecdgiiement doirent différer ausdu navMt- Conoluoiii que dam toat eut bien administré et oà a« d«« Pou doone une attention snffiiante à l'éducation dei •mpicis oitoyens , il doit 7 atotr deux systèmes oomplco *^.''"*^^^d'instmotion, qui n^ont rien de commun Pun afee 1 autre. C'est aussi oe qui est cnem nous , au mouis co projet. Les éooles dites primaires et les apprentisnj^ des difi'érens métiers , Toilà Téducation de la ohsM ouyriére : les éeoles centrales et spéciales , Toilà oeUe de la classe savante; et je ne conseillerais pas plu de donner oelle-ci à un enfant destiné à être artinn, que de donner la première à celui qui doit dereair homme d'état ou homme de lettres y àùtroa abréger Tune ou prolonger Pautre ; encore une Ibis , elles sont essentiellement distinctes par Tautorité infinoibleéc la nécessité. Mœurs , besoins, moyen , tout est différent entre ces deux espèces dliommes. Cest oe qui se verra mieux encore quand nous parlerons des écoles primaires.
J'ai beaucoup insisté sur cette première considération y parce que je regarde comme une grande erreur de croire que les écoles primaires se lient avec les écoles centrales , et en sont comme le yestibule; et je yoû que cette erreur a péuétré même dans de très-bons esprits. Peut-être cela vient-il de ce nom d'école primaire, qui semble indiquer un premier degré; ctr les mots ont une bien grande influence sur les idées : cV'st pourquoi je serais d^avis de changer cette dénomination. Quand une fois on a adopté la fausse vue qu'elle suggère , il me parait impossible de rien com-
prendre au véritable esprit de notre 'syatème dHnstruotion publique.
G^vpremier point éclairai, je yais parler d'abord llfaatcom. do rëaùoation de la classe savante, premièrement, |™'°J]^Yf ^j*^ paroe que, pour mettra l'autre en pleine activité, jeu classe sadois que dans ce moment nous manquons à la fois ^'^*de moyens, de maîtres et d'élèves; secondement, parce que , quand on veut rendre générales des idées saines et de bonnes méthodes , il faut commencer par réunir et employer ceux qui les connaissent et qui les goûtent , et s'en servir pour les faire entrer dans un plus grand nombre de téies , d^où ensuite elles se propagent et se répandent de procbeen proche, et pénètrent bientôt jusqu'aux dernières classes de la sooiété. Qaaud on veut enseigner un nouvel exei'cice à un régiment, il faut d'abord que les chefs l'apprennent : puis ils l'enseignent aux officiers particuliers, ceux-ci à leurs sous -officiers, et ceux-là aux soldats* Il en est de même de toute instruction. Si une fois l'éducation de la classe savante de la sooiété a un plein succès , on verra se former dans son sein d'exoellens maîtres pour la classe ouvrière , et on la verra lui fournir une foule de moyens d'instructions , et lui inoculer le désir d'en profiter, désir sans lequel rien n'est possible : commençons donc par nous occuper de l'éducation de la classe savante , et parlons de sa durée.
La vie de l'homme a une étendue limitée; elle est ,^,')'e?î7roiî partagée en périodes fixes dont nous ne saurions cban- degr^a , «foger la destination. C'est encore là une loi de la »«- l^/^'î^'^*',^^! ture sur laquelle nous no pouvons rien : nous de-cia^.
33o INSTRUCTION
voDfl donc y oonformer nos institutions : quand la loi de la oonsoription ne viendrait pas nous ayertirqu^i yingt ans le jeune homme peut être appelé à servir actiyement sa patrie , et doit être capable de la serrii utilement , il n*en serait pas moins vrai qu'à cet âge, où Phomme dans nos climats a atteint son entier développement , et où ses forces et ses passions cmt toate leur énergie y il doit commencer à agir , et ne peut plus être réduit uniquement à amasser des matéiiaox pour l'avenir ; l'éducation proprement dite doit dcno être finie à peu près pour cette époque*
De ces vingt années , les huit premières se passent en général sans que l'enfant soit capable d'un trafail assea assidu et d'une application asses soutenue, pour pouvoir être envoyé à des leçons publiques et placé dans des maisons d'éducation. Sa présence af faiblirait et troublerait ces leçons , et dérangerait oes maisons sans qu'il en retirât aucun fruit réel , peatêtre mémo y prendrait-il des dispositions pernicieuses à beaucoup d'égards. C'est donc sous les yeux des pareus que doivent se passer ces huit ou neuf preuiières années ; elles sont bien employées si l'enfant a appris à lire et à écrire , et a reçu quelques notions purement préparatoires, s^il a contracté de bounes habitudes , et s'il a acquis oes heureuses dispositions de l'esprit que ne manque point de donner plus ou moins la société habituelle d^hommes qui ont une bouue éducation et des mœurs libérales; et, je le répèle, ce n'est point, du moins en général dans les écoles dites jn-imaircs, qu'il peut aller chercher ces préliminaires du rôle qu'il doit jouer pendant tout
PUBLIQUE. 33l
le cours de sa vie. Elles ont une antre desHiMition, Quoi qu'il en soit , il reste done pour la olassc que l'ai nommée savante, et qui dmt Tétre, puisqu'elle a le temps de le deyenir , onze ou douze ans à partager entre les éoc^es dites centrales et les écoles sp^ oiales. Ces dernières, comme Pindique leur nom, ont pour objet de donner au jeune homme les ooonaissanoes spécialement nécessaires à Pétat qu'il doit embrasser. Notre système d'instruction publique leur réserve avec raison un espace de trois ou quatre ans : il en laisse environ huit aux écoles centrales, par lesquelles on doit passer auparavant , et dans lesquelles on doit puiser toutes les connaissances gênénies, nécessaires à un homme bien élevé, quel que soii Pétat auquel il se destine (i). Par cette raison j'aimerais mieux qu'on les appelât écoles générales par opposition à écoles spéciales , cela rappellerait leur véritable destination. Quoi qu'il en soit , parlons d'abord de ces écoles centrales, nous viendrons ensuite aax écoles spéciales.
Notre système d'instruction publique nous mon- L'înstn tre , et la raison nous prouve, que ces connaissances ^'^^ ^^^ générales , nécessaires à toute éducation complète, se ter les Bel: 'apportent à trois chefs principaux : les langues et H***'*' * , es belles-lettres, les sciences physiques et mathé-siquei ,
•c iences a ■ A la vérité, un article âe la loi du 3 brumaire indique'^*'* [ae Ton ne peut être admis aux écoles centrales qu'à douie ns ; nais celte disposition contredit tout l'ensemble du systèse. Peut-être est>ce une inadvertance. Peut-être est-<;e l'efTet e quelque circunstance. Au reste, il est aisé de la faire disparafre 9 et cela est nécessaire pour rendre tout le reste exécutable
332 iNSTancTiON
matiqnes , et les scienoes morales et politiques. Je k parle pas des exercices da oorps, de Part du dessb, et des autres arts agréables. Ce sont des aoeessoira très-utiles , mais qui ne constituent pas le fonda et réducation. U faut seulement ménager aux jeunn gens le temps de s'y exercer suffisamment. Qaait à ceux qui voudraient les étudier pour en faire lev état, ils devraient s'y liyrer de si bonne heure, et si exolusiyement , qu'ils rentrent dans la classe de oeoi que la nécessité d'un apprentissage précoce oblige de se borner à l'éducation sommaire. Ils ponrraieat bien profiter des leçons du professeur de desai d'une école centrale; mais il leur serait impossîUt de suivre réellement l'éducation savante. An reste, que l'on ne croie pas que je veuille les vouer à rigi» ranoe ; nous verrons par la suite qu'il n'est pas èi l'essence de cette éducation , que j'appelle sommaire, d'être renfermée toujours dans des limites très-étr» tes. Je reviens aux études , qui sont l'objet prineifil des écoles centrales.
Je disais donc qu'elles se rapportent à trois ehefs principaux : les langues et les lettres, les scienca physiques et mathématiques , et les sciences morales et politiques ^ EIn effet, ces trois branches de connaissances sont les bases de tous les états savans de la société. Les langues et les belles-lettres sont principalement nécessaires à la carrière de la littérature et de l'érudition. Toutes les parties du génie civil et
I Je comprends parmi les sciences physiques , rhistoin natareUe ; et parmi lis sciences morales , Thistoire de rmleh ligence knmaine'.
lîlitaire, la profession de la médeoine et plusieurs atrcs, dépendent partioulièrement des sciences phy* îqoes et mathématiques; et toute fonction oiyile ou «Âitîqne exige impérieusement d'être yersé dans les oiences morales et politiques. Il faut doue que ohaan trouve dans les écoles centrales les ressources lécessaires pour arriver bien préparé aux écoles spéciales de ces différens états.
Mais ce n'est pas la seule raison qui fait que ces rois branches de connaissances doivent être cultivées lans les écoles centrales. Il en est une autre encore ^lus forte , et la voici : c'est que non>seulement cha- )nne des professions que nous venons de citer a beloin de celui de ces trois genres d'instruction qui lui sorrespond directement, mais encore on ne peut réusdr dans aucune isans les posséder tous trois à un certain pcnnt. En effet, on ne peut être lettré ni érudit sans avoir au moins une teinture des sciences physiques et mathématiques; d'un autre côté , on ne peut cultiver ces sciences avec quelques succès , sans savmr au moins une autre langue que la sienne. Les sciences morales et politiques ne peuvent pas davantage se passer de ces secours. Enfin , tout homme a besoin, comme homme , de oounaitre ses facultés intellectuelles ; et comme homme social , les principes de la morale privée et publique. Ainsi, toutes ces connaissances sont également nécessaires à tous jusqu'à un certain degré < , et c'est jusqu'à ce degré
> GeU ekt si vrai, que nous les retrouverons toutes, quoiqu'avec moins de dëveloppemens , dans l'instruclioa de la
334 I5STRUCTIOV
quelles doÎTent être enseignées dans les éooles ca* traies ; au-delà elles deviennent le domaine partioBr lier de leurs écoles spéciales.
