‹ EthelChapitre 159 sur 172 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

(le toute dignité publique et personnelle : tous ces malheurs politiques devenaient des circonstances favorables pour une personne dont l'existence était à refaire.

Gaston , en pensant à Ethel , se réjouissait presque de l'abdication du pouvoir social en France. Cette révolution dans les habitudes a produit une anarchie domestique qui se manifeste par la complète déconsidération du maître et de la maîtresse de la maison, dont l'autorité est devenue absolument nulle chez eux. Qui pourrait encore penser à faire justice des imjirudences d'une pauvre femme au milieu du désordre universel et de l'oubli de toutes les lois sociales? Allons donc à Paris!...

Mais, à cette pensée, le cœur de Gaston saignait par un autre côté : la crainte de voir Ethel lui échapper pour faire le bonheur d'un homme qui ne le vaudrait pas; la douleur de laisser l'indépendance de caractère de celte femme si supérieure profiter à un sot ; le regret de penser que ce n'était pas à Ethel que servirait la générosité dont il usait envers elle, mais à des rivaux indignes; tous ces maux réunis le rendaient insensé. Avec la jalousie vague qui faisait le fond de son cruel et terrible amour, il retrouvait toutes ses incertitudes morales, toute sa malice , toute sa force pour le mal ; il blasphémait contre sa passion ;, il déplorait sa faiblesse,

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et sa rage saerilége allait jusqu'à maudire Tidole qu'il avait adorée

11 se répétait sans cesse : « Je la quitterai! » Mais à ce mot il s'arrêtait blessé au cœur par un coup de poignard ; la douleur qu'il ressentait était si cruelle qu'il perdait la puissance de vouloir. (( Je ne demanderai plus rien, je n'essaierai plus rien , » se disait-il. Jamais la lâcheté de l'amour ne fut portée si loin que dans le cœur de ce malheureux ; elle allait jusqu'à pratiquer des vertus qu'il n'avait pas, mais qu'il allectait pour se faire tolérer par Ethel. Cette hypocrisie de la passion était en lui si naturelle , qu'elle le touchait et le persuadait quelquefois lui-même. On a bien pai'lé des tortures de l'amour; personne ne les épi-ouva comme Gaston pendant ce mortel voyage. Ethel , au contraire , oubliait ses angoisses, ses humiliations, avec la légèreté de l'enfance, dont à peine elle sortait, avec la sérénité de l'innocence qu'elle avait si vaillamment défendue.

Ces moments de trêve étaient le triomphe de la jeune fille indépendante et le supplice de l'homme amoureux déçu dans son amour , la seule affaire sérieuse de sa vie ; il sentait le temps

lui échapper le temps! c'est bien autre

chose à trente-cinq ans qu'à dix-huit ! Il rongeait son frein en silence; que pouvait-il faire? Em])loyer la violence pour triompher de la ré-

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