I.jO CUAPITRE VI
métaux à toute autre chose utile , toutes Les fois que Toii ne yeut que conserver la yalear qoe Vaa. possède pendant un temps indéfini, joaqu'ao monoU du besoin ; car toute personne qui a mie HiaidbiBdise sujette à s^ayarier , dont la qualité peut être incertaine ou yariable , qui est d'un grand enoombrement , ou peu susceptible d'être détaillée dans Toccasion , est naturellement disposée à l'échange contre une autre qui n'a aucun de ces inconyénieos* De cette disposition générale il doit nécessairement résulter que cette marchandise qui a tant d'aTsatages pour cela devient petit à petit la mesoie cooimune de toutes les autres. C'est aussi ce qui est arrivé partout. Cela parait singulier quand on ne sait pas pourquoi , et inévitable quand on en voit les causes. Il en est de même dans tous les genres. Dès qu^une chose est , soyez sûr qu'il y a des raisons victorieuses pour qu^elle soit, ce qui ne veut pourtant pas dire qu'on ne puisse pas par la suite découvrir des raisons plus fortes pour qu'elle ne soit plus. Mais ici ce n'est pas le cas. Les métaux précieux., une fois devenus mesure commune et générale, type universel de tous les échanges, acquièrent encore un avantage qu'ils n'avaient pas auparavant; c'est d'abord d'avoir une valeur vénale plus forte, puisqu'ils acquièrent un nouveau genre d'utilité (mais cela ne ferait rien pour l'objet qui nous occupe) ; c'est ensuite que leur valeur vénale, leur prix , devient plus constant que celui d'aucune autre marchandise. Étant constamment demandés en tous lieux et en toute occasion, ils ne sont pas sujets
D£ LA MONNAIE. l4l
aux variations qu'éprouve une chose tantôt recherchée , tantôt repoussée. D'ailleurs ils ne dépendent point de l'inconstance des saisons, et très -peu de œlle des événemens; leur quantité totale ne change que par des causes lentes et rares; ils sont donc chaque jour plus confirmés dans leur possession d'être la mesure commune àe8 échanges. Cependant ils ne sont pas encore monnaie ; on ne les transmet encore qu'eu barres ou en lingots , et' à chaque changement de main il fiiut les essayer et les peser : c'est un embarras.
Quand la société est un peu plus perfectionnée , l'autorité compétente intervient pour donner à œ moyen d'échanges un degré de commodité de plus. Elle partage ces métaux en portions adaptées aux usages les plus ordinaires ; elle leur imprime une marque qui en constate le poids total , et dans ce poids la quantité de matière étrangère qu'il a été convenable d'y laisser pour la facilité de la fabrication , mais qnHl ne faut pas compter pour valeur réelle. C'est ce que l'on affile le poids et le titre. Dans cet état les métaux sont devenus complètement mminaie , et l'auturité a fait un bien en leur donnant ce caractère. Nous verrons par la suite qu'elle n'a fait que trop souvent du mal par d'antres actes de sa puissance dans oe genre.
Cette courte explication de la nature de la moa^ naie nous montre d'abord qu'il ne peut y avoir qu'un métal qui soit réellement monnaie , c'est-à-dire à la valeur duquel on rapporte toutes les autres valeurs ; car dans tout calcul il ne peut y afoir qu'une
142 CHAPITIE YL '
espèce d'imité qm serre de baie. Ce nétel, c'eitFai- î^ . gent , parce qae c'eit celui qui ee piéte le nneuti p plus grand nombre des sabdiriMonedoBtcnabemB Ve dans les échanges : Tor est trop lare, les autres né- ^ taux sont trop communs. ' •
L'or cependant yient secomir Pargent pour lepâe- ' ment des sommes les plus finies , comme le feniat a les pierres précieuses si elles étaient dtrinbleB saai perdre de leur valeur. Mais ce n'est que snbsîdiairement qu'on s'en sert , ce n'est qu'en rapportant U ?■ valeur de l'or à celle de l'argent. La p roportion, ea Europe, est à peu près de quînxe on seiieàan; mais elle varie comme toutes les autres proportioof de valeurs , suivant les demandes. A la Chine , elle est ordinairement de douze on treize à un , tandis que , dans l'Indoustan , au contraire , elle est, diton , environ de dix-huit ou vingt à un ; ce qui fiât qu'il y a du profit à porter de l'argent à la Qûiie , parce que pour douze onces d'argent vous avez une once d'or , qui , de retour en Europe , vaut qninie ouces d'argent , et ainsi vous en avez gagné troîs ; et au contraire , il y a profit à porter de l'or dans llndoustan, parce que pour ime once d'or vous y en avex dix-huit d'argent , et ainsi vous avez encore gagné trois onces de ce dernier métal. Les autorités politiques peuvent bien cependant firapper de la monnaie d'or, et en fixer la proportion avec celle de l'argent, c'est-à-dire statuer que toutes les fois qu'il n'y aura pas de stipulations contraires , on recevra indifféremment une once d'or ou quinze ou seize onoes d'argent. C'est comme elles^étabUssent que dans les ac-
DE LA MONNAIE. l43
UoDs judiciaires , quand il y a des sommes qui doivent porter on intérêt qui n'a pas pu être stipulé par les parties , cet intérêt sera de tant pour cent. Mais elles ne peuvent on du moins ne doivent pas plus empêcher les particuliers de régler entre eux la quantité d'or qu'ils veulent donner ou recevoir pour une certaine quantité d'argent, que de déterminer de gré à gié le taux de l'intérêt de la somme qu'ils prêtent ou qu'ils empruntent. Aussi c'est ainsi que ces deux thoaea se font toujours dans les grandes opérations du commerce, même en dépit de toute loi contrure , parce que sans cela les affaires ne se feraient pis.
Quant à la monnaie de cuivre ou de billon (i) partout oà il y en a une d'argent , ce n'est point une véritable monnaie, c'en est une fausse. Si elle contenait la quantité de cuivre suffisante pour qu'elle val&t réellement la quantité d'argent à laquelle on l'a fût oorrespondre , elle serait cinq ou six fois plus pesante qu'elle n'est , ce qui la rendrait fort incommode. EJicore cette proportion varierait -elle comme celle de l'or, et plus fréquemment , à cause des usages multipliés auxquels on emploie le cuivre. Ainsi la monnaie de cuivre ne vaut que la quantité d'argont qu'on est convenu de donner en troc. Aussi elle ne doit servir que pour faciliter de petits appoints dans lesquels cette exagération de valeur est de nulle importance , parce que le moment d'après cm la donne lur le même pied en lui faisant remplir la même fimc-
(i) Le billon est un mélange de beaacoap de euÎTre et de si peu l'argent , qae rextraction n'en vaudrait pas les frais.
l44 CHAPITRE VI.
tion. Mais quand on autoriae , comme cela est arrivé ^elqaefois , à payer de grosses sommes en monnaie de enivre , c^est fortement léser celui qui la leçoiti parce qu'il ne peut jamaia trouver de gréa fré à réaliser ces grandes masses en argent poar leur valeur nominale, mais seulement pour leur valeur rédle, qui est cinq ou six fois moindre. Concluons doDc qu'il ne peut jamais y avoir qu'un seul métal qii soit le terme oonmiun de comparaison auquel on rapporte toutes les valeurs , et que ce métal c'eit l'argent.