Tel est aussi le vœu manifeste de la loi qui étabA les écoles centrales. Elle place dans chacune un fiofîesseur de langues anciennes et un de belles-lettres; un professeur d^histoire naturelle , un de physiqaect un de mathématiques ; et enfin , un professear de grammaire générale , un de morale et légisIalioBi et un d'histoire. Voilà bien les trois branches d'csseignement que j'ai annoncées ; et même si on ajoute u second professeur de langues anciennes , comme fcxpérience universelle en a montré la nécessité, ebcune de ces branches a un égal nombre de jnfsh seurs , chacune trois. Maintenant voyons quel pirii nous devons tirer de ces neuf professeurs, ceqs^ doivent enseigner, quel ordre ils doivent snivrej^ quelles relations ils doivent (wnserver entre eni; ^ un mot, traçons un plan d'études, et o^est là oeqv est vraiment instant. Des matériaux ne font un moniment que quand ils sont placés dans un certainordre. Il n'r iTkit On n^a pas assez remarqué qu'il n'j avait anoQM danV'i"siVtu.<^™^^i^^^^<^ àsins Tarrangemcnt dcs études des a» dri de» an- cieus oolléges ; cllcs U W svaicut nul besoin. Da e- ^^^^ branches de connaissances dont j'ai parlé, elki n*en embrassaient réellement qu'une, celle deslsigues et des lettres. Il ne fallait pas de bien profimdei méditations pour arranger que l'on étudierait le Util pendant six ou sept ans , et ensuite la rhétorique pea-
classe moins studieuse, qu;*Ddnoas analyseroos l'iiutrucUfli des écoles primaires.
nt un ou deux; à la yérilé on plaçait à la fin de ut oeia un prétendu cours de philosophie , que a faisait consister dans quelques notions faibles ou usses sur la physique et la métaphysique. Mais tte philosophie était si généralement reconnue »ar complètement défectueuse et inutile, qu^auoun ^ve ne faisait même semblant de Tétudier, à moins l'îI n*y fut forcé par des cii-coustances impérieuses ;
que personne ne s^en embarrassait. C^est même t abandon général qui empêchait de s^aperccyoir t'elle tenait la place de plusieurs connaissances tiles qui auraient dû être enseignées à différentes toques, et que ai son étude avait été suivie, elle irait donné une longueur démesurée à la durée de klnoationj car ces neuf ou dix années de collège étaient encore que le préliminaire des écoles spéaies de chaque état savant : rîen n'était donc réelment prévu ni pour Tordre , ni pour la durée , et • n'a pas été un des moindres obstacles à la mise en stivité d'une véritable instruction publique, ni èves, ni professeurs n^ étant accoutumés à coor- Miiier entre elles différentes études : un véritable Lan d'études est donc une chose à créer ; nous al- »nfl le voir se former de lui-même, en examinant esprit de l'institution.
On enseigne dans les écoles dites centrales les 1>»ds les no ingues et les lettres, les sciences physiques et ma-j,, froîs^ti lématiques, et les sciences morales et politiques; d«"P""(;<p t on n'enseigne de ces trois branches de connaissan- marcKer BS que ce qu'il est nécessaire à tous d'en savoir, el front. s qu'il faut savoir de chacune pour réussir à un 2 29.
336 iNSTaucTioN
oertain point dans les autres. Le yœu de rétablissement n^ost donc pas qu'on les enseigne séparémot à différons tiges , qu^elles séchassent , pour ainsi dire, runePautre, et qu'elles soient successiyement af prises et oubliées dans Tespace de huit ans; mus bien que Penfaut soit graduellement et continuellemeut instruit et entretenu dans chacune depuis k commencement jusqu^à la fin du cours d'étude, et qu'à la dernière année chaque élève les possède, s^ii se peut , également toutes trois , et soit égalemest prêt à entrer dans les écoles spéciales qui leur oo^ respondent.
■ Elles doivent donc toujours marcher de front, (t chacune occuper plus ou moins do temps à touUs les époques, de manière à n'être jamais totalemcat perdue de vue.
s (îoiTent Déplus, cUcs doivcut s'entr'aider. Il faut ayoir ' quelques notions préliminaires de différens genres pour comprendre un peu ce que l'on rencontre daBS les livres, au moyen desquels on apprend une laBfpu. Il faut avoir commencé cette seconde étude , et VKÙ une idée de la marche du calcul , pour être en éUt de réfléchir sur ses opérations intellectuelles. Une connaissance sommaire de celle-ci facilite à son totf rétude des langues et des lettres et celle des sciences physiques et mathématiques , qui en revanche sont nécessaires pour apprendre réellement la législatioB et l'histoire , lesquelles à leur tour jettent un nooveau jour sur l'histoire philosophique de Tesprit humain , et sur les moyens de le diriger et de k persuader, la logique et la rhétorique.
prBLK^lF. SS-
II faut d<»ic qne les direrdcs parties de ces trou branches d'études qui marelient de front soient oombinées habilement, de manière à s'enohalner saimnt le besoin, et, pour ainsi dire , à s^engrener à propos les unes dans les autres.
Enfin puisqu'une même série de connaissances rinv-mrs doit être enseignée plusieurs années de suite, et que ^,''^,'„''J /„y pendant ce temps assez long il se fait des change- «"■( 'trocnmeus bien notables dans la capacité des élcyrs , il ^ *,iiVp!.',7J,. s'ensuit que certaines parties, dont il a fallu leur donner des idées superficielles dans le premier âge, doivent être plus approfondies à des époques plus avancées. D'ailleurs cette nécessité n'est point un mal ; car il est d'expérience qu'on ne possède bien nn sujet que quand oii l'a envisagé sous plusieurs aspects , et dans des circonstances dill'ércntes.
Il faut donc encore que de ces trois séries d'études , qui doivent marcher de front et s'entr'aider, certaines parties soient enseignées à difi'ércntes reprises , et envisagées sous uu nouvel aspect à chaque époque. Ainsi voilà trois dcmuées nécessaires à remplir, làire marcher de fi-ont les dilTérentes études, faire qu'elles s'entr'aident , et faire que certaines parties de chacune soient reprises à plusieurs fois. Je pense que le plan d'études, dont le tableau se trouve page -3 18 , satisfait assez bien à toutes ces conditions. Je l'ai présenté snus cette forme, afin que l'on puisse en embrasser toutes les parties d'un coup d^ocil, et le cntiquer plus facilement. ExpoMtion
Si nous prénom; ce tableau par colonnes, nous'in pian ô'4- Toyous dans la première un cours élémentaire <!*' lonnet !"^ *^ ~ 2 29..
Ulin , qui est en même temps an eoars de français; un cours plus approfondi de latin et de greo ; on premier cours de litlérature, dans lequel on enseigne l'art oratoire et l'art poétiqne; et un second cours de littérature, dans lequel, après ayoir bien analysé les facultés de Tintelligence humaine , on explique en détail ses pitwédés dans Tart de raisonner et d^écrire, et on en déduit les causes des effets de Féloquence, de la poésie et de tous les beaux.-arts , etks moyens d'en faire un usage habile et utile;.
Dans la seconde colonne , on trouve un cours élémentaire de calcul , consistant uniquement dans les principes de la numération et les élémens de IV rithmétique , mais enseignés de manière à préparer à aller plus loin; et un cours élémentaire de géographie physique , renfermant une idée générale da système du monde , et des principaux êtres qui oonposent ce globe ou existent à sa surface ^ puis on cours de mathématiques pures , dans lequel on pousse Pétude de la géométrie et de Talgèbre aussi loin que le permettent Tâge et le temps des élèves ; et un cours d'histoire naturelle, de chimie et de physique, lequel donne des connaissances su&antes des trois règnes de la nature , et de toutes les parties de It physique, qui se démontrent par le moyen deTeipérienoe, et ne sont pas susceptibles de la rigueur du calcul ; enfin un cours de mathématiques appliquées , dans lequel on reprend où on eu était resté de la théorie de l'analyse algébrique , et où on l'applique à toutes les branches de la physique , qui sont de nature à être traitées par ce moyen. Le tout ce-
P1JBLI<^U£. 339
endant n^est porté que jusqu'au point nécessaire our être admis à Pécole spéciale de ce genre de scienes; car il ne faut point d'excès , même dans le bien , 1 qu'une occupation fasse tort à l'autre , surtout ans la partie de l'éducation qui est commune à DU tes.
Enfin, dans la troisième colonne, 'qui commence ;n an plus tard , on remarqué d'abord un cours lémentaire de géographie historique et politique, ui se borne adonner une idée de la surface du globe, l à placer dessus , les principales sociétés qui exis- ?nt ou ont existé, ayec leurs traits les plus caractéistiques ; ensuite un cours de grammaire générale , ans lequel, après avoir pris une première connaisance des opérations de son entendement , on observe 1 marche générale de l'esprit dans le langage , et on .ébrouille la théorie de sa langue et celle du latin, [ont l'étude jusque-là a été presque toute pratique, kprès celui-là vient le cours de morale et de législaion , dans lequel , au moyen de cette étude somnaire de notre intelligence, on découvre aisément es sources de nos seutimens et les bases de nos vrais ntéréts , comme individus et comme membres d'une ociélé politique, d^où découlent les principes de la norale privée et publique. Enfin on trouve le cours l'histoire, dans lequel, en prenant une connaissance suffisante , mais abrégée des faits, et surtout de ceux {ui peignent la marche de Tesprit humain, on a 9eaucoup d'occasions de faire des applications des iréccptes de la morale et de la politique , et des règles le la critique qui n'est qu'une partie de la logique,
34© INSTRUCnOW
laquelle elle-même découle naturellement des obser-
yations idéologicpies , ou n^est qu'un assemblage de
yaines formules.
