‹ EthelChapitre 133 sur 172 · CHAPITRE XIX. 2Gi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX. 2Gi

quand ils ont envie de plaire à des hommes inexpérimentés. Si les manières polies et gracieuses des personnes élégantes tenaient ce qu'elles promettent , si elles étaient autre chose que la preuve d'une éducation distinguée , les hommes qui les ont pourraient se vanter ajuste litre d'être les premiers de tous. Ils en ont l'air, c'est déjà beaucoup.

A peine le dîner était-il fini qu'une paysanne, nommée Hannah Dixon , fit demander la permission de parler à sa belle maîtresse , comme elle l'appelait. « Je la connais, dit Ethel, mon père l'a mariée il y a dix-huit mois ; je veux la voir. »

Hannah ne se fait pas attendre ; elle entre nu-pieds : elle est vêtue d'une espèce de camelot grossier; elle porte un chapeau d'homme sur la tête ; cette coifi'ure est débordée par de superbes mèches de cheveux blonds dorés qui tombent en désordre des deux côtés d'un front haut et bombé. Elle a l'air de la santé , de la force. Elle paraît en même temps bonne et hardie ; ses yeux, d'un bleu de faïence transparent, ont plus d'éclat que n'en a ordinairement le regard des femmes du Nord.

{( Voilà donc notre belle jeune dame revenue, dit Hannah ; j'élions ben sûre qu'on la verrait le jour des âmes.

(c — Oui, Hannah; le culte des morts est sacré pour nous autres Irlandais ; je voulais être ici

ce jour-là. Je suis bien aise de vous voir, Hannah ; avez-vous quelque chose à me demander? lui dit Ethel.

« — Rien du tout : j' avions voulu venir baiser la main de notre belle lady , de notre belle maîtresse, la fille de nos maîtres, les vieux seigneurs de Macnally-Castle.

« — Et votre mère, pourquoi ne me l'amenezvous pas? »

Le curé se penche à l'oreille d'Ethel , et lui dit : « Elle est morte, demandez-lui de vous conter cette histoire. »

Au nom de sa mère , Hannah était demeurée la tête baissée.

« Je ne savais pas que vous aviez perdu cette excellente femme, reprit Ethel.

« — Ah ! c'est singulier ! comment vous ne le saviez pas? répliqua la paysanne.

« — De quoi est-elle morte ?

« — J' avons ben souffert , ma pamTe bonne dame.

i< — Contez-moi cela , Hannah. «

Hannah commença son récit d'un œil sec et d'une voix ferme '.

' Ne pouvant rendre l'effet du patois des paysans irlandais, on s'est efforcé de le traduire le plus fidèlement possible, en cherchant des équivalents dans le patois des paysans français. ( Note de l'auteur. )

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