DES VALEURS
dans des temps diflTërens , ne font «pie comparer le prix des journées au prix des gri^^^ 9 ®^ <pû , thls trooTent que le premier soit moins augmenté que le second , en concluent que les ouvriers sont plas malheureux qu'ils n'étaient. Gela n'est pas exact et a'est yraisemblablement pas vrai ; car , premièrement y on ne mange pas le grain en nature , et il se peut qu'il soit augmenté de prix sans que le pain le SGtt , si on moud et si on cuit plus économiquement. De plus , quoique le pain soit la principale dépense du pauvre , il a encore d'autres besoins. Si les arts ont fait des progrès , il peut être mieux logé y mieux vêtu , mieux abreuvé pour le même prix. Si la société est mieux ordonnée , il peut trouver plus r^ulièrement à employer son travail et être plus sûr de n'être point troublé dans la possession de ce qu'il gagne ; enfin ,11 se peut très-bien que pour la même somme il jouisse davantage, ou du moins qu'il souffre moins. Les élémens de ce calcul sont si nombreux , qu'il est très-difficile et peut-être impossible de le faire directement. Nous verrons dans U suite d'autres moyens de décider cette question ; mais à cette heure elle nous éloigne de l'objet qui nous occupe. Revenons.
Nous avons vu que la seule et unique source de toutes nos jouissances , de toutes nos richesses, c'est l'emploi de nos forces , notre travail , notre industri^; que la vraie production de cette industrie , c'est l'utilité ; que la mesure de cette utiUté est le salaire qu'elle obtient; et en outre , que la quantité de cette utilité produite est ce qui compose la somme
g6 GHAPITBE IV.
de nos moyens d'existence et de jouissance. Maintenant examinons les deux grandes branches de cette industrie , le changement de forme et le changem^t de lieu » la fahricaticm et le transport , ou ce que Ton appelle Vindustrie fabricantc et l'indus' trie commerçante,
DTJ CBÂVGBMSHT DE FORME , OU DE L'iRDUSntlB FABBI-
CÀwn , T COMPRIS l'agriculture.
Puisque la société tout entière n'est qu'une suite continuelle d'échanges , nous sommes tous plus ou moins commerçans. De même , puisque le résultat de tous nos travaux n'est jamais qu'une production d'utilité , et puisque le dernier effet de toutes nos fabriques est toiyours de produire de l'utilité , nous sommes tous producteurs ou fabricans; car il n'y a personne assez malheureux pour ne jamais rien faire d'utile; mais par Peffet des combinaisons sociales , et par la séparation des différens genres d'occupations qui en est la suite , chacun se voue à une espèce d'industrie particulière. Celle qui a pour objet de façonner et de modifier toas les êtres qui nous entourent , pour les convertir à notre usage, nous l'appelons spécialement indu»trie manufacturière o\i fahrioante ^ et par les rai-
es
DE L'iIfDUSTBIE FABRICARTE. ff]
sons que nous ayons dites , nous comprenons dans celie-là celle qui consiste à extraire les matières premières des élémens qui les recèlent , c*est-à-dire celle que ron* appelle Vindustrie agricole, Examinoos quels sont les procédés et la manière d'agir de Pindustrie fabricante en général.
M. Say a très-bien remarqué que dans toute industrie quelconque il y a trois choses distinctes : premièrement, connaître les propriétés àeè êtres qne Ton peut employer , et les lois de la nature qui les régissent; secondement , entreprendre dé tirer parti de cette connaissance pour produire un effet utile ; trcnsièmement , exécuter le travail nécessaire pour atteindre ce but ; c'est-à-dire que dans tout il y a , comme il le dit , théorie , application et exécution.
Ayant l'existence de la société , ou pendant son en&nce , tout homme est fabricant pour lui-même de tout ce dont il a besoin , et dans chaque espèce de ftbrication il est obligé de remplir tout seul les. trois fonctions dont nous yenons de parler; niais dans la société plus ayancée, par l'effet de l'heureuse possibilité des échanges , non-seulement chacun se voue exclusivement à l'industrie particulière pour laquelle, il a le plus d'ayantages , mai^ encore dans chaque genre d'industrie , les trois fonctions dont il s'agit se séparent. La théorie est le fait du sayant; l'application, celui de l'entrepreneur; et Texécution, celui de l'ouyrier.
Ces trois espèces de travailleurs doivent trouver un profit dans la peine qu'ils se donnent. Car
un homme naît uu et dénué ; il ne pent amasser qn'mprès ayoir gagné ; et avant d'ayoîr amassé , il n'a pour subsister que ses fiicultés physiques et morales. Si Pusage qu'il en fait ne lui produit rien , il faut qu'il trouve à en faire un autre emploi , ou qu'il s'éteigne. Il faut donc que chacun des travailleurs dont nous parlons trouve un salaire dans les profits résultans de la fabrication à laquelle ils coopèrent.
Mais tous ont besoin {dus ou mcîns d'avances avant de commencer à recevoir ce salaire $ car ce n'est pas en un instant et sans préparation que leur service devient assez fructueux pour mériter récompense.
Le savant, ou celui que dans ce moment nous considérons conmie tel , avant d'avoir découvert ou appris des vérités immédiatement utiles et applicables , a eu besoin de longues études ; il a dû ftire des recherches , des expériences ; il lui a fallu des livres , des machines ; en un mot , il a été obligé 4e fiiire des frais et des dépenses avant d'en tirer aucun avantage. *
L'entrepreneur n'éprouve pas moins la nécessité de quelques connaissances préliminaires et .d'une éducation préparatoire plus ou moins étendue. De plus , avant de commencer à fabriquer , il faut qu'il se procure un local , un établissement , des magasins , des machines , des matières premières ^ et encore des moyens pour payer les ouvriers jusqu'ai^ moment des premières rentrées : xe sont là d'énormes avances.
DE l'i5DUSTBIE FABRICANTS. 99
Enfin , le pauyre ouvrier lui-même n'a pas nns doate de grands fonds ; pourtant il n'y a guère de méder où il ne soit obligé d'avoir en propre quelqaes oatils. Il a toujours ses habits et son petit mobilier. Quand il n'aurait fait que vivre jusqu'au moment où son travail va commencer à valoir sa sobsistanoe la plus stricte , il faut toujours que oe soit le irait de quelque travail antérieur , c'est-àdire quelques richesses déjà acquises , qui y aient pourvu. Que ce soit l'économie de ses parens, quelque établissement public, ou même le produit de TaumAne qui en ait fait les frais, ce sont toujours des ayances qui ont été faites pour lui , si ce n'est pas par lui; et elles n'auraient pu avoir lien si tout le monde avant lui avait vécu au jour le jour , exactement comme les animaux , et n'avait e(i absolument rien de resta du produit de son travail.
Maintenant , qu'est-ce donc que toutes ces avances grandes ou petites? C'est ce que l'on appelle ordinairement des capitaux , et que moi , je nomme tout simplemens des économies. C'est l'excédant de la production de tous ceux qui nous ont précédés sur leur consommation ; car si l'une avait toujours été exactement égale à l'autre , il ne serait rien resté > pas même de quoi élever des enfans. Nous n'avons hérité de nos devanciers que de cet excédant ; et c'est cet excédant long-temps accumulé dans tons les genres, et qui va toujours croissant dans une progression accélérée , qui fait toute la différence entre une nation civilisée et une horde sauvage ,
lOO CHAPITRE IV.
différence dont nous ayons esquissé le tableau cidessus.
hea écriyains économistes sont entrés dans beaucoup de détails sur la nature et Temploi des ct]^taux. Ils en ont reconnu de bien des genres différens. Ils ont distingué des capitaux prodacli£s et des capitaux improductifs, des capitaux fixes , d'antres circulans , de mobiliers , dUmmobiliers , de permanens , de destructibles. Je ne vois pas une grande utiUté à toutes ces subdivisions. Les unes sont trèscontestables , les autres se fondent sur des circonstances très-yariables , d^autres enfin sont tout-à-fait superflues. Il me semble suffisant , pour Pobjet que nous nous proposons , de remarquer que des économies antérieures sont nécessaires au commencement de toute entreprise industrielle , même peu étendue : et o^est pour cela que dans tout pays , les premiers progrès de Pindustrie sont d^abord si lents ; car c^est dans les commencemens surtout que les économies sont difficiles. Comment nWoir pas de peine à faire des accumulations quelconques, quand personne n'a presque rien au-delà du strict nécessaire ?
Cependant petit à petit , à Paide du temps et de quelques circonstances heureuses , il se forme de ces capitaux. Us ne sont pas tous du mèmç genre, ils ne sont pas tous égaux , et c'est ce qui donne naissance aux trois classes de travailleurs qui coopèrent à toute fabrication , chacun s'élevant à celle à laquelle il a pu parvenir, ou se casant dans celle qu'il n'a pas pu dépasser. Il est aisé d'apercevoir que voilà la source d'une grande diversité dans les
DE l'ihdustrib vabricante» ioi
iaiiei. Le sayant , oelui qui peut éclairer les tra* ux de la* £ibricatioii et les rendre moins dispen« iox et plus fiructuenx f sera nécessairement re» vché et bien payé. U est vrai que si ses connais» ices né sont pas d'une utilité immédiate , on si , nt utiles, elles commencent à se répandre et à renir communes , il court risque de se Toir né* ^ ou même sans emploi ; mais enfin , tant qu'on ra besoin de lui , ses salaires seront forts. [ie pauvre ouvrier qui n'a que ses bras à offrir 1 pas cette espérance ; il sera toujours réduit au ■ndre prix, qui pourra s'élever un peu si l'on mande beaucoup plus de travail qu'on n'en offre ^ lis qui tombera même au-dessous du nécessaire . se présente plus de travailleurs qu'on n'en peut ployer. Cest dans ce cas-là qu'ils s'éteignent , par iet de leur détresse.
