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CHAPITRE XVII

vaux encore une fois interrompus , tenaient toujours aux murs depuis la mort du comte; ces préparatifs d'un travail nouvellement interrompu ajoutaient le mal du désordre à la tristesse, à l'air d'abandon et de désolation du manoir héréditaire.

Les habitations incomplètes sont ce qui caractérise les lieux oùcampele peuple irlandais, gai dans sa pauvreté; tandis que l'uniformité , l'harmonie , et le comfort qui en résulte , sont le cachet des maisons anglaises, habitées pourtant par des hommes tristes et par des femmes de mauvaise humeur. La différence qu'il y a entre le caractère moral des deux races se retrouve en ceci comme en toutes choses.

Les jardins de Macnally-Castle, plus qu'à demi dépouillés par l'automne, avaient étéplantés dans le vieux genre français, adopté généralement à l'époque où en Europe chaque hobereau comme chaque prince voulut avoir son Versailles. Les allées négligées étaient jonchées d'une épaisse couche de feuilles mortes , où les pas s'enfonçaient avec un bruit sec et triste; les arbres, dont les branches presque à nu ne portaient plus que quelques feuilles rares et jaunes , qui de moments en moments frémissaient à la cime sous le puissant coup de vent des morts (on était à la Toussaint) ; les blanches statues de marbre qui grandissaient au crépuscule vers 1. 16

l'extrémité des berceaux solitaires, semblables à des apparitions : tout dans ce séjour disposait une âme poétique aux impressions surnaturelles. La verdure, la vie avaient fui; il ne restait là que des fantômes, des tombeaux et des souvenirs : c'était plutôt un cimetière seigneurial qu'un jardin. Un seul bosquet était toujours vert : c'était un quinconce d'ifs, au milieu duquel l'œil entrevoyait la trace d'un monument. Ethel ne voulut jamais approcher de cette retraite obscure , ni s'expliquer sur ce qu'elle renfermait : c'était le soir ; Gaston n'insista pas, et se promit de retourner seul le lendemain dans cette partie du jardin.

Le parterre était tout entier entouré de hautes et vieilles murailles décrépites , qui avaient été destinées, non-seulement à clore l'enceinte réservée aux seigneurs du manoii' , mais encore h préserver les plantes et les fruits des atteintes du vent de mer , funeste à l'ile tout entière.

Ethel avait passé le soir en prières, agenouillée devant la plaque de cuivre, au-dessous de laquelle était mort son père , car la superstition des Macnally leur persuade que le sort de chaque membre de la famille est lié par un iil secret , par un mystère, à la destinée des deux héros de cette histoire : aussi , quand ils le peuvent , se font-ils porter à leurs derniers moments dans la chambre de la Plaque de Cuivre.

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