‹ EthelChapitre 129 sur 172 · CHAPITRE XVIII. 2Si · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII. 2Si

songe : combien de temps tourmenteras-tu notre vie avec tes visions ? Ethel , je ne crois qu'aux religions qui rendent heureux.

« — Paix , Gaston ! . . . Ne blasphémez pas ! . . . Ce qui fait que je viens de retrouver le calme auprès de vous , ce qui fait que je puis rester là et vous écouter sans pécher, sans crainte de pécher , sans imprudence , sans témérité , ah ! Gaston , ce qui donne à l'homme une force plus qu'humaine , ce n'est pas un enfantillage , ce n'est pas un mensonge. »

Quelle tentation pour un amant qu'une pareille rivalité avec le ciel ! Gaston reprit :

« Tu trouves donc quelque peine à retarder mon bonheur? il n'est que retardé, ce bonheur suprême qui doit nous unir pour toujours , en nous faisant oublier l'univers et vivre uniquement l'un pour l'autre ?

(( — Que dites- vous?... c'est à votre femme, à ma sœur que je veux, que je dois vous réunir : c'est là le bonheur que vous retardez toujours. Quand je l'aurai obtenu, ma mission auprès de vous sera remplie ; les jours que nous aurons passés seuls ensemble n'auront pas été perdus, Gaston; mais il est temps , je le sens, de nous rendre à Paris ! . . .

« — Votre sœur ! . . . ma femme ! . . . toujours ces noms !... je les déteste... Ne vous éloignez pas ; attendez , attendez encore un moment ;

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dites, au moins, que vous avez quelque peine à vous refuser à mes désirs.

« — Je ne vous comprends pas.

u — Dites que vous m'aimez.

« — Je vous aime, Gaston ; je vous aime... comme un frère.

« — Dis que tu seras à moi.

« — Je suis à vous plus qu'à personne au monde.

« — Dis que tu seras à moi uniquement , entièrement à moi.

« — Je ne dis que ce que je pense ; je n'ai pas votre passion insensée, je ne suis pas folle, moi ; mais je sens que vous m'aimez , et cet amour me touche... Je sens d'ailleurs que j'aurai bien besoin de vous dans ma vie. J'entrevois à travers le voile doré de la jeunesse, et malgré la légèreté de l'âge , des embarras sérieux dans l'avenir :... j'ai besoin de votre appui, Gaston... Vous comprenez mon caractère mieux que personne ; vous entendez ce que je ne dis pas , tandis que les autres n'entendent pas ce que je dis... Je ne sais d'où vient que vous me connaissez si bien... Il faut aimer une personne pour la connaître.

« — Oui , Ethel , l'amour , vois-tu , n'est autre chose qu'une connaissance qui n'a pas de date ; quand on doit s'aimer, on se reconnaît la première fois qu'on se rencontre.

CllAPITRE XVIII. 255

« — Allons à Paris, dit Ethel d'une voix basse et tremblante ; allons auprès de ma sœur.

« — Restons ici : vivons , mourons dans ce désert.

« — Partons.

« — Pourquoi?... Qui nous presse?... Vous n'avez donc d'autre désir que celui de lutter contre ma volonté? C'est là votre gloire , votre but.

« — Nullement.

« — Vous établissez entre nous un combat d'amour -propre : Dieu sait pourtant qu'aucune vanité ne se mêle à mon amour.

« — Ni h ma résistance ; au contraire, j'ai toujours envie de faire ce que vous voulez, pourvu que ce ne soit pas mal... Pardonnezmoi ; mais, voyez -vous, l'idée de faire du mal... de manquer à ma vocation divine... »

Elle s'interrompt en sanglotant.

«Non... c'est plus fort que moi... Gaston, si vous avez pitié de moi... nous irons h Paris; que votre amour me pardonne , mais ce n'est que là que je puis encore espérer de vivre en

paix.

« — Ne pleurez pas , Ethel ; je ne puis vous

voir pleurer. Allons à Paris , puisque vous le

voulez , répète Gaston tristement.

« — Vous regretteriez plus que moi de m'a voir

fait faillir, car vous êtes bon : l'excès de mon

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désespoir serait en même temps l'expiation de ma chute et ma vengeance ; vous seriez trop puni. Moi, je serais plus coupable, et dès lors plus malheureuse qu'une autre , si j'oubliais mon Dieu pour vous : une autre aurait la passion pour excuse ; moi , je n'ai point d'amour. »

Cette enivrante et désolante conversation se prolongea jusqu'à l'aube dn jour ; il fallut rentrer, pour ne pas compromettre Ethel.

Gaston était trop amoureux pour démêler les vrais sentiments d'Ethel. Ce qu'on désire et ce qu'on craint avec passion empêche également les yeux de voir, l'esprit de juger. Au lieu de remercier Dieu de son bonheur , Montlhéry ne cessait de blasphémer contre sa destinée ; il s'arrêtait aux paroles d'Ethel et ces paroles le désespéraient.

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