CHAPITRE XIV
qiiée et vivement défendue , devint l'objet d'un pari. Vous sentez, disais-je à ces messieurs, que nous autres hommes à la mode , nous ne pouvons souffrir l'indépendance d'une petite fille inexpérimentée , et dont le dernier de nous ferait ce qu'il voudrait en huit jours. . . .
(( Encore une fois , ne m'interrompez pas , ce sont des faits que je vous raconte. « Montlhéry se contint. Le colonel continua : « Ce qu'il voudrait, cela vous plaît à dire, s'écria le marquis de Broadlands furieux : Montlhéry passe pour habile et pour séduisant ; il est devenu amoureux d'elle dès leur première entrevue ; hé bien , je parie cinq mille guinées (cent vingt mille francs) qu'il n'obtiendra jamais rien de lady Ethel. — Vous pariez cinq mille guinées? moi, je les tiens, répliquai-je froidement; je parie cette somme contre vous que d'ici à... j'allais dire un mois , heureusement je m'arrêtai ; que d'ici à... un an, lady Ethel Macnally est la maîtresse en titre de notre ami et maître Gaston de Montlhéry, et je prends à témoin de mon engagement tout ce qu'il y a d'hommes ici présents '. Les conditions du pari furent
' Note de l'auteur. — Voici un trait qui vient à l'appui de celui qu'on vient de lire , pour prouver jusqu'où va la manie des paris en Angleterre. Lord Berkeley avait parié une forte somme qu'il ne se laisserait
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stipulées; nous ne devions pas nous en rapporter aux apparences , il fallait des preuves , et voilà ce qui rend ma partie si mauvaise. Vous m'auriez fait gagner mille fois sans cette maudite clause des preuves positives. Vous vous fâchez à tort de mon assiduité à suivre vos pas ; vous voyez en moi un ennemi : c'est que vous ne savez pas pourquoi je vous espionne ; si vous le saviez , vous me remercieriez; loin d'épier vos démarches pour m'opposer à vos succès , je ne suis ici qu'afin de défendre mon argent , comme on surveille son enjeu sur un tapis vert à la rouge et noire, (c — Ainsi ma belle-sœur et moi nous som-
jamais dépouiller en voyage par un homme seul; si un homme seul parvenait à le dévaliser , il s'engageait à ne pas le traiter en voleur. Ce singulier pari , publié par tous les journaux , fut une puissante amorce pour les voleurs de grand chemin , et bientôt lord Berkeley se vit en butte aux tentatives des plus déterminés d'entre eux , qui toutefois ne l'attaquèrent jamais qu'isolément. Mal leur en prit , car le lord était toujours sur ses gardes , et tous ceux qui s'adressèrent à lui eurent à s'en repentir ; il tuait les uns , il estropiait les autres , si bien qu'à la fin personne n'osait plus se frotter à lui. Dernièiement il eut l'intention de visiter la grotte nouvellement découverte dans l'île de StafFa , et il se mit en route à travers l'Ecosse. Les monts Argyle étaient alors fréquentés par un brigand fameux , qui jusque-là avait