Ces deux espèces de coopérateurs à la fabrication , savant et l'ouvrier , seront toujours à la solde de atrepreneur. Ainsi le veut la nature des choses { r il ne suffît pas de savoir servir une entreprise sa tête ou de ses bras , il faut avant tout qu'il y une entreprise , et celui qui la fait est nécessai* nent cekd qui choisit, emploie et salarie ceux i j coopèrent. Or , qui est-ce qui peut la faire ? ast l'homme qui a déjà des fonds avec lesquels il ut Êdre les premiers frais d'établissement et d'ap» ovisionnement , et payer des salaires jusqu'au mosnt des premières rentrées.
Pour celui-là , quelle sera la mesure de sa récomnse? Ce sera uniquement la quantité d'utilité
10^ CHAPITAE IV.
quMl aura produite et fait produire; il ne saurait y ai ayoir d^autre. Si , ayant acheté pour cent francs de choses quelconques ; et si , ayant dépensé cent autres francs à les changer de forme , il arrive que ce qui sort de sa fabrique paraisse ay(Hr assez d^atilité pour que l'on veuille bien lui dimner quatre cents francs pour se le procurer , il a gagné deux cents francs ; si on ne lui en ofire que deux cents francs, il a perdu son temps et sa peine ; si on ne lui en offre que cent , il a de plus perdu la moitié de ses fonds. Toutes ces chances sont possibles ; il est soumis à cette incertitude , laquelle ne saurait atteindre le salarié , qui reçoit toujours le prix convenu , quelque chose qui arrive.
On dit communément que les bénéfices de Fentrepreneur, mal à propos appelés salaires , puisque personne ne lui a rien promis , doivent représenter le prix de son travail , les intérêts de ses fonds et le dédommagement des risques qu^il a courus, que cela est nécessaire , et qu^il est juste que cela soit ainsi. Paccorde , si Ton veut , que cela est juste , quoique le moi juste soit ici mal appliqué, puisque, personne n^ayant contracté vis-à-vis de cet entrepreneur l'obligation de lui fournir ces bénéfices , il n'y a point d'injustice commise s'ils lui manquent. Je conviens , en outre, que cela est nécessaire pour qu'il continue son entreprise et ne se dégoûte pas de sa profession ; mais je dis que ce ne sont pas du tout ces calculs qui sont cause de aea bons on mauvais succès; ils dépendent uniquement de la quantité d'utilité qu'il a su produire , du besoin que
DE l'industrie f^b&igante. io3
30 â de se la procurer , et enfin des moyens que n a de la lui payer ; car pour qu'une chose soit mandée y il faut qu'elle soit désirée , et pour ^ter y il ne suffit pas d^ayoir le désir de la poser , il faut encore en avoir une autre à céder en mr.
)an8 ce simple exposé , vous trouvez déjà tout le canisme et les ressorts secrets de cette partie de >n)daction qui consiste dans la fabrication. Vous éconvrez même le germe des intérêts opposés qui iblissent entre l'entrepreneur et les salariés , ne part y et l'entrepreneur et les consommateurs .'autre ; parmi les salariés entre eux , parmi les repreneurs du même genre , parmi même les repreneurs de diJOTérens genres, puisque c'est entre
tous que se partagent plus ou moins inégaleit les moyens de la masse des consommateurs , afin parmi les consommateurs eux-mêmes , puis-
c'est aussi entre eux tous que se partage la ssance de toute l'utilité produite. Vous y apersz que les salariés désirent qu'il y ait peu de sala-
et beaucoup d'entrepreneurs ; et les entrepren y qu'il y ait peu d'entrepreneurs , surtout du ne genre qu'eux , mais beaucoup de salariés et û beaucoup de consommateurs ; et que les conmakeurs veulent au contraire beaucoup d'entrelenrs et de salariés , et , s'il se peut , peu de conmateurs ; car chacun craint la concuiTence dans genre, et voudrait être seul pour être maître. ous suivez plus loin la complication de ces intédivers dans les progrès de la société , et le jeu
lo4 C*HAPITBE ly»
des paMÛnu quHls (but naître , TCms Terrée Hent tous ces hommes implorer Tâppiti de là Ibroe en 1 Year de Pidée dont ils sont préoccupes ; ou du moîi sons différens prétextes , p roroqner des réglemc probibitifii, pour gêner ceux qui leur nuisent di cette lutte universelle.
S*il y a une classe qui ne suive pas cette dii
tion , ce sera celle des consommateurs , parce c
tout le monde étant consommateur , tous ne peur
pas se réunir pour former une ootterie et dem
der des exceptions; car c'est la loi générale,
plutôt la liberté , qui est leur sauvegarde. A
c'est précisément parce que leur intérêt est l*ini
universel , qu'il n'a point de représentans spéci
et de solliciteurs acharnés. Il arrive même que
illusions les divisent, leur font perdre de vue l'ol
principal, et qu^ils sollicitent partiellement e1
divers sens , contre leur intérêt réel ; car il 1
beaucoup de lumières pour le connaître , puisq
est général ; et de justice pour le respecter , puis
tout le monde veut des préférences. Tous ceux ,
contraire , qui ont un intérêt particulier prédc
nant , sont réunis par lui , forment corporation ,
des agens actifs , ne manquent jamais de prête
pour exiger qu'on le fasse prévaloir , et en ont ]
des moyens , s'ils sont riches , ou s'ils sont redo
blés , comme le sont les pauvres dans les temp
troubles , c'est-À'-dire quand on leur révèle le m
de leur force et qu'on les excite à en abuser.
Dans ce moment il n'est pas nécessaire de su si loin les conséquences des faits que nous ai
DE l'ihdustrib fabbigahte. io5
établis. Obsenrons seulement qae les tnraux les l^ns nécessaires sont les plus généralement demandés et les pins constamment employés ; mais aussi ({u^ est dans la nature des choses qu'ils soient toujours les plus mal payés : cela ne peut être autrement. En effet, les choses nécessaires à tous les hommes scmt d'un usage universel et continuel; mais par cela même , beaucoup d'hommes s'occupent constamment de leur fabrication ; et on a d& panrenir bientôt à les produire , par des procédés tràs-connus et qui n'exigent qu'une intelligence commune. Ainsi elles ont dû devenir à -aussi bon marché qu'il soit possible. D'ailleurs il est indispensable qu'elles ne soient pas chères ; car la presque totalité de leur consommation est toujours faite par des gens qui ont peu de moyens , attendu que les pauvres sont partout le très-grand nombre, et que partout ils sont aussi les plus grands consommateurs des choses nécessaires , lesquels même composent presque toute leur dépense. Si donc elles n'étaient pas à bas prix, elles cesseraient d'être consommées, et le pauvre ne pourrait subsister. Cest sur le plus bas prix auquel elles peuvent parvenir que se règle le plus bas prix des salaires ; et les ouvriers qui travaillent à leur fabrication sont nécessairement compris dans cette dernière classe des plus faibles salariés.
