CHAPITRE XX
plus décisifs en faveur de lady Ethel. Si le testament de Betty Hait pouvait se retrouver, cette pièce seule suffirait pour prouver en justice que le contrat de mariage produit contre lady Ethel avait été fabriqué.
La vieille Nelly Brooks s'attendrit au moment de quitter Ethel ; mais peu de jours après cette entrevue , qui la fatigua tout en la ranimant un instant , Gaston reçut à Londres la nouvelle de sa mort. Cette circonstance causa un vif chagrin à Ethel ; elle crut que la vie de la centenaire avait pu être abrégée par l'émotion que lui avait causée la scène de Fancy-Hall, et cette mort lui parut un présage funeste : elle la pleura comme si elle se la reprochait. A la vérité, rien ne semblait s'arranger favorablement pour elle dans le moment où elle apprit ce malheur.
En repassant par Londres , elle sut que la duchesse de Fonthill n'était point à la campagne ; elle se fit mener à trois heures chez cette dame, qui , n'ayant pas fermé sa porte, la reçut , mais avec des airs de pruderie, de hauteur, des froideurs affectées qui la surprirent. Rien ne l'avait préparée à ce traitement ! Elle revint chez elle et se garda de rendre compte h Gaston de l'accueil qu'on venait de lui faire. Il s'en douta pourtant , et à son tour il se garda de demander aucun détail. Il aurait voulu lui épar-
gner des humiliations dont rien ne pouvait la dédommager, si ce n'est l'amour, cet amour qu'elle repoussait avec tant d'aveuglement et d'obstination ! La manière dont la duchesse de Fonthill avait reçu lady Ethel fut bientôt connue à Londres , car les gens du monde sont rarement impertinents sans témoins; et s'ils le sont, ce n'est que pour se vanter de l'avoir été.
Gaston craignait les suites de cette scène qui devait aigrir contre lui un caractère aussi fier que celui d'Ethel ; pourtant , il ne reçut pas un mot de reproche à ce sujet. Ethel se disait : « Tout inexpérimentée que j'étais, je savais à quoi je m'exposais en lui permettant de rester près de moi... Dieu, qui lit dans les cœurs, sait que je voulais sauver une âme égarée , mais noble et créée pour les joies du ciel : mon but est mon excuse!... Mais le but de Gaston!... »
Ici les griefs devenaient trop graves pour qu'Ethel osât se livrer à la colère , même dans le secret de son cœur. En effet , comment convenir avec soi-même que l'homme auquel on a confié sa vie , dont on attend conseil et protection, que l'homme dont on ne veut pas se séparer , enfin , est... un... monstre capable d'abuser de la confiance qu'il inspire, du besoin qu'on a de lui, de l'amitié même qu'on lui porte , de la générosité qu'on lui suppose, de l'estime qu'on professe pour lui par nécessité?...