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De la faemllé de jJOuUnr maâtemi ausù Ut idées de richeoe et de déDacment.
S nous ]i*a¥iaos pu U oaoïdcnce distinole de wÂn mai, et par mite les idées âe penamuJtié et àt propriété , ooos n'avrioQs pu de hesoiiu (tout œU iiâtt de nos âéân) ; et à ncms n'aTÎans pu de boniiiBy Doos n'auriottt pu les idées de richesse et de dèmmement; car élie riche, c'est posséder des mejcBs de poarYoîr à ses besoins , et être pauvre , c'est être dénaé de ces moyens. Une chose utile ou agréable , c'est-à-dire nne chose dont la possession est une richesse, n'est januis qu'un moyen prochain on éloigné de satis&ire nn besoin, un désir qoeloonque ; et si nous n'avions ni besoins , ni dénis , ce <{ni est la même chose , nous n'aurions ni la possession, ni la privation des moyens de les «rtisfaire.
A prendre les choses dans cette généralité, on sent bien que nos richesses ne se composent pas seulement d'une pierre précieuse ou d'une masse de métal , d^un fonds de terre ou d'un outil , ou même d'un amas de comestibles ou d'un logement. La connaissance d?une loi de la nature, lliabitude d*un procédé technique , l'usage d'une langue pour communiquer avec nos semblables et accroître nos forces par les leurs , ou du moins pour n'être pas troublé par les leurs dans l'exercice des nôtres , la
jouissance de conyentioQs faites et d'institutions créées dans cet esprit , sont autant de richesses de l'individu et de l'espèce; car ce sont autant de choses utiles pour accroître nos moyens, ou du moins pour en user librement , c'est-à-dire suirant notre volonté et avec le moins d'obstacles possible , soit de la part des hommes, soit de celle de la nature, ce qui est encore augmenter leur puissance , leur énergie et leur effet.
Nous appelons tout, cela dn biens ; car , par contraction , nous donnons le nom de biens à toutes les choses qui contribuent à nous faire du bien, à augmenter notre bien-être, à rendre notre manière d'être bonne ou meilleure , c'est-à-dire , à toutes les choses dont la possession est un bien. Or, d'où viennent tous ces biens?
Nous l'avons déjà vu sommairement, et nous le verrons plus en détail par la suite : c'est de l'emploi juste , c'est-à-dire légitime suivant les lois de la nature , que nous faisons de nos facultés. Nous ne trouvons fréquemment un diamant que parce que nous le cherchons avec intelligence ; nous n'avons une masse de métal que parce que nous avons étudié les moyens de nous la procurer ; nous ne possédons un bon champ ou un bon outil que parce que nous avons bien reconnu les propriétés de la matière première , et rendu facile la manière de la rendre utile } nous n'avons une provision quelconque ou seulement un abri que parce que nous avons simplifié les opérations nécessaires pour former l'une ou pour construire l'autre. Cest donc toujours de
Vcmpioi de nos fiicultés que viennent tous ces liieBs.
Jbmlenant , ces biens ont tous parmi nous une nJenr déterminée et fixe jusqu'à un certain point ; Ub en ont même toujours deux : Pune est celle des acrifioes que nous coûte leur acquisition ; l'autre^ celle des avantages que nous procure leur possession. Quand je fid>rique un outil pour mon usage > il a poor mci la double valeur du travail qu'il me coûte d'abord, et de celui qu'il va m'épargner par la suite. Je fias un mauvais empkt de mes forces en le constroisant , si sa construction m'en dépense plus que sa possession ne m'en épargnera. Il en est de même quand , an lieu de £dre cet outil , je l'achète. Si les choses que je donne en retour m'ont coûté plus de peine que cet outil ne m'en coûterait pour le faire , oa si elles m'en éviteraient plus qu'il ne m'en épargnera, je fais un mauvais marché, je perds plus que je ne gagne » je délaisse plujB que je n'acquiers : cela est évident. Dans le cas de l'acquisition de tout autre bien qu'un instrument de travail , la chose n'est pas aussi claire. Cependant , puisqu'il est cer^ tain que nos facultés physiques et morales sont nobre seule richesse originaire, que l'emploi de ces facultés, le travail quelconque , est notre seul trésor primitif, et que c'est toujours de cet emplui que naissent toutes les choses que nous appelons des biens, depuis la plus nécessaire jusqu'à la plus purement agréable, il est certain de même que tous ces biens ne font que représenter le travail qui leur a donné naissance , et que s'ils ont une va-
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leur , où même deux distinctes , ils ne peuvent tenir ces valeurs que de celle du travail dont ils émanent. Le travail lui-même a d<mc une valeur ; il en a donc même deux différentes , car aucun être ne peut communiquer une propriété qu'il n'a paa? Oui, le travail a deux valeurs, Tune naturrile et nécessaire , l'autre plus ou moins convenlicnnelle et éventuelle : c'est ce qui va se voir ttèâelaîrement.