Puisque l'utilité de Tempreinte qui fait d'un morceau de métal une pièce de monnaie est d'ooi constater le titre et le poids , on voit encore qu'il était M superflu d'inventer, pour faire nos comptes, ées monnaies imaginaires , telles que livres ^ sous et deniers , et autres de ce genre, que pourtant on appelle monnaies de compte (i). Il aurait été beauconp plus clair de dire une pièce d'une once, d'une demionce , d'un gros , d'un grain d'argent , qu'une pièce de six livres , de trois livres , de douae sous ou de quinze sous. On aurait toujours su de quelle quantité d'argent on voulait parler. Cette idée se présente si naturellement , que je suis porté à croire qu'elle aurait prévalu si toutes les monnaies eussent été au même titre. Mais comme leur degré de pureté a toajours été très-différent , on a peut-être voulu se ménager un moyen d'exprimer que telle onoe d'argent vaut un sixième de plus que telle autre , en disant
(i) Plosienn de ces dénominations ont été originairement des noms de monnaies réelles, comme loais, écus et dacats.
que l'une yaut six livres et Fautre cinq. Peut-être aussi l'expression dont je parle a-t-elle été rejetée précisément parce qu'elle était trop claire ; car ceux qui se sont mêlés de ces matières ont toujours voulu qu'on n'y entendît rien , et ils ont eu leurs bonnes raisons pour cela : nous en verrons bien des preuves. Quoi qu'il en soit , une fois que ces dénominatkms arbitraires sont admises et qu'on s'en est servi dans toutes les obligations contractées, il faut bien se garder d'y rien changer ; car quand j'ai reçu trente mille livres et que j'ai promis de les rendre dans tel temps , si dans l'intervalle le gouvernement vient à dire que la quantité d'ai^ent qu'on appelait trois livres s'appellera six , ou , ce qui est la même chose y s'il fait des écus de six livres qui ne contiennent pas plus d'argent que n'en contenaient les écus de trois , moi qui paie avec (es nouveaux écus , je ne rends réellement que la moitié de l'argent que j'ai reçu. Cest aussi la facilité que le législateur obéré veut se donner vis-à-vis de ses nombreux créanciers, et c'est pour la voiler et la déguiser qu'il me la donne yis-à-vis des miêus et vis-à-vis de lui-même , si par hasard je suis son débiteur. 11 est vrai qu'il sait bien qu'il n'en a guère ; mais cela a un air de généralité et de réciprocité qui ressemble à l'équité et qui éblouit. Malgré ces prestiges , tranchons le mot, c'est là permettre à tout le monde de voler pour pouvoir voler soi-même ; et c'est , il faut l'avouer, ce que presque tous les gouvememens ont fait si souvent , avec tant d'audace et si peu de mesure , que , par exemple , ce que l'on appelle actuel-
l46 CBJPITBE TV
lement en Ffanee vne Urre , et qui élût léeUcmat autrefois ane lÎTre cLTirgent de douve cnoet , eo al à peine la qoatri^Tingt-iuiièiBe partie avjoardiim qne le marc Tant eiiiqiiaiite*qvatie lÎTrcs. Donc à différente! fou on a Tolé les qnalre-TÎBgtB qwBtrevingt-nnièmes de oe que l'on derait ; et sHl eiiste pnoore one rente perpétuelle d'one iti^re cooititiiée dans ces temps anciens pour vingt Hwres rcçuei, en Tacquitte aujourdliui avec la qnatre-Tingt-uniénie partie de ce qu'on a promis originairement et de oe qu'on doit loyalement. Si actuellement il ne subsiste plns^ère de'ces rentes, c'est qu'elles ont toutes été successivement remboursées de la même manière qu'on en sert aujourd'hui les intérêts. Ce qu'il 7 a de plus afTreux dans une telle iniquité légale, c^est que ce n'est pas seulement permettre l'injustice) c'est l'ordonner, c'est y contraindre; car à mcios de' circonstances rares , le particulier le plus probe est obligé de proGter de l'odieuse faculté qu'on loi donne , puisque , tout le monde en usant Tis-à-vis de lui , il serait bientôt ruiné et même insolvable. Aini<i il n^a que le choix entre deux banqueroutes, et il doit se décider pour celle que la loi autorise.
Nous ne suivrons pas plus loin les eflets moraux do pareilles lois ; ce n'est pas ici le lieu , et d'ailleurs ils sont assez sensibles. Quanta leurs effets économiques , les voici. Premièrement , tous les créanciers que l'on rembourse sont subitement appauvris, et tous les débiteurs , y compris le gouvernement, sont i*nrirhis de leurs perles. Ainsi c'est une levée ezt raordinaircd'argcnt sur une seule classe de citoyens 1
DE LA MONNAIE. l^'J
iagoelle est même très-inégalement répartie entre eu/, et est augmentée encore inutilement de toute Il portion dont pro6tent d^autres citojeus qui se trouvent dans une position semblable à celle du gouvernement , de qui les intérêts apparens sont le motif de la mesure.
Secondement, tous les créanciers à qui on ne i^mbourse pas actuellement leurs capitaux sont appiuTris de même, parce qu'on leur en dessert la iCDtB avec la même valeur nominale , mais avec une Taleor réelle moindre. Ici la thèse change pour le gouvernement. H est du nombre de ces créanciers fivslrés pour tout ce qu'il reçoit d'impôts annuels ; car on les lui paie avec la même quantité de monnaie , mais avec moitié moins d'argent effectif, s'il a diminué de moitié la valeur de cette monnaie. A la vérité , comme il a la force en main , il double bientôt les impôts existans , et par là il se croit au )tir , et avoir en pur gain ce qu'il a évité de payer. Gïpendant il n'en est pas ainsi ; car le troisième Set de cette opération est de faire craindre qu'à )at moment elle ne recommence , et qu'on ne puisse lus s'assurer sur la foi jurée; de jeter par làdel'inuiétnde dans toutes les relations ; et , par suite , de iminuer considérablement toutes les spéculations idnstrielles et commerciales. Ain^ le public souf- «, la richesse nationale est diminuée, et une grande artie des impôts tombe eu non-valeur ; car le tra* ail qui les pa jait est diminué , et qui ne gagne rien e peut rien donner. De plus , le gouvernement a oujours besoin qu'on lui fasse beaucoup de four-
l48 CHAPITRE VL
nitores et d'avances qu'il ne oranit adger de fixce Lesjirix en sont doublés ^ si la yalear de la moufti est diminuée de moitié. Gela est tout simple. Mii en outre , tout est devenu cher et rare; et y de plost pour se déterminer à traiter avec lui, on loi fiit payer encore la crainte qu'il ne manque de fck uns seconde fois. Ainsi ses dépenses sont augmentées dans une plus grande proportion que tes revenaf , même après qu^il a doublé les impôts.
