‹ EthelChapitre 171 sur 172 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

ner vos chevaux et menez-moi ailleurs. Voilà ce que Gaston pensait; pourtant il n'arrêtait pas les postillons , il ne leur disait pas de changer de route et il se laissait emporter en aveugle, en muet, en esclave, au lieu où l'attendait sa destinée.

Les villes, les maisons, les villages, les champs, le pays fuient derrière eux; Gaston, silencieux et morne , se sent entraîné irrésistiblement vers ce lieu détesté oîi naguère il revenait avec la joie d'un triomphateur. Tout lui parait changé : les routes sont plus cahoteuses , les charretiers plus grossiers, le cloaque des boulevards extérieurs plus infect, l'indifférence brutale des postillons plus choquante, l'architecture des barrières de la ville plus ridicule , les rues du faubourg plus mal bâties , les maisons plus hautes, plus écrasantes, le style des édifices plus vulgaire , l'accent du peuple plus commun, sa physionomie plus ingrate , les traits des visages plus irréguliers , le son des instruments plus criard et plus faux , le pays entier moins poétique ; Paris a plus de murailles , plus de fange , plus de suie ; il a moins de jour, moins d'air que jamais. Ethel , même quand elle le voudrait , ne pourrait tirer Gaston de l'abîme de tristesse où le plonge l'aspect du lieu qui vit s'écouler les plus belles années de sa vie, du lieu qu'il a quitté avec regret huit mois au-

paravant et où il rentre aujourd'hui comme un prisonnier dans son cachot.

Qui de nous n'a pas quelquefois éprouvé celte angoisse en revenant à Paris? La vie factice peut enivrer l'homme , mais ce n'est qu'après lui avoir fait oublier la vie de la nature. Ah ! gardez-vous de partir avec chagrin ; restez tant que vous pouvez rester sans ennui ; si ce que vous appelez un voyage de plaisir vous cause la moindre peine , restez : vous éloigner avec tristesse , c'est être dupe de vous-même ; c'est ajouter volontairement une souffrance , celle du départ, h l'inévitable souffrance du retour...

Gaston sentait cette vérité. Il regrettait vivement d'être allé en Angleterre , d'avoir rencontré sa belle-sœur , de s'être attaché à elle pour ne recueillir que des douleurs d'une passion à laquelle il ne s'était livré d'abord que dans l'espoir d'une félicité parfaite. Ethel ne pensait plus à lui, elle ne pensait pas à elle-même : dans ce moment, ses chagrins de cœur, ses regrets, ses scrupules, tout était oublié!... Pour cet esprit mobile et plus français que l'esprit français lui-même , le présent était tout : Paris et sa sœur, voilà son univers.

Gaston logeait au faubourg Saint -Honoré ; il fallait traverser une grande partie de Paris à la nuit tombante i)ar un l)rouillard de la lin de novembre. Arrivé sur les boulevards, Gaston

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