Un être animé, c'est-à-dire sensible et voulant, a des besoins sans cesse renaissans , à la satisfiwtian desquels est attachée la continuation de son existence. Il ne peut y pourvoir que par Femploi de ses fiioultés , de ses moyens; et si cet emploi, son travail , cessait pendant un certain temps de fiiire face à ses besoins , son existence finirait. La masse de ces besoins est donc la mesure naturelle et nécessaire de la masse de travail qu'il peut opérer pendant qu'ils se font sentir; car s'il emploie cette masse de travail à son utilité directe et immédiate , il faut qu'elle sufiise à son service. S'il la consacre à un autre , il faut que cet autre fasse au moins pour lui pendant ce temps ce qu'il aurait fiit pour lui-même. S'il l'emploie à des objets d'une utilité moins instante et plus éloignée , il faut qpe cette utilité , quand elle sera réalisée , remplace au moins les objets d'une utilité urgente qu'il aura consommés pendant qu'il se sera occupé de ceux moins nécessaires. Ainsi cette somme de besoins indispensables , ou plutôt celle de la valeur des dbjets nécessaires pour les satisfaire , est la mesure naturelle
Ci aécessaire de la yAleur du trayail qui s'opère dans le même temps. Cette valeur est celle de ce qne ce travail coûte inévitablement ; celle-là est la première des deux valeurs dont nous avons annoncé feustence ; elle est purement naturelle et nécetnire.
La seconde valeur de notre travail , celle de ce ({aHl produit , est , de sa nature , éventuelle $ elle est souvent conventionnelle y et toujours plus variable que la première. Elle est éventuelle, car nul homme, en commençant un travail quelconque , même lorsque c^est pour son propre compte , ne peut s'assurer entièrement de son produit ; mille circonstances qui ne dépendent pas de lui , et que souvent il ne peut prévoir , augmentent ou diminuent ce produit. Elle est souvent conventionnelle , car quand ce même homme entreprend un travail pour un autre, la quantité du produit qui lui en reviendra dépend de ce que cet autre sera convenu de lui abandonner en retour de sa peine , soit que la convention soit £ûte avant le travail exécuté , comme avec les journaliers et les salariés ; soit qu'elle ne s'opère qu'auprès le travail fait et parfait , comme avec les marchands et les fahricans. Enfin , cette seconde valeur du travail est plus variable que sa valeur natureUe et nécessaire , parce qu'elle est déterminée , non pas par les besoins de celui qui fait le travail , mais par les besoins et les moyens de celui qui en profite , et qu'elle est influencée par mille causes concourantes qu'il n'est pas encore temps de déve-
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Au reste , même la valeur natiureUe du travail n*est pas d^ane fixité abscdne ; car, premièrement, les besoins d'un homme dans un temps donné, même ceux qae l'on peut regarder comme les plus nrgens , sont susceptibles d*ane certaine latitude, et la flexibilité de notre nature est telle , <jae ces besoins se restreignent ou s'étendent considérablement par Pempire de la volonté et l'effet de lliabitade. Secondement, par l'influence de cûrocnstances favorables , d'un climat doux , d'un sol fertile, ces besoins pourront être largement satisfidts, pour un temps donné, par l'effet de très-peu de peine; tandis que, dans des circonstances moins heureuses, sous un ciel rude, sur un sol ingrat, il faudra beaucoup plus d'efforts pour y pourvoir. Ainsi , suivant lescas, il fiiut que le travail du même homme pendant le même temps lui procure plus oa moins d'objets, ou des objets pins ou moins difficiles à acquérir , seulement pour qu'il continue d'exister.
Par ce petit nombre de réflexions générales , nous voyons donc que les idées de richesse et de dénuement naissent de nos besoins , c'est-à-dire de nos désirs ; car la richesse consiste à posséder des moyens de satisfaire ses désirs , et la pauvreté à en manquer. Nous appelons ces moyens des biens, parce qu'ils nous font du bien. Ils sont tous le pix)duit et la représentation d'une certaine quantité de travail , et ils font naître en nous l'idée de valeur , parce qu'ils ont tous deux valeurs , celle des biens qu'ils coûtent et celle des biens qu'ils procurent. Puisque ces biens ne sont que la représentation du tra?ail qui
PARAGRAPHE lY. 3q
les produit , c'est donc du travail qu'ils tiennent œi deux valeurs, il les a donc lui-même. En effet , le travail a nécessairement ces deux valeurs ; la «ooode est éventuelle , le plus souvent conventionadle, et toujours très-variable. La première est natufelle et nécessaire ; eUe n'est pourtant pas d'une ifadté absolue , mais elle est toujours renfermée dans certaiiies limites.
Td est l'encbalnement des idées générales qui laivqil nécessairement les unes des autres , à la première inspection de oe sujet : il nous montre Pap]^i6ation et la preuve de plusieurs grandes vérités établies précédemment. D'abord nous avons vu que nous ne créons jamais rien d'absolument nouveau et extra^naiureL Ainsi , puisque nous avons Pidée de valeur, et puisqu'il existe parmi nous des Tileors artificielles et conventionnelles, il fallait qa^ 7 eût quelque part une valeur naturelle et nécessaire. Aussi le travail, d'où émanent tous nos biens , a une valeur de cette espèce et la leur communique. Cette valeur est celle des objets nécessaires à la satisfaction des besoins qui naissent inévitablement dans l'être animé, pendant que son travail s'opère.
Secondement, nous avons vu encore que mesurer une quantité quelconque , c'est toujours la comparer à une quantité donnée de même espèce qu'elle , et qu'il faut absolument que cette quantité soit de même espèce ( i), sans quoi elle ne pourrait pas servir
(i) Voj.t. i,ch«p. 10, et t. 3 , chap.g, det Elém.dld.
4o IWTRODUCTIOir.
d*ttnité et de terme de comparaison . Aussi quand nous disons que la valeur naturelle et nécessaire du travail qu'opère un être animé pendant un temps donné est mesurée par les besoins indispensables qui naissent dans*cet être pendant le même temps, nous donnons réellement pour mesure à cette valeur la valeur d'une certaine quantité de travail ; car les biens nécessaires à la satisfaction de ces besoins ne tirent eux-mêmes leur valeur nécessaire et naturelle que du travail qu'a coûté leur Acqnisitioa. Ainsi le travail , notre seul bien originaire , n'est évalué que par lui-même , et l'unité est de même espèce que les quantités calculées.