Remarquez encore qu'il n'y a rien dans tout ce que nous venons de dire de l'industrie manufacturière , qui ne convienne à l'agriculture comme à tous les autres genres de fabrication. Il y a de même,
dans l'agricullnTe y théorie, ap p lica t i o n et exécotion , et on y retroaye les tiota espèces de trayailleurs relatifs à ces trois objets. Mais ce qui s'applique éminemment à Pagriculture , c'est la yisiié \ générale que nous ayons établie , que les travaux Iflf plus nécessaires sont par cela même nécessairement les plus mal payés. En effet , le plus important et le plus considérable des produits de l'agriculture, ce sont les plantes céréales nécessaires à notre noa^ riture. Or y je demande à quel prix reviendrait le blé si tous ceux qui sont employés à sa prodnctioii étaient payés aussi chèrement que ceux qui trtvaillent pour les arts de luxe les plus recherchés? Certainement les pauvres ouvriers dé tous les métiers communs n^y pourraient atteindre ; il fiindrait qu'ils mourussent absolument de faim, ou que le prix de leur salaire montât au niveau de celui des ouvriers de l'agriculture. Mais alors celui des autres monterait de même à proportion , puisqu'ils sont plus recherchés : ainsi les premiers n'en seraient pas plus avancés ; ils seraient toujours an taux le plus bas possible. Telle est la loi de la nécessité. Ce qui est vrai des ouvriers employés à l'agriculture, comparativement aux autres ouvriers, est vrai des entrepreneurs de culture, relativement aux autres entrepreneurs. Leurs procédés sont trèsconnus ; il ne faut qu^une intelligence jnédiocre pour les employer. Résultats d'une longue expérience, pendant la durée de laquelle il a été fait beaucoup d'essais et plus qu'on ne croit communément, ils sont en général assez bien adaptés aux localités 3 et
DE l'iHDITSTRIE FIBBICAHTB. IO7
a pén de moyens de les améKorer asset pour ■lenter sennblement les bénéfices , quoi qu'en nt de temps en temps quelques spéculateurs téaires y qui ne manquent guère de se ruiner. De 1 anÎTe qu'à moins de circonstances extraorditu .(i)y les profits des entrepreneurs de culture t trèa-faibles en proportion de leurs fonds , de « risques et de leurs peines. De plus , ces procé-
t rès -connus et très-simples sont pourtant très- Mirrassans dans la pratique ; ib demandent beaup de soins et de temps , en sorte que dans cet
UM homme ne peut jamais suffire à employer gimds fonds. U ne pourrait pas , par exemple , ger à la fois cinq à six formes , quand même il lit cinq ou six fois trente ou quarante mille lea pour les monter ; et cependant ce n'est encore uHine somme assez modique , en comparaison de ains commerces. Ainsi cet homme qui ne peut
foire de gros bénéfices, à propcniion de ses ÏB y est en même temps réduit à ne pouvoir foire ailler des fonds considérables. Il est donc imôhle qu'il fosse jamais une vraie fortune. Voilà
UM de ee* eireoastances les ploc estnordinairm Mt, nni radit , là décoaTorte dei aTantaget de l'édacation dee montoas INgae an liea de ceux dn pays. C'est la gloiie immoiteUtt I. d*AabentoB , et le frait de trente ans de persëTéraBee. icn , qa'arrive-t-il depuis que cela est constaté! Arant même !• e«ltiTate«r se soit procuré de ces aninuux , et qa*il saehe
la manière d'en tirer un parti aTantagenx , il donne déjà on lage plus fort des terres sur lesquelles il espère pouroir en iT ; e'est-à'^ire qu*une partie du profit lui eo est enlerée «M , et qa*<m ne manquera pas de lui arracher le reste au kalakail.
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TselncaaspUipiéedaaf ancu de aoa livrai Afn-
Boniîa Ott d^^oononne*
Vooa ne rojtz jamais , oa du soûn £■! nv^ ment , nn homme ayant des fends» de Faolîiîlé et de renrie d'augmenter sa fiortone, employor son argent à acheter une étendue de terre pour ae sMttre à la coltiTer et en faire son état toute sa ne. 8*il rachète, c'est pour la rerendre, ou poury tnaver des ressources nécessaires à quelque antre entreprise , ou pour y prélever une coupe de hais oa pour quelque sutre spéculation plus ou moins passagère j en un mot, c'est une affaire de oommefoe et non pas d'sgriculture. Au contraire , yona yoyts souvent un homme ayant un hon fonds de terre, le vendre pour en employer le prix à fisdre quelque entreprise , ou à se procurer quelque état lucratif : o*eft qu'effectivement la culture n'est pas le chemin de la fortune.
Aussi presque tous les gens riches qui aohètent des terres , s'ils sont dans les affaires , c'est parce qu'ils ont plus de fonds qu'ils n'en peuvent employer dans leurs spéculations , ou parce qu'ils veu- Icut on mettre une partie à l'ahri des événemens; s'ils
DE l'industrie FIBRICANTE. fOg
Templisseiit des fonctions publiques ou s% ne font lien qne jouir de leur aisance, c^est poar placer lens Ibndîs d'aune manière solide, et agréable. Mais m les uns ni les antres ne se proposent de faire valoîr eux-mêmes les terres qu'ils achètent; soit plains, soit affaires, ils ont toujours des choses qui les intéressent davantage. Ils espèrent bien n^y penser jmiais ^e pour les louer à. des entrepreneurs de culture y comme ils loueraient (i) Targeut qui a servi à les acheter , et en toucheraient l'intérêt , sans s'embanrasser si son emploi a porté perte ou profit à rcBtrepreneur qui le fkit travailler.
U est peut-être heureux que les gens riches achetait ainsi des terres pour les louer ; car l'agriculture étant une profession pénible et peu fructueuse , les gens qui s'y vouent ont en général peu de moyens, comme nous venons^ de l'observer. S'ils étaient obligés de commencer par acheter le terrain qu'ils veulent travailler, tous leurs fonds seraient absorbés; U ne leur en resterait plus pour les autres avances nécessaires à la culture, et encore ils ne pourraient
(i) On Mm éÊmmé de n'entendre dire Lousm de l'argent , conniii M dit lo«M de* terres ou Une maison. Mais moi^ )e sais plus jutement surpris que quand on dit prêter de l'argent , on ne dis* pas prêter des terres , car c'est la même chose. Le Trai est qu'on ■e démit dire prêter que dans le cas du prêt gratuit.
Qwnsd on a une propriété quelconque, il n'y a que sis nunièras d'en oser : U conserter ou la détruire, la donner ou la Tendre , là prêter ou la louer. On no détruit pas précisément les ter* iM ; maison les garde , on les donne , on les Tend , on les prête , «• les loue comme tonte autre chose. Il 7 a la naême diflj^rence entre prêter et louer qu'entre donner et Tendre.
IIO CHAPITBB IV.
fiiire que de bien petites entrepriaei. U leur cttdoK plus commode de trouyer des terres à louer qjm d*étre forcés de les acheter; mais cela ne leur est plus commode que comme il est commode aux «ifires entrepreneurs et à eux-mêmes de trouyer df l'argent à emprunter, quand ils en ont besoin poir donner plus d'étendue à leurs entreprises | et oeb ne leur est avantageux que sous les mêmes restrictions, c'est-à-dire que cela resserre leurs proflts it rend leur existence plus précaire; car il est bÎM connu qu'un négociant qui ne £ût pas an moins b plus grande partie de aea affaires sur ses propM fonds est dans une situation bien dangereuse et t rarement un grand succès. Cependant telle est b position même de ce que nous appelons les gros fermiers.
Eu un mot , les propriétaires qui afferment sont des préteurs , et rien de plus. Il est bien «ngnlîer qu'on ait presque toujours confondu et identifié leur intérêt arec celui de l'agriculture , auquel il est aussi étranger que l'est celui des préteurs d'argent à toutes les entreprises que font ceux à qui ib prêtent. On ne peut assez s'étonner de Toîr que presque tous les hommes , et particulièrement les agronomes, ne parlent des grands propriétaires de terre qu'avec un amour et un respect vraiment superstitieux ; qu'ils les regardent comme les colonnes de l'État , l'ame de la société (t) , les pères nourriciers
(i) Si e'eai en les oimiidérant eomme de» honunee ea gén^nl éclairés et indépeadans, ceU est tris-)oste; nuis si G*eet en leni qualité de propriétaires de terres, cela «st absorde.
DE l'iNDUSTBIE FABBIGAHTE. III
de ragricoltiire , tandis que le plus «osTent ilf pio* digMoi lliQiTear et le méprû aux préteura d'argent , qwi fint exactement le même aervioe qu'eux (i). Un gros bénéficier qui vient de louer sa ferme exor- Utamment cher se croit un homme très-habile^ et, qui plof est , très-utile ; il n'a pas le moindre doute sw sa sompuleuse probité , et il ne s'aperçoit pas qu'il est exactement la même chose que l'usurier le plus âpre qu'il condamne sans hésitation et sans fitîé. Peut-être même son fermier, qu'il ruine , ne foit pas cette parfaite similitude, tant les hommes mt dupes des mots. U est yrai que tant qu'ils le mty ils entendent mal les choses; et réâproquenàity tant qu'ils entendent mal les choses dont ils parlent , ils ne comprennent qu'imparfaitement les mois dont ils se serrent. Je ne puis m'empécher de isfenir sonyent sur ce fait; car c'est un grand inooaTénîent pour raisonner juste , ce à quoi il £ivl pourtant tacher d'arriyer en toute matière.
Quoi qu'il en soit, beaucoup de terres étant eo» tre les mains des riches , il y a beaucoup de terres à louer ; et , comme nous l'ayons dit , c'est ce qui &it qu'il peut y avoir un très-grand nombre d'en* tieprtses d'agriculture, quoiqu'il n'y ait pas une masse de fonds proportionnée entre les mains des gens qui se consacrent à cet état. A la longue ces
(i) Lm prëtenn de terre ont même an grand arantage «ai 1m antre* : o*est ^e quand ils ont irouTé moyen d'obtenir ose rente pins forte , ils ont par cela même augmenté leur capital ; car en finirai an vend les terre* d'après le prix des baux. Cel* n'arrive pas aux prêteurs d'argent.
m CHAPITBE IT.
terrefl A loaer a^arrangeiit et m distriboent ào h manière la plus £iTorable aux conveauioai àt ceux qui 86 destinent à les expkitter. De là naimwirf sur les grandes propriétés différentes espèces dVir ploîtations rurales , qui ne sont pas des effets di caprice ou du hasard , comme on le croit tfonà on n'y a pas réfléchi, mais qui ont lears oavseï dans la nature des choses , comme nous allons le yoir.
