‹ Étemens d'idéologieChapitre 10 sur 34 · I DE LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

I DE LA PRODUCTION

^ galien agriculteurs et de singuliers producteurs. ,..' Vent -on n'entendre par industrie agricole que l'agriculture proprement dite? alors elle n'est pas la première dans l'ordre chronologique ; car les hommes nnt long-temps pécheurs, chasseurs, pasteurs, simples yagabonds à la manière des hrutes , avant d'être agriculteurs. Elle n'est plus même la seule industrie productive de matières premières , car nous en employons lïeaucoup que nous ne lui devons pas. Elle est toujours très-importante sans doute, et la principale source de nos subsistances , si ce n'est pas de nos richesses ; mais elle ne peut pas être regardée comme exclusivement productive.

Gmduons que tout travail utile est réellement productif, et que toute la classe laborieuse de la sociëté mérite également le nom de productive. La Traie classe stérile est celle des oisifs , qui ne font rien que vivre ce que l'on appelle noblement, du produit des travaux exécutés avant eux , soit que ces produits soient réalisés en fonds de terre qu'ils afferment, c'est-à-dire qu'ib louent à un travailleur, soit qu'ils consistent en argent ou effets qu'ils prêtent moyennant rétribution , ce qui est encore louer. Ceux-là sont les vrais frelons de la ruche {^frugeê consumere nati) j à moins qu'ils ne se rendent recommandables par les fonctions qu'ils remplissent , ou par les lumières qu'ils répandent ; car ce sont là encore des travaux utiles et producteurs, quoique d'une utilité qui n'est pas immédiate sous le rapport de la richesse : nous en parlerons dans la suite. Quant à la classe laborieuse et directement pro-

ductive de toutes nos ridiesses, oomiiie son aotim sur tous les êtres de la nature se réduit toujours à les changer deforrM ou de lieu, elle se partage naturellement en deux : les manu&cturiers ( y compris las agriculteurs), qui fabriquent et façonnent) et les commerçans , qui transportent , car c'est là la yentable utilité de ces derniers : s'ils ne faisaient qu'acheter et revendre, sans transporter, sans détailler , sans rien faciliter , ils ne seraient que des parasites incommodes, des joueurs, des agioteurs. Nous parlerons bientôt des uns et des autres , et IMW verrons promptement combien notre manière de considérer les choses répand de lumières sur toute la marche de la société. Pour le moment , il est eooore nécessaire d'es^pliquer un peu davantage en quoi consiste cette utilité, notre seule production, laquelle résulte de tout travail bien entendu , et de voir comment elle s'apprécie, et comment elle seule constitue la valeur de tout ce que noua appelons nos richesses*

DES VALEUBS. 89

LA MESURE DE L^UTILlT^y OU DES VALEURS.

Qot utilité a une signification bien étendue , 8t bien abstrait ; ou plutôt il est bien abstrait p*il est abstrait d'une multitude de significalifférentes. £n efiet, il existe des utilités de M genres : il y en a de réelles , il y en a dHUu' S?il y en a de solides, ilyenadebien futile», rent nous nous y trompons lourdement. J'en la oiter beaucoup d'exemples , mais ils ne sepeut^tre pas du goût de tous les lecteurs : il deux que chacun choisisse ceux qui lui plaidi général on peut dire que tout oe qui est { de procurer un avantage quelconque, même iair frivole , est utile. Je crois que c'est là la le valeur de ce mot ; car,, en définitive f tout nous désirons , c'est de multiplier nos jouis- Bt de diminuer nos souflrances ^ et certainesentiment de plaisir et de satisfaction est un us les biens ne sont même que celui-là diverseodifié : ce qui nous le procure est donc utile, l'est pas aisé de bien dire ce que c'est que dont nous parlons , il semble encore bien [ficile d'en déterminer les degrés ; car la me- I l'utilité réelle ou supposée d'une chose est Ité avec laquelle elle est désirée générale-

go CHAPITRE III.