En dernier résultat , il a fiiit un vol qui a oaiié beaucoup plus de mal qu'il ne lui a produit de bien. Cest pourtant là ce qui a été long- temps regndé très -généralement comme une savante opération de finances. Cest bien ici le lieu d'admirer comme les hommes sont dupes des mots. A la honte de l'esprit humain , il eût peut-être suffi , pour les garantir d'une telle illusion, que les pièces de monnaie euisent été, comme nous Favons dit, désignées seulement par leur poids, au lieu de porter des noms insignifians. Il est vraisemblable qu'alors on eût va qu'uDc demi-once ne peut jamais devenir une ooœ.
Cependant, en vérité , c^la devient douteux, qusnd on voit des prestiges aussi grossiers et plus funestes que ceux-ci réussir encore auprès de bien des gens, ou du moins n'être qu'imparfaitement démêlés. Cette réflexion nous amène directement aux papiers-monnaie dont l'Europe est inondée au moment où nous parlons ( en 1810 ), et auxquels on a toujours recours , malgré Texpérience constante de leurs effets inévitables.
Pour défendre une injustice, il faut toujours
DE hA MONNAIE. l^Q
er sur ane erreur : c^est une règle univerleux qui ont tooIu frustrer leurs créanciers artie de l'argent qu'ils leur devaient , en diit la quantité d'argent contenue dans les es ayec lesquelles il comptaient les pajer , 18 prétendu que l'argent n'a aucune valeur .même, vu qu'on ne le boit ni ne le mange ; ist que le signe des valeurs réelles ; que c'est in te du monarque qui lui donne cette quasigne, et qu'ainsi il est indifférent qu'elle »liquée sur une plus ou moins grande quanmétal. On aurait pu leur répondre : Si l'ar-
aucune valeur , pourquoi donc retenez- vous ne vous devez? vous n'en avez que fiôre.
-nous-le d'abord; puis vous mettrez votre ite sur des morceaux, de bois , si vous vouroaa verrez l'effet qu'elle fera. Il ne semble U fallût être bien babile pour trouver cette
accablante; cependant elle n'a point été arce qu'il n'était pas aussi aisé de prouver lent que l'argent, comme toutes les choses A une valeur propre et nécessaire ; même , démontrer invinciblement , il fallait remonune nous avcms fait , et comme peut-être ou imais fait , jusqu'à la cause première et unitoute valeur , le travail.
balourdise ( il faut bien appeler les choses
nom}, que l'argent n'est que signe, s'est itenue , et on la répète encore tous les jours, krivains ne donnent pas d'autre nom à Tardes gens qui se croient des historiens et des
l5o CHAPITRE VI.
politiques Yoas rendent compte grayement da système de Law , et le discatent à perte de vue, moi 8*aperceYoir , après cent ans de réfleziona , que e^tà uniquement lA-dessus quHl était fondé , et que toit le reste ne consiste que dans des accessoires iiaaginés pour masquer ce fonds (i). Le beau principe dont il s^agit n'est donc ni abandonné ni proscrit Si Ton ne s'en prévaut plus guère pour altérer Isi monnaies, ce n'est pas que l'on en ait honte, c'eit qu'on a trouvé le moyen d'en faire une applicatiai plus complète. Car enfin dans la plus fausse monnaie il reste toujours un peu d'argent. Dans ce qu'on y substitue actuellement il n'y en a pas du tout, c'est encore mieux. On n'a pas suivi le conseil que nous donnions tout à l'heure , de mettre l'empreinte du prince sur des morceaux de bois. On la met sur du papier , cela revient au même. Les relations multipliées de la société perfectionnée ont suggéré cette idée , et servent encore à masquer la fraude. Expliquons ceci.
Le papier, comme toute autre chose, n'a de valeur nécessaire que ce qu'il en coûte pour le fabriquer, et n'a de valeur vénale que son prix dans la boutique comme papier. Quand je tiens un billet , une obligation quelconque d'un homme solvable, de me payer à vue cent onces d'argent, ce papier n'a que la valeur réelle d'une feuille de papier. 11 n'a point celle de cent onces d'argent qu'il me pro-
(i) C*Mt ce qui fait que Law lai-méme , quand rabbéTerraaaen lai proposa de rembonner la religion catholique «Tec aon papiett lai répondit : a Le clergé romtin n*eat paa fi béte. d
DE LA MONNAIE. l3l
l'est pour mpi que le signe que jc^ receyrai onces d^argent quand je youdrai. A la vérité , e signe est d^une certitude indubitable, je oint inquiet de le réaliser. ïe pourrai même, sndre cette peine , le passer de gré à gré à re personne qui sera aussi tranquille que qui même aimera mieux le signe que la unifiée , parce qu'il est moins lourd et plus rtable. Nous n'ayons réellement encore ni l'autre aucune yalenr(je compte pour rien i la feuille de papier ); mais nous sommes krs d'en avoir quand nous voudrons , que mmes sûrs , avec de l'argent, d'avoir à dîner nous aurons faim : c^est ce qui nous £ût,dire deux que ce papier est la même chose que ;ent. Cependant cela u^est pas exact , car le ae fait que promettre , et l'argent seul vaut •même.
int de cette équivoque , le gouvernement qui dit : Vous convenez tous que le papier omme riche vaut de l'argent. Le mien, à lus forte raison , doit avoir la même procar je suis plus riche qu'aucun particulier, plus vous avouez que c'est mon empreinte [ui donne à l'argent la qualité de signe de les valeurs. Ma signature communique à ce la même vertu : ainsi il est à tous égards une lie monnaie. Par surcroit de précaution, on oque jamais d'inventions pour prouver que .er que l'on va émettre représente réellement leurs immenses. On l'hypothèque tantôt suf
une masse très-oonsidérable de biens domaniav tantôt sar les profits d^nne compagnie de comme qui doit ayoir des su6cès prodigieux , tantôt sur fonds d'une caisse d'amortissement qui ne p manquer de produire des effets merveilleux, tn sur tout cela ensemble. Pressés par des argam si solides, tous ceux qui espèrent que cet te opérât mettra Tautorité à même de leur faire des dons tous ses créanciers actuels , qui craignent sans expédient de n^étre pas payés du tout , qui espài avoir ce papier des premiers , et s'en défaire 1 vite, ayant qu'il soit discrédité, et qui d'ailk comptent bien, s'ils y perdent quelque chose, i dédommager amplement dans les affaires sul quentes, ne manquent pas de dire qu'ils sont plei ment convaincus que ce papier est excellent; < c'est une invention admirable qui sera le salut l'Etat; qu'ils sont tout prêts à le prendre; qa l'aiment autant que de l'argent ; que leur seul c barras serait s'ils rencontraient des esprits revéc et défîans comme il y en a toujours , qui ne vonl sent pas le recevoir; que pour prévenir cetino véuient , il faudrait ordonner à tout le monde faire comme eux , et qu'alors toutes difficultés s évanouies. Le public même , prévenu par tant sophismes qui reçoivent de si nombreuses appro lions, goûte d'abord la mesure, la désire, et sep suade qu41 faut être absurde ou mal iutentioi pour ne la pas appi'ouver. Ainsi l'on fait du véri ble papier^monnaie , c^est-à-dire du papier que t( le monde a le droit de donner et est obligé de pre
jre oomme de la bonne monnaie, et Ton ne s'aperçoit ^ qae c'est précisément cette violence à lamelle 311 s'est porté pour rendre ce papier meilleur, qui le yicîe radicalement.
