CHAPITRE XVIII
partait du fond du jardin ; je l'ai entendue à plusieurs reprises : alors j'ai eu peur , peur pour vous ; je me suis approchée du bosquet d'ifs... et j'étais restée là tout près, sans oser avancer ni remuer : vous m'avez appelée par mon nom... je suis venue.
« — Ethel , je vous aime et vous changez en un tourment ce qui pourrait faire noire félicité.
« — Chut ! chut ! dit Ethel... Ici le marbre entend!
« — C'est votre cœur qui doitm'entendre ; ne me sacrifiez pas à des chimères ; aimez-moi ; laissez-moi vous aimer... »
11 la prend dans ses bras , l'emporte hors du bosquet funèbre , la presse contre son cœur , la dépose sur un banc à l'extrémité d'une allée, et , se jetant à genoux devant elle , il l'embrasse avec une passion dont Ethel n'avait jamais eu l'idée, ull faut que tu comprennes, il faut que tu partages mon ivresse, s'écrie Gaston.
« — 0 mon Dieu ! dit- elle en se levant toute tremblante , ayez pitié de nous !
« — Enfin , tu sens l'amour que tu m'inspires, tu le sens! dis-moi que tu m'aimes, que lu m'aimeras!
« — Jamais!... Écoutez-moi, Gaston, mon protecteur, mon frère, mon guide, mon maître. » Elle grandissait à chacun de ces noms. « JÉcou-
tez-moi... Mais non.... vous ne pouvez, vous ne voulez pas m' entendre.
« — Elhel, je l'écoute... Ah! ne me fuis pas ainsi !... Reste... je t'entends... parle, je promets d'écouter.
« — C'était hier la fête de tous les saints ; à la fin de la messe paroissiale , à laquelle vous n'avez pas assisté, j'ai communié. Je m'étais confessée le matin... non pas à l'ablDé Patrice; j'avais peur qu'il ne devinât le secret de notre position et de vos sentiments ; je voulais éviter de vous dénoncer en m' accusant. Je m'étais donc adressée au vieux vicaire de Ballahulish , qui était venu à Macnally-Castle pour la solennité du jour et qui n'a l'idée de rien de ce qui est mal , tant il est pieux : c'est un véritable apôtre ; il vit tout en Dieu. Savez-vous ce qu'il m'a dit, Gaston? 11 m'a dit que j'avais dans l'àme l'humilité et la simphcité qui font les saints ; que si la grâce de Dieu vient à mon aide, je pouvais expier toutes les fautes de mes ancêtres , les délivrer du purgatoire et faire cesser l'influence fatale qui, depuis si longtemps , pèse sur ma famille. Si les enfants sont punis pour les pères jusqu'à la septième génération , les aïeux peuvent bien aussi être pardonnes dans leurs enfants , et c'est vous qui vous opposez à ce grand acte de réconciliation.
« — Enfantillage , ignorance , bigoterie , men-