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CHAPITRE XIX

« C'était le mois d'août dernier, n'y a pas longtemps, vot' honneur, com' vous voyez. Mon mari était à la pèche du hareng ; je sommes partis une bande pour aller faire la moisson dans le comté de Wexford , à trente bonnes lieues d'ici , et gagner queuque chose pour nous l'hiver; ma mère en était. »

Ici la voix d'Hannah trembla un moment , mais elle reprit avec fermeté :

« Al se portait comme un charme ; el troisième jour après la bonne Notre-Dame, j 'arrivons cheux nos anciennes pratiques , les farmiers du noble comte O'Donnel. Le lendemain, dès l'p'tit jour, je commencions à scier le froment; vlà qu'j 'entends maman qui travaillait dans le sillon près de moi pousser un grand cri : — Que que t'as , que je lui dis ? — Rien , qu'ai m'répond , c'est queuque chose qui m'a piquée à la jambe. — Quoi ? — Je ne sais. . . — Lave-toi avec un peu d'eau bénite;... j'en portons toujours avec nous , quand j'allons au loin ; c'est de l'eau de la chapelle de Saint-Patrick. Al se lave , al se lave;... le mal ne diminue point, la pauvre jambe enfle ;. . .al noircit ; je quittons le champ ; je portons ma bonne mère h deux cheux le farmier, on la couche : les hauts le cœur lui prennent, les maux d'estomac ne la quittent plus^ la tête part : bref, le surlendemain ,... al était morte ! . . . On disait qu'y avait eu un sort

jeté sur al ; pourtant l'eau bénite n'a servi de rien '.

« Me vlà donc seule , à trente lieues de cheux nous ! . . . avec ma mère morte ! ... je n'avions encore rien gagné.

« Je travaillons un jour pour lui acheter une bière. Avec el peu que j'avions apporté et ce que nous prêtent nos pays , la journée d'ouvrage suffit.

« Mais je ne voulions pas qu'ai fût enterrée ailleurs qu'à notre cimetière de Macnally- Castle , auprès de nos parents , les O'Grady ; c'est l'honneur ed'nos familles , à nous autres , de dormir ensemble. Il n'y a pas un O'Grady qui ne soit enterré dans la terre de Macnally- Castle ; il ne sera pas dit que ma mère , la mère d'Hannah Dixon , a commencé de manquer au rendez-vous... que je pensions!... Mais comment faire?... Hében! je sommes forte ; elfarmier nous donne une corde ed chanvre, j'attachons la bière sur notre dos et je partons à pied pour nos montagnes de Macnally-Castle, en priant la sainte Vierge et son fils de nous avoir en leur garde... Dame! j'avons eu ben

' Cette histoire véritable est une réfutation du préjugé reçu; elle prouve qu'il y a des bêtes venimeuses, et probablement des vipères, en Irlande, malgré le puissant patronage de saint Patrick. ( Note de V auteur. )

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