En effet, l'autorité, qui ne l'a créé que pour se fibérer, en fait d'abord assez pour éteindre toutes M dettes. Il est ordonné de le recevoir ; on y est dkposé ; il se répand avec facilité , il est dans toutes les mains concurremment avec l'argent ; il parait aâme dans le premier moment accroître l'activité im commerce en multipliant les capitaux. D'ailleurs OB ne l'emploie que dans les gros paiemens et dans Im i^acemens de fonds. Ainsi le service journalier et cette multitude inBnie de petits échanges qui OMistitne la marche habituelle de la société se font comme à l'ordinaire ; tout le monde est content.
EoBuite la- même autorité use du même moyen pour ses dépenses ordinaires ; elle y met nécessairement moins d'économie, se sentant des ressources toujours prêtes ; elle s'embarque dans des entreprises •oit de guerre, soit de politique, soit d'administration , auxquelles elle n'aurait pas osé songer , sentant bien qu'elles auraient dépassé ses forces sans cette bcilité» Le papier se multiplie donc extrêmement. Les fournisseurs du gouvernement sont les premiers à dire que tout est très-rcnchéri , qu'il leur faut des prix beaucoup plus forts; ils se gardent bien d'avouer que c'est parce que promesse ne vaut pas irgent , et que la promesse commence à paraître douteuse ; ils attribuent ce fait , dont ils paraissent surpris , à un encombrement momentané qu'il sera aisé
l54 CHAPITRE VU
de fairç disparaître en ralentûsant tous les fàt mens, excepté le leur ; aux intrigacs d'un ^ ^
Jl
mécontens qu^il faut subjuguer ; à la malyeUlinii des étrangers , qui , pour nous embarrasser , ne wet lent traiter avec eux que l'argent à la main po« les objets qu'ils sont obligés de tirer d'eux. ^ ^ ,. impossible de ne pas se rendre à de si bonnes ni* sons , et surtout à la nécessité : les dépenses augmeitent donc prodigieusement , et le papier de même* ^
On le reçoit toujours, car on y est forcé; mii tout le monde en demande beaucoup plus pour kl mêmes cboses. Bientôt il s'établit une proportiaB r ayouée et connue entre le papier et l'argent. EDi ** deyient si désavantageuse au papier , que les salariéii les rentiers-, les propriétaires de biens affermés, qae l'on paie dans cette monnaie , sont très-greyés. Os augmente les premiers , et particulièrement tons k> employés du gouvemement qui en est d'autant plai cbargé ; les autres souffrent horriblement. A oetle " époque de la dépréciation du papier , le gouve^l^ ment éprouve déjà sur ses impôts la même perte que les particuliers sur leurs rentes et leurs fermages; cela le gène ; mais ce n'est pas le moment d'augmen- . ter les charges publiques. Il lui est aisé de frire da ] papier pour combler le déficit qu^il éprouve; il pr^ f fère ce moyen. De là une nouvelle cause d'émissioD i et de dépréciation. ^
La différence entre le papier et l'argent croissant progressivement, on n'ose plus faire aucun crédit ni aucun prêt ; on n'ose plus même acheter pour revendre , parce qu^on ne sait à quel prix on pourra
DE LA MOlfJffAlE. l55
jàre; toat oommeroe languit* La proportion ou t la disproportion augmentant toujours , elle } au point que les transactions journalières pour loses de première nécessité, qui ne comportent Le petites sommes qui se paient en argent , de- .ent impossibles $ car on aimerait autant donner francs de papier que vingt-cinq de monnaie ; et i même raison , si vous devez douze francs , une ne voudra vous rendre sur un billet de jrancs. Tout le monde crie et se plaint* Les que-
sont interminables , puisque les deux parties lison. On croit remédier à ce mal en faisant îllets pour les plus petites sommes , et on en i) y mais on n*j gagne rien ; car de ce moment > voit plus un écu ; et dès que les choses les ■suelles se paient en papier , elles montent à rix proportionné au discrédit du papier , c'est- ; tel que personne n^y peut atteindre. On est inévitablement forcé d^en venir à taxer d'au-
toates les denrées nécessaires.
m il n'y a plus de société , mais un brigandage nel ; tout est fraude ou supplice. Le gouvernt frappe des réquisitions paiiout , et le peuîUej car il n^y a que la violence qui puisse ir de vendre à perte , ou de se dessaisir de choses on craint de manquer soi-même bientôt. £n :oat manque; car personne ne fait de nouvelles noQS ni de nouvelles fabrications, de peur Duver de nouvelles spoliations. Tons les métiers
Ivmi en aront tu îosqa'à cinq sou. On f dge bien •*!! étal* la 4« iM anneilltr , et ai Im trois quarte n'étalant paa fattt.
CHAPITBE TL
e Atgit ^u da d> pndût d'âne indutiia ré^ia; a d* ce qall pent oaoha oa de ea qs'
on fbnla. Ôa peut dira daw le «en que U «ooUU eit dîumte , eer il n^ d'écbanget librai.
n a'eet ploi bosnn tkn de l'a bUled , eu- le* plu (biti niffiiant i plot petîtet Mminei . Non* btcd* tu de «oolien trou mille fruoi , et Al de l'obteoir en feoret k oe prix ; ei Uen obliger k la donner pour rien qi
à oe point , il &nt an eontnin que 1
feaiUedeMnpener, non pUMoleni ■oit de qnelqne usage, mii« pour elle loi Tcpràoite na pen pins de ti ne Ini en oeAle pour laftbriqner. C qa'en Pnooe , dam le* demien te moniuie , en l'eit arii£ de bira à n'étaient que dei «wignati d'mut 1 mai* aoxqnel* on «rût attribni un pie de celle de* entra* , «an* qatn il tmId leur prix de fthrioatiiHi. àfÊin • an point qn'nn UlLet de cent franc exemple , n'anit effeotiTcment pa* de la finiille de papier snr laqnElI et qu'il anrait niienx vala pour C4 TÛt qn'm U Ini doanit toale hlu
DE LA MOVITAIE. iSj
qo'oD lui donnât le prix qu'elle avait coûté (i).
Un tel fût parait incro^rable ; cependant noas en
tVDiia tous été témoins; et il prouve bien àevLx vé-
Aé8 importantes : Tune , que quand on veut aller
eootre la nature des choses on est inévitablement
ponsséanx extrémités les plus monstrueuses ; Pautre,
qu'il est aussi impossible de donner aux choses une
valeur réelle qu'elles n'ont pas , que d'ôter à aucu-
■es d'elles la valeur naturelle et nécessaire qu'elles
ont, laquelle consiste , on ne saurait trop le répéter ,
datïB le prix du travail que coûte leur production.
