CHAPITRE XXI/r
(( Oui , pour ceux qui peuvent se plaire dans le désordre. L'Angleterre ennuie connue l'orgueil aristocratique ; Paris fatigue comme les prétentions bourgeoises.
« — Tout ce qui est nouveau m'amuse. )>
Gaston frémit... « Ainsi, reprit-il, après avoir été admirée par les plus grands seigneurs de l'Angleterre, parle marquis de Broadlands et par tant d'autres, vous vous amuserez à vous laisser faire la cour insolemment par un homme de lettres ambitieux comme M. Montigny , par un peintre élégant connue M. Savardy?
« — Vous me nonmiez là justement, répliqua Ethel , les deux seuls hommes que j'aie envie de connaître : on les dit fort distingués. Quoique Anglaise, j'ai moins de préjugés aristocratiques que vous; j'attends l'œuvre de la démocratie progressive sans la craindre; je regarde le peuple comme un marteau dont les coups ouvriront l'esprit cà la plupart de vos grands de la terre endormis dans leur bien-être. Si je hais la morgue nobiliaire, c'est parce que j'aime les hommes qui comprennent les autres, et qu'un aristocrate aujourd'hui me paraît né pour être seul de son avis... Je n'aime pas cela. J'ai déjà entendu parler au colonel Lyndsay de messieurs Montigny et Savardy; si ma sœur les reçoit, je serai charmée de les rencontrer chez elle.
« — Si elle reçoit M. Savardy î... Je ne puis, Ethel, vous empêcher d'encourager les impertinentes prétentions des petits messieurs qui vont s'attacher h vos pas ; mais si je n'ai aucun moyen d'éviter cette indignité, je puis au moins ne pas la voir : je ne vous verrai jamais encourager un homme à vous aimer.
« — Mais si c'est moi qui aime ?
« — Ah I , . . c'est autre chose. . . Alors. . . ; mais non, je ne m'inquiète pas de cela.
(( — Pourquoi ?
« — D'abord..., parce que vous n'aimerez que moi... si vous aimez quelqu'un..., et puis...
« — Mais si j'en aime un autre?
(( - Je serai mort ou il sera mort aussitôt.
« — Qui?
« — Je ne sais; l'inconnu, l'amant à venir dont vous parlez , que vous cherchez , que vous brûlez de rencontrer, car jamais on n'a couru au-devant du danger avec l'ardeur qui vous emporte !
« — Avez-vous écrit à ma sœur le moment de notre arrivée ?
(( — Mon Dieu , soyez tranquille , elle nous attend aujourd'hui môme à dîner. »
Il y a des moments où la marche d'une voiture qui nous emporte au galop nous représente la fatalité... Rien ne devrait être plus facile que de dire h un postillon qu'on paye : Faites tour-