‹ EthelChapitre 118 sur 172 · CHAPITRE XVf · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVf

tés de la naliire : Elhel sentait les grands effets pittoresques , Gaston jouissait de l'agrément dû aux soins et à l'intelligence de l'homme. La civilisation des campagnes de l'Angleterre le charmait : les routes commodes , sans cesser d'être gracieuses, lui arrachaient des acclamations. Ses paroles , uniquement inspirées par son admiration pour les choses extérieures , auraient pu faire douter de la profondeur et de la sincérité de son amour pour Ethel ; mais qui ne sait qu'il y a plusieurs zones dans le cœur de l'homme ? On dit à peu près la même chose lorsqu'on s'amuse, lorsqu'on s'ennuie, ou qu'on se meurt de chagrin; mais on ne dit pas de même ce qu'on dit.

Dans un endroit où la route passe sous de grands arbres dont les branches , retombant en berceau , touchent la tête des voyageurs , Ethel saisit une feuille de noyer encore fraîche et la donne à Gaston avec cette grâce qui prête un sens à chacun de ses mouvements et qui fait de sa vie une musique expressive, une poésie supérieure à toutes les paroles...

Un siècle de bonheur n'effacerait pas le souvenir de la joie qui remplit le cœur de Gaston en recevant ce gage de réconciliation... Il sentit qu'il ne pouvait ni ne devait remercier , mais il serra la main qui le délivrait du poids insup- [)orlablt> dont son cœur était oppressé depuis I. 15

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deux jours; toute sa vie la feuille du noyer de Malvern restera sur son cœur. Blasphémateurs du véritable amour , vous ne me croirez pas ! « Restons , restons ici , oublions le monde , vivons l'un pour l'autre , sacrifions tout pour avoir plus que tout , quittons tout pour ne nous point quitter. Puisque je suis à loi , puisque tu veux que je sois à toi , pourquoi n'es-tu pas à moi ? » Voilà ce qui se disait dans le fond du cœur de Gaston, et sa bouche l'aurait répété qu'Ethel ne l'aurait pas si bien entendu.

Aussitôt qu'il eut reçu cette feuille , la conversation, interrompue depuis deux jours, recommença par la question qui seule avait occupé Gaston pendant ce long accès de silence. « Que lui avez-vous dit?murmura-t-il à demivoix et sans regarder Ethel. — Je lui ai dit de partir. — Et il est parti !... Quel pouvoir avez-vous donc sur lui? — Il maime, vous le savez bien ; mais vous savez aussi que je ne l'aime pas. »

Gaston ne demanda pas d'autre explication; jamais, depuis ce jour, il ne fut jaloux de Broadlands...

Arrêté devant l'auberge, dans l'inondation de sa joie , il ne sait plus ce qu'il faut faire , ce qu'il faut dire pour régler les moindres choses de la vie ; c'est Ethel qui donne les ordres , descend, fait tenir les chevaux par les pale-

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