. Dans les pays fertiles , la fécondité de la tan ne tourne pas directement an profit de celui qui la cultive ; car le propriétaire ne manque pas d^en exiger un loyer d'autant plus fort qu'il la sait plm productive. Mais cette terre rendant beaucoup, la quantité qu'un homme en peut exploiter fournit une masse de productions considérable. Or, comme, toutes choses égales d'ailleurs, les bénéfices de tout entrepreneur sont toujours proportionnels à l'étendue de sa fabrication , ici les bénéfices peuvent être assex forts pour attirer l'attention d'hommes ayant un certain degré d'aisance et de capacité. Ce n'est pas, encore une fois, la fécondité de la terre qui les a enrichis et éclairés ; mais c'est celte fécondité qui les attire et les empêche de porter leurs moyens dans d'autres spéculations. Ces hommes veulent tirer parti de tous leurs moyens; ils ne s'accommoderaient pas d'une mince exploitation qui laisserait inutile une partie de leurs fonds et de leur activité personnelle, et ne leur permettrait que de trop faibles profits. Pour leur convenance, les grandes j^ropriétés se distribuent donc en gros mâs de terre
DE l'iHDITSTRIB FABBIGAlfTE. Il3
lont U mesure oommime est enTÎron de trois cents i «ânq cents arpens , ayec une bonne habitation à portée. Ils ne demandent pas antre chose. Us apjortent là harnois, attelages, bestiaux, proyisions tniBsantes pour attendre. Ib ne craignent pdînt rêtre long-temps sans receroir pour reoerotr en« Boite davantage. Us font des essais, ils découvrent qeelqnefois quelques nouveaux moyens de produotims ou de débit. En un mot , ils fabriquent et OQBunercent, et tiennent leur rang parmi les entrepnoeurs d^indnstrie. Ce sont là nos grosses ftrmes et notre grande culture. Malgré ces beaux noms , uw grosse ferme est encore sans doute une asse« petite manufacture; mais si elle est à peu près le wÙMtmtan de l'industrie &bricante en général , eUe est le maximum de l'industrie agricole en partioalier.
Quand, le sol est moins fertile, cette industrie ne peat pas s'élever jusqu'à ce point. Bfettez dans une fimne le même nombre d'arpens, les productions aont insuffisantes ; mettez-y-en le double , un homme se peut plus suffire à les exploiter par lui-même (i), DÛUenrs , les frais et les risques augmentent dans aae pins grande proportion; rentreprise n'en vaut pins la peine. Tous ne pouvez donc pas trouver 1^ même espèce d'hommes pour s'en charger ; et s'il j t des capitaux un peu forts et de l'intelligence dans
<i) 8*il les prenait , ce senit ponc les loiu-lottet et lea détailler. Alon il serait un être parasite , an spéoalatenr , et non on enltifttenr. C*est ce qne sont les fermiers généraux des grandes tmee daae lea pays de aiiélairies : Uur objet est le traie.
Il4 CIAPITSB IT.
le pij>9 oo moycas se porteat allaus. Qa*aiTÎ?et41? Ces terres, qiiid^ icndeat moiiiSy les fiopriétaires les partagent encore par plus petites portioDS,poiir les mettre à portée de plos de gens, de gens qui ont pen de moyens, et qû sonrent néne ne font pas de ces locations lenr seule occnpatm. Cest dans ces pays qae tous TojeM. firéqaemmest de petites fermes, oa de simples maisons arec trèL pea de territoire , oa même des mâs de terre son aucan bâtiment d'exploitation. Cependant ces enplacemens se loaeut; ceux qui les prennent y amènent même les instrumens et les anîwi^^nf indi^ pensables ; enfin ils en tirent parti par leurs propres forces; mais il ne faut pas s'attendre quHls y déploient les mêmes moyens physiques et moraux que les gros fermiers dont nous yenons de parler. Ce sont en général de petits propriétaires ruraux qui se trouvent dans le pays , qui joignent ces exploitations à leurs occupations antérieures , et qui se contentent que le tout ensemble leur fournisse les moyens de vivre et d'élever leur famille , sans prétendre augmenter beaucoup leur aisance , et sans en avoir la possibilité, à moins de hasards extraordinaires. Cest là ce que bien des écrivains appellent déjà la petite culture, par opposition à celle dont nous venons de parler. Cependant nous allons voir qu'il y a encore plusieurs cultures plus petites, ou, si l'on veut , plus misérables que celles-là. Observes toutefois , que cette espèce de petite culture , et même cellf à bras , dont nous parlerons bientôt , rend ordinairement aux propriétaire» de plus forts loyers
DE l'industbie fabbicante. ii5
que la grande, à proportion de l'étendue et de la qualité des terres , par l'effet de la concurrence de ceux qui se présentent en grand nombre pour les exploiter , parce qu'ils n'ont pas d'autre industrie à leur portée ; mais c'est précisément cette cherté des kjers qui fixe irrévocablement ces cultivateurs dans l'état de pénurie qui rend leur culture si médiocre.
Quand le sol est encore plus ingrat , ou quand ,
par l'effet de différentes circonstances , les petits propriâaires ruraux sont rares y les grands propriétaires de terre n'ont pas cette ressource de former de petites fermes. Elles ne vaudraient pas la peine d'être exploitées , et il n'y aurait personne pour les leur demander. Ils prennent donc un autre parti; ils forment ce que l'on appelle communément des domaineê ou des n%étairies, et ils y attachent fréquemment autant et plus de terres qu'il n'y en a dans les grandes fermes , surtout si l'on ne dédaigne pas de mettre en ligne de compte les terres vagues , qui ordinairement ne sont pas rares dans ces pays , et qui ne sont pas tout-à-fait sans utilité , puisqu'on s'en sert pour le pacage , ou même pour y faire de temps en temps quelques emblayures , afin de laisser reposer les champs plus habituellement cultivés. Ces métairies sont , comme l'on yoit , assez grandes pour l'étendue et très-petites pour le produit , c'est-à-dire qu'il y a beaucoup de peine à y prendre et peu de profit à y faire : aussi ne trouve -t- on pas d'hommes, ayant des fonds , qui yeuillent venir les occuper et y amener des domestique s,, un mobilier, des attelages
Il6 CBAPITSK !▼.
et 4ef timipana. Om se fiit foiirt toi de frni fw ne rien gii(Ber. Ccit toat aa fia* i en ▼aodnicntlapnneyqnanden ka pour nen ^ noM en dcmuulcf ancm loyer. Le fit* priétabe «•! donc lédnit à le» gunir ini iirfii A beftîanx , d^ostauiles et de tout ee qû ert ntaMie APexploîtation, et à y étaMireiie&mîUedepiTMi qui n*ont que leurs bras, et arjec letqoids il oonfW ordinairement y au Ken de leur damar dei gn^V} de leur abandonner la moitié du produit poar k salaire de leurs peines. C'est de là qn^ sont appelés métayère, trayaiUeurs à moitié.
Si la terre est trop mauvaise, cette moitié da produits est manifestement insuffisante pour 6ire Tirre, même misérablement, le nombre d^hommtf nécessaire pour la travailler ; ils s^endettent bientôt, et on est obligé de les renvoyer. Cependant on en trouve toujours pour les remplacer, parce quHly a toujours des malheureux qui ne savent que devenir. Ceux-là même vont ailleurs , où ils ont soavcnt le même sort. Je connais de ces métairies qui, de mémoire d^homme , n'ont jamais nourri leurs laboureurs, au moyen de leur moitié des fruits. Si la métairie est un peu meilleure , les métayers végètent tant bien que mal , on même font qnelqnei IHstites économies, mais jamais assez pour les élefO à Tétat de véritables entrepreneurs. Cependant , dioi les temps et les cantons où le peuple des campagiM est un peu moins misérable , il se trouve dans oett( classe diiommes quelques individus qui ont de fri* blés avances , comme , par exemple , de quoi 9(
DE L'llfDI78TRIE*'FABRIClllTE. II7
nourrir pendant un an , en attendant la première vécotte, et qui aiment miens prendre une métairie à bail y moyennant un loyer fixe, que d'en partager leafimits; ils espèrent, en travaillant beaucoup, y tionyer un peu plus de profit. Ceux-là, en général, mtplus actifs, et gagnent quelque chose si le local le permet, s'ils sont heureux, si leur famille n'est pas trop nombreuse , s'ils n'ont pas donné de la terre mm loyer trop fort , c'est-à-dire si beaucoup de dreonstanees inyraisemblables se trouvent réunies en leur finreur. Cependant on ne peut pas les rq;arder comme de yrais fermiers, comme de véritables e n trepreneurs , puisque c'est toujours le propriétaire qui fournit les hamois , les bestiaux, etc. , et qu'ils ne dament que leur peine ; ainsi il convient de les ranger encore dans la classe des métayers.