Trobièmement enfin , nous avons vu que pour qu'un calcul quelconque soit juste et certain , il faut que l'unité soit déterminée de la manière la plus rigoureuse et absolument invariable (i). Ici, malheureusement , nous sommes obligés d'avouer que notre unité de valeur est sujette à variation , quoique renfermée dans certaines limites. C'est un mal auquel nous ne pouvons remédier , puisqu'il dérive de la nature même de l'être animé , de sa flexibilité et de sa souplesse. Il ne faut jamais nous dissimuler ce mal. Il était essentiel de le reconnaître ; mais il ne doit pas nous empêcher de faire des combinaisons des efiets de nos facultés , en prenant les précautions convenables } car puisque les variations de notre nature sensible sont renfermées dans certaines limites , nous pouvons toujours y appliquer les considéra-
(0 Voj. ton. 3, elup. g, des Elémena d'Idéologie.
I^ARAGEAPHE V. il
tuM titrées de U théone des Umites des nombras. Vu œtle otMerratioa doit nous apprendre combien le adcal de toutes les quantités morales et éoono- ■iqves est délicat et savant , combien il exige de Aénagement, et combien il est imprudent de to«iair y appliquer indiscrètement Téchelle rigoureuse des nombres.
Quoi qu'il en soit, puisque ce coup d'osil rapide sur les idées de richesse et de dénuement dérirées du sendment de nos besoins nous a menés à parler sommairement de tous nos biens , nous ne devons pas passer sous silence le plus grand de tous , celui qui les renferme tous, sans lequel aucun d'eux Q^existe , qu'on peut aj^ler le bien unique de Tétre ?oalanty la Uberté. Elle mérite un article à part.
De la faculté de vouloir naUieni encore les idées de liberté et de contrainte.
Bien ae serait plus aisé que d'inspirer quelque intérêt à tontes les âmes généreuses, en commençant ce chapitre par une espèce d'hjrmne à ce premier de tons les biens de la nature sensible , la U' berté. Mais ces explosions de sentiment n'ont pour objet que de s'électriser soi-même , ou d'émouvoir ceux à qui l'on s'adresse. Or, un homme qui se voue sincèrement à la recherche de la vérité est suffisamment animé par le but qu'il se propose, et compte sur la même disposition dans tous ceux par
4^ INTRODUCTIOHi
qui il est bien aise d'être Ta. L'amour dn bien et du vrai est une véritable passion. Cette passion est, je crois , assez nouvelle ; du moins il me semble qu'elle n'a pu exister dans toute sa force que depuis qu'il fest prouvé par le raisonnement et par les faits , que le bonheur de l'homme est proportioniié à la masse de ses lumières, et que l'un et l'autre s'accroissent et peuvent s'accroitre indéfiniment. Mais depuis que ces deux vérités sont démontrées , cette passion nouvelle qui caractérise Tépoque oà nous vivons n'est point rare, quoi qu'on en dise; et elle est aussi énergique et plus constante qu'auciuie autre. Ne cherchons donc pas à l'exciter , mais à la satisfaire , et parlons de la liberté aussi froidement que si ce mot seul ne mettait pas en mouvement toutes les puissances de l'ame.
Je dis que l'idée de liberté naît de la faculté de vouloir ; car , avec Locke , j'entends , par liberté, la puissance d'exécuter sa volonté , d'agir conformément à son désir; et je soutiens qu'il est impossible d'attacher une idée nette à ce mot , quand on veut lui donner un autre sens. Ainsi , il n'y aurait pas de liberté s'il n'y avait pas de volonté ; et il ne peat pas exister de liberté avant la naissance de la volonté. Cest donc un véritable non-^ens de prétendre que la volonté est libre de naître (i) » et telles étaient presque toutes les fameuses décisions qui sulija* guaient les esprits avant la naissance de la véritable étude de l'intelligence humaine. Aussi les oonsé-
(i) Voy» tome premiev , oiiapitre i3 , de» Blénmfl dliitlogie.
S qae Ton tirait de ces prétendus principes, mément de celui-ci, étaient-elles la plupart ibsnrdité complète ; mais ce n'est pas le mole noos en occuper.
I nul doute , on ne saurait trop le redire , Pétre e nepeut youloir sans motif; il ne peutyouloir rertude la manière dont il est affecté : ainsi sa ^ suit de ses impressions antérieures, tout aussi lirement que tout effet suit de la cause qui a les Ités nécessaires pour le produire. Cette nécesest ni nn bien ni un mal pour Pétre sensible : a conséquence de sa nature , c'est la condition I existence ; c'est la donnée qu'il nepeut chant de laquelle il doit toujours partir dans toutes dilations.
