‹ EthelChapitre 166 sur 172 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

est empreinte jusque sur le sol des campagnes.

Le peu de vénération des Français pour les œuvres du temps, quelles qu'elles soient, frappait désagréablement Ethel : et les pavés dégradés , les bas côtés des routes impraticables , les harnais de poste déchirés, la saleté, l'irrégularité du costume des postillons , la seule vieillerie religieusement conservée eu France , l'air vif, mais impoli et gouailleur, des gens du peuple, tout ce qui s'offrait à ses regards était pour elle l'objet de quelques remarques satiriques.

(( Je me crois, disait-elle, dans une maison d'oii l'uniformité est bannie , parce que le maître n'a ni autorité , ni esprit d'ordre.

« — 11 a l'esprit du plaisir et de la liberté, répliqua Gaston.

« — Il n'en paraît pas plus gai pour cela , » répondit Ethel avec l'instinct de contradiction qui la dominait lorsqu'elle voulait agir sur l'esprit de Gaston et se distraire elle-même de quelque idée pénible.

Moins on a vu de choses et de gens , plus on juge promptement; on n'est point arrêté par les scrupules , ni dérangé par la comparaison. Gaston trouvait quelque plaisir à observer le travail d'intelligence qui se faisait dans la tête de la jeune et spirituelle Irlandaise. Malheureux comme il l'était, il s'intéressait pourtant à ce spectacle comme à un moyen de se distraire

(les soucis qui le navraient. Les instincts de cet esprit si naturel, si primitif, si prompt, si vrai et qui ne recevait la lumière que des choses , puisqu'il ne savait ce que c'était que de chercher l'instruction dans les livres, l'eussent amusé, s'il avait pu se résigner au rôle de spectateur du voyage d'Ethel en France ; mais ce voyage était pour lui un drame sérieux et où il jouait le principal personnage.

Ethel, depuis qu'elle avait passé la mer, s'amusait à gloser sur toutes choses ; elle démêlait en lui un vif sentiment patriotique qu'il ne voulait pas s'avouer à lui-même, parce que les Français distingués ont soumis jusqu'à leurs vertus aux lois de l'élégance, et c'était cet attachement caché de Gaston pour notre pays qui excitait la verve enfantine de la jeune fille. Malgré son âge, malgré sa profonde connaissance du monde, son habitude des hommes et des choses , sa plaisanterie fine et légère , Gaston prenait tellement au sérieux tout ce qui venait d'Ethel, que les moindres remarques de cette enfant le troublaient et l'affligeaient quand elles ne s'accordaient pas avec les opinions qu'il professait : mais les opinions d'un homme amoureux ne sont pas bien fondées, parce que sa pensée n'est plus libre. Ainsi la cruelle Ethel abusait, jusque dans les discussions insignifiantes , de la supériorité assurée à l'indifférence sur la passion.

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