‹ Étemens d'idéologieChapitre 9 sur 34 · DE LA PRODUCTION · texte numérisé non relu

DE LA PRODUCTION

02 U FOEMATlOir DB VOS RICHBSSBS , OU DB LA PRO- DUCTION D'unuré.

Il est si vrai qu'on ne peut faire auoan nûsoaneinent juste tant que le sens des mots n'est pas bien déterminé y que c'est une chose très-importante en économie politique de sayoir ce que l'on doit entendre par le mot production, dans le langage de cette science. Cette question, qui en elle-même n'est pas sans difficulté, a encore été très-embrouii-* Me par Tesprit de système et les préyentions. Elle a été traitée par beaucoup d'hommes habiles , à la tête desquels on doit placer Tui^ot et Smith. Mais, soirant me» , personne n'y a répandu plus de lumières que M. Say, l'auteur du meilleur liyre que je connaisse sur ces matières (i).

Tontes les opérations de la nature et de l'art se réduisent à des transmutations, à des changemens déformes et de lieux.

Non-eeulement nous ne créons jamais rien , mais il nons est même impossible de conceroir ce que c'est que créer ou anéantir, si nous entendons rigoureusement par ces mots y faire quelque chose de

(i) Obierrons cependant que l'antear ne cite ici quel» première Milioa de l'oaTiage de M. Say , celai-ci éunt écrit ioag'teape avant la publication de la seconde , qui a encore tef a des améliorations très-importantes. (Note de rÉditenr. >

rien , <m réduire quelque chose à rien / car nous n'avons jamais vu un être quelconque sortir du néant ni y rentrer. De là cet axiome admis par toute Tantiquité : rien ne vient de rien*, et ne peut redevenir rien» Que faisons-nous donc par notre travail, par notre action sur tous les êtres qui nous entourent? Jamais rien qu'opérer dans ces êtres des chaiigemens de forme ou de lieu qui les approprient à notre usage , qui les rendent utiles à la satis&ctioB de nos besoins. Voilà ce que nous devons efttendM par produire : c'est donner aux choses une utilité qu'elles n'avaient pas. Quel que soit notre travail, s'il n'en résulte point d'utilité, il est infructueux; s^ en résulte , il est productif.

Il semble d'abord, et beaucoup de personnes le croient encore , qu'il y a une production plus réelle dans le travail qui a pour objet de se procurer les matières premières , que dans celui qui consiste à les façonner ou à les transporter; mais c'est une illusion. Lorsque je mets quelques graines en contact avec l'air, l'eau, la terre et différens engrais , de manière que du concours et des combinaisons de ces élémens il résulte du blé, du chanvre, du tabac , il n'y a pas plus de création opérée que quand je vais prendre le grain de ce blé pour le convertir en farine et en pain; les filameos de ce chanvre, pour en fidre successivement du fil, de la toile et des vêtemens; et les feuilles de ce tabac, pour les préparer de façon à pouvoir les' fumer , les mâcher ou les prendre par le nez. Dans l'un et l'autre cas il y a production d'utilité , car tous ces travaux

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kment néoeMaires pour rempUr le bat dé- Mitiifiiction de quelques- mu de nof be-

me qui tire du fond de la mer des poÛMot , plus créateur que ceux qui les font sécher , qui en tirent l'huile , les œufii « etc., etc., (l'apportent tous ces produits. U en est de celui qui fouille la mine , à l'égard de ceux èrtissent le minerai en métal , et le métal en en meubles , et qui apportent ces instmna. qui en ont besoin. Chacun d'eux ajoute té nouvelle à l'utilité déjÀ produite ; par Dt chacun d'eux est également produc-

tudient également les lois qui régissent les êtres , pour les faire tourner à leur profit, ploient y pour produire l'effet qu'ils désiforoes diimiques et mécaniques de la sui- [ue nous appelons ba force végétative n'est ) autre nature ; ce n'est qu'une série d*at.

êlectires , de yéritables affinités chimiques , doute nous ne connaissons pas dans toutes onstances , mais que nous savons pourtant par nos travaux, et diriger de manière ons deviennent utiles, que à tort que l'on a fait de l'industrie agii- Dhose essentiellement différente de toutes branches de l'industrie humaine , et dans action de la nature intervens&t d'une m»iculière. Aussi a-t-on toujours été bien é pour savoir précisément ce que Ton de-

' yait entendre par Pindustrie agricole , prise dans ce sens. On y a compris la pèche et la chasse ; mais pourquoi n'y pas comprendre aussi Pindustrie des pâtres nomades ? Y a-t-il une si grande différence entre élever des animaux pour s'en nourrir , et les tuer on les prendre tout élevés pour s'en nourrir de même? Si celui qui retire du sel de Peau de la mer , en Pexposant à Paction des rayons du soleil , est un producteur , pourqum celui qui retire ce