s lorsqu'une yolonté est née dans Pétre animé, Hl a conçu une détermination quelconque, ce lent de youloir, qui est toujours une souf- , tant qu'il n'est pas satisfait , a , en récompense , rable propriété de réagir sur les organes , de la plupart de leurs mouyemens , de diriger oî de presque toutes les faoultés , et par là de tous les moyens de jouissance et de puissance re sensible , quand aucune force étrangère ne npéche , c'est-à-dire quand l'être voulant est
Uberté , prise dans ce sens , le plus général de et le seul raisonnable), signifiant la puissance ater notre yolonté , est donc le remède à tous lux , l'accomplissement de tous nos désirs , la ction de tous nosbesoins , et , par suite , le pre-
44 IVTEODVCTIOV.
mkr de Unu nos lâens , odai qû les piodût Umu, qui les renfieme tooj. EUe est k mèse ^oee qee notre bonheur ; elle a les mtees Imdies ; on pistât notre bonheur ne saurait ayoîr ni plos ni moins d'étendoe qae notre liberté, c^est-à-diie qae notre pon- ▼oir de satisfaire nos désirs. La contrainte, am contraire , quelle qu^elle soit , est Voippoeé de la liberté; elle est la cause de toutes nos sonffiranoes ; elle est la source de tous nos maux ; elle est même rigooiensement notre seul mal ; car tout mal est toujonn la contrariété d'un désir. Nous n'en aurions assorément ancun n nous étions libres de nous en déliyrar dès que nous le souhaitons : c'est là vraiment Oromaie et Alirimane.
La contrainte dont nous souffrons , ou plutôt que nous souffrons , puisque c'est elle-même qui constitue toute souffrance , peut être de différens degrés : elle est directe et immédiate , ou seulement médiats et indirecte $ elle nous yientd'êtres animés ou d'êtres inanimés } elle est invincible ou peut être sumumtéc. Celle qui est l'effet de forces physiques qui enchaînent l'action de nos facultés est immédiate ; tandis que celle qui est le résultat de diverses combinaisons de notre intelligence , ou de certaines considérations morales, n'est qu'indirecte et médiate, qumquo tràs>réclle aussi. L'une et l'auti-e , suivant les circonstances, peuvent être insurmontables, ou susceptibles de céder à nos efforts.
Dans tous oes cas divers , nous avons différentes manières do nous conduire pour échapper à la mm^froHce de la con/mtnf e , pour effectuer l'âccom^lî»-
PARAGEAPBE V. 45
temmi de nos désirs ; en an mot , pour parvenir à mire tatiêfiacthn , à notre bonheur ; car , encore une ftîf , 068 trota choaes aont une seule ef même. De Mf différentea manières d'arrirer à ce but unique àt tons nos eflPbrts comme de tous nos désin , de toos nos besoins comme de tous nos moyens , nous defons toujours prendre celles qui sont les plus capaUet de nous 7 conduire. Cest là aussi notre devoir unique , celui qui renferme tous les autres. Le mofeù. de le remplir , ce deroir unique, c^est pre^ DÛèrcment, si nos désirs sont susceptibles d'être satiiAâts , d'étudier la nature des obstacles qui s'y opposent , et de faire tout ce qui dépend de nous pour les snimonter ; secondement , si nos désirs ne peurent être accomplis qu'en nous soumettant à d'autreè naitz , c'est - à - dire en renonçant à d'autres cboses ^ ttous désirons , de balancer les inconvéniens, et iê nùOB décider pour le moindre $ troisièmement ^ à le raocès de nos désirs est tout-à-fait impossible , il fimt y renoncer , et nous renfermer sans murmures deuil l'étendue de notre pouyoir. Ainsi tout S6 lédmt à employer nos ùcultés intellectuelles, d'abord I Uen apprécier nos besoins, ensuite à étendre nos noyens autant que possible , et enfin à nous soumettre à le nécessité de notre nature, à la condition in- ▼Ineible de notre existence.
Mais je m'aperçois que j'ai prononcé le mot de dé' woir. L'idée que ce mot exprime mérite bien un chapitre à part. Il me suffit, dans celui-ci, d'avdr terminé l'examen de tous nos biens , en montrant que , puisque dans l'emploi yolontaire de nos fiicultés con-
sute toiLS nos mojau de bonliear , la liberté, la pu ancc dTagir soiTant notre foloaté, renfiame tons i liiens y est notre lÂen unique y et qne notre devoir a qve est d'accToitre notre puissance et d^en Inen OM c^est^-dire encore d^en user de manière à ne la gèi ni ne la restreindre ultérieurement.
Tondrait - on encore , ayant de quitter ce suJ4 appliquer à ce premier de tous les lûens , la liber ridée de râleur que nous avons vue naître nécesfl rement de Fidée de bien ? et demanderait-on que est la valeur de la liberté? Il est évident que, liberté totale d'un être sentant et voulant n'ét autre chose que la puissance d'user à son gré des cultes qu'il a , la valeur entière de cette liberté égale à la valeur entière de l'emploi des fiicultés cet être ; que si de cette liberté totale on ne lui retranche qu'une portion , la valeur de cette pert retranchée est égale à la valeur des facultés dont lui interdit l'exercice , et que la valeur de ce qui en reste est la même que celle des facultés don conserve l'usage ; et enfin il est manifeste encore q quelque £dbles que soient les facultés d'un être a mé , la perte absolue de sa liberté est une perte vi ment infinie pour lui , et à laquelle il ne peut met aucun prix , puisqu'elle est absolument tout pour 1 qu'elle est l'extinction de toute possibilité de b heur , qu'elle est la perte de la totalité de son et qu'elle ne peut admettre aucune compensation, qu'elle lui enlève la disposition de tout ce qu'il po rait recevoir en retour.
