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CHAPITRE XIV

tâcher de le rejoindre, et d'éclaircir un mystère qui pique ma curiosité. Adieu.

(( — Adieu , J.yndsay , vous me laissez dans une grande perplexité.

« — Je le crois, mais songez qu'il vous reste huit mois pour me faire perdre ou gagner mon pari j si vous reconnaissez enfin que vous ne pouvez réussir par le sentiment , et qu'il faut faire jouer les puissants ressorts de la ruse et de l'intrigue , si votre bonne foi d'amoureux transi se lasse , comptez sur moi , je serai toujours à vos ordres. Parier , c'est ma dernière passion ; ce jeu m'attache au moins autant que votre amour vous absorbe. Croyez-moi , vous n'obtiendrez rien dans la solitude ; il faut l'esprit du monde pour démolir le rempart des préjugés qu'on vous oppose. Lady Ethel est née pour le monde; la société seule peut faire pour vous de cette jeune personne une maîtresse agréable. Ne comptez ni sur la perte de sa fortune , ni sur l'habitude de s'en remettre à vous de la conduite de sa vie, encore moins sur la familiarité du téteà-téte : tous ces moyens sont usés entre vous depuis le premier mois ; il fallait en profiter d'abord ; d'ailleurs elle est trop fière pour se soumettre h ce qui lui paraîtrait une nécessité. Une fois l'effet de la surprise manqué , chaque jour la fortifie contre vos attaques ; il faut chercher vos

auxiliaires au dehors ; son cœur fût-il h vous , elle saura vous cacher jusqu'à votre bonheur ; car elle n'est qu'une coquette raftinée , coquette (l'autantplus dangereuse qu'elle l'est par instinct et non par imitation. Plus vous croirez l'avoir mise dans votre dépendance, plus sa fierté se révoltera contre vous et contre les circonstances. Essayez du plus puissant de tous les dissolvants ; essayez des plaisirs du monde et de ses passions. . . Vous voudriez la laisser pure comme vous la voyez et la posséder par-dessus le marché ; c'est un bonheur impossible!... un rêve d'amoureux , mon cher, rien de plus ! . . . c'est l'inconséquence d'un homme dont le jugement est égaré par la passion... Au lieu de cela, si vous consentez à la corrompre , elle est à vous ; mais il faut savoir et vouloir ce que vous faites. Rendez-la vaine , jalouse ; mettez-la en rivalité avec quelque femme capable de lui inspirer de l'ombrage, une femme distinguée par des qualités entièrement différentes des avantages qu'elle possède. 11 faut une femme qui soit belle; la beauté n'est peut-être pas toujours nécessaire h l'amour, mais elle l'est à la jalousie, qui est de l'amour doubleet par conséquent qui est encore plus bête que l'amour simple ; que la rivale soit donc belle , mais d'une beauté toute différente. C'est le seul moyen de réveiller l'envie en son cœur, car on n'envie guère les succès qu'on peut avoir.

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