ment. Or , comment fixer les degrés d'une chose am inappréciable que la yiyacité de nos désirs ? No ayons cependant une manière très-s&re d'y pan nir : c^est d'observer les sacrifices auxijuela ces dés nous déterminent. Si, pour obtenir une chose qn conque , je suis disposé à donner trois mesures blé qui m'appartiennent, et si , pour en obtenir « autre , je suis prêt à me détacher de douze mesn pareilles , il est évident que je désire cette demi quatre fois plus que l'autre. De même si je doi à un homme un salaire triple de celui que j'offi un autre, il est clair que je prise les services du p nner trcns fois plus que ceux du second, cm qui moi, personnellement, je ne les estime pas mut» c'est pourtant la valeur qu'on leur donne g&ién ment : en sorte que je ne pourrais pas me les prooa à un moindre prix; et puisque enfin je fieds ce sacril librement , c'est une preuve que ce qui en est l'cl le mérite , même pour moi.

Dans l'état de société , qui n'est qu'une suite c tmuelle d'échanges , c'est ainsi que se détermin les valeurs de tous les produits de notre indost Cette fixation , sans doute , n'est pas toujours fim sur de bien bonnes raisons ; nous sommes soun de très-mauvais appréciateurs du vrai mérite choses ; mais enfin , sur le rapport de la richei elles n'en ont pas moins la valeur que leur assi l'opinion générale. D'où l'on voit, soit dit en passi que le plus grand producteur est celui qui exéc le travail le plus chèrement payé ; ^u importe < ce travail soit du ressort de l'industrie agricole , oi

DES VALEURS. gi

lindutrie matiafiiotarière , oo de Piiidastrie oommerçante ; et d^où Pou voit encore qae de deux natiottSy celle qui a plos de richenea et de jooia. nmoes eet celle dont lea oarriers aont les plus laborieux et les plus habiles dans chaque genre , ou aV AoDiient eux genres de travail les plus fructueux» en un mot, celle^dont les travailleurs produisent la plus de Tuleurs dans le même temps.

Ceci nous ramène au sujet que nous avons déjà commencé à traiter dans Tlntrôduction , paragraphes ni et rV. Notre seule pn^riété originaire , ce sont nos forces physiques et intellectuelles. L'em- (dci de nos forces , notre travail , est notre seule richesse primitive. Tous les êtres existans dans la nature , susceptibles de nous devenir utiles , ne le sont pas encore actuellement : ils ne le deviennent que' par l'actioD que nous exerçons sur eux , que par le travail plus ou moins grand , ou très - simple , ou tràs-compliqué ^ que nous exécutons pour les convertir à notre usage. Ils n'ont de valeur pour nous et parmi nous que par ce travail et à proportion de son succès. Ce n'est pas à dire que s'ils sont d^à devenus la propriété de quelqu'un , il ne fidlle commencer par faire un sacrifice pour les obtenir de lui avant d'en disposer ; mais ils ne sont devenus la propriété de quelqu'un que parce qu'il y a précédemment appliqué un travail quelconque , dont 1^ conventions sociales lui ont assuré le fruit. Ainsi ce sacrifice même est le prix d'un travail ; et antérienrement à tout travail, ces êtres n'avaient aucune valeur actuelle , et celle qu'ils ont , ils ne la tiennent

92 GHikPlTRB III.

jamais que d'un emploi queloonquedenoa torodàmi îLs ont été Tobjet.

Cet emploi de nos forces , ce travail, nous TaTans vu encore, a une valeur naturelle et nécessaire, sans quoi il n'en aurait jamais eu une artificieUe et conventionnelle* Cette valeur nécessaire est la somme des besoins indispensables dont la satis&ction est nécessaire à l'existence de celui qui exécute ce travail , pendant le temps qu'il l'exécute. Maïs , ici où nous parlons de la valeur qui résulte des transactions libres de la société , on voit bien qu'il s'a* git de la valeur conventionnelle et vénale , de oeUfl que l'opinion générale attache aux, choses , à tort on à raison. Si elle est inférieure aux besoins du travailleur , il faut qu'il se livre à une autre industrie, ou il s'éteint ; si elle leur est strictement égale , il subsiste avec peine ; si elle leur est supérieure , iJ s^enrichit , pourvu toutefois qu'il soit économe. "Duu tous les cas , cette valeur conventionnelle et vénale est la véritable sous le rapport de la richesse ; elle est la vraie mesure de l'utilité de la production, puisqu'elle en fixe le prix.

