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CHAPITRE XVI

la lempéraliire , dans la saison, et surtout dans les pensées qui traversaient l'ànie des deux voyageurs , une rêverie, un charme , un vague tout septentrional : c'était Ossian lu dans un beau jardin. Les teintes d'automne rougissaient le hêtre , jaunissaient l'orme ; elles embellissaient tous les tableaux ; la senteur des dernières feuilles de l'acacia et du sycomore , tombées sous les premières gelées blanches des jours précédents, engourdissait les sens. Les émanations funèbres de ces débris de l'été sont moins vivifiantes, quoiqu'elles soient plus acres , plus pénétrantes , que les exhalaisons de la terre au printemps ; mais elles s'accordent merveilleusement avec les beautés propres à l'automne et avec les inspirations d'une âme religieuse ; parfum des adieux , il enivre moins les sens que celui de la résurrection, mais il favorise la méditation , il porte doucement au regret , au repentir, sans éveiller le désir ni l'amour : c'est un repos qui tient delà mort. L'automne apaise en dépouillant ; le printemps inquiète en promettant , et tout cela vient de Dieu qui monte selon son plaisir les cordes de notre cœur au ton des grandes symphonies de la nature.

L'espèce de culture employée par les habitants du comté de Glocesteret des pays qui l'avoisinent donne à cette partie de l'Angleterre l'aspect (Je nos vallées de Normandie. Les ani-

maux parqués dans de vastes et gras pâturages errent en liberté, jour et nuit, sur des collines ou plutôt sur des pentes vertes ; le pays entier, quoique peu montagneux , rappelle , par la science agricole des habitants, plusieurs cantons de la Suisse ; les bords de la Severn sont plus pittoresques que ceux de la Tamise. Cette rivière et le poétique Avon de shakespearienne mémoire , avec deux autres ruisseaux moins considérables, font de la petite ville de Tewkesbury un lieu plus intéressant pour les étrangers que ne le promettent au premier coup d'œil ses étroites maisons de briques enfumées et ses rues silencieuses.

En arrivant dans ce lieu de triste apparence, Gaston s'arrêta pour faire souffler ses chevaux : un guide vint offrir ses services et proposer à Gaston de lui montrer les curiosités de Tewkesbury.

« Qu'y a-t il à voir ici ? lui dit Montlhéry.

« — Tewkesbury , comme le jardin d'Eden , répond le guide , est arrosé par quatre rivières.

« — Je lésais, reprend Gaston, maiscela ne fait pas qu'il y ait quelque chose à voir dans la ville.

« — L'une de ces quatre rivières, continue imperturbablement le guide, s'appelle l'Avon; il est célébré dans les sonnets du poëte Shakespeare, natif de StraJford-sur-Avon, dans...

« — Je le sais aussi bien que vous; tout cela est très-bon à dire , mais qu'y a-t-il à voir ici ? »

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