‹ EthelChapitre 163 sur 172 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

malheur , et vous voulez non-seulement me voir résigné, mais content ; il n'y a pas au monde un être aussi injuste que vous l'êtes.

« — C'est parce que je suis trop bonne!... Croyez-vous qu'il vous suffise de ne pas me dire ce que vous éprouvez pour me le cacher?. . . Depuis notre départ de Londres , vous m'avez fait une scène muette continuelle, et vous vous croyez justifié parce que vous n'avez pas ouvert la bouche, counne si je ne lisais pas dans vos traits mieux que dans un livre ! Vous êtes changé depuis quelque temps.... on ne vous reconnaît plus vous étiez si beau!... Le noir de

vos yeux en a gagné le tour ; vos cheveux, qui bouclaient naturellement et qui avaient de brillants reflets de jais au soleil , sont ternes ; ils tombent en désordre; vous n'êtes plus ce que je vous ai vu il y a six mois.

« — Je dormais alors, je vivais. . . à présent. . .

{( — Ne parlez pas comme cela je crois que

vous dites vrai et vous me faites de la peine.

« — Quand vous le voudrez, Ethel, vous me verrez renaître.

« — Je souffre avec vous, moi.

« — Puisque nos âmes sont si unies , puisque vous ressentez tous les tourments que vous me faites éprouver, vous serez généreuse un jour, n'est-ce pas? Vous vous lasserez de l'épreuve, et vous viendrez me dire ; Hé bien , je

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le donne ce que tu n'oses plus me demander. (( — Toujours des promesses , des engagements ; on n'a jamais fini de refuser avec vous, c'est décourageant

« — Et qui vous oblige à refuser?... vous êtes si libre, si indépendante... Mais non, vous ne l'êtes pas ; vous vous faites l'esclave d'une fausse règle de vertu; vous mettez votre gloire à me désespérer pour plaire à des gens dont vous ne vous souciez pas, et que vous ne verrez jamais. C'est une gageure entre vous et le monde à qui sera le plus dur.

« — Croyez-vous que je sois de pierre? Quoi ! parce que je n'ai pas sans cesse à la bouche le mot d'obéissance , vous vous imaginez que je no fais pas beaucoup pour vous. Les Français ne devinent rien , il faut tout leur dire ; ils oublient que ce qui est exprimé n'est plus senti ; ils sont tellement habitués à dire plus qu'ils ne pensent, que les attachements dont on n'exagère pas l'expression n'existent pas pour eux. Moi, ce que je sens le plus profondément , c'est précisément ce dont je parle le moins.

(( — Et lu veux que je ne sois pas enivré d'amour; que je n'attende pas la vie, plus que la vie, d'une âme qui sait tout, qui comprend tout sans avoir rien appris?... Ah! pense que tu rêves... et laisse-moi vivre

(' — Toujours ! toujours votre amour ! . . . Eh !

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