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CHAPITRE XVII

Ce n'est pas un voyage que nous publions ; nous éviterons donc de décrire le pays que traversèrent Ethel et Gaston en allant de Malvern à Macnally-Castle. Ils le connaissaient l'un et l'autre, ilseurentpeu d'occasions d'être surpris : c'est la surprise qui fait que le voyageur observe attentivement. Ils voyagèrent h petites journées , à travers les montagnes nues et les bruyères monotones du pays de Galles, jusqu'à Holly-Head. Le pont suspendu , et qui s'avance dans la mer, parut une merveille à Gaston ; mais les chefs-d'œuvre de l'industrie ne touchaient guère Ethel.

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Le moderne genre Innniiin pourrait être divisé en deux partis très-distincts : ceux qui aiment les prodiges de la force mécanique appliquée aux besoins des sociétés , et ceux qui aiment le travail des êtres vivants , qui préfèrent les sueurs de l'homme aux bouflees du charbon de terre. Ceux-ci sont arriérés ; ils sont poètes et pieux à la manière de nos pères : ce sont les hommes religieux , selon l'acception ancienne du mot. Les autres sont les hommes sensuels, qui ne peuvent pas encore être religieux ni artistes à la manière de l'avenir, puisque cet avenir estobscur, même à leurs yeux ; mais ils sont de soi-disant philosophes et des hommes trèsennuyeux , surtout lorsqu'ils gâtent les paysages et qu'ils otent le silence aux champs pour creuser leurs routes jusque dans les entrailles de la terre , dépouillée par l'avidité du spéculateur. Je sais qu'il sortira de tout cela un plus grand nombre de gens qui auront le temps de penser ; mais penseront-ils plus juste, plus profondément que le petit nombre des grands esprits d'autrefois? La question est là. Ce n'est pas la foule des hommes raisonneurs , c'est la hauteur d'idées des hommes pensants qui fait la gloire de la civilisation , le salut de la société. Il en est de la diffusion des lumières comme de la division des propriétés par l'abolition du dr'oit d'aînesse, qui appauvrit les familles , en faisant semblant

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cVenrichii' oliaquo enfant. Est-il prouvé qu'un cadet d'autrefois ne fût pas plus riche de porter un nom puissant, que ne l'est un cadet d'aujourd'hui de se trouver égal à son pauvre ahié ? égal en obscurité, en misère, en avidité, en haine démocratique contre tout ce qui prime dans le pays ?. . . Toutes ces questions ne peuvent être résolues que par l'expérience; mais l'expérience est un rude maître. J'admire l'audace de ceux qui affrontent ses leçons avec insouciance et même avec gaieté : je crois entendre un homme qui chanterait pendant qu'on s'apprête à lui couper le bras. Nous avons tout matérialisé, même le crédit, même la considération , qui ne sont plus appréciés qued'après l'argentqu'ils ont rapporté. Autrefois on se servait d'une autre mesure pour calculer le pouvoir d'une famille.

Gaston n'avait jamais été à Macnally-Castle ; mais dans sa première jeunesse il avait vu Dublin et quelques parties de l'Irlande.

L'héritière de Macnally était attendue dans ses domaines ; et quoique la propriété en fût contestée, les habitants du pays la reçurent encore comme leur suzeraine.

Les honneurs , de quelque genre qu'ils fussent , touchaient peu le cœur d'Ethel. Elle ne vit, en rentrant sous ce toit disputé , que sa nourrice Marthe, son père en Dieu l'abbé Patrice et le Ut de mort de son père.

Dix-huit ans, beauté angélique, richesse, noblesse, esprit naturel, grandeur d'âme, droiture de cœur, volonté ferme : et déjà tant de sujets de larmes ! Ah ! messieurs les sensualistes , que vous avez la vue courte ! que vous connaissez peu le mystère de la vie humaine! Pauvres aigles, obstinés à ramper, vous balayez le sol de vos ailes , au lieu de tourner vos regards vers le soleil et de voler à lui ! ! . . .

Ethel visita le tombeau de son père, et ne voulut voir rien de plus : en vain Gaston la promenait de tous côtés; elle ne s'intéressait à ce lieu que par l'espèce de piété qui attache les âmes tendres à leur berceau. Il était dans la nature d'Ethel de ne faire rien de plus , rien de moins que ce que son cœur lui demandait. Celui qui a formé et brisé le moule d'une créature si pure, si parfaite, n'a pu la destiner au malheur : si elle souffre ici-bas , c'est donc pour apprendre à régner là-haut.

Gaston reconnut avec une sorte de fierté que le château et le pays répondaient absolument aux descriptions d'Ethel : il trouvait du charme à vérifier minutieusement sur les lieux la vérité des récits de cette jeune fille naturellement peintre et poëte. L'exactitude naïve est une des qualités de la vraie poésie, de la poésie inspirée, comme l'observation rigoureuse de la mesure est la condition nécessaire du rhythme musical.

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