Ces notions générales suffisent pour le momei
PABAGRAPHE V. 4?
je n*y ajouterai qu'une réflexion. On dit communement que l'homme , en entrant dans l'état de société , lacrifie une portion de sa Uberté pour s'assurer le reste. D'après ce que nous venons de dire, oetta expression n'est pas exacte ; elle ne donne une idée juste ni de la cause , ni de l'effet , ni même de la naissance des sociétés humaines. D^abord , l'honmie ne Yit jamais complètement isolé ; il ne pourrait pas exister ainsi , au moins dans sa première enfimce. Ainsi l'état de société ne commence pas pour lui à on jour fixe et de dessein prémédité : il s'établit insensiblement et par degrés. Secondement , l'homme , en s'associant toi^ours plus à ses semblables, et en se liant chaque jour davantage avec eux par des oonyentious ou tacites ou expresses , ne compte jamais diminuer sa liberté antérieure, affaiblir la puissance totale d'exécuter sa -volonté, qu'il ayait tnparayant. Il a toujours pour but de l'accroître; s'il renonce à quelques manières de l'employer, c'est tfin d'être secouru , ou du moins de n'être pas coof> trarié dans d'autres usages qu'il veut en faire, et qnHl juge plus importans pour lui. U consent que sa yolonté soit un peu gênée , dans certains cas, par celle de ses semblables ; mais c'est afin qu'elle soit beaucoup plus* puissante sur tous les autres êtres, et même sur eux dans d'autres occasions , en sorte que la masse totale de puissance ou de liberté qu'il possède en soit augmentée. Voilà , je crois , l'idée qu'il faut se faire de l'effet et du but de l'établissement graduel de l'état social. Toutes les fois qu'il ne produirait pas ce résultat, il ne remplirait pas sa
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destination; mais U la remplit toujours piiu ou mo&iuiy malgré ses universellea et énormes imperfactiona. Nous développeroiis ailleurs lea conaéquencei d9 cea obienrationa : maintenant paasona à PezarneB de lldée de deyoir.
Bnfin, de la faculté àê vouloir naiêicm Uê idiêi de droits et de devoirs.
Les idées de droite et de devoirs sont, dit^on, correspondantes et corrélatives. Je ne nie pcHnt que cela ne soit ainsi dans nos relations sociales ; mais cette yérité , si c'en est une , demande beauobup d'explications. Examinons des cas divers.
Faisons d'abord une supposition absolument idéale. Imaginons un être sentant et voulant , mais incapable de toute action | une simple monade douée de la faculté de vouloir y mais dépourvue de corps et de tout organe sur lesquels sa volonté puisse réagir, et par lesquels elle puisse produire auoun effet, et influer sur aucun être. Il est manifeste qu'un tel être n'a aucun droit dans le sens que l'on donne souvmit à ce mot , c'est-à-dire aucun de ces droits qui renferment l'idée d'un devoir correspondant dans un autre être sensible , puisqu'il n'est en oon* tact avec aucun être quelconque. Cependant aux yeux de la raison et de la justice universelle , telles que l'esprit bumain peut les concevoir (car nous ne pouvons jamais parier d'autre cbose), cette maqade
PARAGRAPBE VI. ^g
a bien le droit de satisfaire seê désirs , et d'apaiser an besoins ; car c'est là ne blesser aucane loi natalelle, ni artificielle : c'est an contraire suivre les lois de sa nature , et obéir' aux conditions de sou existence.
En même temps, cette monade, n'ayant aucon pouToir d'action, aucun moyen de trayailler à la ntisfaction de ses besoins , n'a aucun devoir ; car elle ne saurait ayoir le devoir d^employer d'une manière plutôt que d'une autre ces moyens qu'elle n'a pas , de faire plutôt une action qu'une autre , puisqu'elle ne peut faire aucune action.
Cette supposition nous montre donc deux choses : premièrement , comme nous l'avons déjà dit , que tous les droits naissent des besoins, et tous les devoirs , des moyens ; secondement , qu'il peut exister des droits , dans le sens le plus général de ce mot , sans devoirs correspondans de la part d'autres êtres, ni même de la part de l'être possesseur de ws droits : par conséquent ces deux idées ne sont pas aussi essentiellement et aussi nécessairement correspondantes et c<»Télatives qn'on le croit communément , car elles ne le sont pas à leur origine. Maintenant faisons une antre hypothèse.
Supposons un être sentant et voulant , constitué (tomme nous, c'est-è-dire doué d'organes et de ù^ cultes que sa volonté met en action , mais complète» ment séparé de tout autre être sensible , et n'étant en contact qu'avec des êtres inanimés, s^l y en a, ou du moins qu'avec des êtres qui ne lui manifestent pas le phénomène du sentiment , comme il y en a
50 IRTRODUGTIOH.
beauoonp pour nous. Dans cet éUt, cet étie n'a point encore de ces droits y pris dans le sens restrant de ce mot, qui renferment l'idée d'un deToîr correspondant dans un autre être sensible, poisqu'U n'est en relation ayec aucun être de ce genre« Cependant il a bien le droit général , comme la monade dont nous parlions tout à l'heure, de œ procurer l'accomplissement de ses désirs , ou , ce qui est la même cbose , de pourvoir à ses besoins ; car c'est pour lui y comme pour elle , obéir aux. loîa de sa nature , et se conformer aux conditions de son existence } et cet être est tel , qu'il ne peut être mu par aucune autre impulsion , ni ayoir aucun autre principe d'action. Cet être voulant a donc alors tous les droits imaginables. On peut même dire que ces droits sont vraiment infinis , puisqu'ils ne sont bornés par rien ; du moins ils n'ont pas d'autres limites que celles de ae& désirs eux-mêmes , dont ils émanent et qui en sont la source unique.
