‹ EthelChapitre 105 sur 172 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

« — Broadlaiuls l'aime?

c( — Oui , et il en est aimé.

u — Qui vous l'a dit?... aimé... comment?

« — Comme on est aimé? Ne le trouvezvous pas assez joli garçon pour plaire? A son âge, on plaît sans avoir recours à tous les artifices vertueux , à la générosité, au devoir , aux grands sentiments , aux grands mots : on se montre, on aime, et l'on touche le cœur du premier regard, comme lady Ethel a touché le vôtre. Vingt-deux ans pour l'homme , dixhuit pour la femme , voilà le vrai temps des amours et de la séduction : demandez à votre prêcheuse ce qu'elle en pense et à Broadlands ce qu'il en est. C'était pour le savoir que je m'approchais hier de la fenêtre , où leur conversation m'attirait.

(( — Qu'avez-vous entendu?.... que se disaient-ils?...

u — Ah ! nous y voici ! . . . Vous vous repentez maintenant de ne m'avoir pas laissé accomplir la mission dont vous m'avez détourné si brutalement , n'est-ce pas ? J'aurais pu vous servir;... ne vous en prenez qu'à vous si je vous suis i nu trie à présent.

« — Monsieur, je ne veux obtenir le cœur d' Ethel que d'elle-même.

« — C'est beau!... j'admire ce noble orgueil, pourvu que vous puissiez le soutenir ; mais rap-

pelez-vous le proverbe de votre premier comique de société : Un peu d'aide fait grand bien \ »

Gaston gardait le silence ; l'impitoyable dandy, resté maître du champ de bataille et de la conversation , ajoute :

« Je viens de vous prouver que nos intérêts sont communs , et je vous crois un homme de trop bon sens pour penser que vous persistiez à vous battre contre votre allié naturel.

« — Je ne me battrai pas avec vous ; mais où est Broadlands?

(( — En voici bien d'une autre ! Et que lui direz-vous , s'il vous plait, pour vous battre avec lui?

(( — Que je veux me battre.

« — Mon pauvre Montlhéry, je ne suis guère sensible, mais je vous plains... vous êtes bien

déchu Sachez donc que Broadlands, à la suite

de la conversation d'hier au soir avec lady Ethel , a demandé des chevaux de poste et qu'il est parti sans même vouloir m'expliquer les motifs de cette brusque résolution , ni me dire la route qu'il prenait. Je l'ai fait suivre de loin par Tom , qui est revenu du premier relais. Broadlands a pris le chemin de Bath... je vous quitte pour

' Note de l'auteur. — Voyez les Proverbes de Leclerc

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