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CHAPITRE XVII

Le vrai n'est pour le poëte que ce que les temps sont pour les musiciens : un accessoire, mais un accessoire indispensable. Toute la poésie de la nature , mais d'une nature ennoblie par l'inspiration, était dans l'âme d'Ethel.

Ossian et l'Évangile , voilà les deux sources de sa vie morale. Gaston sentait qu'il l'aimait davantage depuis qu'il parcourait avec elle le lieu d'où elle était sortie : on ne jouit de la beauté d'une plante rare , on ne la connaît bien que lorsqu'on l'a vue sur sa terre natale et sous son ciel primitif.

En reprenant possession du cœur de Gaston, l'amour, l'amour des cœurs innocents le purifiait malgré lui ; il y avait des instants où il croyait aimer Ethel assez pour renoncera elle... Qu'il était beau! qu'il était touchant alors ! Ethel aussi croyait pouvoir aimer Gaston sans remords et comme une sœur, lïélas! pourquoi ne demeurent-ils pas dans cette retraite? pourquoi ne veulent- ils pas y demeurer? Ethel y serait peutêtre en sûreté.

Le monde , qui juge tout d'après lui , croit la solitude dangereuse aux amants, parce que dans les événements de l'amour il ne voit que le fruit des occasions : le monde est impur et crée l'impureté. Dans la solitude, l'amour divinise l'objet de sa passion ; or, ce qui élève est moins à , craindre que ce qui corrompt. Une

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jeune lillepuie , quelque inexpérimentée qu'elle soit, mais d'une nature noble et forte, court moins de risques seule dans un désert avec l'homme qui l'aime, et même qu'elle pourrait aimer, qu'elle n'en courrait dans la société... je ne dis pas des femmes perverses, mais des femmes du monde, des femmes à l'œil exercé, selon l'expression si poétique de Victor Hugo , des femmes d'expérience et déjà un peu loin du temps où elles étaient aimées , mais qui s'en souviennent : voilà les pièges à fuir pour une jeune iille innocente. Quand l'amour ne rend pas sublime, il rend vil : il ne rend jamais raisonnable.

Gaston reconnut le pont aux arches gothiques ; il le ti'a versa, et descendit les gradins de basalte jusqu'au bord du lac. Le pays, le village, l'étang, les monlagnes nues, les rocs noirs, mais chauves : tout était tel que la jeune orpheline l'avait dépeint. Gaston prolongeait tant qu'il pouvait cette vérification, à laquelle il trouvait un inépuisable intérêt.

Le vieux château deMacnally, comme la plupart des habitali(ms de l'Irlande, n'avait jamais été entièrement terminé. Le père d'Ethel, quand il mourut, venait d'entreprendre la construction de la façade opposée à l'étang; il voulait la faire bâtir sur d'anciens plans laissés par les architectes. Les échafaudages au moyen desquels on avait dû achever ces nouveaux tra-

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