CHAPITRE IV
des qualités quand ils sont joints à certains agréments du corps, et s'ils redeviennent pis que des vices dès que le grand faiseur de caricatures a commencé son œuvre? Dantan a beau s'évertuer, la vieillesse fera toujours mieux que Dantan la satire de la figure humaine.
La grosse comtesse de Buckland était un chef-d'œuvre en ce genre, d'autant que plusieurs hommes se souvenaient de l'avoir vue naguère encore très-mince et très-j.olie. Gaston, qui la connaissait de vue, et qui venait de découvrir qu'elle avait pour nièce un ange de beauté, n'eut garde cette fois de décliner la parenté; il se fit aussitôt reconnaître, et, à la grande satisfaction de lady Buckland, il prit dès l'abord le titre de neveu. Le comte son neveu parut à la dame une excellente recrue pour la saison. Elle aimait avant tout à se voir entourée ; or rien n'est plus difticile à Londres , oii toute femme qui ne court pas après le monde risque de vivre soh taire dans sa maison. Là, le monde, c'est un rout de huit cents personnes , un bal de mille , un dîner de vingt , suivi d'une soirée de huit ou neuf cents ; c'est l'Opéra pour commencer, le concert pour continuer, le bal et le souper, qui devrait s'appeler le déjeuner du lendemain, pour finir, ou, pour mieux dire, pour recommencer. Chaque personne à la mode a ces belles choses-là chez elle une ou
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deux fois par saison ; le reste du temps, il faut qu'elle soit douée d'un corps de fer et d'un esprit entièrement vide , afin de courir tous les soirs après deux mille inconnus dans l'espérance d'apercevoir ses amis parmi la foule. Voilà pourtant à quel ennui nous aspirons à
Paris Tel est le but que nous atteindrons,
quand notre anglomanie aura complété la transformation à laquelle nous travaillons depuis cinquante ans.
« Quoi ! vous , mon beau-frère ! dit Ethel en s'approchant du comte et lui tendant la main. Enfin, je vais avoir des nouvelles de ma
sœur! Vous êtes en deuil de mon père,
n'est-ce pas?
« — Oui, du père de ma femme.
« — Sans doute : vous êtes mon frère !
(( — Vous devez me trouver bien vieux, pour me donner le titre de frère ?
« — Pourquoi me dites-vous cela? reprit Ethel en le regardant attentivement; je n'avais pas songé à votre âge... Votre femme, ma tante et vous , vous êtes maintenant les seuls parents que j'aie au monde.
« — N'allez pas nous altrisler par vos énumérationsetvos souvenirs , Ethel ; hâlons-nous de rejoindre nos amies avant la dernière course ; votre Bohémienne nous a fait perdre le plus beau de la journée , la promenade devant les travées