‹ EthelChapitre 158 sur 172 · CHAPITRE XXin · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXin

frappez à côté, vous verrez ce que vaut votre gloire. Dans chaque cercle, on admire un autre Richelieu , un autre Lovelace , et l'on célèbre une femme de génie supérieure à madame de Staël. L'influence aristocratique^ qui se fait partout sentir à Londres , manque partout en France ; nous autres hommes d'autrefois , nous n'avons plus de pairs et nous vivons un peu comme des gens dont le territoire est occupé par l'ennemi. Le manque d'autorité est senti par tout le monde; mais c'est un mal qui me paraît incurable, parce que chacun veut y remédier à son profit.

« — Tout ce que vous dites pour me dégoûter de Paris, reprit Ethel, augmente mon désir de voir ce singulier pays. »

Gaston se tut : le souvenir des larmes silencieuses d'Ethel le rendait soumis à tous les caprices de la jeune fille, même aux caprices d'esprit; il devenait craintif et prudent par un excès de tendresse pour elle. Il savait maintenant ce qu'elle pouvait souffrir, et le soin que mettait cette personne , ordinairement si insouciante , à éviter tout ce qui aurait pu approcher d'une récrimination , lui faisait un devoir de penser à elle plus qu'à lui-même et plus qu'elle n'y pensait elle-même. Il se flattait de parvenir à distraire Ethel de tout ce qu'elle avait perdu, et, pour s'encourager au sacrifice, il sedisait :« Aatc

la générosité que j'ai reconnue dans l'âme d'Ethel , je puis espérer qu'un jour elle viendra m'ofïrir ce que je n'ose plus lui demander. Allons donc à Paris ! » Puis , tout en suivant le cours de ses réflexions silencieuses , il se disait encore : «Ce qui manque à la France moderne est précisément ce qui peut rendre la position d'Ethel moins fâcheuse à Paris qu'à Londres : un tribunal de l'opinion , une société reconnue pour la première par ceux qui n'y sont pas admis, une aristocratie sociale, enfin, à défaut d'aristocratie politique, condamnerait Etliel au bannissement , comme l'ont condamnée les personnes qui font l'opinion à Londres ; à Paris , où rien ne fait loi, où l'on ne vit que d'exception, Ethel a encore quelques chances de succès et même de bonheur. »

Gaston pensait qu'avec de l'adresse et de l'audace employées à propos, il éviterait en France des scènes semblables à celles du parc de Londres; d'ailleurs tout serait nouveau pour Ethel ; elle ne pourrait faire de comparaison. Le relâchement de toute règle , l'absence de tradition, l'indifférence universelle, l'abohtion de l'étiquette qui va jusqu'au mépris des convenances , l'absence de tout lien moral, absence dont la dernière conséquence est la perte de la politesse et des habitudes élégantes de l'esprit , l'audace des passions, l' irrévérence Jdes paroles, l'oubli

Page 1