CHAPITRE XIX
« Vous avez tout entendu? lui dit le curé.
u — Tout!...
« — E 11 bien?
« — Eh bien ! je m'engage à .... à ce qu'on voudra ; j'indiquerai la retraite de Nelly Brooks.
(( — Nommez le lieu qu'elle habite. Où demeure-t-elle ?
(( — Elle demeure en Angleterre, à un quart de lieue de Cheltenham , chez M. Fox, son gendre, à Fancy-Hall.
« — C'est la maison la plus voisine de celle où nous avons passé l'été, dit Gaston.
« — Quel coup de la Providence ! reprit le curé. Mais ceci me fait craindre qu'elle ne soit morte ; si elle vivait, elle aurait appris que la dame de Macnally-Castle était dans son voisinage.
« — Notre maison avait été louée sous mon nom , répliqua Gaston ; la vieille mistress Brooks a plus de cent ans , dites-vous ? Elle ne sort sans doute plus de sa chambre ; elle peut bien n'avoir point entendu dire que l'héritière de Macnally-Castle était venue avec le comte de Montlhéry s'établir à Cheltenham.
(( — Peut-êlre aussi est-elle morte, dit Ethel.
{( — Alors meure Robinson ! « s'écrient plusieurs voix à la fois; et la pâleur de la mort se répand de nouveau sur cette face ordinairement vermeille comme un verre rempli de vin.
« — Espérons dans la bonté de la Providence , dit le curé.
« — Si elle est morte , saint Patrick la ressuscitera; j' irons avec les reliques sur le tombeau de Nelly Brooks , dit une femme inspirée ; et la morte elle-même témoignera pour notre belle jeune dame.
« — Un peu de vin , un verre de vin, par pitié ! » s'écrie d'une voix affaiblie le blême Robinson, près de tomber en défaillance. Cette fois , et c'est la première de sa vie , il se repent sincèrement de n'être qu'un fripon, car la probité rent brave.
On lui donne un cordial ; puis , selon le traité conclu verbalement entre les paysans et le curé, on l'enferme dans le cachot le plus profond du donjon. L'abbé Patrice choisit les gardiens aux acclamations générales ; la foule commence à s'écouler.
« Vous répondez de la vie du prisonnier? dit Gaston.
« — Sur ma tête, répliqua le curé. Je connais les Macnally ; il est en sûreté maintenant. On pourrait sans danger le laisser sortir demain , s'il ne fallait tenir à la lettre les clauses du traité ; nos paysans sont aussi mobiles que violents.
« — Le noble et bon peuple !» dit Gaston bas à Ethel,en faisant allusion au dernier mot qu'elle avait prononcé avant la scène qu'on vient de raconter.