- même sel de Peau d'une fontaine, par le moyen de Paction du feu , et de celle du vent dans des bâtimens de graduation , ne serait-il pas un producteur aussi? £t cependant quelle différence spécifique y a-t-il entre sa manufacture et toutes celles qui donnent d'autres produits chimiques? Si l'on range dans cette même classe productrice celui qui retire de la terre le minerai , pourquoi n'y pas comprendre aussi celui qui retire de ce minerai le métal ? Si l'un produit le minerai , l'autre produit le métal y. et cependant où s'arrêter , dans les- différentes transformations que subit cette matière , jusqu'à ce qu'elle devienne un meuble ou un bijou ? à quel degré de ces travaux successifs peut-on dire : Là on cesse de produire , et on ne feit plus que façonner? On en peut dire autant de ceux qui vont chercher du bois dans une forêt , on de la tourbe dans un pré , ou qui ramassent sur les bords de la mer ou des rivières les choses utiles que les eaux y ont déposées. Sont-ils des agriculteurs , des iabricans , ou des voiturien? et s'ils sont tout cela à la fois , pourquoi sont-ils plus producteurs sous une de ces dénominations que sous

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les deux autres? Enfin, pour n« parler qae de la cnJtiire proprement dite, je demande qoe Ton d^ termine précisément quel est le yéritable pradactcar, l'agricoltear par excellence, de celui qui lèDie ou de celui qui récolte , de celui qui laboure oa de celui qui fait les clôtures nécessaires , de ce* loi qui ccmdoit les fumiers dans le champ ou de oe- In qui j mène les troupeaux qui y parquent, etc.? Pour moi , je déclare que je yois là tout autant d'eu» TTÎers différens , qui concourent à une même labn* oitûm. Je m'arrête , parce que Pou pourrait fiûre aux purtisans de l'opinion que je combats mille quee* tkna tout aussi insolubles que celles-ci danM leur lyatème. Quand on part d'un prindpe fiiux , les di^ fieultée naissent en foule, Peat-étre est-ce là une des grandes causes du langage obscur , embarrassé et peeaqoe mystérieux que l'on remarque dans les écrite das ancifflis économistes. Lorsque les idées œ soiit piB iiettes , il est impossible que les expreimeaf soient claires.

Le Trai est tout uniment que tons nos trayanx utt* les sont productifo , et que ceux relatifii à ragricolture le sont comme les autres, de la même manièft que lies autres , par les mêmes rajaons que les au* très , et n'ont eu cela rien de particulier. Une ferme est une yéritable manufiicture ; tout s'y opère de même , par les mêmes principes et pour le même but. Un cbamp est un yéritable outil , ou , si Tou yeut , un amas de matières premières , que l'on peut prendre s'il n'appartient à personne, et qu'il faut acheter , ou louer , ou emprunter , s'il a d^ on

mattre. Il ne change point de nature , soit que je l'emploie à faire fhictifier des graines, on à y étendre des tcnles pour blanchir , on à toat autre oMge. Dans tous les cas , c'est un instrument nécessaire pour un effet qu'on yent produire , comme un fourneau, ou un marteau, ou un vaisseau. La seule différence de cet instrument à tout autre, c'est que , pour s^en servir , comme il ne peut pas se déplacer , il faut l'aller trouver , au lieu de le faire venir à soi.

Encore une fois , l'industrie agricole est une branche de l'industrie manufacturière , qui n'a aucun caractère spécifique qui la sépare de toutes les autres. Yeut-on généraliser tellement ce terme, qu'il s'étende à tous les travaux qui ont pour objet de se procurer les matières premières ? alors il est certain que l'industrie, agricole est la première en date et la plus nécessaire de toutes ; car il faut s'être procuré une chose avant de l'adapter à son usage fjnais elle n'est pas pour cela exclusivement productive ; car la plupart de ses produits ont encore besoin d'être travaillés pour nous devenir utiles ; et d'ailleurs il faut alors comprendre dans l'industrie agricole non-seulem^t celle des chasseurs , des pécheurs , des pasteurs , des mineurs , etc., mais encore celle du sauvage le plus brut , et même celle de toutes les bêtes qui vivent des productions spcmtanées de la terre , puisque ce sont des matières premières que ces créatures-là se procurent ; à la vérité elles les consomment tout de suite, mais cela ne change pas la thèse. Certainement ce sont là de sin-

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