Mais ici il y a quelque chose de plus que dans 1^ première hypothèse. Cet être , doué comme nous d'organes et de facultés que sa volonté met en mouvement, n'est pas comme la simple monade dont nous avons parlé d^abord ; il a des moyens, donc il a des devoirs : car il a le devoir de bien employer ce.H moyens; mais tout devoir suppose une peine qu>ntratne son infraction , une loi qui prouuttce cette peine, un tribunal qui applique cette loi. Aussi, dans le cas dont il s'agit, la punition, pour l'être dont nous parlons, de mal employer ses moyens , est de leur voir produire des effets moins
PABAGRAPEK ¥1. 5l
faTorables à sa satisfactioa , ou même de leur en voir produire qui eu soient tout-à-Gût destrnctift. Lei lots qui pnmoocent cette peine , ce fiont cellef de ^organisation de cet être voulant et agissant ; ce sont les conditions de son existence. Le tribunal qui applique ces lois , c'est celui de la néoessité ellfrniênie , contre lequel il ne peut se pounroir. Ainsi l'étie qui nous occupe a incontestablement le devoir de iMen employer ses moyens , puisqu'il en a j et ob> lerreK que ce deyoîr général renferme ceux de bien appréôer d'abord les désirs ou les besoins que ses moyens sont destinés à satisfaire , de bien étudier ensuite ces moyens eux-mêmes, leur étendue el leurs limites , et enfin de trayailler en conséquence à restreindre les uns et à étendre les autres le plus possible 'y car son malheur ne viendra jamais que de Tiafériorité des moyens relativement aux besoins , puisque, si les besoins étaient toujours satisfaits , il n'y aurait pas même possibilité à Is souffrance.
L'âtre isolé dont il s'agit a donc des droits venant tous de aea besoins , et des devoirs naissant tous de ses moyens 5 et dans quelque position que vous le placier, il n'aura jamais ni des droits , ni des devoirs d'une antre nature \ car tous ceux dont il pourra devenir susceptible naîtront tous de ceux-là et n^en seront que des conséquences. On peut même dire que tout vient de ses besoins ; car s'il n'avait pas de besoins, il n'aurait pas besoin de moyens pour les satisfiûre; il ne serait pas même possible qu'il eût aucun moyen : ainsi il ne serait pas concevable qu'il eût un devoir quelconque. Si vous youlei vous en
5a INTBODUGTIOV.
oonytinore , euayez de punir im être impassible. Tai donc ea raison de dire qae de la faculté de vouloir naissent les idées de droits et de deydrs, et je puis ajouter avec assurance que ces idées de droits et de devoirs ne sont pas si exactement oor^ respondantes et corrélatives entre eUes qu^on le dit communément, mais que celle de devoirs est subor* donnée à celle de droits , comme celle de moyens Ved à celle de besoins , puisqu'on peut ccmcevotr dei droits sans devoirs , comme dans notre première hypothèse , et que dans la seconde il n'y a des devoirs que parce qu'il y a des besoins , et qaHls ne oousistent que dans le devoir général de satisfiûre ces besoins.
Pour mieux nous convaincre de ces deux vérités , faisons une troisième supposition. Plaçons cet être organisé comme nous, en relation avec d'autres êtres seutans et voulans comme lui , et agissant de même eu vertu do leur volonté, mais qui soient tels, qu'ils ne puissent pas s'entendre pleinement avcK) eux I ni comprendre parfaitement leurs idées et Wuni motifs. Ces êtres animés ont leurs droits aussi , venant de leurs besoins ; mais cela ne change non A ceux de l'être dont nous suivons la destinée ; il a le^t mêmes droits qu'auparavant , puisqu'il a les uiêmivi besoins.
U a eu outre le même devoir général d'employer ses moyens de manière à ae procurer la satisfaction de 9es besoins. Ainsi il a le devoir de se conduire avec ces êtres qui se montrent sentans et voulans,' autrement qu^aveo ceux qui lui paraissent inani-
PABÀGBAPEE VU 53
mes i car comme iU agûsmit eo conséquence de lear Toknté , il a le devoir de captiyer oa de sol^uguer 09tte Todonté , poar les amener à contribuer à la se tûfiustioa de ses désirs ; et comme il est supposé ne poaToir pas communiquer complètement avec eux , et per conséquent ne pouToîr faire ayec eux aucune ooQyention , il n'a d'autres moyens pour diriger leur Tolonté yers l'accomplissement de ses désirs et la atis&ctioa de ses besoins , que la persuasion imr médiate ou la violence directe : aussi il emploie et doit employer l'une et l'autre suivant les occasions , 8sns autre considération que celle de produire les effets qu'il désire.
A la vérité, cet être organisé comme ncras est tel , que la vue de la nature sensible lui inspire le désir de compatir avec elle ; qu'il jouit de ses jouissances et souffre de ses maux : c'est là un nouveau besoin qu'elle fait naitre en lui $ et nous verrons psr la suite que ce n'est pas un de ceux dont il doit chercher à s'affranchir, car il lui est utile d'y être soumis. Il doit donc le satisfaire comme ka autres , et par suite il a le devoir de s'épar.gner la peine que lui causent les souffrances des êtres sensibles, autant que ses autres besoins ne l'obligent pas à supputer cette peine. Ceci est en.core une conséquence du devcnr général de satisùSie tous ses besoins.
