CHAPITRE XXI
changement probable et l'inflexion de la voix un étonnement involontaire : deux choses suffisantes pour produire une révolution dans ce cœur ouvert depuis un moment à toutes les impressions douloureuses ; Ethel était jeune pour tous les sentiments , surtout pour la pudeur blessée.
Une créature , destinée par le ciel à faire l'admiration de la terre, ne peut déchoir sans désespoir ; l'àme pure qui se dégrade, ou seulement qui paraît se dégrader, est comme un ange qui perdrait sa sphère et renoncerait au trône ; or, régner n'est-il pas un devoir pour l'ange?
La pieuse , mais l'imprudente Ethel est donc accusée à tort et justement punie. Si elle se sentait coupable , elle trouverait dans sa faute même la force de devenir impudente , elle lèverait la tête , elle jugerait ceux qui la méprisent ; au lieu de cela, elle est résignée comme une sainte, parce qu'elle est chaste comme une sainte ; loin de faire baisser les yeux aux autres, c'est elle qui courbe le front : elle est perdue !
Avec quelle ardeur fanatique elle s'attache à sa vertu ! c'est le seul bien qui lui reste , elle l'a noblement et vaillamment défendu en mainte occasion ! ! ! Dieu seul sait combien elle sent le besoin de s'estimer elle-même , à présent qu'elle ne peut plus être estimée des autres !
Ethel est du pays des saints : c'est une sainte , pure comme les Agathe , comme les Rosalie de
SJOe ETHEL.
la légende , et poiirlanl repentante comme Madeleine; c'est une sainte unique dans l'histoire des âmes. Elle porte tout le fardeau du vice sans avoir éprouvé la passion qui attache le cœur au vice , elle ne connaît du mal que ses conséquences : et Dieu assiste aux souffrances de cette âme; Dieu la surveille, il la suit, il l'entend , et pourtant Dieu ne se montre pas ! quel mystère!! quel inflexible silence! Loin de se dévoiler aux yeux de cette âme si digne des consolations surnaturelles , Dieu se la prépare par de longues et cruelles souffrances; à combien d'épreuves n'est-elle pas encore destinée? La vie d'Ethel sera la tempête , sa conscience la boussole ; mais le port oij est-il?... il est dans les bras d'une sœur, sur le cœur d'une sœur : tel est le dernier refuge d'Ethel.
Le lecteur connaît cette sœur, mais E théine la connaît pas. Aussi n'aspire-t-elle qu'au moment de tomber dans ses bras et de lui demander tout ce qui lui manque. Ethel avait cinq ans , Odile treize , quand celle-ci a quitté Macnally-Castle : elles ne se souviennent pas l'une de l'autre, mais une sœur... une sœur, en cet instant , c'est pour Ethel un père , une mère , une éducation , une raison , une force , un jugement, une expérience, une défense, une réparation , une vie , un avenir, une éter-