‹ EthelChapitre 146 sur 172 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Si Ethel s'était avoué tout cela, qu'eût- il fallu qu'elle fît? Elle ne se l'avouait donc pas ;... mais on sait toujours quelque chose de ce qu'on n'ose s'avouer. . . Ethel était troublée, incertaine : elle n'aspirait plus qu'à se jeter dans les bras de sa sœur : c'est là qu'elle allait chercher protection contre le monde et contre Gaston. Elle sentait aussi des troubles intérieurs : je ne sais quel allaiblissement moral , quel mécontentement d'elle - même lui faisait désirer les conseils d'une personne expérimentée ; sa volonté faiblissait comme une source tarissante. La volonté est la vie de l'âme , de même que l'action est la vie du corps : l'àme d'Ethel perdait la lumière, la force, en perdant la volonté ; elle mourait autant qu'une âme peut mourir, c'est-à-dire qu'elle doutait : elle doutait pour la première fois de sa vie !

Elle commençait à reconnaître que les bonnes intentions ne suffisent pas toujours pour se bien conduire ; et , avec l'admirable droiture qu'elle avait reçue de la nature, elle sentait qu'elle était arrivée à l'époque de la vie où l'on ne peut se passer d'une amie sage, éclairée; elle cherchait un guide dont l'expérience pût suppléer à la sienne : dans ce besoin pressant, sa sœur lui paraît sa providence. Ce nom de sœur lui revient à chaque instant dans la pensée 5 comme une réponse à toutes ses crain-

les, à toutes ses douleurs, à toutes ses incertitudes !

Gaston était agité par des pensées différentes.

Il ne retournait à Paris qu'avec une répugnance inexprimable. Il lui semblait que corrompre Ethel pour obtenir d'elle le bonheur, c'était la perdre bien plus que s'il renonçait à la posséder ; son amour, son orgueil se révoltaient contre l'idée que le monde pourrait réussir mieux que lui à vaincre cette vertu si ferme : il était d'avance jaloux du succès des autres hommes. Triompher par l'esprit du monde, après avoir échoué par le véritable amour, par la passion sincère, lui paraissait un espoir humiliant ; d'ailleurs il n'était plus lui-même, déj<à l'àme d'Ethel avait agi sur l'àme de Gaston !

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