‹ EthelChapitre 126 sur 172 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

A minuit , au dernier coup de la pendule en marqueterie attachée au-dessus de la cheminée , et que l'abhé Patrice avait remontée lui-môme avec soin pour faire honneur aux nouveaux hôtes de Macnally-Castle, Gaston s'éveilla comme en sursaut; il ressentait une angoisse qu'il n'avait jamais éprouvée ; il fit sonner sa montre : « Minuit!... dit-il , je croyais avoir dormi toute la nuit ; pourtant il n'y a qu'une heure que je suis couché ! . . . c'est singulier ! ... »

Une inquiétude indéfinissable l'empêche de se rendormir ; plus il s'efforce de se calmer , plus l'agitation le gagne ; ses tempes battent sur l'o-

reiller qui lui semble vivant ; des torrents tantôt brûlants , tantôt glacés , parcourent ses veines; un frissonnement d'borreur tout physique crispe sa peau , ses membres tremblent , le cuir de son crâne devient douloureux , il croit sentir ses cheveux se dresser un à un sur sa tête ; il les compte par la souffrance , ainsi que les battements de son pouls , de son cœur , de tout son corps : ce désordie lui paraît inexplicable ; il ne saurait le rattacher à aucune cause naturelle ; il a été mélancolique , préoccupé tout le jour ; mais combien de journées semblables a-t-il passées sans avoir souffert ensuite comme il souffre ! Est-ce une maladie ? est-ce un présage?... est-ce pusillanimité? Cette seule pensée le fait rougir. Enfin , ne pouvant supporter davantage un tel malaise , il saute hors de son lit et s'habille sans lumière le mieux qu'il peut ; il veut de l'air, il étouffe ;... il ouvre une porte qui donne sur un perron dégradé : ce perron mène au jardin ; il le descend lentement. Le ciel était traversé par de grands nuages rapides et sales comme des lambeaux de draperies grisâtres ; la lune paraissait et disparaissait à chaque instant ; elle était tantôt sanglante , tantôt pâle , mais toujours entourée d'un iris brumeux , et elle semblait rouler dans le ciel , tandis que c'étaient les nuages qui passaient rapidement devant elle.

Page 1