Cette masse de bestiaux que le propriétaire livre et confie au métayer s'appelle cheptel. Elle s'augmente tous les ans par la voie de la génération , dans les pays où l'on fait des élèves , et le métayer en partage le croit comme il partage les moissons. Mais il faut qu'eu sortant il rende un cheptel d'une Taleur égale à celui qu'il a reçu en entrant ; et comme il n'a rien pour en répondre , le propriétaire on son agent exerce sur lui une active suiTcillance poor empêcher qu'il n'entame le fonds par des ventes tn^ nombreuses. Dans quelques endroits, le propriétaire ne voulant ou ne pouvant pas faire les fonds du cheptel , ce sont des marchands de bestiaux, des capitalistes étrangers qiii le fournissent , qui surveillent de même le métayer , et
nU cuAFiTKE IV.
qai lui prenaent U moilii da crvtl poux I' de leur* fond*. An reite , il ttl hiat indiffér ■nftayer que ce Kiit eux oo le pnfriAûre toiu les cai , od De peut tôt en lui qa'im mal entreprenenr nna mojen*, pirMoré par dea ttiara très-cber» , celui qni Ibonut la terre e qui fournit les bcstum , IcaqucU lui entàTCi «es bénéfice* , et De loi Uiuent que H subd trii-fltricle et quelquefois iiuuffimite. Ceit i fait que cette uunière de cultiver «rt MUn « Ik trèft-Juate titre pa/i/e culfuf», qunqu'elle t' ■ar d'assez grandea masses de prcpriéti.
Il eiisle encore nue autre espèce d'ezida à laquelle on donne aussi le nom de pâlit» a Oeit celle des petita propriétaires ruraux qi valinr eui-mâmea leur bien. Fresque toutes tioni de l'Europe moderne sont parties d'as do choses tel , que U totalité du sol était 1 piijté eicluaÎTe d'un petit nombre de grani prié(airei , et tout le reate de la popuLilic vaillail uniquement pour eux comme domesl connue aerfs , ou comme salariés. Mais par l'< l'industrie toujours agissante , et d'aliénatiu cvsiiivcs , il s'est formé dans presque tons U un plus ou nuùus grand uiHubre de ces peti priélaircs de terre, qui ont tous cela de cou ■]u'ils vivent sur leur bien et que leur métiei Iv cultiver. Cepcndaut , sous le rapport de l turu, on a tort de les ranger tous dans une cUsh: i car i>aruii eux il j en a qui ont ont duc di> Icrraiu aaseï considérable : et c'est a
DE l'irdustbie fabricante. 119
dam les terres maigres qu'on les trouve , parce que œ sont celles que les riches ont aliénées de préféleace, ne pouvant souvent en rien tirer par euxnémes. Ceux-là ne font pas sans doute les mêmes friis de culture que les riches fermiers des grosses fermes ; mais C'Cpendant ils lahourent avec des ani- ■tux de trait de plus ou moins bonne qualité , et h ont qaelqnes troupeaux. En un mot , leur exfkîtatioii est absolument semblable à celles àea petites fermes dont nous avons parlé ci-dessus (1). Il y en a d'antres , au contraire , qui n'ont qu'une trfci-petite étendue de terrain , et qui la cultivent à bras , soit en légumes , soit en grains , soit en vignes. Celles-ci même exigent positivement cette manière de travailler , qui , comme on le voit , est bien différente de la précédente. D'ailleurs la plupart de ceux qui s'y livrent ne peuvent pas vivre «mqaement du produit de leur sol, et vont en joninée une partie de Tannée. U faut assimiler à ces derniers tous ceux qui tiennent à loyer, des geiu riches , de petites habitations avec quelques morceaux de terres, et qui sont connus sous les noms de louchera, de manouvriers , de coitehgfn , etc* , etc. Leur industrie est absolument la
(0 Yoyt» oe qae c*ett qae la différence de l'emploi dei fonds. C«t lunuae qui enltlTe médiocrement possède peat-étre an bien im il traaterait 3o,ooo francs. S'il le Tendait , il aurait de quoi *lUt tenir une grosse ferme dans an bon pays ; il serait beaacoap nisax et gagnerait darantage. Mais il ne sait peut-être pas qae cette possibilité existe loin de lui. Quand il le saurait, il craindiiit les risques et son inexpérience ; et pais l'homme tient i ses l^ikllodes et sa plaisir de la propriété.
même et leur existence toute semblable , à cela près que le petit loyer qu'ils paient représente Pintérét du capital que les autres possèdent. Yoîlà donc um troisième chose que Ton appelle encore petite ad tare , et qui en comprend deux très-différentes entn elles.
Ce n*est pas tout ; il y a beaucoup d'écriyains qd appellent grande culture celle qui se fait avec lei chevaux , et petite culture celle qui se £nt avec dei bœufis , et qui croient que ceKe division répond exactement à celle des fermiers et des métayers. Cependant il s^en faut bien que ces deux désignaticms soîenl équivalentes ; car d'une part les manouvriers laboa* rent avec leurs bras ; rien n'empêche que les fermiers des petites fermes et les petits propriétaires ds la première des deux espèces que nous avons distinguées , ne labourent quelquefois avec des chevaux ou des mulets ; et ces cultures n'en méritent pu moins le nom de petites. De plus , il se peut trèsbien , si les convenances locales s'y trouvent , que de gros fermiers labourent avec des bœufs , et je croîi que cela se voit dans plusieurs pays. D'une autre part , il est vrai qu'en général les métayers labourent avec des bœufs, lo parce que, ce moyen étant moins dispendieux , la plupart des propriétaires le préfirent ; ao parce qu'ordinairement les mauvais pays , qui sont ceux oîi l'on voit des métayers , produisent de mauvab foin , peu ou point d'avoine , et se refaseut aux prés artificiels ; 3o parce que , ces métayen étant négligens et maladroiU , il est difficile de leur confier des animaux aussi délicats que les chevaux.
DE l'industrie EABBIGANTE. I!i3
iiiz , en général , dans les pays très-bons ou très- «fiis : dans les premiers , parce que les gens riis ont gardé presque toutes les terres ; dans les aesy parce que la terre ne paierait pas leurs pei- I, et qu'ils aiment mieux aller chercher à gagner (journées ailleurs. Cette division me parait plus te que toutes les autres et plus instructive, parce 'elle montre les causes des effets. Servons-nous-en ic pour ce qui nous restera dire.
Te eroîs avoir prouvé que les propriétaires de terre , uid ils ne la font pas valoir eux-mêmes , n*ont nlnment rien de commun avec l'agriculture , ni 10 les lois qui la régissent, ni avec les intérêts qui dirigent; qu'ils sont purement et uniquement rentiers et des préteurs d'une espèce particue; que par conséquent , ayant à rendre compte la fid>rication des produits , je devais les mettre écart et ne considérer que les entrepreneurs de tore.
UoTS j'ai montré qu'il est indispensable que les repreneurs des fabrications les plus nécessaires ait y de tous, ceux qui fassent les bénéfices les M foibles à proportion de la quantité de leurs Aces et de leurs productions ; et que de plus, les rqpriaes d'agriculture ont l'inconvénient partiîer qa'nn homme ne peut pas suffire à leur don- ' assez d'extension pour que la modicité des béioes soit compensée par la grande étendue des lires.
Pai lait voir ensuite, premièrement, que les fs les plus fertiles sont les seuls où les produits
ia4 CHAPITBE IV.
de la qaaatité de terre qn^im bomme peat fidre valoir foient assez eonaidérables pcmr fiûre «u sort passable à Tentreprenear , qae c'est par ces raisons que ces pays soot aussi les seuls où Ton yote des entrepreneurs de culture ayant des moyens et une capacité suffisante , . et qn^encore ils ne travaillent presque pas sur leurs propres fonds , mais sur ceux d'autrni , ce qui est toujours une position ftcheufe pour des fabricans : nous les appelons pourtant gfOi fermiers.
Secondement, que quand les terres sont moins bonnes , les bénéfices deviennent si minces , qu'on ne peut plus trouver que des entrepreneurs médiocres et insuffîsaus : ce sont les petits fermiers.
Troisièmement, que quand le sol est encore plus mauvais , les bénéfices devenant absolument nuls , on est réduit à n^avoir plus d^eutrepreneurs ; car les métayers ne*8ont réellement que des salariés , puisqu'ib ne font aucune avance et ne fournissent que leur travail.
Quatrièmement , enfin que d'autres circonstances font que l'entreprise est si petite , que l'entrepreneur et l'ouvrier sont nécessairement une seule et même personne , qui n'emploie pas d'autres macbines que ses bras , et encore les emploie souvent ailleurs : tels sont les manoupriers. Il est difficile qu'une telle affaire tente un capitaliste.
Il y a cependant une exception à faire à ces vérités généraitrs; c'est en faveur de la culture des produo> tions très-précieuses , telles que certaines drogues pour ta teinture , ou les vins très-estimés. Il peut y
DE L'iNDUSTaiE FIBEICINTE. 121
Mais ce n'est pas tont oela qui les oonstitiie métayers et qui les différencie d'avec les fermiers. Leur caractère spécifique est d'être des misérables sans moyens , ne pouvant faire aucune avance. Cest là oe qui les réduit à n'être que métayers, et ce qui fait que leur culture est bien réellement peiit9 , quoiqu'à raison de l'étendue de leurs métairies, qui occupent ordinairement de grands espaces , il y ait des gens qui l'appellent encore ^anefe culture, par opposition à celle des petits fermiers et des petits ma« Donvriors , ou par opposition seulement avec la culture à bras.