FT|M>tUioB Voilà donc oe que renferme ce tableau : yeot'OO
n rUo d'^lc tourner d'un autre sens et le prendre année ptr
/et. année ? cela ne sera pas inutile.
On yoit , dans la première année , des notions élémentaires de latin et de français , et des notions élémentaires d'arithmétique , et en cas de besoin , une place pour des leçons d'écriture, sans compter le dessin. Cette année est uniquement destinée à prendre lliabitude de l'appKcation , et à pouryoir au dé&ut de toute éducation première.
Dans la seconde année , suite du cours élémentaire de latin et de français ; notions élémentaires de géographie physique, et d'histoire naturelle; notions élémentaires de géographie historique et politiqae.
Je présume, je le répète, que ce cours de langue est presque tout pratique , à peu près à la manière de Dumarsais. Ainsi ces études sont toutes de mots. Elles exercent la mémoire , la première des facultés qui se développe. Elles portent l'esprit sur bien des objets , ce qui le dis^xise à s'exercer. Elles donnent donc des facilités pour l'avenir, et cependant elles forment le jugement; car en apprenant la signiûoation de tous ces mots , elles dispensent de la nécessité de s'en servir sans les entendre , ce qui est la pire des habitudes , et la plus inévitable sans ces préliminaires.
Dans la troisième année , cours de latin et de grec, cours de mathématiques, cours de grammaire gêné-
l commencent àes études plus nÔMnnées et séquent plus difficiles. Mais les observations essenr de grammaire générale sur Tintellinmaine , jettent bien du jour sur la théorie de le latine et de la langue mathématique , et ent bien plus faciles à saisir. On ooinmence ette année ou la suivante, au gré du professuivant les circonstances, la quatrième année , suite des trois mêmes qui avancent et se fortifient toujours l'une et après lesquelles on ne trouve plus de difréelles nulle part , si elles ont été bien faites entendues. C'est peut-être Tannée la plas nte de toutes , ou du moins celle qui décide es de toutes les autres. Aussi Page de douze à 3 ans est-il un moment de développement vraiitique ; mais il faut qu'il ait été bien préparé, la cinquième année, suite du cours de latin ;c , cours d'histoire naturelle , de chimie et de e, cours de morale et législation. Cette an- Fre pas de grandes difficultés. Le premier de 'S n'est qu'une continuation des années pré- ) ; le second n'est qu'un jeu et un amusen comparaison des mathématiques pures qu'il e ; et le troisième bien fait n'est qu'un exer- ..pénible et satisfaisant pour des esprits qu^on tés à s'observer, à démêler leurs opérations incites , et à chercher les raisons de tout ce oient, de tout ce qu'ils font, et de tout ce mscnt. C'est , pour ainsi dire, une continua- Qours de grammaire générale.
Dans la sixième année , suite des oours préoédens ; nulles difficultés d^un genre nouveau. Le cours de morale devient plus particulièrement oours de morale publique. On y fait oonnaitre et Forigine de fous les pouvoirs et les sources de toutes les richesses : ainsi il embrasse Porganisation sociale et réco* nomie politique; et on y découvre les principes qui doivent les diriger. Il est aisé de le rendre très-iolé' ressant pour des jeunes gens qui voient , pour ainsi dire y naître sous leurs yeux cet ordre social au milieu duquel ils vivent, et qui jusque-là n^était pour eux qu^un assemblage confus dont ils ignoraient les ressorts secrets et les forces motrices.
Dans la septième année » cours de beUes-lettres, cours de mathématiques appliquées , oours d^histoire. Ici Tétude des langues fait place à Pétude des belleslettres ; ou plutôt elle est réellement continuée d^une autre manière. Car les langues qu'on a apprises servent de moyens pour connaître les beautés des cbefsd^œuvre de Téloquence et de la poésie, et découTiir les règles de Part. Le cours de mathématiques appli* quées sert à revoir tout ce que Ton a appris des mt* thématiques pures, et à pousser plus loin Tétudedc l'analyse algébrique. Le cours d^histoire , en recueillant des faits, est une application perpétuelle des observations idéologiques , morales, politiques, économiques, que Ton a faites précédemment.
Entin , dans la huitième année , second cours de belles-lettres , suite du oours de mathématiques appliquées , suite du cours d'histoire ; o'est-à-dire, lo que Ton reprend sous uu nouvel aspect tout ce
appris jusque^à des langues , des lettres et gie , et que l'on se rend raison des principes taux de Tart de penser, d'écrire et de rai- ' que l'on apprend à faire usage des théories iques en les appliquant aux principales la physique ; 3oqu^eu continuant à appren- ;s , on s'habitue à juger sainement les homs choses, d'après les vrais principes des lorales. Ainsi on est dès ce moment prêt à unme sensé , en bon père de famille , et en iffisammcnt éclairé, en un mot, en être e , si l'on ne se destine à aucun emploi part on est bien préparé à suivre plus loin un ;enres d'études , si l'on a le projet de remues fonctions.
)nc le contenu de ce plan d'études. Il mè R^fle>i«Dt en le suivant, les trois conditions exigées*" ** ** aent sont remplies , et que par ce moyen st réellement préparé à devenir un homme, -rivait point daus les anciens collèges. Au est absolument que l'exposé fidèle du vœu ition nouvelle.
'éfère aux notes dont il est accompagné , ^er qu'il est d'une facile exécution ; que écessaire a été réservé aux professeurs' et ; et que ceux-ci même peuvent , en cas , redoubler certains cours: je n'entrerai ïns ces détails.
Iscuterai pas non plus des objections qui -aient trop dénuées de fondement. Je ne pas , par exemple , que l'on mette en doute
344 mSTEUCTION
si les sciences morales sont des aoîenoes comme les aatrps , el s^il faut laisser au hasard et à rigDonince le soin de former les opinions des jeanes gens sar ces matières , plutôt qae sor Tbistoire naturelle oa la poésie.
Je ne sapposerai pas non plus que l'on pense qu^vs homme , dont la vie se passe à raisonner, n''a pu be* soin de connaître les opérations intelleotaelles qu'il exécnte à chaque instant bien on mal sans s^en ape^ ccToir ; ni que Ton croie qu'il sent plus facile d'étudier les langues , expressions de nos idées , oM connaître la génération de ces idées , qu'après vnû TU comment elles d<mnent naissance aux signes qoi les expriment et à leurs nombreuses modificatioos. ob'rciiea». Parmi les objections qui méritent plus d'attentioo, les principales de celles que j'ai recueillies soot celles-ci : premièrement , on observe que le cours d'histoire mtorelle et de chimie et physique, iolerposé entre celui de mathématiques pures , et celui de mithématiques appliquées , fait une interrupti<Hi catie eux. Je ne nie pas cela. Mais je crois l'enseiguemcnl des mathématiques pures absolument nécessaire daas la place où il est par les raisons que j^ai dites cidessus ; et il est bien éyident que les mathématiques appliquées ne peuvent venir qu'après les connais* sauces physiques , et doivent terminer cette sent d'études; aucun des trois cours ne peut donc étie déplacé. Mais ou pourrait , si on Taimait mieux, fiiiic marcher concurremment les cours de mathématiques pures et de physique {tendant la durée des qoatit années, 3« , 4*y 5« et 6«. Ce serait toujours le méoM
mbre de leçons pour le professeur el pour Pélère; ilement ce ne serait que deux leçons de chaque )èoe par déoade, au lieu de quatre. Au reste, je lis rincouyénient que Ton redoute plus apparent e réel , paroe que le oommencemèut du cours de ithëmatiques appliquées est une excellente récaulation du coiu-s de mathématiques pures : et on irrait encore dans la pratique prévenir le danger Toubli par Tattention du professeur de physique appeler quelquefois les principes mathématiques , par les soins des instituteurs faisant les fonctions
répétiteurs , que nous avons toujours regardés nme nécessaires à tout succès.
