CHAPITRE XIX
démarrer : je voulons pourtant qu'elle soit portée à sa place !
« — Attends - moi là î dit la bonne Marthe que vlà (en montrant la nourrice qui pleurait auprès de lady Etliel ) ; attends - moi là ! je vas chercher du monde à Macnally-Castle. Et au bout de deux heures , tout le pays est venu ; . . . M. le curé est venu aussi : ils ont fait tant d'hélas! en apprenant ce que j'avais fait, ils en ont tant dit... tant dit... que moi... je me sentais tout je n'sais comment;... c'est pourtant ben naturel.
« — C'est sublime! s'écria Ethel en fondant en larmes , et en se jetant dans les bras d'Hannah.... qu'elle pressa longtemps contre son cœur...
<( — Pourquoi donc cela, Votre Honneur ? Vous en feriez autant.
« — - Oui , si je le pouvais.
« — C'est beau comme ce qu'il y a de plus beau dans l'antiquité , dit Gaston en s' essuyant les yeux.
« — C'est chrétien, dit l'abbé Patrice... Tu es une bonne fille , Hannah ; le Seigneur aura pitié de toi. 11 te bénira dans tes enfants : l'exemple des parents fait les enfants pieux comme toi...
« — Quel noble el l)on peuple ! )> dit Ethel tout bas à Gaston.
En cet instant , on entend une rumeur qui partait de l'avant-cour ; des voix confuses , des cris, des paroles de colère et des coups retentissent au loin. Ethel demande d'où vient ce tumulte ; le curé lui répond que ce sont , sans doute , ses fermiers et tous les paysans de Macnally-Castle qui , craignant de changer de seigneur, viennent protester de leur fidélité h l'héritière des comtes de Macnally.
« Qu'on baisse le pont-levis et qu'on leur ouvre les portes, dit Ethel.
(( — Prenez garde à ce que vous allez faire, interrompit Gaston ; votre partie adverse pourra représenter cette scène comme une sédition fomentée pour influencer la justice ou pour protester d'avance contre une condamnation fondée sur le droit : on dira que vous ne vous liez pas à la bonté de votre cause... Je crains...
« — Je crains, avant tout, de blesser des cœurs comme ceux de ces bonnes gens , » dit Ethel.
Les coups redoublent contre la poterne du donjon, les vociférations lointaines s'approchent et paraissent menaçantes ; Ethel insiste pour faire ouvrir. Tout à coup , un homme eflaré , les habits déchirés, les cheveux en désordre, les mains ensanglantées , se précipite dans la salle en criant : « Je suis perdu, sauvez-moi ! sauvezmoi!... >)
Cet homme , c'est M. Robinson le régisseur ,