Enfin , pour que rien ne manque à la confusion des idées, il y a quelques auteurs anglomanes, comme Arthur Young, qui s'amusent à appeler petite culture celle de nos plus grosses fermes , parce qu'ils y voient des jachères , réservant exclusivement le nom de grande culture à celle où l'on suit le système d'assolement qui leur plait , sans songer que la ipius petite des cultures , celle à bras , est oellfl oà l'onvvait le plus souvent des terres qui ne se re* posent jamais.
Ainsi, voilà de compte fait cinq ou six mamères d'employer les mêmes mots , dont deux où trois au mûins séparent des choses absolument semblables , et en réunissent qui sont totalement différentes j et on se sert continuellement de ces mots , sans dire dans quel sens on les prend. Eu procédant ainsi , ce serait on gran^ miracle si l'on s'entendait.
Je crois donc que si l'on veut écrire avec qnelqtie précision sur l'agriculture , il faut bannir les éx-
^■PWB^^
139 GBAPITMB IT.
qn ont des earactèM it
diff<&fCBles , et a«xqadla oo pemt nipporler Imitai les cmJàmxtMÎmapamlÀes (i). Ce aoot , i* ies groues fenaes, os U c«h«re des e nti epKDenr» riolies et intellî^eiis qai font largement tonlet les aTUioet né* cenaires : on ae les toîI qne dans les pays qai es Talent la peine. 3* Les petites fermte», oa la cnltme dai cntrepreneon qui labourent enooie avec des «wîwMti» de trait qui lear appartiennent, mais dont les moyens de tons genres sont moins étendus : on les troaye en général dans les terres plos maigres. (Cette classe renferme les petits fermiers et les petits propnétaires de la première des denx classes qne f ai distinguées. ) 3<> Les métairies, ou la culture par métayers, qui labourent aussi ayec des animaux de trait, mais qui ne leur appartiennent pas : c^est le propre des maurais pays. 4** ^^ moTiottf^rîsrs , ou la culture à bras, tant celle des propriétaires qne celle des locataires : on en trouve partout, et surtout dans les vignobles ; mais ils sont moins nom-
(i) si l'oM «Armer ceU , e« n*e«t pas que j'aiebeaaeoapmja^é; mais r*i depuis enriron quarante ans des propriétés daas «■ pays de grosses fermes , dans on pajs de vignobles , et dans «n pa/s de ouaTaises métairies ; j'en ai toujours suivi la marelie avee attention , et plus encore en vue de l'intérêt général que de me» intérêt particulier ; j'ai opéré des améliorations sensibles dans les denx dernières ; et je suis persuadé que quand ou a alual uii champ suffisant d'obeerrations ^ on gagne plus à les appcofSoadir qu'à les étendre.
DE l'industrie FABRIGAIf TE. I »5
avoir là de grands profits à faire ; aassi yoit-oa quelquefois de gros capitalistes acheter les terrains propres à ces productions, les faire valoir par euxmêmes, en retenir tous les produits, et en faire d'immenses et heureuses spéculations. Mais cette exception -là confirme la règle ; car ces productions, ont le mérite et le prix de la rareté ; ce sont de véritables marchandises de luxe. Ainsi ces spéculations^ bien qu'agricoles , ne sont pas dans la classe des fabriques de choses de première nécessité.
Si ce tableau est exact , s'il est la représentation 6dèle des £dts , s'il est vrai que l'agriculture, même dans les circonstances les plus favorables, n'est et ^e peut être qu'une profession pénible et peu friâctoeuse , il ne faut pas s'étonner qu'elle ne tienne pas le premier rang dans la société , et que les capitaux n'y affluent pas : on doit sentir qu'on ne les y destine et qu'on ne les y destinera jamais que lorsqu'on ne pourra pas ou qu'on ne saura pas les employer aatrement. Le seul moyen de faire que beaucoup de capitaux se portent vers l'agriculture est donc de faire qu'ils surabondent ailleurs ; ce mal , si c'en est un , est incurable, et il est très-utile de le connaître ; car on aura beau dire que l'agriculture est le {Mnemier des arts, que c'est la mère nourrice de l'homme, que c'est sa destination naturelle, que nous avons tort de ne pas l'honorer davantage , que l'empereur de la Chine trace un sillon tous les ans , et mille belles choses semblables , tout cela ne servira de rien et ne changera rien à la marche de la société. Ce sont de vaines déclamations qui ne mé-
li6 COAPITRE IV.
riteut pas de noas occuper. Faisons seulement quelques courtes réflexions sur la première de ces phrases , parce qu'elle cache une erreur : la mettre an jour , c'est la réfuter.
Certainement Pagriculture est le premier des arts sous le rapport de la nécessité ; car ayant tout il fiiat manger pour virre. Si Ton n'a touIu dire que cela , on a dit une chose incontestable , mais bien insignifiante.
Si Ton a entendu par ces paroles que Pagricnltare est le seul art absolument nécessaire , l'assertion devient déjà très-inexacte ; car nous ayons encore d'autres besoins très-pressans , outre celui de man^, comme , par exemple y celui d'être yétus et logés ; et d'ailleurs la culture elle-même , pour prendre un peu de développement , a besoin du secours de bien d'autres art<< , teb que celui de fondre les métaux et de façonner le bois ; et ses produits , pour être complètement appropriés à notre usage , exigent encore au moins celui du meunier et du boulanger : Toîlà donc beaucoup d^autres arts indispensables.
Enfin , si l'on a prétendu affirmer , comme bien des gens le veulent , que l'agriculture est le premier des arts sous le rapport de la riches^ , le soi-disant axiome est complètement faux. D'abord , à l'égard des individus, nous avons vu que ceux qui se vouent à l'agriculture sont inévitablement du nombre de ceux qui font les moindres bénéfices , ains^ ils ne peuvent pas être des plus riches. Or, ce qui est vrai de chaque individu ne peut pas être hva. des nations, qui ne sont que des collections d'indi-
PE l'iKDUSTAIE FJ^BRIGJklITE. I 27
vidas. Si tous doutez de la force de cette démoastration , mettez d^un côté vingt mille hommeg occupés à faire du blé pour le vendre , et de Pautre paleil nombre d'bommes occupés à faire des montres ; supposez que les uns et les autres trouvent le débit ile leur marchandise , et voyez quels seront les plus riches : c^est Genève et la Pologne.
Une des choses qui ont le plus contribué à faire méconnaître une vérité si manifeste , c^est encore one équivoque. On prend très-fréquemment nos moyens de subsistance pour nos moyeu» d^ existence. Ce sont deux choses très-différentes. Nos moyens de subsistance sont sans contredit les matières alimentaires , et la quantité de celles qu'on peut se procurer dans un pays est la limite nécessaire du nombre d'hommes qui peuvent y vivre. Mais nos moyens d'eidstence sont la somme des profits que nous pouvons faire par notre travail et avec lesqueb nous pouvons nous procurer et subsistances et autres jouissances. l<e Polonais a beau faire venir beaucoup de blé, l'excédant de ce qu'il en consomme, quHl est obligé de livrer à vil prix aux étrangers , fourni^ à peine À ses autres besoins : il n'en vit pas mieux et n'en multiplie pas davantage. Le Genevois au coutiaire, qui ne recueille pas une pomme de terre, n^ifl qui fait de gros profits sur les montres qu'il lUMrique, a de quoi acheter les grains et toutes les tatres choses qui lui sont nécessaires , de quoi élever des enians, et encore de quoi économiser. Le premier , malgré la grande quantité des moyens de subsistance , a très-peu de moyens d'existence ; le
liS CDAPlTBtlV.
TÎleut p*i de DOni occnper. Faisons seulemen que* coartcB réfleiicau inr 1> pi«mibe de ca ■ea , ptrce qu'elle rache une erreur : li me joar , c'est U réfater.
Cerluuement l'igricaltare e»t le premier d sons le rapport de U nécessité ; oir iruit tout manger pour TÎTre. Si l'on n'» touIu dire qui ou a dit une chose inconteslable , maif biei gni Saute.
Si l'on a entendu par ces paroles qne l'agrie eut le seal art absolument nécessaire, l'asserti vient déjk très-inexacte; car nous a?ona encan très besoins tria-pressans , outre celui de m comme , par exemple , celui d'être T^ua et le d'ailleurs la culture elle-uiême , ponr prent peu de déreloppcmeut , a besoin du aecoars d d'autres artH , tels que celai de fondre les mél de fdfonncr le buis ; et ses produits , pour èln plètemenl appropriés à notre us.-igc , exigent au moins celai du meunier el du boulanger donc beaucoup d'autres arts indispensables.
lùiBn , si l'on a prétendu affirmer , comoH des gêna le Tculent, que l'agriculture est le pi des srls sous le rapport de U richesse , le anaxiome est complètement &ni. D'abord, i I des indiTJdiu, noua aTau rn que wu 1 Tuuctit à l'agricaltare «ont înjritablement da brc de ceux qui fbnt lea mcindrci bénJfisM Us ne penrent pas être des plu rilJilp fl est trai de oL ' ~ ■*
deanalipi*
second, ayant de grands moyens d^existence, st procure abondamment les subsistances qai loi man quent et tout ce qu'il lui hui d'ailleurs. 11 est dan< Trai que ce sont là deux cboses que Ton a grani tort de ne pas distinguer soigneusement. Geit faute se rencontre dans beaucoup d'ouyrages , exoel leus d'ailleurs, et nommément dans celui d M. Malthus, sur la population, oik elle jette d louche sur quelques explications très-précieuses tous les autres égards : c'est donc un point qu'il éta bon d'éclaircir.