Le tableau que nous venons de tracer, d'après la théorie , se trouve être le simple exposé de nos relations pratiques avec les animaux , prises en^gé^ néral , lesquelles relations se modifient ensuite dans
détruRs etioB^éspwks , Â nova ne les ili^lt ni liiMu ja- ■MB: 1^ «çs^r ■nème avec les attentâons las pl«s ■innticMUBjy il auitii est imponâiie «Tévitar d*en Cû*e ru M fm iM- fV wni f samSùit et BKXonr ■■ gnmà ■iMaWe , pl«si oa mous pefceplîUcs à nos aeas. Or, moms amMM M c m t w ta Mfmt le droit dTaçir et de rrrre, pvijqae BoasMOUKS nés pour cela et comBM eeia.
lie fécond «ysième n^est pas moiiis aroné ; car en tli^orie il établit téménûrement entre les dirers états tUi la oatare sensible ikne ligne de séparation qu^an-
PARAGRAPBB Tl. 55
con phénomène ne noas autorise à admettre. H n'j a absolument aucun fait qui nous mette en droit d'affirmer , ni même de soupçonner que l'état de souffrance nVst pas , dans les êtres animés avec le»qaeb noos communiquons imparfaitement , exactement la même chose que dans nous ou dans nos semhlables (i) ; et d'après cette supposition gratuite ce système nous condamne à combattre et à détruire , couime une faiblesse , le sentiment , le besoin le plus général et le plus impérieux de la nature humaine , celui de la sympathie et de la commisération ; besoins que nous verrons bientôt être le résultat le plus heureux de notre organisation , et celui sans lequel notre existence deviendrait très-misérable, et même impossible. De plus , dans la pratique , ee système est opposé à l'usage le plus universel de tous les temps et de tous les individus ; car il n'y a jamais eu , je crois , d'animal à face humaine qui ait senti sincèrement et originairement que le spectacle de la soufirance nettement exprimée soit une chose indifférente. L'indifférence , fruit de l'habitude* , et le plaisir même de la cruauté pour la cruauté , plaisir affreux qui a pu naître dans quelques êtres dé" natures par des causes accidentelles , prouvent même qu'il s'agit là d'une pente naturelle surmontée par le temps , ou vaincue avec effort ou avec le plaisir qui nait en nous de tout effort suivi de succès. Quant à la cruauté , produit de la vengeance , elle est une
<t) ToutefoM, p««uétre, avec m i»gté dVBetgi» prafK^tioané à la perfection de roxganUation.
56 IHTBODUCTIOir.
preure de plnâ de la thèse que je «mlieac. Ger c'ert à ciiiise même da lentimeiit p rofan d qve Pâtre tîhdicatif a de la aoaffranoe , qn^il Teut la p ro duii e dans celai qui lui est odieni., et toajoars il pariaf^e plat ou moins , inTidontairement et fi n céme n t , le mal qu'il cause.
Ces deui. systèmes opposés , mais tous deux fruits du dérèglement de l'imagination , sont donc égale* ment absurdes en théorie et en pratique. C'est d^ un grand préjugé eif faveur de Pc^inion mojemM que j'établis , laquelle d'ailleurs se troure être conforme à l'usage de tous les temps et de tous les lieux, et rendre raison , par les conditions de notre natun bien observée , de tout ce que notre manière d'être avec les animaux a de singulier et de contradictoire au premier ooup d'œil. Mais ce qui est plus fort et absolument convaincant, ce me semble, c'est que le même principe que j'ai posé , que nos droits sont t0UfOurê sans bornes ,oudu moins égaux à nos he» soins, si qms nos dopoirs ne sontjamtUs que le de* ¥oir général de satisfaire nos besoins, va nous expliquer toutes nos relations avec nos semblables , et les établir sur des bases inébranlables , et telles , qu'elles seront ies mêmes partout et toujours , dans Unia les pays et dans tous les temps où notre nature intime n'aura pas changé.
Faisons actuellement une quatrième hypothèse , qui est celle dans laquelle nous sommes tous placés. Supposons l'être animé qui nous occupe , eu contact avec d^autres êtres semblables à lui. Ces êtres ont des besoins et par conséquent des droits comme lui ;
mais cela ne change rien aux âens. Il a toajonrs autant de droits que de besoms , et le devoir général de ntûfaire ces besoins. S41 ne pouvait pas commoniquer complètement avec ces êtres semblables à loi, et faire avec eux des conventions, il serait à leur égard dans l'état où nous sommes tous , et où nous avons raison d'être , comme on vient de le voir , avec les autres animaux.
Dira-t-on que c'est un état de guerre ? On aurait tort; ce serait une exagération. L'état de guerre est celui dans lequel on cherche incessamment la destruction l'un de l'autre y parce que l'on ne peut s'assurer de sa propre conservation que par l'anéantissement de son ennemi. Nous ne sommes dans une telle relation qu'avec les animaux que leur instinct entraîne constamment à nous nuire : il n'en est pas de même avec les autres. Ceux même que nous sacrifions à nos besoins , nous ne les attaquons qu'autant que ces besoins plus ou moins pressaos nous y fbrb cent. Il en est qui rivent avec nous dans un état d'asservissement paisible; d'autres, dans une indifférence porfidte. En tout, nous ne blessons leur volonté que parce qu'elle est contraire à la nôtre , et non pas ponr le plaisir de la blesser. U y a même , à l'égard de tous, ce besoin général de sympathiser avec la nature sensible , qui nous fait une peine de la vue de leur souffrance , et qui nous unit plus oa moins avec eux. Cet état n'est donc pas essentiellement état d'hostilité. Il derient tel fréquemment , mais c'est par accident. Il est essentiellement Vétat éPétrangeté, si Ton peut s'exprimer ainri; il est