La seconde objection porte sur le cours d'histoire. jT a des personnes qui pensent qu'il ne devrait pas voir de cours d'histoire dans les écoles centrales ,
que, s'il y en a un, il devrait être placé avant le 1rs de morale et législation. Je ne saurais être de ir avis, ni sur l'un, ni sur l'autre point. Le preer me paraîtrait à peine soutenable si nous avions e histoire universelle vraiment parfaite, qui ne ifermât aucun fait inutile; qui n'en négligeât int de nécessaire ; qui ne consacrât aucune erreur, morale , ni politique , ni physique , ni mathémane , en un mot , d'aucun genre ; qui fût un tableau nplet de la marche de Tesprit humain dans toutes
branches de ses connaissances ; qui montrât les lies causes de ses succès, de ses écarts, et les deis de ses progrès réels. Alors je conçois que l'on irrait se borner à recommander un tel livre , et a rapporter au bon esprit des jeunes gens et à
CSSTKirCTIOIi
fiffrtww , 3vrF«a^qm% cm demient Êûre; Mmhfe-t-îL <|K*ils aonûcnt besoin d'ébe paiÙBi «t aiiiis âmm Tétade de cette cnc jclopédic )iù» >{UMHi je penae ooeiiiicm toas nos lÎTres dliis- Inin: «mt Uihi. tie oe modèle ^ qa^il n'en existe même pe» « «K oMiiii» À BU eaaooBBUBee , c{«i soient faits •fch— itir»ent :sar oe plan; (|«*il m'j «laencan oàFoo ■t timtve cmsacrées nulle ii|iinMMii tiès-doutenses, «konttnwdes «rreors ^raives daas bien des genres ; et (fon Ltt» meilLrar» étant piieiiipiliiniinl destinés tas fcnwmm éelairâ» par IV'tpériMiir et U féflexion,saol aoslnsstt:» «Jh la portM d»*» jemnes gens pour le fond dtt» «ihuses^ et puur In nnmniif dont elles sont présoriBKs: «{aami je Êuu»^ dîs^^ to«&rs ees réflcxiou, je on pniiii^ euntpcendjR <{ae Fan ¥cniUe abendoBoer des nuwe» aa iniliea. de cetfce Mcr ineonnae et se* mée tTéenisiLi^ sans htw.iiwLe et sans pilote. S*iieiù> tatt nne seâonee i^ni ne possédât pas de bons lifits élémentain»^ (^ui lut ikésùsée de beaneoi^ de difitttiikés^ et dana Lafaeile ksenenrs eussent des eonsë«{itttnces tiès-aoltipliées et tià-fvnestes, eroit^B «fOM oe âjt oeiitt-4n t^ni n^eàt pas besoin d'être enseignée ? Eb bien ! à aounarâ^ i''kk$toûre est eette science ; et oe (^a il j a de ^s^ «'est ({u^on n'a pas la ressooroe de ri^iaxer cuatpLetenKnt. Tont le monde stft de rbistoire , bêen on nial^ eUe a cela de cosnmm at« kmbu les sciences BwraLr», snr lesqnelles ebacaaa nne optnion £ùte, nn petit système tont étaUi. même sans s*en apefeeToir, comme M. Jonidain fût de la pcose ans s^fn donter ; en aorte, qn^entre fcrrtnr et la Yciité il n^jra pas ce milien sans inDonfé*
nient, qui serait Tignoranoe absolue. Or, je orois que la manière dont les hommes prennent Phabitade dWTÎsager les événemens humains décide de la majeure partie de leurs opinions, et est la source de leurs sentimens , de leurs passions et le principe se^ cret de leur conduite. Doit-on en laisser la décision au hasard ? Ce n^était pas Popinion du bon et sage Rollin , qui regrettait si vivement qu'on n'enseignât pas rhisloire dans les collèges , et qui lui a consacré une portion si considérable de son traité des études 4. Les mêmes raisons qui font qu'on a besoin d'être ^idé dans l'étude de l'histoire, font aussi qu'avant de s'y livrer il faut connaitre les sains principes de la morale et de l'art social. Les principes sont le modèle dont il faut toujours rapprocher les événemens; c'est le seul moyen de n'être pas entraîné par cenxtsi , soit qu'on les étudie , iloit qu'on y prenne part. Le cours de morale et de législation doit donc préoétder celui d'histoire ; au reste , toute la partie de oe cours qui regarde la morale publique , la science sotsiale , ne peut pas être bien traitée sans donner lieu A beaucoup d'applications , de même que dans le tKNirs d'histoire, à propos des faits, il faut continuellement revenir à la théorie; ainsi , à proprement parler , le premier doit être un cours de philosophie historique , et l'autre un cours d'histoire philosophique , ou plutôt ils doivent ne faire qu'un. Ils doivent «nsemble former un vaste tableau des actions et des
4 Je pourrais bien encore ci 1er à Tappui de mon opinion , l*exemple de plusieurs nations étrangères ; .mais )• néglige de faire usage de cette autorité , quand fe parle ides Frençaif. 2. 3o.
opîiiioas des hommes soumises à an examen jadioîeox, et par conséquent devenir une espèce de récar pitttlation raisonnée de toutes les autres études , et décider plus qu^aucune d'elles de la direction ultérieure du jugement et du caractère des élèyes. G^est ainsi , sans doute , que Condillac considérait cet tmégnement, lorsquHl dit , après avoir parlé de quelqaet études préliminaires : Nous plissâmes à celle de V histoire, et nous enfhnes notre principal objet pefh dont six ans ^. Tels sont mes motifs pour dcmiier à ces deux cours la place et Tétendue que je lear assigne; motifs, au reste, que je trouve dans l'esprit de l'institution comme ceux de tout ce que je pith pose.
Une troisième objection consiste à dire que la morale raisonnée, et surtout l'idéologie, qui pourtant en est Tunique base, sont des ctmnaissances an dessus de rage où je veux qu'où les étudie; et que la seule chose utile que Ton puisse faire pour la morale des enfans est de former leurs habitudes. Sans doute de bonnes habitudes constituent tonte la morale usuelle des jeunes gens , et même des hommes fiaits; car il n'j a de vraiment pratique que ce qui est devenu habituel. Cela s'explique même très-bien idéologiquement, c'est-à-dire, qu'on en trouve facilemot la cause quand on examine avec soin nos facultés intellectuelles ; mais dans le nombre des bonnes habitudes comprenez aussi celles de bien juger et de bien rai-
s VoytM Motifs des Etudea , page i46 da tomt I, ^ Cours d'Etudes, éditioa de Tan vi.
sonner. U faut dono les faire contracter de bonne heure; il faut donc de bonne heure examiner nos pensées : et ce trayail ne peut être impossible à des esprits que vous occupez de l'étude des principes des langues; car cette étude le nécessite ou le suppose fait. A cela il me paraît qu'il n'y a pas de réponse. Au reste , il n'est pas douteux que tout dépend de la manière dont ces sujets sont traités; et que si on voulait faire entrer dans le cours de grammaire générale placé à la troisième et quatrième année , ce qui ne doit être que dans le cours de belles-lettres (idéologie) de la huitième, ce serait très-inutile et très à oontre-temps. Cette réflexion m'amène naturellement • à l'examen des moyens de faire que les cours soient ee qu'ils doivent être.
Le meilleur , à mon avis , serait de rédiger pour in>tru< chaque professeur une instruction détaillée, dans^^^^g ^i laquelle, sans lui dicter positivement sa leçon, onrr"pnnda lui dirait ce que doit contenir son cours , le temps ^ *"' qu'on peut lui destiner dans l'ensemble de l'enseignement, l'esprit dans lequel il doit être fait, les rapports qui doivent le lier aux autres , et à peu près la méthode dont on désire qu'il se serve. Il faudrait charger de dresser ces instructions une société d'hommes instruits, chacun dans une partie, et qui n'eussent pas pour elle une prédilection mal entendue qui les portât à lui sacrifier toutes les autres, mais un zèle réfléchi qui leur fit rechercher tous les moyens de la coordonner avec les autres branches de l'instruction. Cette société inviterait en même temps les professeurs à rédiger par écrit leurs leçons , à composer des 2 3o..
35o I!CSTKUGT10If
cahiers , noo pour les frire apprendre par coeur au ëlèTtfS oa les leur dieter , naais poor les lui envoyer à la fiii de rannée. Elle les examinerait et ponmit pio* poser aa goaTemement de faire imprimer etpiiblis eeox qai Ini paraîtraient les meilleors , et de réeoa* penser lears antears. Telles étaient à peu pièi kf fonctioDS du conseil d'instructicm publiqae, que k gainislre François de Ncufoliàteau aTait orée aapics de lui, malhenreasement trop peu de temps vrai m reiraile. H ne m^appartient pas d*en parler paisi{ie f en étais membre ; cependant je pois et je dois 4iic qne pendant quelques mois de Tan 7 tpaî^ a ea oM Térilable actirité, la correspondanœ fait loi qa^ii avait ranimé le lèle et Tespéranoe dans les écoles, d produit plusieurs bons effets dont on était piét i leeneillir le fruit. Quoi qu'il en soit , je pense qu'en suiTant la marche que j'indique go donnerait i Tctseigncment ruoifiormité, l'ensemble et la dircctios qu on lui désire : en peu d^années on se procurerait de 1m>ds livres élémentaires dans tous les geures où nous en manquons ; on perfectionnerait les méthodes , et en allendant on ferait connaître à tous lebnt vers lequel on tend , et Tesprit de ces institutions, ce qui contribuerait puissamment à leur saccès. Car 00 ne peut se dissimuler que le plus grand obstacle à U mise en activité de la nouvelle instruction publique, vient de ce quVUe est trop en avant des idées générale ment répandues , et trop supérieure à tout ce qu'on était accoutumé de voir dans ce genre ; en sorte que \x:u de personnes en ont saisi Tensemble, et que les parens , les élèves , et même quelques professeurs
PUBLIQUE. 35l
ne savent réellement pas oe que Ton se propose.
Je ne m'étendrai pas davantage sur les détails du 'plan d'études des écoles centrales. Peut-être, même trouTera-t-on que je me suis trop arrêté sur ce sujet; cependant ce n'était qu'en faisant voir tout ce qui doit et peut être enseigné dans ces écoles , que je pouvais prouver que toutes les parties qu'elles renferment y sont nécessaires, qu'aucune essentielle ne leur manque ; et montier la place qu'elles tiennent dans l'ensemble du système , et le temps qui doit leur être destiné dans le cours de l'éducation totale. Au reste , que le plan que j'ai essayé de tracer soit modifié , amélioré , changé même s'il y a lieu , f y consens de grand cœur , pourvu qu'on ne perde pas de vue les bases sur lesquelles il repose , et que l'on ne dénature pas l'institution que je crois excellente , et que je regarde comme la partie vraiment essentielle de l'instruction publique, et celle à laquelle il faut rattacher toutes les autres.