£b vain dirait-on qu'on peut user du papier^ WÊttmnaie sans en abuser à cet excès. L'expérience constante prouve le contraire ; et , indépendamment de l'expérience , le raisonnement démontre que dès ^'oa eil a abusé on est forcé d'en abuser toujours davantage, et qu'on ne le fait monnaie , c'est-à-diie ajant un cours forcé, que pour en abuser. Gur quand vous lui laissez un cours libre, le moment eà la crainte que vous ne puissiez pas remplir vos eogagemens fait qu'on répugne à le recevoir voue ^^ BWntie le, moment où effectivement vous commences à prendre des engagemens au-dessus de vos forces , c'est-à-dire à abuser. Quand vous lui donnez un cours forcé , c'est que vous ne voulez pas être averti de ce moment et que vous êtes déterminé à passer outre, c'est-à-dire à prendre des engagemens
U) n Mt vrai que ces mandats ont é'.ë la fin detoal , qalUn'oat due que pea de joars , et qu'ils n'ont jamais eu an cours réel ; car ta crainte d'aaean sapplice ne pourait plus déterminer per- •oaae à \tê prendre poar aacan prix.
l58 CHAPITHE VI.
que VOUS ne poaTcx remplir. Eo un mot y quand Totre papier at ban , il eit inutile dViUiger à k noeroir ; quand il ett maavab , il est inique et ab* surde de Ibroer à le prendre pour bon. On ne r^ pondra jamais rien de solide à ce dilemme. Minbeau a donc eu grande raison de dire oette phnM célèbre quHl a trop oubliée depuis : Thui pafkf' monnaie est une orgie du despotisme en délire.
On a TU que les suites de ce délire sont eneon bien plus funestes que celles de l'altération des non* naies. La raison en est simple. Cette altérstûn, quand elle ne se répète pas , n*a qu'un eflfet momeetané , dont beaucoup de personnes souffrent oonnM d'une grêle , et dont d'autres profitentcQmmed'iiM aubaine. Mais tout reprend Inentôt soo ooutb oïdinaire. Au contraire, la dépréciation graduelle dm papier «monnaie, pendant tout le temps qu'il dme, fait l'effet d'un nombre infini d'altérations sucoessîfyes continuées jusqu'à l'annihilation totale ; et pendant tout ce temps , personne ne sachant sur quoi compter , la marche de la société est tout-àr&it intervertie. Ajoutez à cela que l'on fait toujours du jmpier pour de bien plus grandes sommes que l'on ne frappe de la monnaie , même mauvaise. Ainsi le mal est encore beaucoup plus grand.
Concluons que le papier-monnaie est la plus coupable et la plus funeste de toutes les banqueroutes frauduleuses ; que l'altération des monnaies métal' tiques vient ensuite ; et que quand un gouvernement est assez malheureux pour ne pouvoir plus remplir SCS engagemens , il n'a rien de mieux à faire qu'à
DE LA MONNAIE. l5g
iécUurer frandiement sa £dllite , et composer loyalement avec ses créanciers , comme un négociant imprudent , mais honnête. Le mal est beaaooup moin- Irejla réputation reste, et la confiance renaît bientôt ; troîa avantages inappréciables. Partout où il y a :andear et probité, il y a du remède au malheur. [7e8t un de ces points nombreux par lesquels IVcowmie et la morale se rejoignent , et qui font qu'elles Be sont que des parties différentes du même sujet , Tfaistotre de celle de nos facultés intellectuelles que uma appelons la volonté.
Après avoir ainsi parlé de Pargent, de ses usages, de m ynàeni réelle , du danger de prétendre le remplacer par des valeurs fictives , il convient de nous occuper ■n moment de ce que Ton appelle Vintérét.de VoT" ^tmi* Ce siget, comme beaucoup d^autres, serait bien simple si Ton n'avait pas cherché souvent à l'embrouiller , et si on ne Favait jamais traité qu'après les préliminaires dont nous l'avons fait précéder.
Puisqu'on loue des chevaux, un carrosse, des meu» blés y une maisoji, des terres, en un mot tout ce qui sst utile et a une valeur , on peut bien louer de même l'argent , qui est utile aussi , qui a aussi une valeur, fit que l'on échange tous les jours contre toutes ces choses. Ce loyer de l'argent est ce que l'on nomme intérêt. U est aussi légitime que tout autre loyer : il ioît être tout aussi libre. U n'y a pas plus de raison pour que l'autorité en détermine le taux que pour qu'elle fixe le prix du bail d'une maison ou d'une EsTme. Ce principe est si évident, qu^il n'aurait jamais iù souffrir la moindre difEculté.
l6o CHAPITRE VI.
11 jT a poartant ce que Ton appelle rûtf^r^ 2^^ Cest celui que les tribunaux adjugent Ion det aotîons judidairea, dans les caa oà les partiee n'oit paspn en cooTenir, et où pourtant il est juste ipN le débiteur en paie un quelconque. H fiiut bien qns la Ici Pait déterminé d'avance. Il ne doit étie si ■] trop fort ni trop faible : pas trop fort , afin que le débiteur de bonne foi qui a voulu se libérer , mais que quelques circonstances étrangères à lui en ont empécbé, ne soit pas grevé pour avoir été obligé de garder son argent ; pas trop faible , pour que le débiteur de mauvaise foi , qui a oherobé des chicanes pour différer de payer, ne gagne pas à avoir conservé la disposition de aea fonds. En un mot , il fiiat tâcher qu'il soit tel que ni le créancier ni le dAîteur ne soient lésés. Pour cela il fiint que la ki le fixe comme il est à présumer que les parties en fassent convenues, c'est-à-dire conformément ta taux le plus ordinaire dans des circonstances tut- ^ logues. Mais encore une fbis cet intérêt légal ne àaii I être d'aucune considération toutes les fcns que les ji parties ont pu faire elles-mêmes leurs conventiaos* ?' L'autorité publique ne doit jamais intervenir dans les transactions particulières que pour en assurer n l'exécution , et pour porter son appui à la fidélité tax engagemens.