58 INTRODUCTIOH.
oelui d'êtres yoalans et agissâiu séparément , chacan pour sa propre satisfaction , sans pcniToir s'expliquer ensemble , ni faire des conventions pour régler les cas où leurs volontés sont opposées*
Telles seraient, comme nous Pavons dit, les rela* tions de Thomme avec ses semblables , s'il n'avait qne des moyens trèsnmparfaits de communiquer avec eux. Il ne serait pas précisément pour eux un ennemi, mais an étranger indifférent. Ses rapports avec eax seraient même déjà adoucis par le besoin de sympathiser , qui est beaucoup plus fort en lui qnand il s^agit d'animaux de son espèce; et il faut encore ajouter à ce besoin celui de l'amour, qui le renfbros extrêmement dans beaucoup de circonstances ; car l'amour n'a point de jouissance parfaite sans cofosentement mutuel, sans sympathie très-vive; et quand' cette sympathie nécessaire à la pleine satisfaction da désir a existé, elle donne fréquemment naissance à des habitudes de bienveillance, d'oà naît le sentiment de paternité , qui produit à son tonr des liaisons plus durables et plus tendres.
Toutefois, dans cet état, les querelles sont fréquentes, et il n'y a pas proprement de juste et d'injuste. Les droits de l'un ne font rien aux dmls de l'autre. Tous ont chacun autant de droits que de besoins, et le devoir général de satisfaire ces besoins sans aucune considération étrangère. Il ne commence ày avoir de restriction à ces droits et à ce devoir, cm plutôt à la manière de remplir ce devoir, qu'au mo* ment oà il s'établit des moyens de s'entendre , et par suite, dos couventions tacites ou formelles. Là seule-
PABAGBAPHE VI. 5q
méat est la naissance de la justice et de TiDJustioe f e*ert-à-dire de la balance entre les droits de l'un et kf droits de l'autre, qui nécessairement étaient égaux jusqu'à cet instant. Les Grecs , qui avaient appelé Céiès législatrice , s'étaient mépris : c'est à la gran^ maire , au langage, qu'ils auraient dû donner ce titre. Us avaient placé l'origine des lois et de la justice au moment oà les hommes ont entre eux des relations plos stables et des conventions plus multipliées } mais ils auraient dû remonter jusqu'à la naissance des premières conventions informes ou explicites. Dans tous les genres, le devoir des modernes est de pénétrer plus loin et plus profondément que les an* dens. Bobbes a donc eu pleinement raison d'établir le fondement de toute justice sur les conventions ; mais il a eu tort de dire auparavant , que l'état anté* lieur est rigoureusement et absolument l'état d« guerre , et que c'est là notre véritable instinct et le voni de notre nature. Si cela était , nous n'en serions jamais sortis (i). Un faux principe l'a conduit à ont excellente conséquence. Il m'a toujours paru singu* lièrement remarquable que ce philosophe , qui de
(i) n famt ponitant eomrenir qa« la natttre on Tordre dneboMf, mUm ^*ell«« Mmt , «a eitfant 1m droit* d« ehaqae indiTidn «aisé , égkwx. «t oppoiM à eeox d'an «ntre , a YirtneUement et indisoctament ciéd rétat de gnene , et qne c'est l'art qni l'a fait ceuer, on dn ntoins Ta fréqnemment nupendn entre nom par le* coufaatiaaa. Gala rantn eneore dans notre principe général, que nous ne ciéona rien. S'il n'j arait pas des gaerres nécessairea et ■aSamilM « il n*y on aurait ianuis ou de conTenlionnelles et artiftcadlM. L'état inTiaelUenent peraunent des rapporta de nk^auBO «fco laa aaiaunx dea aotrea eepèoea ait eo ifni le diapaae la pine * à traiiac boftilaBoat aan ioniblablo.
Go INTRODUCTION.
tous les hommes cpi ont jamais écrit est peut-être le plus recommandable par le rigoureax enchatnemeiit el rétroite liaison de ses idées y ne soit cependant arrÎTé 4 cette belle conception de la nécessité des conventions , soorce de toute justice , cp'en partant d*un principe faux, ou du moins inexact ( Tétat de guerre, état naturel); et que du sentiment profond et juste du besoin de la paix entre les hommes , il ait été conduit à une idée fausse, la nécessité de la servitude. Quand ou voit de tels exemples, combien ne doit-on pas trembler d'émettre une opinion ( i ] !
Cependant je ne puis m'empécher de croire vraie celle que je viens d*exposer. Il me semble prouvé que de notre faculté de vouloir naissent les idées de droits et de depoirs; que de nos besoins naissent tous nos droits, et de nos moyens tous nos devoirs ; que nous avons toujours autant de droits que de besoins , et le devoir unique de pourvoir à ces besoins ; que les besoins et les droits des autres êtres sensibles , soit d'une autre espèce , soit de la nôtre , ne font rien aux nôtres; que nos droits ne commencent à être restreints qu'an moment de la naissance des conventions ; que notre devoir général n'est pas changé pour cela au fond , mais seulement dans la manière de le remplir, et que c'est à cet instant seul que commencent le juste et l'injuste proprement dits.
Ce n'est pas encore le moment de développer
(i) Cett« dernière erreur de Hobbe* n'a cependant été produite
dani son 'excellente tête que par la trop énergique impression qu'y
• araicnt faite les naalheurs causés à sa patrie par des efforts qui
araicnt pour objet , dans l'origine , la réaistauca à roppression.
toutes les ooaséqaences de ces principes ; mais il eit temps de terminer ces Icmgs préliminaires par let réflexions auxquelles ils donnent lieu.