Tfous sommes déjà convenus que la nature, de ces il faut à études exigeait , pour qu'elles fussent utiles , que les "P^'»*®""* jeunes gens eussent des maîtres qui les fissent travailler en conséquence des leçons qu'ils recevaient! et qui surveillassent leur conduite ; il faut donc des pensionnats près des écoles centrales. Mais la société, qui fait déjà beaucoup en faveîir des individus en leur oJBTrant gratuitement des professeurs éclairés et de grands moyens d'instruction, ne peut pas se charger de tenir des pensionnats à ses frais et de les gouverner par ses agens. Quelques mesures que l'on prit > ils seraient toujours très-dispcndicux pour l'État , et 2 3o...
l'htat.
35l IRSTaUGTION
1-égU négligemment. H doit dono laisser le soindecci maisons à Tactivité de rindustrie paitioulière; maû il peut en accélérer rétablissement par quelques &vcurd. Il en a un excellent moyen en les liant à aie autre mesure de bienfaisance dont il est temps dt parler.
rnitinni Les auteurs de notre système d'instruction pabt [•rtrVi |iar ^^^q QQt jugé couveDable que TKtat payât la penàoi die vingt élèves près de obaque école centrale. Je goutt beaucoup cette disposition, non pas précisémeot comme moyen de favoriser dans la classe indigente, des talens que le défaut de soins empêcherait de se développer; car à Fàge où il faut entrer aux éooici centrales les indices des talens sont encore tit>p ince^ tains, pour que le plus souvent les espérances qa^ilf donnent ne soient pas déçues : mais donner à un enfant une pension près ces écoles ^ est une belle nur nière de récompenser un père qui a bien mérité de la patrie ; et elle a cet avantage que si pendant eeUc première éducation quelque preuve de taleus réels viful à se maiiiresler,elle est certainement i emarquce, et on pculeusuile envoyer le jeune bomoïc à Técole spéciale des seii^nces auxquelles Tappellc son génie. Ainsi ou remplit le double but de récoin|>euser le mérite et de lo faire renaître. Au lieu dono de réunir dans un petit nombre de maisons séparées du système général de Tiustruotion , les jeunes gens au£quels rÉtal veut accorder le bieufait de Téducatiou i,'raliilte, je proposerais de les disperser dans les déparlemeus ; el lorsque Ton saurait un bomme de mérite disposé à former un pensionnat près d^uue
éoole centrale, on lui donnerait les vingt élèves de la Hépobhque. Cet avantage rendrait infaillible le BM/MOès de sa maison , et par le produit certain qn^il lui aunrerait, et plus encore par la réputation qu'il lu donnerait. Ainsi cet arrangement favoriserait l'éta1>lîisemeni des pensionnats , donnerait de Taotivité écoles centrales, et répandrait plus également bienfaits de TÉtat sur toute ]a surface du sol ; trois Immos ejSets que ne produit pas, ce me semble, la ^ manière que 1-on suit actuellement.
Je ne m'étendrai pas davantage sur les écoles centrale* : il me suffît d'avoir marqué leur place , montré leur destination et indiqué les principaux moyens de la leur faire remplir ; elles sont la base de l'éducation J" Sb la classe savante; les écoles spéciales en sont le complément. II me reste à parler de celles-ci; je ne ferai encore presque que commenter et suppléer la loi 7 ^ du 3 brumaire an 4 , parce qu'elle a embrassé toutes lea parties, et que nous n'avons, suivant moi , rien à faire qu'à compléter ses dispositions , et à établir ~**" entre elles les liaisons nécessaires pour qu'elles forment un ensemble auquel rien ne manque.
Cette loi établit ou plutôt indique les écoles spéciales de bien des genres : elle ne fait que les nommer, et se réfère aux lois particulières , qui régleront l'organisation de chacune d'elles. Il me parait cependant qu'il est quelques principes généraux qu'il eût été bon de poser pour assurer Teffet de l'ensemble; essayons de les reconnaître et de les établir, et ils nous montreront ce qui reste à faire pour n'avoir plus rien à désirer.
354 IlffSTRirGTIOH
EB^ aoM Tcmt établissement littéraire on scientifii ^'*J^J|j?j?J| duquel on fait des cours quelconques , est i M roM et spéciale des sciences qui y sont enseignées ■j!r!'^^> embrasse et doit embrasser tout ce qui n^est centrale (ou générale, comme je propose • peler). Cependant il y a une distinction à I ces écoles spéciales. Je les partagerais yok écoles spéciales proprement dites , et en é< tîcnlières on pratiques. Cette division est quée dans certaines parties; elle disparaU d très. Par exemple , l'école polytechnique c blement et purement Fécole spéciale des physiques et mathématiques. Elle répond à parties du génie ciyil et militaire et de V Après y aToir passé deux ou trois ans à ap la théorie commune à tous ces services , oi Pécole du génie , on à celle de Tartillerie , des ponts et chaussées, ou à celle des mû celle des ingénieurs-constructeurs de vais dans chacune de ces écoles , on apprend la de Part auquel elles sont consacrées ; elles proprement écoles particulières. Aussi qu est admis , on fait déjà partie du corps aui appartiennent. Cen est le début , le premi on a un état déterminé et certain , à moini ne démérite.
L'école polytechnique pourrait de même 8^ troduction aux écoles de marine : car les qu^on y enseigne sont les bases de cet art , < ceux du génie et de Tartillerie. Cependant }>as. Apparemment Ton a pensé que la pli
hommes qui se destinent à la marine, habitant les hcH^s de la mer, il était inutile de les éloigner de leur séjour pour leur enseigner la théorie de leur métier. Peut-être aussi a-t-on oru que ce métier, aussi pénible qu'il est savant , exigeait d'en prendre l^ahitude de si bonne heure, qu'il était nécessaire que les séminaires où Ton s'y forme, fussent tous près des objets , et pour ainsi dire sur place; qu'il fallait, non pas seulement y être instruit , mais y être élevé , et entremêler dès l'enfance la théorie et la pratique ; en un mot , qu'il avait besoin d'un régime particulier.. Je ne discuterai point ces motifs , et n'entreprendrai point de décider si la théorie pei*d plus à cet arrangement que la pratique n'y gagne. Cest hors de mon sujet ^. Ce que je veux observer , c'est que , de •ette manière, les écoles de la manne sont à la fois pour ce service ce que l'école polytechnique et l'éeole de Metz réunies , par exemple , sont pour le g^ nie militaire; qu'elles sont en même temps école spéciale et école particulière.
Par des causes différentes , il en est à peu près de même des écoles de médecine. La nature de leur enseignement est telle , qu'on peut les regarder, ce me semble, comme des écoles spéciales de toutes les parties des sciences physiques , que l'on ne traite pas par le moyen des mathématiques. Tout homme qui ,
^ Depuis que ceci est écrit , j'ai appris que le gouvernement s*était décidé en faveur de l'opinion pour laquelle jMncline» et qu'il avait arrêté que Ton tirerait aussi de Técole polytechnique des sujets pour la marine. Je crois qu'il résultera beaucoup de bons effets de cette détermination.
pour un but quelconque , voudrait approfondir e« sciences plus qu'on ne doit le faire dans les éoole& centrales y devrait suivie une de nos écoles de médecine , quand même il ne voudrait pas devenir médecin ; et de plus on y enseigne ce qui est partioalier à la pratique de cet art. Elles sont ûasuo réellement écoles spéciales et particulières, suivant le sens qiit j'ai donné à ces deux. mots.
Le superbe établissement du Jardin des Plantes de Paris , considéré en masse et comme maison d'enseignement , est de même proprement une éode spéciale de sciences physiques et naturelles. H est,. sous ce point de vue, la même chose que les écoles de médecine, et plus complet encore. Si après en avoir suivi tout renseignement , on se livre exclusivement à une partie , et que l'on profite des préciea> ses ressources qu'il offre pour devenir privativement botaniste , agriculteur, zoologiste , il fait l'oi&ce d'école particulière de chacun de ces genres , qui sont réellement l'état de ceux qui se dévouent à les enseigner ou à les perfectionner.
TJtiliU de Je Qrois donc ma division fondée. On trouycn
ettedistmc- . ji -i , n . •
ion. peut-être au premier coup d^ocil qu elle est mmu-
tieuse et de nul usage En effet , je ne prétends pas
qu'il faille tracer une ligne de démarcation bien
tranchée entre le moment où un établissement pa-
blio fait l'office d'école spéciale et celui où il remplit
l'objet d'une école particulière j ni que pour suivre
un cours , il soit nécessaire de déterminer à quelle
page de ses cahiers il cesse d'appartenir au prefflia
de ces deux enscignemens , pour faire partie du se*
cond. Je sais que dans la nature et dans nos têtes, tout s^enohalne et s'enlace , et que rien ne se divise ftTeo cette précision. Mais on aurait tort , ce me semble, d'en conclure que mon observation est inutile.
Elle nous fait voir premièrement que dans les parties où cette division est très -prononcée, comme à l'école polytechnique, par exemple , c'est avec beaucoup de raison que Ton a limité à un espace de deux à quatre ans au plus , le temps consacré à l'école spéciale proprement dite , au sortir de l'école centrale ou générale, sans quoi on aurait beaucoup trop reculé le moment de se vouer à un état déterminé ; tandis que dans les écoles de marine ou de médecine , on peut prendre un peu plus de latitude s'il en est besoin , parce qu'elles remplissent deux objets à la fois.
Secondement, elle nous montre que dans la partie des sciences mathématiques, physiques et naturelles, nous sommes riches jusqu'au luxe, et nous n'avons rien à désirer que la conservation immuable de ces excellens établissemens , qui font la gloire de la nation , et produisent tous les jours des hommes qui l'accroîtront encore, et multiplieront à l'avenir ces belles institutions.