U est pourtant vrai qu'il est de l'intérêt de la société en général que le loyer de Targent soit bas : pie" mièrement parce que toutes les rentes que des hommes industrieux paient à des capitalistes sont autant de fonds enlevés à la classe laborieuse , au profit des
DE LA mohnaie. i6i
tecondement , parce qae quand ces rentes sont elles enlèvent une si grande partie des bénés entreprises industrielles , que beaucoup deit impossibles ; troisièmement , parce que plus tes sont fortes , plus il y a de gens qui en vios rien faire. Biais tout cela ne fait pas quUi xer d'autorité le taux de Fintérét; car nous é^à yu que la société a absolument les mêmes >oiir désirer que les fermages des terres soient bon marché (i), et cependant personne n'a proposé de déclarer usuraires et illicites les i ferme qui passeraient un certain prix. D'ail-
irienltore ii*Mt nnlU part'aïusi floriiMUte «t oiolMant*
1m pays où ces fernugei sont encore noli , parce qnll
e dea terres n'appartenant à personne ; car alors tout le
e ees terres cet à celai qui les coltiTe.Vojes lesoonttéM
àta iuts-Unis de TAmériqne.
it Bons apprendre à apprécier la sagacité de ces prefonda s qui prétendent qu'il est très-arantagenx à une nation liena-fonds se tendent très-«her , parce que , diaent-ib | 1 qn» son sol , qui est une tris-grande partie de ton oa« lae trèa^ande râleur. Ils ne se doutent pas de U que-
ant il 7 a deux manières d'entendre ce mot rnis-aiiA. lira qu'il est désirable que la terra ae Tende eher à p«^ U Im renta qu'on en peut tirer 1 Gela est Trai;, oai eela ne l'intérêt de l'argent est bas , et qu'ainsi l'oisif enlère •aTàlUeur.
sut-on dire qu'il est bon qu'un arpent de terra ^ pal* •i à proportion de ce qu'il peut pioduiral Cela est faux; ix est autant d'enlevé à celui qui Ta exploiter cet arpent. st dire qu'il est arantageux d'enlerer à cet homme utile le de ses moyens , et de rendra sonrent son entraprise le , en en augmentent les frais. L't^tieuee tl U niaon également contn cette méprise.
kws^fticrk tasdenBiMla«AfKaBi
ifsd^aciDrtt à la diannlBlias ; or le faa famjofi f«|€f k fi— f li p— ^ h.
d« fc» aipit»K;il wmtàwi rijqae qii*il ooort ca élil a U néine ûjnsle* LeiemlBOTCBdet rintéffét àe r«rgaitcttdefriiefiBela) tioa ioît riche; qu'ainsi il y ait placer , et que pourtant les gens iadi besoin d enipranter.
Au lien de fixer le taux de Fîntérèt , nm ponmît peut-être étendre à ce genre de oanTcntioiis le priidpe de la lésion éP outre-moitié , qui, dans certiÎBS CM, autorise la résiliation des engagemenscoitrwléi; mais TappUcation de ce principe serait aonvent trèiarobarrassante en matière de prêt. Il fiindrait aroir • égard & licaucoup de circonstances difficiles à éraliier, ot nommément au degré de danger qu'a couru le préteur en se dessaisissant de i^s fonds. Au moins tondrais-je , dans cette supposition , qu'à plos ferte raison lus fermages fussent compris sous la même règle ) car là il n'y a pas le risque que Pou emporte lo fonds ; mais je préférerais toujours qu'on laissât les particuliers entièrement libres de leurs conyentions.
Pour terminer le chapitre des monnaies et de tout ce qui y a rapport , il nous reste à dire un mot du vhang0 et de la banque; ce sont deux choses trèsdistinctes qui so trouvent souyent mêlées; examinons-les séparément.
DI LA MOirHAIE. l63
change, ou le seryice da changeur, eat une îon des plus simples; c'est de troqaer nne de contre une autre quand on le lui demande.
£iat que savoir combien chacune des deux ut d'or ou d'argent pur , en rendre la même [\é qu'il en reçoit, et prendre un salaire oon* pour le prix du petit service qu'il rend. On il s'agit de troquer des lingots contre une lie quelconque. Cest encore exactement la chose ; il faut seulement , en outre , mettre en le compte le petit accroissement de valeur que an métal la qualité de monnaie qui lui est née par l'effigie ou le sceau du souverain. Si i des métaux était aussi aisé à constater qae Mds , l'intérêt personnel le plus inventif pour en eau trouble ne pourrait parvenir à répannoindre obscurité sur une pareille transaction ^ 1^ cette petite difficulté de l'essai , elle reste assez claire quand rien ne s'y mêle, paroe A les deux choses à changer sont en présepee. agit que de les évaluer toutes deux et de tn>» mais l'opération du changeur se complique it avec celle du banquier : expliquons d'abord
Miction du banquier est de vous iaire toucher ne autre ville l'argent que vous lui remettes slle où vous êtes. Il vous rend service en c^a ; fOUS avez besoin de votre argent dans cette ille , soit pour y payer des dettes , soit pour l'y er , il faut que vous l'y envoyiez ou que vous tiez , et cela entraine des frais et dei risques.
l64 CHAPITRE VI.
Le banquier qui y a un ocnrespoiidant youb donne pour lui un billet appelé letin de change, en Terta duquel ce correspondant youa remet votre aouiiBe. Dana une oocaaion inverse, ce même oorrespoiidint donne à une autre personne un pareil billet sur votre banquier : ainsi les yoilà quittes , et ils oi^t obligé j deux personnes ; et comme tout serrioe vaut salaire i ils ont retenu à diaque fois pour leur réoompeue une portion convenue de l'argent transporté. Tel eit le service et le bénéfice du banquier.
Je suis toujours émerveillé que des écrivains qvi ont longuement disserté sur ce négoce, qui en connaissaient Futilité, qui en ont exagéré Importance, aient méconnu raccroîssement de valeur que reçoivent les marchandises par le changement de lieu , et aient refusé la qualité de producteurs au négocians qui les transportent. Car ici , qui est le cas le plus simple , il est bien clair que quand vous , qai habitez Paris , vous devez cent francs à Marseille , vous aimez bien mieux donner cent un francs à votre banquier , que de pcnrter ou d'envoyer vous-même vos cent francs à Marseille; et réciproquement, si vous y avez cent francs , vous aimez mieux en recevoir quatre-vingt-dix-neuf à Paris de ce même banquier , que d'aller chercher à Marseille votre somme entière. Les marchandises rendues à leur destination ont donc réellement une valeur qu'elles n'avaient pas auparavant. C'est ce qui vous engage è^ donner une récompense à votre banquier, quoiqu'il ne loi en coule rien pour vous rendre ce service.
A ce premier bénéfice il en joint ordinairement
DE LA MOIfNAIE. l65
m autre. Vous lui donnez aujourd'hui votre argent. ja lettre qu'il vous donne en retour ne aéra payalile [ue dans quinze ou vingt jours , plus ou nuûnf. 1 &ut bien le temps qu'elle arrive. Il faut en prévenir e correspondant. Il pourrait n'avoir pas les fonds, hi ne manque même jamais de prétextes pour alloner ce délai. Cependant ce u^est que du jour du paieœnt que le banquier tient compte de la somme à fou onfrère. Ainsi pendant tout l'intervalle il jouit de otre argent gratuitement, et peut le faire travailler; t comme l'argent porte intérêt , c'est un profit assez onsidérable ; car on voit bien que s'il a succesaivelent dix-huit ou vingt-quatre commissions pareilles, ! a gagné tout l'intérêt de la somme pendant un an Btier.
