‹ EthelChapitre 162 sur 172 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

(( — Il n'y a pas de quoi se vanler.

« — ^ Vous ne vous plaindrez jamais plus que moi de la négligence française ; les Français n'aiment pas les choses complètes.

« — Vous avez raison, dit Elhel : le laisser aller, l'incohérence , le luxe sans ensemble , les guenilles , les glaces , le fumier et les dorures , voilà ce qui me frappe depuis que je suis sur le Continent.

« — Cependant vous êtes Irlandaise , répliqua Gaston.

« — Oui , mais l'Irlande souffre de la pauvreté réelle; en Fiance on reconnaît le résultat de la vanité et du désordre... Regardez cette riche pendule d'auberge sur la cheminée , et pas une chaise commode, pas une bonne table dans la chambre. »

La colère de Gaston n'avait eu d'autre cause que la peur qu'il avait éprouvée pour Ethel ; il n'était nullement pressé d'arriver : aussi insista-t-il, malgré l'avis du courrier, pour que le ressort cassé fût réparé complètement. Au grand plaisir du serrurier , il rejeta le moyen provisoire qu'on lui proposait : une demi-journée de gagnée , c'est une vie pour un condamné qui marche à l'échafaud... Paris, c'était l'échafaud pour Gaston!...

Ethel était toujours simple et vraie, mais elle n'était plus ignorante ; sans avoir étudié, elle avait

beaucoup appris. Ce n'était plus la biche sauvage que nous avons vue étonnée de se trouver dans les salons de Londres. Gaston, sans le vouloir, lui avait révélé quelques-uns des secrets de la vie du monde et presque tous les secrets du cœur. Un homme distingué devient toujours un maître pour la femme dont il est amoureux ; soit qu'elle cède, soit qu'elle résiste, elle aiguise son inteUigence et l'enseignement lui vient du cœur et de la nécessité. La surveillance continuelle qu'elle est forcée d'exercer sur ellemême donnerait de l'esprit à une bête ; et si elle n'est pas bête , ses facultés sont centuplées par la lutte. Gaston avait fait comme Bonaparte, il avait enseigné la guerre à l'ennemi.

(( Vraiment vous êtes par trop enfant , dit Ethel, qui pénétrait la pensée de Gaston en voyant les nuages de son front se dissiper à l'idée d'un retard : quand je serais d'âge et d'humeur à vous aimer, je craindrais encore de lier mon sort à celui d'un homme inquiet, soupçonneux et qui voit du mal à tout. Toujours des plaintes, toujours des craintes!... et puis vous vous étonnez de ce qu'on ne vous adore pas.

(( — Des craintes... c'est possible , elles sont involontaires, mais des plaintes... je ne pense pas que depuis longtemps vous ayez été importunée de mes plaintes. Y eut-il jamais une tyrannie pareille à la vôtre? Vous faites mon

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