Troisièmement , elle nous fait pressentir le genre d^atilité de ce que nous possédons , relativement à l'enseignement approfondi des sciences morales et politiques, et des langues et des lettres: et elle nous fait déjà entrevoir ce qu'il est nécessaire d'y ajouter pour que ces deux belles parties des connaissances humaines soient cultivées parmi nous avec autant
358 IHSTEUCTION
de suooès que la première. CTest o« dont je vais mW
onper actuellement. Il faat toujours commencer pir
ce qui est bien, et voir ccHnment on a réussi, poir
trouver comment on peut réussir encore.
Il frai ane ^ ^^ semble que rien n^est plus simple et plus
^coie spolia- indiqué. A Paris , au milieu de toutes les ressoorMS
•ci«ïc(M mo- «t*** centre de toutes les lumières , nous avons den
rai^f et poU-é|jd>IissemeD8 universellement respectés , dans Icf-
ïc*'o'!^*s^c'in^"®** °" donne déjà des leçons très-utiles , qnoiqw
le pour les de différeus genres et sans but bien déterminé. Ccit
rt "ul**w!l« CoUége de France et la Bibliothèque natiattlc
foes. A.U moyen de Taddition de quelques chaires à olu-
cun d^eux , et de quelques mesures de détails trèi-
aisées à prendre , ils peuvent en un moment defcair
deux excellentes écoles spéciales ; Tune pour la
sciences morales et politiques , Tautre pour les beUe^
lettres et les langues. Là viendraient achever de se
former tous les jeunes gens qui se destinent à ia
états où ces connaissances sont nécessaires , et loii
ceux qui , seulement par goût , veulent les appr»*
fondir plus qu'on ne fait dans les écoles ccntralcf;
et là aussi trouveraient des secours précieux à tous
les âges , ceux qui voudraient se livrer à Tétude vni-
ment savante de quelques - unes de leurs particf.
Alors il n'y aurait plus de lacune dans l'instmctian,
et toutes les branches de l'enseignement des éGok*
centrales seraient également et méthodiquement coêr
tinuées et suivies jusqu'à leur point de perfeotion.
Je u^entrerai point ici dans le détail des cfaaife*
nouvelles qu'il serait nécessaire de créer dans A»-
oun de ces établissemens. Mais jd me hâte d'avertir
le je ne propose pas du tout de snpprimfr celles li y existent , et qui sont relatives aux sciences lysiques et mathématiques. Un bon enseigneeut , quel quHl soit , est un trésor public. Gardonslus d^en sacrifier aucun , quand même il ne serait; M précisément à sa place; traitons -le comme un 'buste précieux. Tout au plus on le transplante, ^'ailleurs c^est dans ce genre surtout que , même n peu de surabondance convient à une grande naoo. Toute ma vie je proposerai d^acoroftre ce qui {t bon , et jamais de le détruire ; Taucienneté d'un tablissement est une partie de son mérite , puis- Quelle ajoute à son effet. Quelque riches que nous >yon8 dans l'enseignement des sciences naturelles, hysiques et mathématiques, laissons donc encore u Collège de France les moyens qu'il a de les serir^ nuds consacrons-le parlioulièrement à perfeoionner et à répandre des connaissances moins avanées , trop négligées , et pourtant très-importantes, lans IWigine , elles ne faisaient pas du tout partie le son institution ; elles y ont pénétré ensuite petit à >eiit, et graduellement à proportion de racoroisseneut des lumières générales. Ajoutons à Pexpérienoe Les temps, se'rvons^ous en faveur de ce genre de XMmaissances , de Tantique célébrité de cette mai tOKk ; £Û8ons que Ton y trouve renseignement complet des sciences idéologiques,. morales et politiques ; 3t à la Bibliothèque nalionale , celai des langues et ies belles-lettres. Ce ne sera pas mieux faire que les inciens fondateurs de ces beaux établissemens ; ce lerm leur succéder, les imiter proportionnellement 2 3l.
36o IlfSTRUCTIOir
aa temps , comme les siècles se saiTent et se oovl naent en ajoutant les uns anx autres. C'est aie a dessons de son âge, que de ne s'éleTer qu'an niTa de Page précédent. Soyons dignes du nôtre; toi mes yœnx.
Maintenant je reriens à la division que j'ai h des éocdes spéciales en écoles spéciales propremc dites on générales , et écoles spéciales partiealièr On Yoit que je désire que la Bibliothè |tie natinn et le Collège de France soient à la fois Tnn et l'iati chacun dans leur genre. Ainsi il doit y avoir à Bibliothèque, non-seulement des cours de grammai générale , d^art oratoire , d'art poétique pour Tii tructiou des littérateurs en général , mais encore c cours particuliers de la grammaire et de la litté turc des difierens peuples anciens et modernes, po former des interprètes, ou des savans dans un gei particulier d'érudition. De même an Collège France , je ne désirerais pas seulement des chair où l'on démontrât les principes de l'économie po tique on de l'organisation sociale en général. Je va drais qu'il y en eût ou Ton enseignât en particulier statistique des différens États , la théorie de Timp^ celle du système monétaire, celle du change, ed de diverses branches du commerce , etc., pour Vu lité particulière de certains diplomates , de certaii administrateurs, de certains négocians. Il àitjn donc s^y trouver aussi, en faveur de ceux qui destinent aux fonctions judiciaires, des court à difféfentes parties du droit positif: et sons ce n port y cet établissement deviendrait encore une éeo
PUBLIQUE. 36l
parlioulière de droit. Ce serait déjà un grand bien ; car jusqu^à présent, nous n'avons rien qui mérite ce nom. Mais cet objet exige que nous nous j arrêtions un moment.
Malheureusement la punition des délits, et la dé- H faut p oision des. difficultés qui sYlèvent entre les parliou- j^ j"ii.'^° liers , occupe et occupera loug-temps un grand nombre de juges, d'avoués et de défenseurs officieux. D^ailleurs beaucoup d'autres fonctions civiles et politiques demandent une connaissance détaillée de nos lois et des formalités de la justice. Il y a donc une grande quantité de citoyens qui ont besoin de faire une étude approfondie de notre droit positif. Nous avons yu que ce n'était pas là la destination des chaires de morale et législation des écoles centrales. Cest donc l'objet d'écoles spéciales ; et celle que je propose à Paris , fournirait assurément toutes les ressources nécessaires pour former des sujets trèsoapables dans ce genre. Mais en formerait-elle assez ? Et d'ailleurs serait-il juste, serait-il utile, serait-il politique , serait-il })ossible même de faire arriver à l'école de Paris , de toutes les parties de la République, tous ceux qui voudraient étudier le droit ? Je ne le pense pas. Je crois que de même qu'en considération du grand nombre d'officiers de santé nécessaires à la société , on a senti qu'il fallait en France au moins trois écoles de médecine, de même ou jugera qu'il faut établir différentes écoles de droit dans les villes où cette science peut être cultivée aveo succès. Mais ici il se présente une considération importante. Le droit positif est une conséquence, une
362 IKSTEUCTIOH
applioation des principes de U morale et de la science sociale. NaUe étude, si ce n'est celle de lliistoirei n^est pi as propre à gâter Tesprit et à vicier profondément le jugement sur les pmnts les plus essentieb, si Ton s^y habitue à confondre ce qni est arec ce qui doit être : et cela ne peut manquer d^arriver, si Toa s^occnpe du positif ayant d^avoir une connaissance suflisante des principes. C7est ee qui fait que les meilleurs légistes n^ont pas toujours été les meillenrs législateurs , ni même les meilleurs juges de la sagesse d'une mesure législative. *I1 faut donc absolument astreindre les jeunes gens à passer par ane école spéciale des sciences morales et politiques, avant de se présenter à une école particulière de droit, comme on passe à l'école polytechnique avant d'arriver à une école du génie ; ou , comme dans les écoles de médecine , ou fait faire des cours de théorie avant de suivre ceux de médecine clinique. Ainsi il faut encore, ou que tous ceux qui se destinent à Pétude du droit viennent d'abord à Paris comme les ingénieurs; ou que, comme les médecins , ils trouvent tous les secours nécessaires dans chaque école de droit.
Il f«ut que Par les motifs exposés ci-dessus , je crois ce dernier i>arilculière V^^^ préférable ; et je regarde comme indispensable, de <iroit soit que chaque école de droit, comme chaque école de fp'claie des™^decine, renferme la théorie et l'application , et ►ciences mo- goit par Conséquent en même temps école spéciale tUiuM. ^** *" ^^^ sciences morales et politiques , et école particu» Hère de droit. Au reste , il suffira de l'addition d'an très-petit nombre de chaires pourjlui faire remplir ce
double objet ; car les sciences morales s'enseignent très-bien sans beaucoup d'appareil , et nécessitent très-peu de dépense , qu'elles rendent ensuite ayec usure à l'état et aux particuliers.
Il resterait à déterminer la nature et l'étendue des oours de ces écoles ; mais cela sort des bornes de cet écrit 7. Il me suffit que ces oours n'excèdent pas le temps réservé aux écoles spéciales dans l'ensemble du plan. Je ne fixerai pas non plus le nombre de ces écoles. Cela dépend des circonstances , et des moyens de tout genre. Mais je demande avec instance que dès ce moment on. établisse celle de Paris. Rien ne peut s'y opposer, et tout l'exige ; et en commençant par la ville qui fournit le plus de ressources et de lumières , on se donne un excellent modèle à imiter, et beaucoup de facilités pour faire bientôt presque aussi bien ailleurs.
n me reste à parler des pensionnats près les écoles Peniion spéciales, tant celles qui existent que celles dont je ^'^'jj demande la création. C'est ici le moment de se rappeler ce que nous avons dit de pareils établissemens près des écoles, centrales. Ceux-ci ne sont peut-être pas d'une nécessité aussi urgente, parce que les élèves étant plus avancés et plus formés, n'ont pas un aussi grand besoin d^étre contenus et dirigés. Cependant il est toujours fort avantageux, surtout pour ceux qui n'ont point de domiciles dans les grandes villes où les écoles spéciales sont nécessairement pla-
7 J*ai indiqué à Tarlicle des ëcoles centrales , le moyen de diriger les professeurs. Je crois qu*il peut servir de même à mettre eo pleine activité les écoles spéciales.