A ces calculs il faut en ajouter encore un troU ème. Quand beaucoup de Marseillais sont débiiors envers des Parisiens , ils viennent tons deimnder des lettres payables à Paris. Elles devienent rares. Les banquier^ peuvent être embarrassés 'en fournir, leui's correspondans étant déjà «n wmnce vis-à-vis d'eux. Ils en prennent occasion de oos demander , indépendamment de leur droit de smmission, cent deux ou cent trois ooqes d'argent, oor en faire toucher cent à votre ordre à Paris ; t vous qui avez besoin de vous acquitter , vous les onnez , ne pouvant le faire à meilleur marché. Par i raison contraire , si quelques Parisiens ont dans B même temps besoin de lettres sur Marseille , les «nqniers de Paris pourraient , pour cent onces d'ar- ;ent, leur donner une lettre de cent deux on cent
l66 GDAPITRE VL
trois onces , puisque c^est le prix qu^oo y met à Marseille. Mais comme eux seuls sont bien au &it de ces mouTemens , ils s'arrangent toujours pour ne pas faire profiter les particuliers de tout le hénéêiot, et leur faire supporter plus que la perte nécessaire; et c'est pour eux une iliouvelle source de profit
Cest là ce que Ton appelle assez mal à propos , à mon a vis , le court du change, et que l'on démit plutôt y suiyant moi , appeler le cours de la benque; car ces deux yilles étant dans le même pays, et se servant de la même monnaie , il n'y a point de change , mais seulement transport d'espèces 9 ce qui est le propre de la banque. On dit que ce cours est au pair quand cent onces d'argent dans un endroit en paient cent dans l'autre , et qu'il est haut oa bas quand il en faut plus ou moins (i) , toujours indépendamment du droit de commission du banquier.
(i) Quand il ftnt moini de 100 frtDCi pour payer 100 franei ailleuri , on dit que le change est bai. C*eat le caa de la rille qai, compeniationg faites, est reitée oréaneière, parée qu'apparev" ment elle a %njojé dam l'autre plni de marchandifea qu'elle nta a reçu. Ce change bai lui donne de l'ayantage pour importer , car elle peut payer lei mêmes choses arec moins d'argent. Mais parla même raison il lui donne du désayantage pour continuer i exporter , car il faut plus d'argent pour s'acquitter ris-à-Tis d'ella de la même quantité de marchandises. Cela équiTant à un ren* chérissement , et diminue les demandes.
Cette seule considération , indépendamment de bien d'autres, montre combien il est ridicule de croire pouToir exporter too' Jours et constamment plus qu'on n'importe. On serait arrêta bient6t par le seul cours du change. Mais nous n'en sommes paa encore à examiner les rêreries des prétendues balances de coni' meroe. Il suffit d'aroir fait cette obserTatioa.
L'opération du change , au contraire , se mêle à l'opération de banque /et la complique , lorsqu'il s'agit de transporter des fonds d'un pays dans un «atre. Car la somme que l'on reçoit à Paris , et pour laquelle on donne une lettre sur Londres , a été déposée en monnaie française, et sera payée en monnaie aDglaise*. Il faut donc faire la concordance de ces deux monnaies, et déterminer ce que char cane d'elles contient de métal pur , d'après les loû connues de leur fabrication. Il faut de plus évaluer , au moins d'une manière approximative, ce que les pièces de monnaies peuvent avoir perdu dans les deux pays , depuis qu^elles sont en circulation. Cest ce qui fait que , toutes choses égales d'ailleurs , on demande toujours moins pour payer la même somme dans un pays, quand sa monnaie est ancienne et par conséquent a souffert beaucoup de déchet par l'usage et par la fraude des rogneurs d'espèces , ^e quand elle est toute neuve et intacte ^ car dans ce dernier cas elle contient réellement plus de métal , et le porteur de la lettre en recevra plus pour la même somme. Ce change est encore une nouvelle occasion de gain pour le banquier.
Voilà à quoi se réduisent toutes les opérations de change et de banque , qui , comme l'on voit , sont très -simples et seraient très -claires si toutes les monnaies portaient le nom de leur poids et la marque de leur titre , et si le pédantisme et le charlatanisme n'avaient pas à l'envi caché et déguisé des notions si communes , sous une multitude de noms barbares et de termes d'argot tels, qu'il
l68 CUAPITBE TL .
B*y a que les initia qui pnûsent s'y recoonaitre.
Les banqiiien rendent encore une autre espèce de serrioe. Quand le porteur d'une lettre de cbange qui n^cst paf échue a besoin d'argent , ils la loi paient en retenant la valeur de i'intérétdela somme pour le temps qui reste à courir jusqu'au jour de Fécliéance. Gela s^appelle escompter. Quelquefois ils reçoiTent d'un particulier des effets non exigibles , autres que des lettres de change y comme des Hllets , des créances à longs termes , des titres de propriété , des hypothèques sur des biens- fonds ; et munis de ces sûretés , ib lui avancent des sommes en lui en faisant payer un intérêt plus ou mcins Ibrt. D'autres fois, connaissant un homme sdnble , ils lui donnent , moyennant rétribution , on crédit sur eux jusqu'à une somtne déterminée, et ils se font les agens de toutes ses affaires , se chargeant de faire rentrer toutes ses créances et d'acquitter tous ses débets. Ce sont là autant de manières d^étre utiles; mais dans tous ces cas ils sont essentiellement prêteurs et agens d^ affaires , et non pas proprement banquiers, quoique des services de banque se mêlent à œs opérations. Cest néanmoins tout cela que l'on comprend ordinairement sous les noms de banque d'escomptes , de secours , de crédit , de circulation , etc. , etc.
Tous ces banquiers , changeurs , agens , prêteurs , escompteurs, au moins les plus riches et les plus accrédités d'entre eux , ont une forte tendance à se réunir en grandes compagnies. Leur prétexte ordinaire est que, faisant ainsi une bien plus grande
ipuintité d^affaires , ils pourront se contenter d^un moindre profit sur chacune , et faire tous les services à bien meilleur marché. Mais ce prétexte est illusoire : car si on fait plus d'affairés , on y emploie plus de fonds; et sûrement leur intention n'est pas que chaque partie de leurs fonds leur profite moins. Le yrai est qu'au contraire ils yeulent , en mettant dans leurs mains presque toutes les af- &ires, écarter la concurrence et faire sans obstacles des profits plus forts. Les gouyernemens , de leur côté , sont très-portés à favoriser rétablissement de ces grandes compagnies , et à leur donner des privilèges au détriment de leurs rivaux et du public , dans rintention d'en tirer des prêts gratuits ou peu chers , que celles-ci ne leur refusent jamais. C'est ainsi que les uns vendent leur protection, et que les autres Tachètent. Ce serait déjà un très-grand mal.
Mais ces compagnies ont un bien plus grand inconvénient : elles émettent des billets payables à Tne, ne portant aucun intérêt, qu'elles donnent pour argent comptant. Tous les hommes qui dépendent d'elles ou y tiennent , et ils sont très -nombreux, prennent avec empressement ces billets et les offrent. Le public même , qui a grande confiance dans leur solvabilité , les reçoit volontiers comme très-commodes. Ainsi ils se répandent facilement et se multiplient extrêmement. La compagnie y trouve un gain énorme , parce que toute la somme que représentent ces billets ne lui a rien coûté que la fabrication du papier , et lui profite comme argent
comptant. Cependant il n'y a pas encore d'inconyénient, parce qne les billeti sont tonjoan réalisés dès l'instant qu'on le demande.
