‹ EthelChapitre 151 sur 172 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

nité... c'est tout, c'est Dieu qui l'attend pour la guider sur le chemin du ciel.

Elle est déchue comme femme du monde , mais comme sainte elle est pure et glorieuse ; elle sent la fustigation des bourreaux , elle souffre ; mais en respirant les parfums du ciel , en écoutant la musique des séraphins qui chantent son triomphe. Jamais le paradis et l'enfer n'ont été plus rapprochés ; jamais vase si frêle n'a contenu de si grandes , de si merveilleuses choses! Son cœur est sur la limite de deux mondes également infinis : le désespoir et la félicité; il les contient l'un et l'autre.

Etlieî est divinisée , même aux yeux de son séducteur, car Gaston comprend tout; il sent tout, et pour comble de merveilles, il approuve tout; il renonce cent fois le jour à son pouvoir, il abjure jusqu'au désir, il abdique jusqu'à la pensée, jusqu'à l'espérance, il se résigne à tout, parce qu'il aime, et qu'aimer c'est renoncer plus encore que désirer ; il aime Ethel telle qu'elle est et comme elle veut qu'il l'aime, avec tout ce qu'elle lui fait souffrir, tout ce qu'elle lui refuse ; il l'aime avec tout ce qu'il lui reproche ; il ne lui demande rien ; il adore en elle l'image de Dieu sur la terre : il est sincère dans son abnégation comme il le sera la minute d'après dans ses regrets , dans ses fureurs , mais les moments d'enthousiasme

l'élèvent au-dessus de lui-même; il croit, il veut se persuader qu'il peut vivre de son admiration pour la lumière du ciel réfléchie dans l'âme de sainte Ethel Macnally. L'amour de Gaston modifié par la vertu d'Ethel n'est plus seulement un sentiment, c'est un sacrement qui n'a pas de nom dans la théologie ; c'est le baptême de l'âme !

Jamais lutte plus terrible ni plus noble ne s'établit entre deux âmes plus fortes l'une et l'autre. Les événements n'y peuvent rien; c'est un combat de sentiments. Jamais situation ne fut plus extraordinaire en vérité que la leur, ni plus commune en apparence!... leur position est aussi fausse, aussi incompréhensible pour le mal que pour le bien : ils portent à la fois les peines des âmes qui succombent, et les peines des âmes qui triomphent ; ils souffrent comme les pécheurs et comme les héros : il y a là trop de maux réunis : le poëte qui pourrait définir clairement la singulière combinaison de vertu religieuse et d'imprudence sociale que j'aperçois dans l'esprit d'Ethel , et montrer en même temps dans celui de Gaston la lumière du ciel toujours éteinte par le souffle du monde et toujours rallumée par le feu de l'amour; le poëte qui ferait détester des habitudes d'autant plus coupables qu'elles sont déguisées en grâces du grand monde ; un tel poëte

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