:i il...
364 mSTHlTCTIOW
céea, quMl y ait des maisons où ils troarent une as*
teno« commode, des conseils atîles pour It mfnàt
leurs études, et la société déjeunes gensdelen^
occupés des mêmes objets. Ce dernier point estnte
très-important par l'émulation et les liaisons iSaSbt
qu^il fait naître, par les secours matuels que sed»
Dent ces jeunes gens, et par les conTersations sôtt*
tifîqnes qui s'établissent continuellement entre ctSt
et qui développent leur esprit bien mieux tpttM
pourraient le faire des leçons ou des examens. Ca
maisons d'instruction ont réellement pour les iêti>
dians tous les arantages que les sociétés littéfûd
les mieux organisées ont pour les sayans. Ileneiisk
de telles auprès de Fécole poljrteclmique , qoi efli*
tribnent puissamment aux succès qui font la gkiiR
de ce bel établissement s. Il est dono très-dénnkk
qu^ii y en ait de pareilles auprès des autres éooki
spéciales. Néanmoins , parles raisons que j*ai <Uj^
dilcs, je uo ooiisoillorai s jamais à TÉtat dVn établir
h Mfs frais, soit gratuitement, soit moyennant ane
i-étril)Utiou. Néoessai leineut elles seraieut en zéiM
])Ius dispendieuses et moins lH>uues que celles tenan
par des ^larliouliers, qui ont ù la fois leur intérêt et
^ Je ne saurais citer arec trop i)*i'logcs celle tcooe parle citoyen (îaruier, iirofesseur de celle école, homme liittiagué par ses connaiksauces, et plus encore par cet amovriia bien qui anime tout et qui aune iaflucnce si douce et si pa:** sautosur les jeunes anies,(ians lesquelles il pénëtre aTccfi* cilité. I<^ on apprcnil , non pas seulement A aimer la scirnct que Ton étuilie, mais i cliérir tous les succès do l'esprit bu* main » et à désirer d'y cootribaer.
leur réputation personnelle à soigner. Mais il en existe ~^uiie très-recommandable par le mérite de ceux qui ^^y président. Elle est formée des débris de plusieurs ^^Tieilles fondations -, elle a rendu de grands services ^'dans la funeste lacune qui a eu lieu entre la chute ^^'des anciennes institutions et la naissance des nou- " Telles. Elle est respectable par son antiquité. C'est le ~^Prytanée français. Gardons- nous de le détruire, ^ Achevons seulement de le rattacher à l'ensemble du '' QoUTeau système. Dans le moment actuel , il est ' rempli de pensionnaires de FEtat de différens âges , dont les uns suivent les écoles centrales , et les autres les écoles spéciales. Mus par des motifs puissans , nous avons proposé de répartir les premiers dans les flivers départemens : à mesure quMls feront un vide dans le Pry tanée , remplaçons-les par des élèves destinés à suivre les diverses écoles spéciales de Paris. Choisissons les nouveaux élèves parmi ceux qui auront eu des succès dans les écoles centrales; que ces places deviennent l'objet de l'ambition et la récompense de tous les pensionnaires de l'État dans ces écoles. Par là tous les talens qui se manifesteront seront conduits jusqu'à leur point de maturité. Toutes les éducations commencées par la munificence nationale, seront achevées par elle , pour peu qu'elles donnent de justes espérances. Le Prytanée sera réellement lePrytanée français , au lieu d'être un collège Parisien. Il deviendra le grand pensionnat de la République , où se formera une foule d'élèves et de maîtres qui , dans la suite , rendront les plus grands services. Il fera plus, il servira de modèle à tous les
366 INSTBUGTIOIf
pensionnats particuliers que son exemple amâio' rera; et par là il sera bien plus utile qu^en étant ' simplement une bonne maison d'éducation , isolée et sans relation avec les autres.
H pourra, si Ton veut, recevoir encore des élèves, moyennant pension. Mais je crois que cette mesure a de nombreux inoonvéniens , sans avantages réels; et en général , j'aime mieux voir le gouvememeDt payer pour ses élèves , des pensions aux dépens da public dans des maisons particulières , que de le voir recevoir des pensionnaires particuliers dans des maisons publiques.
Voilà ce que je propose pour les écoles spéciales de Paris. Pour celles que l'on pourrait créer dans d'antres villes , comme il n'y a pas près d'elles de Prjtt* née tout établi , ou peut facilement employer le même moyen que pour Les écoles centrales , et confier à quelque instituteur particulier les élèves queTÉt*^ voudrait entretenir auprès d'elles.
J'observerai y en finissant , que la durée des études des écoles spéciales , étant tout au plus la moitié de celle des études à faire dans les écoles centrales > il passe au moins deux élèves dans celles-là, pendant le temps qu'il n'en passe qu'un dans celles-ci; en sorte que si , aux termes de la loi , l'État payait deux mille pensions près les écoles centrales (à raison d^en* viron vingt par département ) , il sujffirait qu'il en payât le huitième de ce nombre près les écoles spéciales , c'est-à-dire deux cent cinquante pour que ces premiers pensionnaires eussent la certitude que le quart d'entre eux recevrait encore le bienfait de
i instroctîou gratuite. C'est, je crois, suffi-
entretenir parmi eux une grande émula-
•our qu'aucun talent précieux ne demeure
ite de secours.
mt les Yccux que je fais pour l'instruction
i j'ai appelé la classe sayante de la société.
u'il n'y a rien de bien neuf dans tout ce
opose ; et que , comme je l'avais annoncé ,
jit que d'achever et de compléter ce qui
: de lui donner une véritable activité. Ce-
je suis convaincu qu'il n'en faudrait pas
:, pour que nous eussions très - prompte-
■"rance une instruction publique , supérieure
qui a jamais été fait en ce genre , et cer-
t meilleure que tout ce que l'on tentera de
) beaucoup de peine et de dépense , en re-
lux bases sur lesquelles celle-ci est fondée.
a'étendrai pas sur les moyens d'exécution;
•poserai de changer ni le mode de nomina-
ii-ofesseurs, ni celui de l'administration des
e ne demande que stabilité, permanence,
Qce dans les vues adoptées jusqu'à ce jour :
persuadé qu'un comité, tel que celui dont
à Toccasion des cours des écoles centrales ^
r le ministre éclairé , qui est actuellement
;s affaires de Tintérieur, correspondant sous
, suivant le besmn, soit avec les professeurs ,
les jurys dHnstruction publique des divers
ens, trouvera bientôt la meilleure manière
ir ces idées , d'en faire sentir l'utilité à tous
îns j et de donner une véntable vie à des
établissemens qui se soutiennent, quoique méosnnus et contrariés , et qui pour prospérer n'ont besein que d^étre achevés et appréciés.
Instruction H n*en est pas de même de oe que j'ai appdi ntrlère .**** Tinslruction de la classe ouvrière , dont il me reste à parler. Celle-ci exige bien d^au très considérations, et son plein succès est nécessairement plus éloigné. Moins un homme reçoit de leçons expresses, plofi il a d'idées qu'il ne doit qu'à la fréquentation de se» semblables et aux circonstances fortuites de sa fie: et si Ton examine ceux même qui ont fait le plus d'études méthodiques , on verra qu'encore un grand nombre de leurs opinions les plus importantes est l'eiFet de l'atmosphère qui les environne , et de l'état de la société dans laquelle ils vivent.. Cest pour oeU que les institutions sociales seront toujours la partie la plus importante de l'éducation 9. La classe pauvre est surtout dans oe cas : faisant peu d'études en formes , presque tout ce qu^elle apprend , c'est sans s'en douter. Les impressions qu'elle reçoit, voilà ses cours: les almanachs, voilà ses livres. Ainsi son instruction sera toujours proportionnée à celle de ceux qui font les almanachs, et de ceux à qui elles afFaire. Son éducation est donc aux trois quarts faite, si nous avons bien arrangé celle de la classe savante. £Ue en dépend encore sous un autre rapport; c'est que c'est cette classe éclairée qui doit lui fournir
9 Je crois l'avoir bien prouvé dans un pelit écrit ^it para i la fin de l'hiver de Tao vi , inlitulé : Quels sont Us moyens de fonder la morale d'un peuple / k Paris, ehet Agasse« imprimeut -libraire.
des instituteurs , des plans d^ëtudes , et des métho* des ^ et c^est là le plus difficile.
Dans tons les genres , le pauvre , celui qui a peu de moyens , est condamné à ne jouir que des choses qui sont deyenues communes. Tant qu'un pot de terre ou une marmite de fer est un chef-d'œuvre de Part, il n'en a point. Lorsqu'il peut s'en procurer, d'autres ont déjà des porcelaines et deshronzes dorés. Il en est des résultats de la théorie comme des produits des arts. Une vérité n'est très - répandue que quand on en a découvert beaucoup d'autres qui y sont liées. On s'étonne quelquefois que le peuple soit en proie à tant d'erreurs. Car, dit-on , la classe ignorante n'invente rien. Tout lui est enseigné. Or, il est bien plus aisé de persuader la vérité d'une idée raisonnable , que celle d'un conte absurde. Pourquoi donc tant d'opinions ridicules ont - elles une si grande faveur? C'est que ce sont les premières qui se présentent à un examen peu réfléchi , et que pour en sentir la fausseté, il faut avoir été beaucoup plus loin. Sur chaque question , il y a mille manières de s^égarer, et il n'y en a qu'une de se bien décider. Pour être certain de l'avoir rencontrée , il faut beauooup de connaissances adjacentes qui souvent se font attendre. Or, nul homme , sans exception , n'a toujours la force de suspendre son jugement jusqu^à raison suffisante pour l'asseoir avec certitude. Mille opinions fausses se forment donc par provision ; et quand la vérité se découvre , elle trouve toujours la place occupée d'avance par l'erreur. Aussi n'y en a-t-il pas une dans le peuple , qui n'ait été celle de
3^0 INSTRUGTIOK
la classe sopérieurc dans des temps plus anoie:
en est toujours à la vieille mode ; voilà son seul
et le soin de ceux, qui veillent à son iu^ttruotioD
être conlinuellemeut et uniquement de lui fain
des idées qui ont reoiplacé.cdles dont il est imb
tous les points , tant de théorie que de pratique.