Que l'on ne m'accuse pas néanmoins de mécoi naître l'importance de l'agriculture , et de touIo qu'on la néglige. D'abord je sais fort bien que '. richesse , quoique utile en elle-même , n'est pas '. seule chose à désirer , ni pour les particuliers i pour les sociétés , et qu'une nation , malgré c grands moyens , n'a qu'une existence précaire elle dépend des étrangers pour sa subsistance ; , sais de plus que , quoique chacune des entrepris de culture ne puisse être regardée que comme ui très-petite manufacture , comme dans un grand pa; leur nombre est immense en comparaison de cel de toutes les autres fabriques , elle n'en compose p moins une très-grande portion de l'industrie et i la richesse nationales. Les grands détails dans le quels je viens d'entrer pour démêler le jeu de to les ressorts de Tiudustrie agricole prouvent ass tout rintérét que j'y attacbe; et certainement, bi< faire voir qu^une profession est en même tem ^rès- nécessaire et très -ingrate, c'est la meilleu
DE l'industrie COMMERÇANTE. 1^
wnère de prouver qu'il faut la favoriser. Mais 308 nVn sommes pas encore là ; il ne s^agit pour momeat que de coastater les faits , nous en tireos ensuite des conséquences ; et si la première de s opérations a été bien faite , la seconde ne sera B difficile. Bornons-nous donc à ces généralités r Tindustrie fabricaute, et parlons de l'industrie nmerçante.
D CBAKGBMEHT DE LIEU, OU DE L^IHDVSTBIE OOH-
MERCAVTE.
L'homme isolé fabriquerait jusqu'à un certain nt , car il travaillerait pour lui-même } mais il commercerait point , car avec qui aurait-il corn* rce ? Commerce et société sont une seule et même •e : aussi nous avons vu dans le chapitre premier i la société , dès son origine , n'est essentiellement un commerce continuel, qu'une série perpétuelle changes de tous genres , dont nous avons indiqué Idement les principaux avantages et les prodi- IX effets. Il y a donc commerce bien long-temp^ nt qu'il y ait des commerçans proprement dits, ix-ci sont des agens qui le facilitent , qui le serit, mais qui ne le constituent pas. On peut même e que les échanges qu'ils font en leur qualité de omcrçans ne sont que des échanges préparatoires j
l3o CHAPITRE T.
car rechange utile n^est oonaôiiuiié , U n^a pleineiDeBt atteint son but , que quand la mardiandiie est paaèe de celai qui l'a &briqaée à celui qui en a beiais, aoit pcmr la oansommery aott poor en faire le MJflt d'une nouYelle fid>ricatioa; et celni^à encore doit être regardé dans ce moment comme nn consommitenr. Le commerçant p ro p rement dit sHnterpose entre ces deux hommes ( le producteur et le consomnuk teur ) , mais ce n'est point pour leur nuire. U n'est ni parasite , ni incommode; an contraire, il facilite les relations, le commerce, la société, car encore une fois tout cela est une seule et même choie entre ce producteur et ce consommateur. Il est donc utile et par conséquent producteur aussi ; car nous ayons yu , chapitre second , que quiconque est utile est producteur , et qu'il n'y a pas d'autre manière de l'être. Il s'agit actuellement de faire voir comment le commerçant est producteur d'utilité; mais auparayant donnons encore quelques explications préparatoires , qui nous seryiront par la suite. Noos n'ayons faityoir, dans le chapitre premier, que les ayantages généraux de l'échange et ceux du oooimerce d'homme à homme; rendons sensibles ici ceux du commerce de canton à canton et de pays à pays , et , pour cet effet , prenons pour exemple la France , parce que c'est une contrée très-yaste et très-connue.
Supposons la nation française seule dans le monde, ou enyironnée de déserts impossibles à trayerser. Elle a des portions de. son territoire très-fertiles en grains; d'autres plus humides, qui ne sont bonnes
DE l'industrie COMMERÇANTE. l3l
qu'en pâturages; d'autres formées de coteaux arides, qoi ne sont propres qu'à la culture des yigues; d'autres enfin plus montagneuses, qui ne peuvent guère produire que des bois. Si chacun de ces pays est réduit à lui-même, qu'arriye-t-il ? Il est clair que Uns le pays à blé il peut encore subsister un peuple usez nombreux , parce que du moins il a le moyen le satisfaire largement au premier de tous les be- «ins , la nourriture. Cependant ce besoin n'est pas e seul ; il faut le vêtement , le couvert , etc. Ce )euple sera donc obligé de sacrifier en bois , en pâorages , en mauvaises vignes , beaucoup de ces xuDes terres , dont une bien moindre quantité aurait suffi pour lui procurer , par voie d'échange , ce pd lui manque , et dont le reste aurait encore Dourri beaucoup d'autres hommes , ou servi à mieux if^rovisionner ceux qui y existent. Ainsi ce peuple ne sera déjà pas si nombreux que s'il avait eu du commerce, et pourtant il manquera de bien des choses. Cela est encore bien plus vrai de celui qui babite les coteaux propres aux vignes. Celui-là , si même il en a l'industrie, ne fera du vin que pour son usage, n'ayant où le vendre; il s'épuisera dans des travaux ingrats pour faire produire à sea côtes arides quelques mauvais grains , ne sachant où en acheter ; il manquera de tout le reste. Sa population, quoique encore agricole, sera misérable et rare. Bans le pays de marais et de prairies, trop humide pour le blé, trop froid pour le riz, ce sera bien pis ; il faudra nécessairement renoncer à cultiver, se réduire à ^tre pasteur, et même ne
l32 CHAPITRE V.
nourrir d^aoimanx qu'autant qa'oo m peut manger. U est vrai que dans cette potitioa , ayant des béto de somme , de trait et de selle pour se rendre redoutable , on se fera bientôt brigand comme tons ki peuples pasteurs , mais ce sera un mal de plus. Poor le pays de bois , il n'y a de moyen d'y virre que It chasse, à mesure et autant qu'on y troure des animaux, sauvages, sans songer seulement à amasser leurs peaux; car qu'en ferait-on? Voilà pourtant l'état de la France , si vous supprimez toute correspondance entre ses parties. Une moitié sera sauTsge, ' et l'autre mal pourvue.
Supposons , au contraire , cette correspondance active et facile , quoique toujours sans relatioiis extérieures. Alors la production propre à chaque canton ne sera plus arrêtée par le défaut de déboncbéi et par la nécessité de se livrer , en dépit des localités, à des travaux très-ingrats, mais nécessaires, faute d'échanges , pour pourvoir par soi-même, tant bien que mal , à tons ses besoins , ou du moins aux plus pressans. Le pays de bonne terre produira du blé autant que possible , et en enverra au pays de vignobles, qui produira des vins tout autant qu'il trouvera à en vendre. Tons deux appixmsionneront le pays de pâturages , où les animaux se multiplieront à proportion du débit, et les hommes à proportion des moyens d'existence que leur procurera ce débit ; et ces trois pays réunis alimenteront , jusque dans les montagnes les plus âpres, des habitans industrieux qui leur fourniront des bois et des métaux. On multipliera les lins et les chanvres
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àànsle Nord, pour enroyer des toiles dans k Bfidi , qui maltipliera ses soieries et ses huiles poar les pijer. Les moindres avantages locaux seront mis à profit. Une commune tout en cailloux fournira des pierres à fusil à toutes les autres qui n^en ont pas, et ses habitans yiyront du produit de cette fournitore. Une autre tout en rochers enrerra des meules de moulins dans plusieurs provinces. Un petit pays de sable va produire de la garance pour toutes les teintures. Quelques champs d^une certaine argile doonercmt de la terre pour toutes les poteries. Les habitans des c6tes ne içettront point de bornes à leurs pèches , pouvant envoyer dans l'intérieur leurs poissons salés ; il en sera de même du sel marin, des alkalis des plantes maritimes , des gommes des arbres résineux. On verra naître partout de nouvelles industries , non-seulement par l'échange des marchandises , mais encore par la communication des lumières ; car si nul pays ne produit tout , nul n'invente tout. Quand on communique , ce qui est connu dans un endroit l'est partout ; il est bien plus tôt fait d'apprendre ou même de perfectionner que d'inventer. D'ailleurs c'est le commerce lui-même qui inspire l'envie d'inventer ; c'est même sa grande étendue qui seule rend possibles bien des industries. Cependant ces nouveaux arts occupent une foule d'hommes qui ne vivent de leur travail que parce que celui de leurs voisins , étant devenu plus fructueux , peut suffire à les payer. Voilà donc cette même France tout à l'heure si indigente et si déserte , remplie d'une population nombreuse et bien
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approvisionnée. Tout cela est uniquement dû au meilleur emploi des avantages de diaque localité et des fiicultës de chaque individu , sans qu'il soit nécessaire que la nation française ait ikit le moindre profit aux dépens d'aucune autre nation , sans même que cela soit possible , puisque dans l'hypothèse elle est supposée seule au monde. Noos verrons ailleurs ce que l'on doit penser de ces prétendus profits qu'un peuple fait aux dépens d'un autre , et comment on doit les apprécier; mais nous pouvons affirmer d'avance qu'ils sont illusoires ou bien bibles, et que la véritable utilité du commerce extérieur, celle en comparaison de laquelle toutes les autres ne sont rien , c'est d'établir entre les différentes nations les mêmes relations que le commerce intérieur établit entre les différentes parties de la même, de les constituer pour ainsi dire en état de société entre elles , d'agrandir ainsi l'étendue du marché pour toutes , et par là d'accroître encore les avantages du commerce intérieur de chacune.
