CHAPITRE XXUI
Le trajet de Londres à Douvres à travers une contrée riche , cultivée et pourtant champêtre, ranima la gaîté d'Ethel. Elle avait l'esprit si mobile ! ! Le mois de novembre était avancé, mais le soleil parut un moment. Otez le spleen aux habitants de l'Angleterre, le chagrin leur est allégé de moitié ; sous ce climat , toute affliction prend le caractère d'une maladie : bref, le temps et les cœurs étaient au calme.
« Je vais donc voir Paris! disait Ethel.
« — Ne vous réjouissez pas trop , répliquait Gaston ; je ne connais aucun théâtre en Europe où le début soit aussi désagréable.
508 ETllEL.
(( — Ne semblerait-il pas que ce fût un talent que d'habiter à Paris? Respirer et voir ce qui m'entoure, pourvu que ce soit hors de Londres, c'est tout ce que je demande.
a — On peut regarder et respirer partout ; mais pour voir Paris, il faut plus que des yeux , il faut l'esprit du monde et beaucoup d'activité physique.
« — A vous entendre , on dirait que personne n'est jamais venu à bout de vivre à Paris.
« — Les plaisirs de la société y sont devenus très-difficiles , je vous assure.
« — Pourquoi donc cela ?
« — Parce que cette société n'a plus de centre , ou du moins que le centre en est partout et la limite nulle part.
« — C'est clair !
(( — Comment voulez-vous être clair en parlant de ce qui est indéfinissable? Ici l'esprit aristocratique, qui règne encore en souverain , rend tout facile aux gens du monde ; il suffit d'être reçu à Londres chez le duc de *** , d'aller une fois au parc avec lady ***, pour être îin lion. A Paris , le travail est à recommencer chaque jour et dans chaque salon ; personne ne reconnaît l'autorité de personne ; le succès d'hier ne vous épargne aucune peine aujourd'hui ; l'homme à la mode chez une personne est inconnu de l'autre côté de la rue; si vous régnez dans une maison,