Je dis sur tous les points. Car les notions i
ou fausses de Thomme le moins instruit, s^éte
sur des sujets tout aussi variés que les prée
connaissances de Phomne le plus éclairé. Quio
parle, a ses idées de grammaire, d'éloquence
. logique ; celui qui croit qu^en semant des poi
jour de la lune , on en aura trois boisseaux a
d''un , a ses principes de physique et de cale
Phomme qui va assommer un marchand de
pour faire diminuer le prix du blé , a ses opi
morales et politiques , comme celui qui sait (
liberté du commerce est la base de la prospér
que les moyeus violens sont la source de to
maux. Saus doute tous ces préjugés grossiers , <
et dispaiates , ne méritent pas le nom de scies
celui de systèmes. Mais il n^en est pas moins vn
pour ne pas laisser le peuple livré à ces errea
nestes, il faut lui enseigner les vérités qui s
portent aux trois chefs que nous avons renu
dans rinstruction de la classe supérieure. la :
n^en doit différer que du plus au moins dans c
genre. Il a moins de temps à y consacrer, ma
capacité de juger. Il ne s'ensuit pas qu'il fai
prescrire des erreurs comme étant des formule
abrégées. Ce ne sont pas non plus des dévdopp
les discuMÎoiis fines qu'il faut loi toamelire , 8 des résultats sains qu'il faut lui présenter, nde raison pour examiner sornpuleusement les itttteurs qu'on lui donne et les livres qu'on lui s y et pour bien s^assuier qu'utiles sons unrap- ; , ib n'ont point d'inoonvéniens graves sous un re; sans quoi o'est mêler le poison avec la nourre , et le rendre plus pernicieux. J'aimerais I mieux, surtout dans une société déjà periec* née, abandonner l'instruction du peuple au cours irel des choses , et m'en rapporter sur ce point , ime si|r beaucoup d'autres, à l'effet lent, mais , de l'organisation sociale et de l'industrie parliière , que de lui faire donner au nom de l'état un signement qui fût entaché d'un seul vice essen- ; et de fortifier ainsi une erreur funeste de tout le la de Tautorité publique : car o'est ordonner la te de odile-oi, au jour, qui ne peut manquer Tiver, où la vérité se montrera, i l'on réunit ces réflexions à celles que j'ai faites commençant, on pensera comme moi, j'espère, I l'in^itruotion de la olasse ouvrière est essentiellent distincte de celle de la olasse savante ^ qu'elle loit pas enétre une partie , mais le résumé ; qu'elle Mt une conséquenoe; qu'elle ne peut que la suide loin , et même à un assez long intervalle ; et enfin , c'est une chose impossible que de l'établir tout à la fois , d'une manière satisfaisante et réeltent utile. Voyons ce qu'il y aurait à faire à cet rd , au moment où nous sommes.
jeiie instruction consiste en deux choses : les a 33.
373 HfSTRUGTIOK
écoles primaires qui pour elle représentent les éooki oentrales ; et les apprentissages des diflférensmétiaii qni répondent aux écoles spéciales. Le go n vememat ne peut point améliorer direetement oette demièic partie. Cest dans les ateliers de oultore et de manafacture que se forment les ouvriers : tout ce queToa peut faire pour qu'ils y reçoivent des notions ploi saines et plus étendues , c'est d'accroître les cfonaufsances , les moyens et le zèle des ohe£i de ces atdios; c'est de porter promptement jusqu'à eux les boovelles découvertes qui se font dans les sciences , etks heureuses applications qu'on en peut faire aux arts; c'est, si l'on veut, de former des établissemens oà ces inventions soient sans retard examinées , disoatées et employées. Ainsi , tout ce qui est possible dais ce genre se rapporte aux encouragemens à donner aax arts , et à certaines branches de l'instruction de la classe savante ; mais ne peut être l'objet d'un enseignement direct à la classe ouvrière. Ce n'est donc pas ici le lieu d'en parler.
Restent les écoles primaires : il ne faut sans doute jamais sacrifier le présent à l'avenir, le bien possible au désir du mieux ; c^est un principe qui a été trop souvent oublié : mais aussi , dans aucun genre, l'homme ne peut devancer l'ordre des temps , ni récolter avant la maturité. Or, nous avons vu combiei de choses nous manquent encore pour établir sor toute la surface de la République des écoles primaires vraiment bonnes. Je crois donc que nous defcitf nous contenter d'en créer de passables, et le laire partiellement et successivement, à mesure qne h
possibilité s^en présentera. Je pense que dès que le ministre , ou par ses pn^res lumières , ou par les Moours d^une société telle que celle dont j*ai parlé, «e sera assuré de la capacité du jury d^instruction d*iin département, il doit le charger d'accueillir, de piovoquer même les yœux des communes de. son ressort qui désireraient des écoles primaires, et qui, csn en demandant , présenteraient un homme digne de les diriger, et offriraient de supporter la moitié ou les trois quarts de la dépense jugée par elle nécessaire à cet effet.
Tj mets ces deux conditions, la première, parce que ces écoles seraient plus nuisibles qu'utiles , si elles étaient en mauvaise main. Le jury serait juge du mérite de l'instituteur présenté.
La seconde me paraît tout aussi nécessaire , non pas seulement afin de soulager le trésor public d'une partie de celle immense dépense , mais parce que nulle leçon n'est utile que là où on désire la recevoir; or, la meilleure preuve qu'on la désire sincèrement est de consentira en payer une partie. D'ailleurs , c'est le moyen de profiter de toutes les ressources locales ; de faire dans chaque endroit tout ce qui est possible , sans entreprendre ce qui ne l'est pas; d'exciter le zèle des particuliers, et de se proourer une grande économie sur le tout; l'intérêt local plus clairvoyant et plus actif, s' unissant à l'intérêt général au lieu de le sacrifier, comme il n'arrive que trop souvent. Cest ainsi que l'on a vu qu'on répandait mieux les belles races d'animaux en vendant les élèves qu'en les donnant ; et que l'on faisait 2 32..
374 IN6TB17CTION
des ohanins Tiomavx plus atiles et miens enteid«s y en usoeiant à la dépense ceux qoi les denasdaient.
En prenant cette yoie, il n'est pas dontenz fpt beauooop de communes manqueront d'abord d'écoles primaires ^ ici fiinte de zèle , là &ate d*hoames , ailleurs , iaute de moyens pécuniaires ; et il ne me parait pas moins sAr que là où il s^en établin fSïes ne seront pas en général exoeilentes dans les premiers momens ; cela estiné^table. Mais eiifia,aB yapprendra toujours à lire et à écrire; onyreeeni quelques notions utiles ; et il ne s'y donnera aaoon enseignement pernicieux ^ puisque les institoteim auront été ohoLiis avec scrupule. H s'opérera doae beaucoup de bien et point de mal ; c'est tout ce que Ton peut espérer actuellement.
Pour que ces écoles deviennent plus nombmuei et meilleures, il faut qu'on ait rédigé pour elles dei instructions et des livres élémentaires , et qu'on ait multiplié les bommes capables de les diriger. Mais ces biens ne peuvent résulter que de l'enseignement donné à la classe savante ; car ce seront les hommes qu'il aura formés qui se chargeront etco succès d^instruire le peuple ; et puisque l'instmctioo de celui-ci doit être l'abrégé et le résumé de Tinstruction supérieure , il faut que cette instructiaQ soit complétée, perfectionnée , et ait agi quelque temps avant que Ton puisse en extraire ce qu'il confient d'en transporter dans l'enseignement sommaire que doit recevoir la classe moins aisée.
Lorsqu'on sera arrivé à ce mmnent si désiré, oi
moina si désirable , il est aisé de yoir tout le rii que Ton pourra tirer, et du plan d^études des lies centrales , et des pn^rammes de leurs oours , les cahiers <le leurs professeurs , et de tons les étassemens d'instruction dont j'ai parlé , et des talens { hommes qui y sont employés. On sent déjà comn il sera facile alors de répandre dans la masse I citoyens des lumières pures et assez étendues ; i*ai donc pas besoin d'entrer dans plus de détail • des choses qui ne sont pas encore exécutables , |ui, lorsqu'elles seront possibles , se feront mieux B je ne pourrais le dire. H me suffit d'avoir indié la route qui me parait seule conduire à un si ireux résultat; et je termiinerai ici ces réflexicms, it l'unique but est de prouver que les principes damentaux de nos institutions actuelles sont extens , et que pour produire les meilleurs effets elles Qt besoin que d'être achevées. Heureux si en en eloppant l'esprit j'en ai prévenu la désorganisai ! J'aurais pu aisément faire un gros livre , et me mer l'air d'inventeur; mais je n'ai aspiré qu'à ; utile; et si je me suis trompé , c'est de si bonne
que j'ai bien de la peine à le croire.
3^6 IN8TBVCTI09