CHAPITRE XIX
qui , cette fois , est aussi pâle qu'il est habituellement rouge.
« Qu'y a-t-il, que veut-on? dit Gaston. Que vous est-il arrivé?...
« — Ce sont les fermiers de Macnally-Castlc qui ont ameuté contre moi toute la populace du village et des environs ; ils m'ont traîné dans la rue , j'ai fui ; mais ils m'ont rattrapé : sans vos gens , M. le comte , ils me tuaient devant le château.
« — Vous êtes en sûreté maintenant, dit lady Ethel.
(( — Non , madame ; il a fallu entr'ouvrir la poterne afin de me faire entrer dans la cour; la foule s'est ruée derrière moi pour empêcher les personnes de la maison de refermer la porte ; les furieux ont forcé l'entrée pendant que je montais jusqu'ici par un escalier dérobé. Les entendezvous ? Ils remplissent la cour ; oh ! madame, je suis perdu,... si vous ne me protégez!... Cachez-moi, ou ils me massacreront à vos yeux. Il n'y a pas un peuple plus méchant que les habitants de ce pays .... Vous ne les connaissez pas : sauvez-moi ; cachez-moi... C'est la vie que je vous demande. »
Des pas retentissent dans l'escalier tournant : « Il est ici , il est ici , le traître ! Tuons-le , pour venger notre belle maîtresse , crient des voix féroces -. nous voulons sa tête ! sa tête , pour
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notre sang, pour nos sueurs, dont il s'est nourri ; sa tête pour notre argent : c'est la sangsue de Macnally , qui rendra plus de
graisse que de sang quand nous l'écraserons
Vengeance ! vengeance ! ... à notre tour, maintenant, à notre tour! A bas le traître, et vive la noble dame de Macnally-Castle !...
« — Vous n'avez pas un moment à perdre, dit le curé à Etliel, si vous voulez empêcher le sang de couler.
« — Allez leur parler.
« — Mes paroles , et même les vôtres , seraient sans effet dans ce moment ; cachez cet homme.
(( — Où voulez-vous que je le cache ? Dans mon appartement?
« — Ils iront le chercher jusque-là.
« — Où donc?
« — Je ne sais... Ce bahut est-il vide?
« — Oui, dit Marthe.
« — Ouvrez-le , et qu'il y entre : je vais les arrêter au moins pendant quelques minutes sur l'escalier. »
Le curé sort. Gaston, armé de deux pistolets, demeure à la porte de la salle ; Ethel , Marthe et Robinson essaient de lever le couvercle du coffre ; dans sa terreur , le pauvre homme n'avait plus de force : «Le couvercle est lourd, dit Ethel à Hannah : aidez-moi.
« — Je n'aiderons pas à sauver un traître...