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CHAPITRE XVI

Le guide découragé s'éloigne sans répliquer, et les chevaux partent au grand trot.

(( Quel dommage de l'avoir fait taire! dit Etliel, qui trouvait tout mauvais quand elle était irritée contre Gaston ; il était si amusant !

« — Il vous aurait ennuyée si je l'avais laissé dire, » reprit Gaston.

Ethel n'aimait pas à être devinée; elle se tut.

Le chemin de Tewkesbury à Malvern passe sur un pont pittoresquement jeté à travers la vallée de la Severn. En approchant de la montagne , le paysage s'embellit.

Le joli village de Malvern est situé au plus haut point d'une montagne singulière, ou plutôt d'une colline, qui s'élève seule au milieu d'un territoire légèrement onduleux, mais qui paraît assez plat vu de loin. Il est rare en Angleterre de trouver des villes bâties sur les hauteurs. En général, les Anglais habitent les vallées; ils choisissent, pour y séjourner, les lieux favorables au commerce, et ils s'établissent de préférence au bord des eaux , dont le mouvement profite à l'industrie : voilà ce qui fait de Malvern une des curiosités du comté de Glocester ; ce lieu est différent de tous les autres villages du pays. Le territoire qu'on découvre du haut de cette côte est coupé de tant de clos tous entourés de haies vives, il est parsemé de tant d'arbres, il est si vert, si frais, que

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du sommet de la montagne isolée de 3Ial\ern l'œil libre croit se promener sur une mer tachetée d'ombre comme l'Océan aux jours où les nuages et le soleil se disputent l'empire du ciel. La colline de Malvern, vue de loin avec sa couronne de maisons blanches, ressemble à une vague écumante prête à rentrer dans l'abîme en se brisant.

La montée est longue ; elle offre des points de vue intéressants , quoique monotones : des dômes de verdure rangés en lignes s'étendent à perte de vue sur un fond vert comme eux ; ces lignes de plantations régulières, qui sillonnent la plaine , ressemblent aux lames de l'Océan labouré par un vent régulier. La hauteur des arbres , leur antiquité, l'étendue du bassin sur lequel leurs cimes arrondies dessinent de légères inégalités , la forme pyramidale d'une multitude de clochers pointus qui sont comme les mâts des esquifs perdus sur cet Océan , mais qui , pour parler simplement, indiquent chacun un village caché dans les bosquets dont les pâtures sont parsemées ; les rivières et les ruisseaux , veines argentées de la prairie : tous ces objets lointains ou rapprochés composent un tableau vraiment anglais et pourtant très-poétique; ils doivent rester gravés dans la mémoire d'un voyageur sensible à Tharmonie des sites.

Gaston était aussi frappé qu'Ethel des beau-

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