Ce commerce sans doute peut exister et existe jusqu'à un certain point, avant qu'il y ait des commerçans proprement dits , c'est-à-dire des hommes faisant leur état unique de servir le commerce ; mais il ne saurait prendre un grand dévelc^pement sans leur secours. Dès qu'un homme a fabriqué ou possède quelque chose d'utile , il peut à la rigueur l'é- (^umger lui-même, et sans intermédiaire, contre une autre chose utile que possède un autre homme f mais cela n'est souvent ni aisé ni commode. Cet autre homme peut n'avoir pas envie de vendre quand
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on a envie d'acheter ; il peut De vouloir vendre que l)eancoup à la fois ^ il peut ne pas se soucier de ce qu'on a à lui offrir en échange ; il peut être trèséloigné ; on peut même ignorer qu'il a ce que Voa désire. Enfin , dans le cours de la vie , on a besoin d'une multitude presque infinie de choses différentes. S'il fallait tirer directement chacune d'elles de son producteur immédiat, on passerait tout son temps en courses et même en voyages lointains , dont les inconvéniens surpasseraient de beaucoup l'utilité des choses qui en seraient l'objet ; il faudrait donc s'en passer.
Le commerçant vient ; il tire de tous les pays les choses qui y surabondent , et il y porte celles qui y manquent ; il est toujours prêt à acheter quand on veut vendre , et à vendre quand on veut acheter ; il garde ses marchandises jusqu'à l'instant du besoin; il les détaille s'il le faut ; enfin il eu débarrasse le producteur qui en est encombré ; il les met à la portée du consommateur qui les désire , et toutes les relations sont devenues faciles et commodes . Qu'at-il fait cependant ? En sa qualité de commerçant , il n'a opéré aucun changement de forme ; mais il a opéré des changemens de lieu, et une grande utilité est produite. En effet , puisque les valeurs sont la mesure du degré d'utilité (voyez le chap. III) , il est manifeste qu'une chose portée de l'endroit où elle est à vil prix , et arrivée dans celui où elle se vend cher , a acquis par le transport un degré d'utilité qu'elle n'avait pas.
Je sais que cette explication est si simple , qu'elle
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semble niaise , et qae toat ceci parmit écrit pour enfans , car des hommes ne sont pas supposés igno' rer des laits si oommans et des rérités si tnrîaltf* Cependant ces rérités tnTiales en dénoatrent «ne antre très-oontestée : c^est que qoioaiiqae pradait de Futilité est prodiAîtenr , et que le ooonncrçsiit Test tout comme ceux à qui on a Tooln donner exclusivement ce titre. Maintenant, cherdions quelle est pour lui la récompense de Futilité qu^ a produite.
Si nous examinons Pindustrie oommerçante , elle nous offre les mêmes aspects qae l^indostrie fabricante. Là aussi il y a théorie , application et exécution ; et par conséquent trois espèces de travailleurs, le savant, Fentrepreneur et Fonvrier. Là encore il est vrai que ceux dont le travail «^applique aux choses les plus nécessaires sont inévitablement les plus mal récompensés ; mais ce n^est pas comme dans les entreprises d^agricnlture : Fentrepreneur peut augmenter indéfiniment ses spéculations autant que le permet le débit , et compenser ainsi la modicité des bénéfices par Fétendue des affaires. De là vient le proverbe qu^il n'y a point de petit commerce dans une grande ville. Le chef d'une entreprise de commerce salarie aussi tous ceux qu'il emploie ; c'est lui qui fait toutes les avances , et il est récompensé de ses peines , de ses frais et de ses risques, par Faugmentaticm de valeur que son travail a donnée aux choses , augmentation qui fait que ses ventes surpassent ses achats i il est vrai que , comme Feutr^reneur de fabrique ,
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? il perd au liea de gagner, si, s'étant trompé dans ses spéculations , son travail est infructueux ; comme lui eucore , il travaille tantôt sur ses propres fonda , tantôt fiur ceux qu^il loue ; enfin la parité est complète : c'est ce qui me dispense d'entrer dans plus de détails. U ne s'agit pas encore de discuter les (piestions délicates , ni d'apprécier le mérite de certaines combinaisons compliquées. Il suffit jusqu'à présent de voir d'un coup d'œil général la marche de la société et le train des affaires. Si nous nous en sommes fait une idée juste, nous verrons bientôt que des choses que l'on croit très-savantes ne sont qu'embrouillées par les préjugés et le charlatanisme , et que le plus gros bon sens suffit souvent pour résoudre des difficultés qui paraissent bien embarrassantes quand on n'est pas remonté aux principes. Pour achever de poser nos bases , disons un mot de la monnaie.
DE LÀ MOSHAIE.
Vâi déjà parlé du développement de l'iiadustrie , et même de celui du commerce , et je n'ai pas dit un mot de la monnaie. C'est qu'en effet elle n'est pas plus indispensable au commerce que les commerçans ; ils en sont les agens , elle en est l'instru-
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ment ; mais il peut euster et il existe jusqa^à un certain point ayant et sani ces deux aeconn, quoi* qu'ils lui soient très-utiles.
Nous avons vu dans le paragraphe lEL de Flntio* duction, et dans le chantre III , qui traite des «0leurs, que toutes les choses utiles ont une valeiir déterminée; elles en ont même deux, mais dans oe moment je ne parle que de la valeur oonventioBnelle ou du prix vénal. Toutes ces valeurs se mesurant les unes par les autres. Quand , pour se procurer une chose quelconque , on est disposé à dooner une quantité double d'une autre chose quelle qu'elle soit , il est évident que la première est deux fois plus prisée que la seconde. Ainsi le rapport de lenr valeur est fixé, et Pou peut échanger et négocier ces deux choses sur ce pied, sans avoir reooan à une matière intermédiaire. On peut donner du fiin pour du blé , du blé pour du bois , un charroi de terre à pots ou à briques pour quelques assiettes ou quelques tuiles , et ainsi de suite. Mais il est évident que cela est très-incommode , que cela entrahie des déplacemens si pénibles , qu'ils rendent impossibles la plupart des affaires ; que beaucoup de ces marchandises ne sont pas divisibles de manière à bien correspondre avec les autres ; que beaucoup d'enfare elles ne sauraient se conserver indéfiniment jusqu'à Tinstant où on en peut trouver l'emploi, et que, les eût-on conservées , on est encore bien embarrassé s'il se trouve , comme cela doit arriver continuellement, que celle que l'on a n'est pas précisément celle qui convient à celui qui possède celle que l'on
DE LA MONITAIE. iSg
désire , ou s'il n'en veut qu'une très-petite quantité ^oand TOUS ayez besoin d'une très-grande de la sienne. Au milieu de toutes ces difficultés, le commerce doit donc être extrêmement languissant , et l'industrie aussi par conséquent. Il est bon de s'appesantir un peu sur ces inconyéniens , car nous sommes toujours peu frappés de ceux que nous n'ayons jamais éprouyés; nous ne les imaginons seulement pas. N'ayant jamais yu un tel ordre de choses , nous n'en aycms aucune idée yiye ; il nous parait presque chimérique. Cependant il a existé , et yraisemblablement très -long- temps , ayant celui dont nous nous plaignons encore , et même ayec raison , quoiqu'il soit beaucoup meilleur.
Heureusement , parmi toutes les choses utiles , il y en a une qui se distingue , ce sont les métaux précieux. Us sont une marchandise comme une autre, en ce qu'ils ont la yaleur nécessaire qui résulte du trayail qu'a coûté leur extraction et leur transport , et la yaleur yénale que leur donne la possibilité d'en faire des yases et des omemeus ou diyers meubles et diyers instrumens ; mais ils ont de plus la propriété d'être facilement affinés , de manière que l'on sait très-exactement la quantité que l'on en a , et que toutes leurs parties sont similaires , ce qui les rend très -comparables et ne laisse pas la crainte qu'elles soient de différentes qualités. Eu outre ils sont inaltérables et susceptibles d'être diyisée eu portions aussi grandes et aussi petites que Ton yeut ; enfin ils sont faciles à transporter. Ces qualités doiyent faire que tout le monde préfère ces