Cependant cette valeur de convention, ce prix vénal , n'est pas uniquement l'expression de l'estime qu'on fait généralement d'une chose. £lle varie suivant les besoins et les moyens du producteur et du consommateur , de l'acheteur et du vendeur ; car le produit de mon travail m'edt-il coûté beaucoup de peine et de temps , si je suis pressé de m'en défaire , s'il y en a beaucoup de semblables à rendre , ou si l'on a peu de moyens de le payer , il faut bien

DES VALEUBS. 98

qae je le dknme à bas prix. Au contraire, si lei acheteurs Mfnt nombreux , empresses , riches , je puis vendre très - cher ce que je me suis procuré trèsfiidlement (i). C^est donc de différentes circonstaaces, et du balancement de la résistance des Tendeurs et des acheteurs , que dépend le prix yénal $ mais il n*en est pas moins vrai qu^il est la mesarede la Tateur des choses et de Futilité du travail qui les produit.

n y a cependant une autre manière de considérer Futilité du travail, mais celle-là est moins relative à rindividn qu*à Fespèce humaine en généraL Je m'explique par un exemple. Avant l'invention du métier à bas , un homme ou uiie femme , en tricotant , pouvait faire une paire de bas dans un temps ' donné , et recevait un salaire proportionné au degré d'intérêt que l'on mettait à se procurer le produit de son travail , et à la difficulté de ce travail , comparativement avec tous les autres. Les choses ainsi réglées, on invente le métier à bas; et je suppose ^'au moyen de cette machine , la même personne , sans plus de peine ni plus d'intelligence , puisse faire précisément trois fois plus d'ouvrage qu'i paravant et de même qualité : il n'est pas douteux que d'abord elle sera trois fois plus payée ; car à

(i) Lm iiurchands utent bien que pour protpëret , Il n^ a pat d*atttre moyen cpte de rendre la marehandtaa agréabla et d'être à portée de geni riches. Poarquoi leg nattoni ne'penaentellea pas de même! Elles ne riraliseraient que d'industrie, et n'imagineraient pas de désirer l'appauTrissement de leurs toisins ; elles seraient heureuses.

oenx qai portent des bas , la manière dont ils soot produits est indifférente. Mais Iiientôt cette machine, et le petit talent de la faire moayaÎTy ae multipliant , puisque Pindustrie de ceux ifoà s'adonnent à ce travail est supposée n'être ni plus pénible , ni plus difficile que Pindustrie de ceux qû tricotaient , il est certain qu'ils n'auront pas des Salaires plus forts , quoiqu'ils fassent trois fois plus d'ouvrage (i). Leur travail ne sera donc pas plus productif pour eux , mais il le sera plus pour la société prise en masse ; car il j aura trois fois plus de personnes chaussées pour la même somme ; ou pintôt, à ne considérer que la façon des bas , chacun pourra en avoir autant qu'auparavant avec le tiers de l'argent qu'il y employait , et par conséquent aura les deux autres tiers de reste pour pourvoir à d'autres besoins. On peut en dire autant de celui qui écrasait le blé entre deux pieiTes , avant l'invention des moulins , par rapport au garçon meunier , qui ne gagne peut - être pas davantage , mais qui moud cent fois plus et mieux. C'est là le grand avantage des sociétés civilisées et éclairées ; chacun s'y trouve mieux pourvu en tout genre , avec moins de sacrifices , parce que les travailleurs produisent une pluVgrande masse d'utilité dans le même temps.

Cest aussi , pour le dire en passant , ce qui montre l'erreur de c-eux qui , pour juger du plus on moins d'aisance des classes pauvres de la société

(i) Je faii abstraction ici da prix de la machine , et de I*lntérët qoil doit rapporter.

Page 1