Mais bientôt le goaTemement , qui ne Va. créée que pour cela , demande à cette compagnie des emprunts énormes; elle n^ose ni ne peut le refuser, car il dépend de lui de la culbuter en lui retirant un moment son appui. Elle est obligée , pour le satisfaire , de créer une quantité excessive de noa- ▼eanx billets. Elle les lui remet. Il les emploie bien -vite. La circulation en est surchargée. L'inquiétude suit. Tout le monde veut réaliser. 11 est évident que c'est impossible , à moins que le gouvernement ne rende ce qu'il a emprunté, et c'est ce qu'il ne fait pas. La compagnie ne peut qu'invoquer son appui. Elle lui demande de l'autoriser à ne pas payer ses billets , et de leur donner un cours forcé. Elle l'ob* tient, et la société se trouve en plein état de ptfpier -monnaie , dont nous avons vu les suites inévitables. Cest ainsi que la caisse d'escompte a amené les assignats en France. Cest ainsi que la banque de Londres a amené l'Angleterre au même état, dans lequel elle est actnellement. Cest ainsi qne finissent toutes les compagnies privilégiées : car par cela seul qu'elles sont privilégiées , elles sont radicalement vicieuses ; et tout ce qui est essentiellement mauvais finit toujours mal , malgré ses succès passagers. Tout se tient, et la nécessité est in^-incible.
Il serait aisé de montrer que quand ces grandes machines si sophistiquées n'auraient pas l'affreus
REFLEXIOnS. 1^1
danger que nous yenoiM de peindre « les aranUges que Too s'en promet seraient illusoires ou bien faibles, et ne pourraient ajouter que bien peu de chose à la niasse de Tindustrie et de la richesse nationales. Mais il n'est pas nécessaire d'entrer actuelleiàent dans les détails. Il nous suffît d'avoir vu d'une manière générale la marche des affaires. Avant d'aller plus loin , jetons un coup d'œil en arrière sur le chemin que nous ayons parcouru. C'est le moyen de ne pas s'égarer en avançant.
aiFLBZiovs sua es 9m paicàoi.
BiEV des lecteurs trouveront peut-être que j'ai suivi jusqu'ici une marche assez bizarre ; que je suis souvent remonté bien haut pour étaUir des vérités assez communes; que j'ai disposé mes diapitres dans un ordre qui ne parait pas méthodique ; que surtout j'ai abandonné les sujets que j'ai traités sans les avoir approfondis , ou du moins sans leur avoir donné tous les développemens dont ils sont susceptibles. Mais je les prie de remarquer que ceci n'est point un Traité d'Économie politique comme un autre. C'est la seconde section d'un Traité de nos Facultés intellectuelles. Cest un Traité de la Volonté , faisant suite à un Traité de
rEntendement. Mon intention est bien moins d^époifler tous les détails des sciences morales , que de Toir comment elles dérivent de notre nature et des conditions de notre existence , afin de reconnaître sûrement les erreurs qui pourraient s'y être glisséei, faute d^étre remonté jusqu'à cette source de tout ce que nous sommes , et de tout ce que nous connaissons. Or , pour exécuter un semblable dessein , ce n'est pas Tabondance des idées qui est & recbercher , mais leur sévère enchaînement et leur suite non interrompue et sans lacunes. Au reste , je me persuade que sans nous en apercevoir nous sommes d^à bien plus avancés que nous ne pensons.
En effet, nous avons vu que la faculté de vouloir, la propriété d*étre doué de volonté , en nous donnant la connaissance distincte de notre individu, nous donne par cela même et nécessairement Pidée de propriété , et qu'ainsi la' propriété avec toutes ses conséquences est une suite inévitable de notre nature. Voilà déjà une grande source de divagations et de déclamations totalement tarie.
Nous avons vu ensuite que cette même volonté , qui constitue tous nos besoins , est la cause de tons nos moyens d'y pourvoir ; que l'emploi de nos forces qu'elle dirige est notre seule richesse primitive et le principe unique de la valeur de tout ce qui en a une pour nous.
Avant de tirer aucune conséquence de cette seconde observation , nous avons vu encore que l'état de société non-seulement nous est très>avantageux , mais nous est tellement naturel , que nous ne pou-
«ÉFLEXIOIffS. 173
▼ODS pu exister autremait. Ainsi voilà encore on autre sujet de lieax oommans bien faux épuisé.
Réunissant ces deux points , Texamen des effets de remploi de nos forces et celui de raccroissement d^efficacité que leur donne Fétat de société nous ont mis à même de reconnattre ce que c'est que produire , pour des êtres comme nous, et ce que nous devons entendre par ce mot. Cest encore an grand sujet d'équivoques anéanti.
Forts de ces prémisses , après quelques éclaircissemens sur la mesure de Futilité des choses , il nous a été facile de conclure que toute notre industrie se réduit à des changemens de formes et de lieux , et que par conséquent la culture est une fabrication comme une autre , ce qui dissipe bien des nuages répandus sur ce sujet , et nous a permis de voir trèsHiettement la marche de toute industrie , ses intérêts , les obstacles qui s'y opposent. Cela mène encore à apprécier bien des choses et des hommes tout autrement qu'on ue le fait communément.
Enfin , parmi toutes les choses ayant une valeur y nous avons remarqué celles qui ont les qualités propres à deyenir monnaie ; et nous avons facilement reconnu les avantages et l'utilité de cette bonne et véritable monnaie , et le danger de l'altérer ou de la remplacer par une antre tout-à-fait fictive et fausse. Par enite nous avons même jeté un coup d'oeil ra* pide snr les petites opérations communément regardées comme très-grandes , auxquelles donnent lieu le change de ces monnaies et leur transpori icono" mique , sous le nom de banque.
1^4 GUAP. VIII. DE LA DISTRIB.
Il soit de là , si je ne me trompe , que nous nxm tommes fait des idées nettes et ccrtiinci sur toata les oiroonstances importantes de la fifrmathn At nos richesses. H ne nous reste donc pins qu'à fdi comment s'en fait la distribution entre les indiTidiif ) et comment s'opère lenr consommation , c'est-à*dflc comment nous en usons. Alors nous aurons an traité abrégé , mais eoraplet , de tons les résultats de l'emploi de nos moyens d'existence.
Cette seconde partie , la distribution des richesses dans la société , est peut-être celle des trois qni donne lieu aux considérations les plus délicates , el oà l'on rencontre les phénomènes les plus coDfK qaéB. Cependant si nous avons bien édairci k pre mière , nous verrons dans celle-ci l'obscurité fini devant nous ,et tout se débrouiller avec fiidlité. fi sayons de suivre constamment le fil qui nous guide
DB I.A DISTRIBUTIOII DE VOS aiCHESSES BHTIS LES IRDIVmUS.
Jusqu'à présent nous avons considéré l'bomn collectivement. Il nous reste à l'examiner distrib tipement. Sous ce second point de vue , il nous ofi un aspect bien différent du premier. L'espèce hi maine , prise en masse , est riche et puissante , voit tous les jours croître ses ressources et s